vendredi 27 septembre 2019

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Neverland

Philippe du Crest 2016/2017

, Corridor Eléphant et Philippe du Crest

Je découvre, petit à petit, la trame de ce paysage qui trouve son équilibre et se construit avec ses propres caractéristiques. Je l’assimile à un vibrionnant musée d’art contemporain en plein air où il n’y a pas beaucoup de gardiens.

Le Lieu

L’homme et la Mer
On ne va pas à la plage.
On va à la mer.
C’est comme ça qu’on dit à Marseille. Cette idée que le paysage est mental explique peut-être cette expression qui salue le règne maritime.
Nous voici donc dans un non lieu. Celui des plages du Prado, une étendue arrachée à la mer, il y a 40 ans. L’opportunité de se débarrasser des millions de mètres cube de terre du chantier de construction du métro. Et de faire d’une pierre, deux coups : les habitants des quartiers Nord vont pouvoir s’offrir, chaque jour, quelques heures de vacances dans des quartiers Sud. Un dépaysement pour oublier la pauvreté.

L’enquête

L’autre magie

Comment tout ça s’est-il décanté ?
La mer refuse d’être limpide. Elle offre des bains d’eaux turquoise et troubles car elle s’est longtemps battue contre la présence de cet aménagement qui a fini par faire figure de « station balnéaire ».
Elle s’étend sur 3,5 kilomètres de façade maritime, occupe 35 terrains de football et 3,5 millions de « visiteurs » par an. Ce grand « Nulle part », j’ai commen- cé à l’arpenter à l’été 2016. Je vois un lieu qui vit et qui a vieilli. Et, comme à chaque fois que je sens qu’il se passe quelque chose, je prends dans ma tête mes premières photographies. Car quelque chose ne colle pas. Les végétaux ne sont pas à la fête. Mais ils ont prospéré. Des gens résident, parfois presque à l’année, dans ces bosquets qui ont réussi leur maturité pour préserver le secret de leurs hôtes.
Je découvre, petit à petit, la trame de ce paysage qui trouve son équilibre et se construit avec ses propres caractéristiques. Je l’assimile à un vibrionnant musée d’art contemporain en plein air où il n’y a pas beaucoup de gardiens. Évidemment, il y va y avoir des merveilles...

Le Travail

Un cadre splendide

À l’origine, les « Plage du Prado » se distinguent par la rareté d’un bâti plutôt spartiate et minimaliste. Cette mise en scène permet de souligner quantité de petites choses : le mobilier urbain est bien visible, un tas de pierre attire facilement le regard. Mais les gros objets monumentaux et éphémères y ont trouvé un formidable terrain de jeu. Je tourne beaucoup. La magie, c’est que n’importe quoi peut prendre un sens collectif. Ce lieu l’absorbe comme un buvard. Parce qu’on a la place de faire les choses et qu’il fonctionne – au sens propre - comme un parc attractions.
Alors, c’est maintenant impossible de faire un reportage qui n’épuisera jamais le sujet.
Il faut juste mettre cette énigme à nu, lui retirer toute ambiguïté pour révéler ce qui se cache en elle : de l’étrange, du fantastique au sens littéraire - à la limite du monstrueux comme de l’incongru - et puis tous ces aléas qui forgent son histoire face à la mer.
C’est une lumière dense, crue, gommant les effets et à la limite de la surexposition qui accompagne ce projet de révélation.

Voir en ligne : www.philippeducrest.com