dimanche 28 avril 2019

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Il n’est jamais trop tard...

Un film de Vahan Soghomonian avec Michel Giroud en guest star

, Jean-Louis Poitevin

Vivant aujourd’hui à la montagne, Michel Giroud est moins facile à croiser, à voir, à entendre, dans l’immensité de l’ici-et-là qu’il n’a cessé d’arpenter ces dernières décennies. Un jeune artiste Vahan Soghomonian dont nous avons déjà rendu compte du travail ici (Fytolit Skolè*) a eu la bonne idée de rendre visite à Michel Giroud dit le coyotte et de laisser tourner la caméra. Bienvenue dans le monde sans frontière de cet esprit incurablement vivant.

coyote from vahan soghomonian on Vimeo.

Bref portrait d’un inclassable

Dans la partie Parcours du wikipedia (https://fr.wikipedia.org/wiki/Michel_Giroud_(artiste)) qui est consacré au Gerwulf, autrement dit le loup garou, on peut lire ceci qu’il n’est nécessaire ni de corriger ni de commenter :

« Michel Giroud se définit comme un peintre oral (oralien dans un monde électronique) et tailleur en tout genre (mot, son, geste, voix, écriture, dessin, schéma, objet : historique, théorique, théologique, patataphysique...). Il est historien et théoricien des avant-gardes (dada, fluxus et cie), auteur d’essais variables (Audiberti, Nougaro, Raul Hausmann, Bryen, Wolf Vostell, Filliou, Dufrêne, Artaud...), fondateur et directeur de Kanal, journal du Tour de France (des compagnes et des compagnons des arts intermedias et transmedias). Il est aussi journaliste (membre depuis 1975 de l’Association Internationale des Critiques d’Art - AICA France), organisateur de nombreuses expositions en France et en Europe et coureur de vitesse de fond (ski de randonnée, marche de montagne, course alpinique, cyclisme rando alpinien, kayaki), "respirateur" et fondateur et directeur de collections ("Projectoires" 1973-1981 aux Éd. Champ Libre, "L’Œil absolu", 1974-1977 aux Éd. du Chêne, "Trajectoires", 1977-1981 aux Éd. Jean-Michel Place et "l’Ecart absolu" depuis 1999 aux Presses du réel à Dijon.

Il est aussi l’inventeur du Club Invisible Externet (CIE) en France avec Joël Hubaut, Charles Dreyfus, Richard Piegza, Joachim Montessuis, Lionel Magal, Julien Blaine, Tibor Papp, Esther Ferrer, Yvan Étienne, Serge Pey, Jean-Paul Thibeau, Max Horde, Cyril Jarton... »

Pour ceux qui veulent en savoir plus il suffira de lire les brefs textes qui suivent.

On comprend que si, parfois ou toujours, la rencontre physique avec la personne dont on découvre les créations peut être souhaitable ou désirée, elle n’aurait pas selon les personnes impliquées dans la quête le même impact.

Ici, aucune hésitation. Parler de Giroud, sur Giroud, à propos de Giroud ou contre Giroud n’a guère de sens si l’on n’a pas au moins une fois croisé le phénomène Giroud qui est tout sauf un phénomène de foire sauf à considérer que la vie entière en serait une.

Casquette, trompette, et lorsqu’il erre dans la ville, sacs pendant des épaules en superpositions savantes, carnets aux pages lacérées de noms, bibles précaires remplies de promesses qui feraient pâlir toutes les bibles de l’univers si l’on parvenait à les déchiffrer, tel est et tel apparaît ici à l’image le coyotte qui fut le fondateur et le directeur de Kanal magazine (1984 à 1994) revue UNDER-ground-OVER-ground = dessous dessus (au ras du sol) et au dessus (dans les airs, en avion). car dit-il "Si tu es les trois, tu es un être vivant, terrien cosmique."

C’était aussi, c’était surtout la plus riche et encore la plus éclectique mais surtout la mieux informée en particulier sur tout ce dont les autres revues ne parlaient pas, artistes, courants, mouvements, singularités françaises et européennes, parce qu’elles ne les connaissaient pas, ces ovnis qui essaimaient en Europe et qui faisaient de la création non pas le prétexte à des actes d’achat de produits manufacturés, mais le cri intensément interminable de la viande auréolée de la gloire du néant qu’elle lance à la face du silence du ciel et des oreilles que laminent intérieurement une solitude implacable.

Mémoire vivante

Capté dans son univers, le coyotte s’offre pour ce qu’il est : mémoire vivante, active, croisant les temps comme on croise le fer dans une salle d’escrime, impliquant le regard dans l’esprit et la pensée dans la chose, le détail devenant l’immense affirmation d’une vérité et le cri ou le souffle ou le détail culturellement impliqué devenant l’aveu du défaut générique affectant l’humanité entière, celui de sa grandeur et la peur qu’elle lui inspire jusqu’à l’en faire se dévaloriser indéfiniment.

La vie est l’implication du souffle dans l’inspiration de l’instant. C’est pourquoi elle ne peut pas être autre chose qu’une immense accumulation de richesses, pas celles qu’offrent des billets qui verdissent jusqu’au teint des demoiselles qui se mirent dans leur miroir, mais celles qui peuplent les moments de joie émaillant la rigueur des jours d’éclats imparables. À l’aveuglement garanti par la répétition, ici, on assiste à un désenclavement des résistances qui transforment la pensée en un gymkhana imbécile et font de chaque phrase le moment d’une déshinibition curative.

Il ne sert à rien de multiplier, ici, les références que l’on peut trouver ailleurs. Il s’agit simplement d’ouvrir la fenêtre de l’écran sur une réserve ornithologique inconnue dans laquelle sont non pas retenus prisonniers mais en attente de libération les démons qui hantent un des esprits les plus acérés et incisifs de ces décennies qui ne cessent de blêmir sous les halos des sunlights de la désinformation.

*Fytolit Skolè, TK-21 LaRevue, novembre 2017.