dimanche 27 décembre 2020

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Marine Tillé

, Corridor Eléphant et Marine Tillé

Marine Tillé rassemble et défait le monde en des précis de décomposition. La chaîne visuelle est obtenue par une atomisation de lieux habités parfois d’ombres passagères au milieu de « ruines ». D’une photographie à l’autre se construit un rythmique capable d’atteindre des zones de non-retour là où des ombres - comme "L’innommable" de Beckett - pourraient affirmer : "Il faut continuer, je dois continuer, je ne peux pas continuer, il faut continuer". D’où des séries de "paysages" intérieurs ou extérieurs.

Les images renforcent l’épuisement potentiel du néant d’où elles sourdent même si le schéma vital de la marche demeure comme acte de résistance perceptible et peut-être inexplicable. La photographie devient l’image la plus simple et la plus mystérieuse qui soit au moment où l’artiste propose une forme d’objectivité qui n’exclut l’émotion. Marine Tillé ouvre à des trajets sur divers espaces qui ne sont plus de "réparation". Le silence y parle encore le silence. Mais ce silence au fond de qui ? Au fond de quoi ?

Cette double question reste sans réponse. Elle met en « marche » néanmoins l’Imaginaire là où la seule recherche féconde est une excavation en des images de brisures, de disjonctions mais aussi de convergence. La vie et la photographie deviennent ininterrompues, concomitantes. Non pour une promenade mais une errance, une attente et une perte proches l’une de l’autre à travers des pans qui soulèvent le voile de l’existence. Dans des corpus morcelés et lacunaires, la trace d’un corps oppose sa densité diaphane au glissement du temps. D’où la transparence ou l’opacité au sein de telles enquêtes filées

Jean-Paul Gavard-Perret, poète, critique et maître de conférences en communication à l´Université de Savoie.

Anima animus