vendredi 2 août 2019

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Dominique de Font-Réaulx, conversations autour de la naissance de la photographie

, Hervé Bernard et Jean-Louis Poitevin

La photographie se trouve confrontée à un manque unique dans l’histoire, l’absence d’esthétique pour la porter sur les fonts baptismaux, marquée par la préséance d’une pensée qui la conçoit comme le fruit d’un processus chimico-mécanique.

La photographie, une image sacrée from BERNARD Hervé (rvb) on Vimeo.

En effet, elle se trouve confrontée à un manque unique dans l’histoire, l’absence d’esthétique pour la porter sur les fonts baptismaux, marquée par la préséance d’une idée ou d’une utopie sur sa découverte et portée aujourd’hui encore par un fantasme tenu d’entrée pour réalisé, l’absence supposée de distance entre l’objet et et sa représentation.

En inscrivant à jamais dans l’esprit des humains l’idée qu’une image photographique est à la fois copie exacte d’un objet réel et donc vraie et ainsi pouvant servir de preuve irréfutable, la photographie est inscrite en fait par ceux qui la font et la disent dans le droit fil d’une réflexion de type théologique.

Le lien de toute image avec le sacré est aujourd’hui connu, mais la connexion incestueuse entre la photographie et la théorie chrétienne des images, le fait donc que toute image photographique est à la fois vécue comme une opération magique et s’impose comme un relai puissant de l’économie divine, reste une chose que seuls certains spécialistes évoquent et encore du bout des lèvres.

C’est à tracer des chemins nouveaux dans l’approche de la photographie à partir d’une lecture informée de sa naissance que nous invite dans la première partie de cet entretien Dominique de Font-Réaulx.

Interview de Mme Dominique de Font-Réaulx, 2/2, la photo, une image à commenter from BERNARD Hervé (rvb) on Vimeo.

En partant de la consubstantialité entre image et subterfuge au sens ou le subterfuge est co-essentiel au théâtre, elle nous raconte comment la convention de la perspective hérité de la peinture aurait pu être abandonnée, qu’elle ne l’a pas été et qu’elle a en fait modifier le rapport que la peinture entretenait avec ses sujets, ses thèmes ses motifs.

En nous expliquant comment le portrait est au cœur de la « révolution » sociale à laquelle la photographie donne lieu, elle interroge pour nous aussi bien la réalité nécessairement composite d’une image comme celle du petit Aylan dont le cadavre sur la plage de Lesbos a suscité tant de commentaires, que le statut et la fonction des selfies en particulier auprès des jeunes gens.

Alors, c’est toute la question de ce qui fait notre identité qui se trouve mise en perspective et nous voyons que malgré les avancées techniques, nous en savons toujours aussi peu sur nous-même. Nous sommes toujours hantés par le fait de donner à travers un choix d’images finalement restreint une image de nous-même qui corresponde à celle que flatteuse, mais inexacte parce que partielle, nous nous faisons de nous-même.

De l’image au quotidien à celles qui sous le nom de peintures vivent dans les musées, nous n’avons toujours pas su faire le pas qui nous conduirait à un apprentissage ouvert mais réel de la lecture des images.

Car aucune image ne trouve sa place en nous si elle n’a pas été accompagnée par les mots qui la commentent. Seuls ces mots nous permettent d’en ingérer et d’en intégrer les effets. Car l’image toujours reste un choc que seuls les mots, actifs dans notre chair même, nous permettent de transformer en une partie vivante de nous-même.