vendredi 2 août 2019

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Entretien avec José-Alain Sahel, Image et visible

, Hervé Bernard et Jean-Louis Poitevin

Nous nous nous sommes entretenus sur l’image, et dans cet entretien, il nous en livre une approche à la fois dynamique et évolutive, montrant qu’en un sens quelque chose comme une image du genre photographie ou peinture n’existe pas pour le cerveau. L’image est un artifice que l’homme construit pour se représenter le monde dit-il en substance.

En distinguant image et vision, puis vision et regard, il nous conduit directement à la compréhension des mécanismes complexes qui font non seulement que nous voyons mais qui déterminent comment nous voyons. Du traitement « mécanique » de l’information visuelle à l’orientation à la direction que l’on donne à notre regard, tout nous conduit à comprendre qu’il faudrait parvenir dans l’élaboration conceptuelle de ces notions à ne pas séparer œil projection cerveau et regard, car tout fonctionne en permanence en connexion et que le monde ne peut être séparé de la volonté que nous manifestons de le regarder.

Sahel-partie01 from BERNARD Hervé (rvb) on Vimeo.

Nous l’avons interrogé sur l’image, et dans cette première partie de l’entretien, il nous en livre une approche à la fois dynamique et évolutive, montrant qu’en un sens quelque chose comme une image du genre photographie ou peinture n’existe pas pour le cerveau. L’image est un artifice que l’homme construit pour se représenter le monde dit-il en substance.

En distinguant image et vision, puis vision et regard, il nous conduit directement à la compréhension des mécanismes complexes qui font non seulement que nous voyons mais qui déterminent comment nous voyons. Du traitement « mécanique » de l’information visuelle à l’orientation à la direction que l’on donne à notre regard, tout nous conduit à comprendre qu’il faudrait parvenir dans l’élaboration conceptuelle de ces notions à ne pas séparer œil projection cerveau et regard, car tout fonctionne en permanence en connexion et que le monde ne peut être séparé de la volonté que nous manifestons de le regarder.

Une analyse de La Chute d’Icare de Pieter Brueghel, vient à merveille illustrer ce propos.

Les conséquences d’une telle approche sont immenses et philosophiques. Elles nous conduisent à la philosophie de Gilbert Simondon auquel José-Alain Sahel rend ici un hommage appuyé et précis, (voir à ce sujet dans la rubrique Séminaire le travail mené par Jean-Louis Poitevin en 2009-2010 et qui sont accessibles dans les numéro 4 à 8 de TK-21 LaRevue) et plus avant encore, à rendre à l’étonnement et à l’imprévu leur puissance fondatrice d’ouverture pour chacun au monde et à la pensée.

C’est alors le réel qui change de statut car il apparaît pour ce qu’il est, non pas un fait incontournable et immuable, mais bien ce que nous permet de penser la puissance de nos instruments d’analyse et les constructions mentales que nous faisons à partir de ces données.

Sahel-partie02_A from BERNARD Hervé (rvb) on Vimeo.

L’invisible, notion pour le moins sensible est au cœur du début de cet entretien avec José-Alain Sahel. C’est le scientifique qui s’exprime et qui manifeste une réticence à une approche « métaphysique » de cette notion. Pour lui, l’invisible peut-être abordé concrètement à partir de ce qui dans le fonctionnement de la vue fait que nous occultons de nombreuses choses pourtant visibles ou que tout simplement nous ne les regardons pas et donc ne les voyons pas. Entre illusion et certitude, c’est néanmoins vers une compréhension intime de l’immensité du tout qui nous englobe que nous nous dirigeons.

Le scientifique est aussi philosophe et c’est vers une réflexion sur l’autre que José-Alain Sahel nous conduit longuement et une approche de l’existence à partir de la surprise, de l’étonnement, l’existence comprise en relation avec l’art comme invitation permanente au dépassement. Il convoque ainsi pour l’occasion aussi bien Emmanuel Levinas que Poussin, Klee ou Pollock que des artistes contemporains venus en résidence à l’institut de la vision.