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	<title>TK-21 </title>
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	<description>TK-21 suit les nouvelles formes que prend le conflit entre mots et images. TK-21 d&#233;crypte la r&#233;alit&#233;, les ombres, les croyances. Images, appareils, soci&#233;t&#233;, cerveau, ville sont ses cinq vecteurs d'analyse.</description>
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		<title>TK-21 </title>
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		<title>VIII - L'image entre clone et virus </title>
		<link>http://www.tk-21.com/Seminaire-2011-2012-VIII-L-image</link>
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		<dc:date>2012-05-09T17:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Louis Poitevin</dc:creator>


		<dc:subject>Multim&#233;dia</dc:subject>
		<dc:subject>conf&#233;rence </dc:subject>
		<dc:subject>s&#233;minaire</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Le livre de W.J.T. Mitchell qui nous int&#233;resse aujourd'hui est, comme l'autre livre du m&#234;me, &lt;i&gt;Iconologie&lt;/i&gt;, un &#233;trange m&#233;lange de remarques tr&#232;s pertinentes et de th&#233;ories ambigu&#235;s.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://www.tk-21.com/2011-2012-Vivre-comme-une-image" rel="directory"&gt;2011-2012 &#034;Vivre comme une image&#034; Images et politique&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.tk-21.com/Multimedia" rel="tag"&gt;Multim&#233;dia&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tk-21.com/conference" rel="tag"&gt;conf&#233;rence &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tk-21.com/seminaire" rel="tag"&gt;s&#233;minaire&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH113/arton413-bd41d.jpg?1772198833' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le livre de W.J.T. Mitchell qui nous int&#233;resse aujourd'hui est, comme l'autre livre du m&#234;me, &lt;i&gt;Iconologie&lt;/i&gt;, un &#233;trange m&#233;lange de remarques tr&#232;s pertinentes et de th&#233;ories ambigu&#235;s.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_5136 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L210xH314/iconologie-cb30f.jpg?1509821224' width='210' height='314' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Introduction&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le livre de W.J.T. Mitchell qui nous int&#233;resse aujourd'hui est, comme l'autre livre du m&#234;me, &lt;i&gt;Iconologie&lt;/i&gt;, un &#233;trange m&#233;lange de remarques tr&#232;s pertinentes et de th&#233;ories ambigu&#235;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce livre tend &#224; t&#233;moigner d'un basculement qui concerne notre monde et dans ce monde, des relations qu'entretiennent mots et images. Ce qu'il y a de commun entre mots et images, c'est le fait qu'ils servent les uns comme les autres &#224; porter des affects et &#224; forger et transmettre des connaissances. Ils permettent aussi de mettre en relation des &#233;l&#233;ments d'&#233;chelle diff&#233;rents et des &#233;l&#233;ments provenant d'univers diff&#233;rents. Mots et images sont les vecteurs, mais aussi la mesure de l'incommensurable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui constitue le c&#339;ur de la r&#233;flexion de Mitchell, c'est une interrogation singuli&#232;re, manifestation d'une crainte, voire d'une angoisse, qui tourne autour des fonctions et de la puissance de la m&#233;taphore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous vivons avec par et en quelque sorte dans un monde rempli de m&#233;taphores. Si l'on en croit J. Jaynes, elle est le &#171; fondement &#187; du langage et donc de la pens&#233;e et si l'on se tourne vers Mitchell, elle appara&#238;t comme le point commun entre images et mots, les uns et les autres &#233;tant pris dans le mouvement de traduction g&#233;n&#233;ralis&#233;e sans lequel nous n'existerions pas. Mais il voit pointer dans le jeu complexe qui emporte notre r&#233;alit&#233; aujourd'hui un ph&#233;nom&#232;ne &#171; nouveau &#187; qui conduit &#224; une sorte d'invagination des m&#233;taphores ou de certaines d'entre elles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#233;taphore du clone joue un r&#244;le majeur dans ce mouvement de retour sur soi qui est indissociable de toute m&#233;taphore. Ce mouvement de retour sur soi est un ph&#233;nom&#232;ne qui dans la conscience permet &#224; celle-ci de s'assurer &#224; la fois des formes de la reconnaissance et des d&#233;placements permettant de relancer la connaissance, mais c'est aussi le mode de fonctionnement des affects &#224; l'int&#233;rieur du psychisme que de faire retour sur ce psychisme. C'est m&#234;me leur caract&#233;ristique majeure que de venir troubler la conscience, que l'affect soit li&#233; &#224; un &#233;v&#233;nement ext&#233;rieur ou int&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pr&#233;cis&#233;ment ce double point de croisement qui pose probl&#232;me en g&#233;n&#233;ral dans les relations entre mots et images, et &#224; Mitchell en particulier. Car si une forme d'&#233;cart est, dans le cas de la connaissance et de la reconnaissance, le signe d'un bon fonctionnement du dispositif de la conscience, dans l'autre cas on a affaire &#224; une structure de type bipolaire. L'&#233;cart devient alors la manifestation d'une schize.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec la m&#233;taphore du clone en particulier, qui est ici &#224; la fois un acteur du ph&#233;nom&#232;ne en question et une de ses manifestations, Mitchell rel&#232;ve l'existence dans le champ des images et &#224; partir de lui d'un ph&#233;nom&#232;ne qu'il nomme litt&#233;ralisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d'autres termes, il existe dans notre monde hypertechnologique une tendance forte &#224; ce que les m&#233;taphores deviennent en quelque sorte &#171; r&#233;elles &#187; et donc qu'elles aient des effets dans la r&#233;alit&#233;. C'est comme si le d&#233;placement qu'est la m&#233;taphore et auquel elle donne une consistance, d&#233;placement qui est une des formes de projection du sujet sur le monde, avait lieu une seconde fois de mani&#232;re plus ou moins automatique &#224; l'envers, en retour donc. Ainsi l'image &#224; laquelle aboutit la m&#233;taphore devient &#224; son tour &#233;mettrice et on assiste &#224; un envoi ou un renvoi d'information. La mani&#232;re dont cette &#171; information &#187; se concr&#233;tise ou fonctionne est per&#231;ue par Mitchell &#171; comme &#187; r&#233;elle et en tout cas &#224; prendre comme porteuse d'une forme de litt&#233;ralit&#233;, celle du sens ou celle de la pr&#233;sence mat&#233;rielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'insiste ici sur le &#171; comme &#187;, que j'ajoute, mais c'est qu'il semble que Mitchell ne prend pas en compte ce &#171; comme &#187; ou seulement &#224; la marge. Il &#171; croit &#187; &#224; ce sens litt&#233;ral, &#224; son existence ou &#224; sa manifestation, lors m&#234;me qu'il me semble que ce nous avons compris du fonctionnement de l'image et du fonctionnement crois&#233; de l'image et du texte, c'est qu'il n'y a rien qui existe comme un tel sens litt&#233;ral, mais que nous &#233;tions pris dans le jeu infini des m&#233;taphores comme poissons dans une nasse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par contre, il y a bien des effets de retour qui semblent n'avoir pas la m&#234;me signification d&#232;s lorsqu'ils concernent la connaissance ou les affects, et que les images semblent participer &#224; cette &#171; sur-affectation &#187; du monde et de la relation au monde, processus dans lequel la peur semble jouer un r&#244;le de premier plan. Mitchell s'accorde, lui, sur l'existence d'une forme de litt&#233;ralit&#233; du mot qui pr&#233;c&#232;de son devenir m&#233;taphore, et il peut donc envisager que l'effet en retour participe d'un processus de relitt&#233;ralisation ou de retour vers un sens litt&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous questionnerons par la suite la peur propre &#224; Mitchell concernant ce mouvement de retour &#224; la litt&#233;ralit&#233; et nous tenterons de comprendre si cette figure est valide pour dire ce qui nous arrive aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5120 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH352/dinosaure-fnl-d4f46.jpg?1509821224' width='500' height='352' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;I - Litt&#233;ral et m&#233;taphorique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La m&#233;taphore centrale de ce livre est celle du clone. Voil&#224; ce qu'il en dit, ou plut&#244;t la d&#233;finition qu'en donne l'&lt;i&gt;Oxford English Dictionnary&lt;/i&gt; : &#171; Tout amas de cellules ou d'organismes engendr&#233; de mani&#232;re asexu&#233;e &#224; partir d'un anc&#234;tre unique engendr&#233; de mani&#232;re sexu&#233;e &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mitchell Cloning terror, p. 56&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Un peu plus loin il poursuit : &#171; Lorsque l'&lt;i&gt;Oxford English Dictionnary&lt;/i&gt; d&#233;laisse les acceptions &#171; litt&#233;rales &#187; du clonage au profit d'usages &#171; figur&#233;s &#187; ou m&#233;taphoriques, nous d&#233;couvrons la d&#233;finition suivante : &#171; Personne ou animal issu d'une cellule somatique du parent et qui partage l'identit&#233; g&#233;n&#233;tique de ce parent ; &#233;galement (fam.) personne qui en imite une autre, en particulier servilement. &#187; Ces d&#233;finitions impliquent deux &#233;tapes distinctes de m&#233;taphorisation par rapport au sens litt&#233;ral du mot : 1) l'application &#224; une personne ou &#224; un &#171; animal &#187; par opposition (peut-on supposer) &#224; une plante, voire &#224; des organismes unicellulaires &#8211; lesquels figurent &#224; l'extr&#233;mit&#233; du spectre &#171; animal &#187; ; 2) l'emploi familier d&#233;signant l'imitation ou la copie, plus particuli&#232;rement une copie &#171; servile &#187; d&#233;pourvue de toute ing&#233;niosit&#233;. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Op. cit., p. 56-57.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;W.J.T. Mitchell termine son paragraphe par cette remarque pour le moins ambigu&#235; : &#171; Tout semble indiquer qu'une &#233;volution historique et technique a transform&#233; le m&#233;taphorique (car hypoth&#233;tique et sp&#233;culatif) en r&#233;alit&#233; litt&#233;rale. &#187; Et quelques lignes plus bas, il &#233;crit : &#171; La distinction se fonde (litt&#233;ralement) sur le contraste entre mots et images, entre signes arbitraires d'un syst&#232;me d'&#233;criture et signes iconiques d'une repr&#233;sentation graphique. Parfois associ&#233;e au sens &#171; propre &#187; ou direct d'un &#233;nonc&#233;, l'acception litt&#233;rale s'oppose au caract&#232;re &#171; impropre &#187; du sens figur&#233;. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Op. cit., p. 57.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il me semble qu'il laisse entendre qu'il croit que le mot chien a un jour mordu !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La simplicit&#233; de ce partage et son apparente &#171; &#233;vidence &#187; constituent le v&#233;ritable pi&#232;ge que nous tend la pens&#233;e de W.J.T. Mitchell. Nous allons y consacrer, en filigrane, l'essentiel de cette analyse, car cette &#171; &#233;vidence &#187; semble permettre d'&#233;vacuer des questions qui pourraient se r&#233;v&#233;ler plus importantes, comme celle de prendre la mesure de cette schize dont nous avons maintes fois constat&#233; la pr&#233;sence et qui chez W.J.T. Mitchell est &#233;voqu&#233;e mais consid&#233;r&#233;e au mieux comme un aspect secondaire dans l'&#233;tat ou le fonctionnement crois&#233; de la conscience et des images.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'image comme repr&#233;sentation ou figure serait un signe naturel, fond&#233; sur la similitude et sur la ressemblance, et le mot, comme signe arbitraire, serait &#224; la narration mais renverrait &lt;i&gt;in fine&lt;/i&gt; aussi au sens propre ou litt&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son livre &lt;i&gt;Iconologie&lt;/i&gt;, apr&#232;s avoir analys&#233; les th&#233;ories de Goodman, Gombrich, et Lessing, il &#233;voque Burke et son livre intitul&#233; &lt;i&gt;Recherche&lt;/i&gt; et montre en quoi ce dernier propose une sorte de synth&#232;se conduisant &#224; une double th&#233;orie du sublime. &#171; L'une fond&#233;e sur l'imagination les m&#233;canismes de la sensation, est principalement r&#233;gie par des m&#233;taphores visuelles picturales &#8211; t&#233;n&#232;bres, lumi&#232;re, obscurit&#233; et clart&#233;. L'autre plus pr&#233;gnante dans la derni&#232;re section de la recherche, est r&#233;solument antivisuelle, antipicturale et emploie la terminologie du sentiment, de la sympathie, de la substitution et de l'association d'usage. En termes de rh&#233;torique moderne, nous dirions de la premi&#232;re th&#233;orie qu'elle est fond&#233;e sur la m&#233;taphore, la similitude et la ressemblance ; et de la seconde qu'elle est m&#233;tonymique, fond&#233;e sur des liens de convention et d'usage. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;W.J.T. Mitchell, Iconologie, p. 218.&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;W.J.T. Mitchell ne cesse de glisser d'un domaine &#224; l'autre, transportant un &#233;l&#233;ment d'un bord avant de le transporter de l'autre, tissant ainsi certes les liens entre mots et images, mais ajoutant une forme de confusion l&#224; o&#249; l'on pourrait, si cela est possible, attendre une plus grande pr&#233;cision.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tout cas, nous retrouvons des termes et un syst&#232;me de partage que nous connaissons bien. Nous ne cherchons pas &#224; opposer images et mots comme repr&#233;sentants de deux modes de figuration et d'acc&#232;s au sens qui seraient &#224; jamais incompatibles. Nous cherchons plut&#244;t &#224; montrer leur compl&#233;mentarit&#233; ou leur inextricable liaison dans le psychisme, ce qui n'exclut en rien en effet de tenter de comprendre en quoi ils peuvent &#234;tre diff&#233;rents et fonctionner parfois de mani&#232;re oppos&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes distinguer, cribler, analyser, critiquer, donc, est essentiel pour parvenir &#224; la pr&#233;sentation des forces en pr&#233;sence dans leur combat constant qui traverse, mais aussi constitue le psychisme. Mais cette distinction ne doit pas nous faire oublier pr&#233;cis&#233;ment cette dimension psychique qui est &#224; la fois le facteur unifiant et le facteur discriminant dans cette question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revenons &#224; W.J.T. Mitchell. Il organise sa r&#233;flexion autour d'un pr&#233;suppos&#233;, l'existence d'un sens litt&#233;ral, celui auquel la science aurait recours et sur laquelle elle fonderait la l&#233;gitimit&#233; de ses analyses. L'image serait le vecteur d'un glissement du litt&#233;ral vers le m&#233;taphorique. Mais ce mouvement est r&#233;versible. Un iconologiste &#171; doit examiner comment le litt&#233;ral devient m&#233;taphorique et le m&#233;taphorique litt&#233;ral &#8211; ce processus inverse correspondant au ph&#233;nom&#232;ne de la &#171; m&#233;taphore morte &#187; (pied de table, bras de fauteuil, ou &#171; corps politique &#187;). &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Op. cit., p. 58.&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revenons un instant &#224; la suite d'un passage pr&#233;c&#233;demment cit&#233;. Au sujet du sens figur&#233; W.J.T. Mitchell ajoute, page 57, qu'il &#171; s'&#233;tend par-del&#224; la signification normale ; il implique un &#034;tournant&#034;, un &#034;trope&#034;, une &#034;figure de la pens&#233;e&#034; qui arrache le sens litt&#233;ral de son domaine propre (la biologie par exemple) pour l'implanter dans la sph&#232;re de la culture et du comportement humain. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Op. cit., p. 57.&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il semble que W.J.T. Mitchell perde si l'on peut dire le sens originel (sinon litt&#233;ral, c'est pour rire !) de la m&#233;taphore, ou plus exactement qu'il la r&#233;duise &#224; l'un de ses aspects, l'arrachement avec transfert orient&#233;, plut&#244;t que de garder la fonction majeure qui est celle de l'&#233;tablissement d'une relation entre deux termes. L'un de ces termes est mieux connu que l'autre et leur rapprochement permet pr&#233;cis&#233;ment d'avancer vers, ou dans l'inconnu et de se figurer que cet inconnu n'est pas compl&#232;tement inhospitalier, hostile ou dangereux, mais qu'il peut &#234;tre investi, qu'il eut &#233;t&#233; appr&#233;hend&#233; comme quelque chose de proche ou de relativement proche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et l'image sert &#224; cela aujourd'hui aussi bien que les mots et m&#234;me mieux que les mots. Il suffit pour cela de penser &#224; ces images qui nous arrivent, si l'on peut dire, de la lune et du cosmos, nous permettant de voir un lever de terre de la lune ou les formes magnifiques d'amas d'&#233;toiles ou le moment incroyable o&#249; un trou noir avale une &#233;toile, par exemple. Il en va de m&#234;me pour les images de l'infiniment petit ou du corps qui peut &#234;tre aujourd'hui appr&#233;hend&#233; dans ses parties les plus secr&#232;tes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et en effet, les images servent aussi &#224; rapprocher de nous des &#233;v&#233;nements ou des faits, des &#233;l&#233;ments ou des situations qui sont dangereux, tragiques ou inacceptables, insupportables, terrifiantes m&#234;me, comme peuvent l'&#234;tre des images de catastrophes dans lesquelles la mort est en jeu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il existe aussi des images plus ambigu&#235;s comme images, mais dont la puissance &#233;motionnelle et affective est encore plus importante. Elles sont alors li&#233;es &#224; un contexte &#224; la fois particulier, celui du lieu de leur point de vue et global, celui de la situation &#224; laquelle elles participent et dans laquelle elles prennent place et qu'elles servent &#224; modifier, &#224; amplifier le plus souvent. C'est en particulier le cas des images de crimes, d'assassinats ou de tortures, celles dont se pr&#233;occupe ici dans la derni&#232;re partie de son livre W.J.T. Mitchell.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis, autour de cette terreur potentielle projet&#233;e et r&#233;elle, W.J.T. Mitchell d&#233;veloppe une longue r&#233;flexion. Il pose deux notions pour tenter d'approcher cette question, l'indicible et l'inimaginable, deux termes qui lui permettent de faire fonctionner le couple mot / image dans tous les registres engendr&#233;s par la situation actuelle dans laquelle domine la multiplication des images par &#171; clonage &#187;, et qui, par un glissement de sens courant les fait devenir elles-m&#234;mes des clones.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-&#234;tre est-ce l&#224; que se situe le point central du dispositif qui permet &#224; W.J.T. Mitchell de questionner les pr&#233;gnances des images en relation avec leur capacit&#233; &#224; produire du sens. Ce passage de l'univers des mots &#224; celui des images est l&#233;gitim&#233; et il contient en lui ou est &#233;quivalent au passage du litt&#233;ral au m&#233;taphorique. Il est possible d'inf&#233;rer que le mouvement en retour est possible qui va de l'image au mot ou des images aux mots. Un tel mouvement, facile &#224; prouver, permet de supposer que le mouvement en retour affecte aussi la relation entre le m&#233;taphorique et le litt&#233;ral et permet de penser qu'une r&#233;tro-mutation du m&#233;taphorique en litt&#233;ral est possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref il met en place un syst&#232;me analogique ou super m&#233;taphorique qui prend en compte la logique du clonage pour l'appliquer &#224; la double relation mot / image et litt&#233;ral / m&#233;taphorique.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5121 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://www.tk-21.com/IMG/jpg/kosuth-2-fnl.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH331/kosuth-2-fnl-1ee35.jpg?1509821224' width='500' height='331' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;II - Le clone, la m&#233;taphore et le retrait&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Revenons donc au clone. Ce terme fonctionne sur deux niveaux, celui de la duplication et celui de la multiplication. Dans un cas, on est en effet du c&#244;t&#233; du double et de l'autre du c&#244;t&#233; de la prolif&#233;ration. Le croisement des deux nous conduit face &#224; la prolif&#233;ration du double, c'est-&#224;-dire du similaire ou de l'identique, car un double de double est toujours un double, une copie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ce qui se perd avec le clone, c'est d'une certaine mani&#232;re l'original, l'acc&#232;s &#224; l'original, et donc le lien suppos&#233; entre litt&#233;ral et m&#233;taphorique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui inqui&#232;te W.J.T. Mitchell, c'est le fait que le sens litt&#233;ral ou l'acc&#232;s &#224; ce sens se perde, que la porte d'entr&#233;e vers ce sens soit comme noy&#233;e sous une mar&#233;e de clones ou interdite ou d&#233;truite par l'invasion d'arm&#233;es de clones.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et si cette fiction du litt&#233;ral &#233;tait pr&#233;cis&#233;ment une fiction ? Dans ce cas ne serait-ce pas celle de l'&#234;tre, ou celle invent&#233;e par l'ontologie ? Cela ne lui enl&#232;verait pas sa puissance ni son existence, en effet. Mais si le litt&#233;ral n'existait pas ? S'il &#233;tait plut&#244;t le fruit d'une volont&#233;, fort ancienne de fixer ou de figer le sens, toujours active elle, mais toujours aussi probl&#233;matique dans le jeu de la pens&#233;e ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#233;taphore est un &#233;l&#233;ment de transport, un moyen de transport. Mais &#224; peine a-t-on constat&#233; cela, que l'on doit remarquer qu'il n'est pas possible de parler de la m&#233;taphore d'une mani&#232;re qui ne soit pas m&#233;taphorique. La boucle est &#224; la fois boucl&#233;e et reprise, identique et d&#233;multipli&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;but du texte de Derrida &#171; Le retrait de la m&#233;taphore &#187;, dans &lt;i&gt;Psych&#233;, l'invention de l'autre&lt;/i&gt; (&#201;ditions Galil&#233;e, 1992), parle dans ce sens. &#171; J'essaie de parler de la m&#233;taphore, de dire quelque chose de propre ou de litt&#233;ral &#224; son sujet, de la traiter comme mon sujet mais je suis, par elle, si on peut dire, oblig&#233; &#224; parler d'elle &lt;i&gt;more metaphorico&lt;/i&gt;, &#224; sa mani&#232;re &#224; elle. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Op. cit., p. 64.&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons ce qu'en dit Du Marsais : &#171; la m&#233;taphore est une esp&#232;ce de trope ; le mot dont on se sert dans la m&#233;taphore est pris dans un autre sens que le sens propre : il est, pour ainsi dire, dans une demeure emprunt&#233;e, dit un ancien, ce qui est commun et essentiel &#224; tous les tropes. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cit&#233; par Derrida, op. cit. p. 75.&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moyen de transport, demeure dont on est arrach&#233; et qui d&#233;signe alors ce qui pr&#233;c&#232;de comme &#233;tant ou ayant &#233;t&#233; la demeure, on voit se dessiner le parcours et ce qui peut para&#238;tre comme relevant du propre ou du litt&#233;ral dans ce regard r&#233;trospectif. Ce regard, rendu possible par le d&#233;placement ou l'arrachement constitue en ce qu'il le fait appara&#238;tre le propre comme ce qui a &#233;t&#233; perdu et qu'il faudrait alors peut-&#234;tre retrouver, chercher &#224; retrouver ou ne pas chercher &#224; retrouver. C'est en tout cas ce qui se dessine chez W.J.T. Mitchell.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec Derrida, la question est celle d'un drame, car il y a bien un drame qui se noue :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Le drame, car ceci est un drame, c'est que m&#234;me si je d&#233;cidais de ne plus parler m&#233;taphoriquement de la m&#233;taphore, je n'y arriverais pas, elle continuerait &#224; se passer de moi pour me faire parler, me ventriloquer, me m&#233;taphoriser. Comment ne pas parler ? Autres mani&#232;res de dire, autres mani&#232;res de r&#233;pondre, plut&#244;t, &#224; mes premi&#232;res questions. Que se passe-t-il avec la m&#233;taphore ? Eh bien, tout, il n'est rien qui ne se passe avec la m&#233;taphore et par m&#233;taphore ? Tout &#233;nonc&#233; au sujet de quoi que ce soit qui se passe, y compris la m&#233;taphore, sera un produit non sans m&#233;taphore. Il n'y aura pas eu de m&#233;taphorique suffisamment consistante pour dominer tous ses &#233;nonc&#233;s. Et qu'est-ce qui se passe de la m&#233;taphore ? Rien, donc, et il faudrait dire que la m&#233;taphore se passe de tout autre, ici de moi, au moment m&#234;me o&#249; elle para&#238;t passer par moi. Mais si elle se passe de tout ce qui ne se passe pas sans elle, peut-&#234;tre qu'en un sens insolite elle se passe d'elle-m&#234;me, elle n'a plus de nom, de sens propre ou litt&#233;ral, ce qui commencerait &#224; vous rendre lisible telle figure double de mon titre (le retrait de la m&#233;taphore) : en son retrait, il faudrait dire en ses retraits, la m&#233;taphore peut-&#234;tre se retire, se retire de la sc&#232;ne mondiale, et s'en retire au moment de sa plus envahissante extension, &#224; l'instant o&#249; elle d&#233;borde toute limite. Son retrait alors aurait la forme paradoxale d'une insistance indiscr&#232;te et d&#233;bordante, d'une r&#233;manence surabondante, d'une r&#233;p&#233;tition intrusive, marquant toujours d'un trait suppl&#233;mentaire, d'un tour de plus d'un retour et de retrait le trait qu'elle aura laiss&#233; &#224; m&#234;me le texte. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Op. cit., p. 65.&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; croire que W.J.T. Mitchell envisage en fait de tenter de r&#233;pondre &#224; ce questionnement de Derrida en faisant de ce retrait une sorte de cons&#233;quence ou d'effet du conflit entre mots et images, donnant aux uns la puissance du litt&#233;ral et aux autres la puissance maligne d'activer le retrait de la m&#233;taphore, retrait qui impliquerait l'impossibilit&#233; devenir r&#233;elle d'acc&#233;der au litt&#233;ral, celui des faits, celui du sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant Derrida ne dit pas si la m&#233;taphore est li&#233;e &#224; l'image ou aux mots ou si elle est prise dans ce jeu infini de la duplication, celui que jouent les images ou plus exactement que les appareils permettent de produire au moyen des images et finalement aussi au moyen des mots.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons les derni&#232;res phrases du texte de Derrida avant de revenir &#224; W.J.T. Mitchell et &#224; notre interrogation sur les relations mots / images :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Le retrait n'est ni une chose, ni un &#233;tant, ni un sens. Il se retire et de l'&#234;tre de l'&#233;tant comme tel et du langage, sans &#234;tre ni &#234;tre dit ailleurs ; il entame la diff&#233;rence ontologique elle-m&#234;me [...] Qu'est-ce qui se passe ? aurons-nous demand&#233; en entamant ce discours. Rien, pas de r&#233;ponse, sinon que de la m&#233;taphore le retrait se passe et de lui-m&#234;me. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Op. cit., p. 92-93.&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On le comprend, m&#234;me disparaissant la m&#233;taphore ne nous laisse pas en paix. Mais est-ce que les troubles auxquels nous sommes sujets et qui seraient li&#233;s selon W.J.T. Mitchell &#224; la confrontation avec l'indicible et l'inimaginable, sont des effets de ce retrait ? Quelle est cette angoisse qui nous assaille lorsque nous voyons des images de guerre de terreur ? Est-ce que ce sont les images qui en sont la source ou un processus plus complexe dans lequel ce ne serait ni les images en tant que telles ni les mots en tant que tels, mais certains &#233;tats de leurs relations complexes qui seraient en cause ?&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5122 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://www.tk-21.com/IMG/jpg/newman-fnl.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH422/newman-fnl-9b266.jpg?1509821224' width='500' height='422' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;III - L'image bipolaire&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Alors qu'il &#233;voque la question de l'immunit&#233; et du sens de ce mot &#224; la fois &#233;tymologiquement, m&#233;taphoriquement et dans le discours de Derrida, W.J.T. Mitchell parle du &#171; caract&#232;re bipolaire de la m&#233;taphore fondatrice que suppose la figure derridienne, &#224; savoir la figure du corps politique &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Op. cit., p. 82.&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il dit tenir cette id&#233;e de bipolarit&#233; de Hans Belting qui parle lui d'image bipolaire sans dire dans quel texte. Dommage !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais qu'est donc cette bipolarit&#233; ? Et est-ce bien une image ? N'est-ce qu'une image ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est temps de dire que l'on ne cesse de passer sur au moins quatre niveaux dans le texte W.J.T. Mitchell, quatre niveaux qui pourraient en gros correspondre &#224; quatre type d'images.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a l'image mat&#233;rielle, la picture en quelque sorte, l'image verbale, la m&#233;taphore donc, mais aussi l'image mentale de type concept, et enfin l'image mentale de type projective ou imaginative si l'on veut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment distinguer entre elles si l'on s'en tient aux effets qu'elles produisent dans l'esprit de celui qui les re&#231;oit ou les produit ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette image bipolaire est en fait une synecdoque accompagn&#233;e d'une synecdoque renvers&#233;e. On prend la partie pour le tout, puis le tout pour la partie. C'est cette r&#233;versibilit&#233; qui interpelle W.J.T. Mitchell.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La synecdoque (du grec sunekdokh&#233;, compr&#233;hension simultan&#233;e ) est une m&#233;tonymie particuli&#232;re pour laquelle la relation entre le terme donn&#233; et le terme &#233;voqu&#233; constitue une inclusion ou une d&#233;pendance, mat&#233;rielle ou conceptuelle.&lt;br class='autobr' /&gt;
La synecdoque est essentiellement quantitative alors que la m&#233;tonymie est qualitative. Lorsqu'elle exprime le plus pour le moins, elle est habituellement dite g&#233;n&#233;ralisante, croissante ou expansive (ex : le tout pour la partie) ; dans le cas inverse (ex : la partie pour le tout), elle est dite particularisante, d&#233;croissante ou restrictive. Stylistiquement, la synecdoque g&#233;n&#233;ralisante tend vers l'abstraction, alors que la synecdoque particularisante tend vers le pittoresque.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une large tradition range dans la m&#234;me cat&#233;gorie la m&#233;tonymie, trope complexe obtenu par la conjonction de deux synecdoques. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Ou encore : &#171; La m&#233;tonymie et la synecdoque sont des figures par substitution. La rh&#233;torique distingue divers types de figures : figures par substitution (m&#233;tonymie, synecdoque) ; figures par analogie (comparaison, m&#233;taphore, personnification, ...) ; figures par opposition (oxymore, antith&#232;se, paradoxe, antiphrase...) ; figures d'att&#233;nuation ou d'amplification (euph&#233;misme, litote, hyperbole, gradation...) ; figures de syntaxe (asynd&#232;te, anacoluthe, hypallage, zeugma...), etc.&lt;br class='autobr' /&gt; La m&#233;tonymie consiste &#224; substituer au nom attendu un autre nom, que la logique ou l'exp&#233;rience empirique permettent d'associer au pr&#233;c&#233;dent. Exemples emprunt&#233;s au langage courant : &#034;boire un verre&#034; (d&#233;signation du contenu par le contenant) ; &#034;manquer de t&#234;te&#034;, &#034;avoir du c&#339;ur&#034; (une qualit&#233; morale est d&#233;sign&#233;e par la partie du corps sens&#233;e en &#234;tre le si&#232;ge) ; &#034;acheter un cantal&#034; (on utilise le nom du lieu pour d&#233;signer la chose qu'on y fabrique) ; &#034;Londres adresse une protestation&#034; (le nom de la ville pour le gouvernement qui y si&#232;ge) ; &#034;contempler un bronze de Rodin&#034;, &#034;nettoyer les cuivres de la maison&#034; (la mati&#232;re pour l'objet) ; etc.&lt;br class='autobr' /&gt;
La synecdoque est une figure de substitution particuli&#232;re consistant &#224; utiliser la partie pour le tout (ou le tout pour la partie) ; le genre pour l'esp&#232;ce (ou l'esp&#232;ce pour le genre) etc. Exemples : &#034;Il d&#233;couvrit de nouveaux visages&#034; (pour &#034;des personnes nouvelles&#034;) ; &#034;un troupeau de plusieurs centaines de t&#234;tes&#034; (pour &#034;de b&#234;tes&#034;) ; &#034;faire de la voile&#034; (pour &#034;du bateau &#224; voile&#034;) ; &#034;un trois m&#226;ts&#034; (pour &#034;un voilier poss&#233;dant trois m&#226;ts&#034;). &lt;br class='autobr' /&gt;
La synecdoque est donc une esp&#232;ce de m&#233;tonymie, par laquelle on donne une signification particuli&#232;re &#224; un mot (qui dans le sens propre a une signification plus g&#233;n&#233;rale ou plus particuli&#232;re). En un mot, dans la m&#233;tonymie, je prends un nom pour un autre, au lieu que dans la synecdoque, je prends le plus pour le moins, ou le moins pour le plus. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C. Du Marsais, Des tropes, II, &#171; La synecdoque &#187;.&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette r&#233;versibilit&#233; s'accompagne d'une ind&#233;cidabilit&#233;. Le sens pr&#233;cis, le sens litt&#233;ral, s'efface en quelque sorte au profit du chatoiement des significations vari&#233;es ou d'un encha&#238;nement incontr&#244;lable des significations. Le lien qui les unit est en quelque sorte bris&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'image bipolaire a pour effet de produire une situation dans laquelle le sens litt&#233;ral n'est plus possible, o&#249; seules deux images r&#233;sonnent entre elles : l'une biom&#233;dicale, l'autre politique. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;W.J.T. Mitchell, op. cit., p. 83.&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En quoi est-ce important que le sens litt&#233;ral qui n'est que le sens ancien soit rendu impossible ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question, c'est de savoir ce qui se passe entre les deux sens actuels, le biom&#233;dical et le politique si l'on parle de l'immunit&#233; ou du syst&#232;me immunitaire ? Et ce qui se passe, c'est une sorte de court-circuit des fonctions. Ou si l'on veut un fonctionnement en boucle bien que W.J.T. Mitchell n'emploie pas cette image, qui par contre, on s'en souvient, est d&#233;velopp&#233;e dans une longue note de bas de page par Derrida au sujet des images de l'effondrement des tours le 11 septembre 2001.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui importe, c'est donc de constater que ces images bipolaires sont en fait des mixtes de mots et d'images qui s'enroulent les uns autours des autres, des m&#233;langes de significations qui se mettent &#224; fonctionner de mani&#232;re contradictoire lors m&#234;me qu'ils sont cens&#233;s parler de la m&#234;me chose sinon dire la m&#234;me chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, il s'agit plut&#244;t d'une sorte de pi&#232;ge qui est li&#233; &#224; la capacit&#233; des images de supporter un contenu verbal ou textuel contradictoire avec le message qu'elles v&#233;hiculent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bipolarit&#233;, me semble-t-il, vient du fait que &#224; partir d'un m&#234;me support qui est toujours un m&#233;lange d'image et de texte, cela se met &#224; signifier dans deux directions oppos&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exemple le plus simple est sans doute celui de ces publicit&#233;s pour de la nourriture ou des boissons qui incitent &#224; l'&#233;vidence &#224; en consommer et qui sont in&#233;vitablement accompagn&#233;es de textes ou de recommandations orales signalant le danger qu'il y a de faire ce que l'on incite &#224; faire par les images et les textes du message du premier niveau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faudrait traquer sans fin les incarnations de ce &#171; double-bind syst&#232;me &#187; et en effet, le terrorisme a constitu&#233; dans le champ de la gouvernance, le vecteur le plus efficace de la mise en place d'une tension interne au syst&#232;me des signes, images et textes m&#234;l&#233;s, qui conduit &#224; ce que l'on se demande sans fin lequel des deux privil&#233;gier ou duquel des deux il faudrait se d&#233;barrasser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est vrai la question iconoclaste hante l'Europe et l'occident depuis toujours et c'est elle qui ne cesse de resurgir ici. Mais si la repr&#233;sentation sur un mur d'&#233;glise d'une fresque repr&#233;sentant le ciel le purgatoire et l'enfer pouvait faire na&#238;tre des angoisses chez les fid&#232;les cette angoisse trouvait une sorte d'exutoire possible de solution possible dans le fait de croire au paradis. Cela ne se pouvait qu'&#224; accompagner cette croyance d'un comportement ad&#233;quat ou du moins de la tentative d'y parvenir, lors m&#234;me que ce programme de redressement moral pouvait &#234;tre travaill&#233; par des contradictions entre la lettre et l'esprit, et la lettre et l'image, certains des plaisirs r&#233;els pouvant, on le sait, &#234;tre associ&#233;s &#224; des images de l'enfer lors m&#234;me que les images du paradis pouvaient, elles, appara&#238;tre comme fades ou ennuyeuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref il y avait d&#233;j&#224; l&#224; des enjeux forts dans l'articulation entre des registres contradictoires &#224; l'int&#233;rieur d'un discours g&#233;n&#233;ral fait ou port&#233; &#224; la fois par des mots et des images.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le v&#233;ritable enjeu est donc ce ph&#233;nom&#232;ne de retour &#224; l'envoyeur en quelque sorte de l'image ou du texte sur celui qui le re&#231;oit afin que cela ne le laisse pas indemne justement et l'affectant profond&#233;ment cela modifie sa mani&#232;re soit de percevoir l'image soit le message qu'elle v&#233;hicule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Francis Bacon avait parfaitement compris cela qui d&#233;veloppait une th&#233;orie radicale de l'imagination et partant de l'image.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5123 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://www.tk-21.com/IMG/jpg/francis-bacon-fnl.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH588/francis-bacon-fnl-f9d74.jpg?1772198834' width='500' height='588' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans une interview avec Marguerite Duras, Bacon d&#233;clarait : &#171; Vous comprenez le sujet est toujours le m&#234;me ; c'est le changement de l'imagination technique qui peut faire se &#171; retourner &#187; le sujet sur le syst&#232;me nerveux personnel. Imaginez des sc&#232;nes extraordinaires, ce n'est pas int&#233;ressant du tout du point de vue de la peinture, &#231;a n'est pas l'imagination. L'imagination v&#233;ritable est construite par l'imagination technique. Le reste c'est l'imagination imaginaire, &#231;a ne m&#232;ne nulle part [...] L'imagination technique c'est l'instinct qui travaille hors des lois pour retourner le sujet sur le syst&#232;me nerveux avec la force de la nature. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Marguerite Duras, Outside, p. 265-266.&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a chez Bacon au moins deux niveaux de l'image correspondant &#224; deux strates du psychisme, l'une qui est image dite mentale et l'autre qui est image capable d'entrer en contact direct avec le syst&#232;me nerveux. Voici quelques phrases tir&#233;es des entretiens avec David Sylvester :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Il s'agit d'une tentative pour que la figuration atteigne le syst&#232;me nerveux de mani&#232;re plus violente.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Op. cit., p. 18.&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Est-ce qu'on peut, en fait, analyser la diff&#233;rence entre la peinture qui transmet directement et la peinture qui transmet &#224; travers l'illustration ? Ce probl&#232;me-l&#224; est tr&#232;s, tr&#232;s difficile &#224; mettre en mots. C'est quelque chose qui a &#224; voir avec l'instinct. C'est une affaire tr&#232;s, tr&#232;s serr&#233;e et difficile que de savoir pourquoi une peinture touche directement le syst&#232;me nerveux, alors qu'une autre peinture vous raconte l'histoire en un long discours qui passe par le cerveau. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Op. cit., p. 24.&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On le sait, la question qui est au c&#339;ur des r&#233;flexion de Bacon porte sur la diff&#233;rence de statut entre photographie et peinture, ce qui n'est pas notre sujet aujourd'hui et qui pourtant est au c&#339;ur des r&#233;flexions de W.J.T. Mitchell du moins dans sa tentative de comprendre en quoi des images m&#233;diatis&#233;es sont capables pr&#233;cis&#233;ment de produire des effets de l'ordre de celui qu'&#233;voque Bacon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la question de savoir pourquoi les photographies l'int&#233;ressent tant, Bacon r&#233;pond : &#171; Je crois que le sentiment qu'on a de l'apparence subit constamment l'atteinte de la photographie et du film. De sorte que, quand on regarde quelque chose, on ne la regarde pas que d'une fa&#231;on directe, on la regarde aussi &#224; travers l'attaque d&#233;j&#224; faite par la photographie et par le film. Et dans 99% des cas je trouve que les photographies sont beaucoup plus int&#233;ressantes qu'une peinture soit abstraite soit figurative. Elles m'ont toujours hant&#233;. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Op. cit., p. 36.&#034; id=&#034;nh17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi voit-on ce qui rapproche la position de Bacon de ce qu'analyse W.J.T. Mitchell. Mais l&#224; o&#249; Bacon voit dans la peinture un moyen de combattre non les images mais les images en ce qu'elles emp&#234;chent ce rapport direct avec le syst&#232;me nerveux, W.J.T. Mitchell parle lui du rapport qui s'instaure entre ceux qui re&#231;oivent les images des m&#233;dias et leur syst&#232;me nerveux. &#171; Nous vivons presque toujours derri&#232;re des &#233;crans &#8211; une existence voil&#233;e d'&#233;crans. Et je pense quelquefois, quand on dit que mes &#339;uvres ont un aspect violent, que j'ai peut-&#234;tre &#233;t&#233; de temps en temps capable d'&#233;carter un ou deux de ces voiles ou &#233;crans &#187; disait en Bacon dans ces m&#234;mes entretiens.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Op. cit., p. 88.&#034; id=&#034;nh18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
L&#224; o&#249; Bacon vise &#224; produire un effet unilat&#233;ral sur le spectateur, le &#171; double-bind system &#187; des images m&#233;diatiques, pour le dire vite, tend lui &#224; le maintenir, ce spectateur, dans un &#233;tat o&#249; il ne peut pas choisir ou plus choisir, c'est-&#224;-dire d&#233;cider. Il est l&#224; ballott&#233; par deux appels diff&#233;rents mais proches, identiques et contradictoires si l'on peut dire, et il sent juste son &#234;tre se d&#233;liter, sa capacit&#233; de d&#233;cision le fuir, se retirer de lui comme tout &#224; l'heure la m&#233;taphore se retirait, et le laisser pantois ou stupide, en tout cas incapable de poursuivre et incapable d'arr&#234;ter.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5135 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH511/medusa-carvaggio-48769.jpg?1509821225' width='500' height='511' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;IV - Dieu et trauma&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me reste le m&#234;me. Que cherche donc &#224; montrer W.J.T. Mitchell ? Les glissements qu'il op&#232;re semblent &#224; la fois si &#233;vidents qu'on ne peut le contredire et si &#171; m&#233;taphoriques &#187; qu'on ne peut que tenter de lui opposer une autre analyse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but du chapitre intitul&#233; l'indicible et l'inimaginable, il repr&#233;cise l'opposition sur laquelle il base toutes ses analyses faisant une r&#233;f&#233;rence &#224; son ma&#238;tre Ronald Paulson qui distinguait entre image &#171; embl&#233;matique &#187; et image &#171; expressive &#187;. W.J.T. Mitchell poursuit ainsi : &#171; L'image embl&#233;matique correspond &#224; l'image comme mot, l'image lisible que d&#233;termine le verbe et qui en d&#233;pend. &#192; l'oppos&#233;, l'image expressive &#8211; illisible, muette, indexicale &#8212; est soit le signe &#171; d'une r&#233;gression vers un primitivisme ant&#233;rieur au langage, soit une fuite en avant vers un ineffable situ&#233; au-del&#224; du langage. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Op. cit., p. 95.&#034; id=&#034;nh19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je dois avouer que j'ai du mal &#224; comprendre ce qu'il veut dire par l&#224;, sinon &#224; entendre encore une r&#233;surgence du sens litt&#233;ral qui serait accessible dans l'image embl&#233;matique marquant ainsi la bonne circulation ou la bonne circularit&#233; entre mots et images, celle qui garantit le sens et sa communication, r&#233;surgence possible oppos&#233;e &#224; ce qui lui fait obstacle, &#224; savoir un monde o&#249; le sens se brouille, se perd, s'efface dans un gargouillis sonore et un brouillage visuel, formes communes du chaos, dont rien ne peut ou ne pourrait sortir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le verbal reste la r&#233;f&#233;rence et le visuel est encore et toujours le vecteur du trouble, le repr&#233;sentant du mal, le porte-parole du diable !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son projet est pr&#233;cis&#233; page 97 : &#171; Il s'agira de reprendre le topos antique de la relation entre le mot et l'image pour l'appliquer au probl&#232;me contemporain du terrorisme et au r&#244;le des mots et des images dans la Guerre contre la terreur. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Simplement pourquoi ne pas tenter au contraire de chercher &#224; comprendre ce qui se met en place et qui s'appuie sur un nouveau type de relation entre mots et images, ceux-ci ayant &lt;i&gt;de facto&lt;/i&gt; chang&#233; de fonction depuis le d&#233;but du XXe si&#232;cle ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut en effet lire des phrases comme celles-ci qui ne surprennent pas leur pr&#233;cise impr&#233;cision : &#171; La probl&#233;matique mot / image se retrouve &#8220;au sein&#8221; m&#234;me de la probl&#233;matique de l'image et vice versa [...] Le mot comme image, l'image comme mot. Le mot comme limite de l'image et vice versa. Cette limitation appara&#238;t lorsque nous constatons que les &#8220;mots &#233;chouent&#8221; &#224; saisir la densit&#233; de signification de l'image ou inversement lorsque nous nous trouvons dans l'incapacit&#233; voire face &#224; l'interdit de produire une image de ce que nous sommes pourtant en mesure de nommer &#8211; Dieu l'infini, le chaos absolu, le vide. Nous discernons l'invagination du mot et de l'image lorsque l'image embl&#233;matique ou all&#233;gorique impose un signifi&#233; verbal d&#233;termin&#233;, ou (et peut-&#234;tre de mani&#232;re plus spectaculaire) lorsque le signe verbal lui-m&#234;me, tel que l'a figur&#233; Saussure, d&#233;voile un signifiant sonore porteur de son contraire, un signifi&#233; pictorial ancr&#233; dans la structure m&#234;me du signe verbal comme concept ou image mentale. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Op. cit., p. 96.&#034; id=&#034;nh20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce moment est pourtant le moment central de la d&#233;monstration g&#233;n&#233;rale de W.J.T. Mitchell.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, terme qu'il emprunte &#224; Derrida dans son texte sur la m&#233;taphore, cette invagination du mot et de l'image fonctionne pour lui comme l'&#233;tablissement d'une nouvelle sc&#232;ne. Sur cette sc&#232;ne la relation mot / image serait prise dans une nouvelle pi&#232;ce, une pi&#232;ce dont la trame serait impos&#233;e par l'existence de la terreur, &#224; la fois dans les faits et dans les images de ces faits comme dans les effets que ces images et les mots qui les accompagnent ou les portent peuvent avoir sur nos esprits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, et toute la question est l&#224;, qu'est-ce qui produit la terreur, en tout cas chez un grand nombre de gens, sinon la m&#233;diatisation de certaines images qui sont elles-m&#234;mes des images de violence de meurtre ou de destructions ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, il s'agit, ce que W.J.T. Mitchell ne fait pas en tout cas pas dans ce livre, d'interroger en m&#234;me temps les relations images / mots certes, mais aussi les relations entre les m&#233;dias, ce qu'ils v&#233;hiculent et ceux qui d&#233;cident de rendre publiques de telles images.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La contradiction ou la tension intenable que r&#233;v&#232;le W.J.T. Mitchell comme logeant au c&#339;ur de la relation signifiant / signifi&#233; est en partie un faux probl&#232;me. Cette tension est inh&#233;rente au langage et il n'a pas fallu attendre les images surm&#233;diatis&#233;es pour savoir qu'un mot pouvait signifier ou porter une image mentale qui soit oppos&#233;e ou contraire &#224; celle qu'il semble porter comme mot. Idem pour les images.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc ce qui me semble le plus important et qui dispara&#238;t comme question ou probl&#232;me pour r&#233;appara&#238;tre comme dichotomie l&#233;gitime &#224; ce moment du texte, c'est la bipolarisation. Elle prend cependant la forme de ces deux notions que sont l'indicible et l'inimaginable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a pour W.J.T. Mitchell deux &#233;l&#233;ments qui rel&#232;vent de ces cat&#233;gories, et qui marquent les limites qui semblent inh&#233;rentes au langage et aux images mais qui ne sont que des &#233;nonc&#233;s culturels, que des effets des relations que les hommes ont instaur&#233;es entre eux et le monde. Et c'est l&#224; sans doute que se loge l'ambigu&#239;t&#233; du discours de W.J.T. Mitchell.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Indicibles et inimaginables sont des limites culturelles prorog&#233;es par les hommes. L'une de ces limites, il la nomme Dieu, l'autre le trauma. Les deux continuent d'exister pour nous en effet, mais est-ce bien l&#224; qu'il faut aller puiser les &#233;l&#233;ments de l'analyse de la relation terreur-mots-images ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le traumatisme est suppos&#233; irrepr&#233;sentable en mots et en images &#8211; semblable en cela &#224; Dieu. Nous nous obstinons n&#233;anmoins &#224; en parler &#224; la d&#233;crire et &#224; tenter de le traduire de fa&#231;on toujours plus vivante et litt&#233;rale. Certaines &#339;uvres d'art contemporaines s'attachent &#224; transmettre le traumatisme de mani&#232;re aussi directe que possible en immergeant le spectateur dans l'indicible et l'inimaginable. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Op. cit., p. 101-102.&#034; id=&#034;nh21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En faisant de ces deux notions des tropes anti-figuraux, W.J.T. Mitchell nous plonge dans un discours pour le moins incertain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'inimaginable tient lieu de signifi&#233; absent &#8212; ce que le phantasme ne peut m&#234;me pas faire surgir sous la forme d'une image mentale ou d'un concept, ce dont on ne saurait se souvenir. L'inimaginable est ainsi un trope de l'impensable. Le signifiant indicible constitue pour sa part un signe ext&#233;rieur, l'expression ou la marque lisible qui doit &#234;tre effac&#233;e ou r&#233;duite au silence. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Op. cit., p. 103.&#034; id=&#034;nh22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus loin il en arrive &#224; cette synth&#232;se surprenante : &#171; J'esp&#232;re que s'&#233;claircit d&#233;sormais la relation que ces analyses entretiennent avec la terreur, elle qui fusionne le divin et le d&#233;moniaque en un seul et m&#234;me ensemble indicible et inimaginable. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Op. cit., p. 107.&#034; id=&#034;nh23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour en finir avec ces citations allons directement &#224; la fin de ce chapitre qui se termine ainsi : &#171; Ce que nous n'aurions pu imaginer n'est devenu que trop imaginable et l'indicible est d&#233;sormais ce dont nous sommes contraints de parler. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Op. cit., p. 114.&#034; id=&#034;nh24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout &#231;a pour &#231;a !&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5124 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH211/clones2-fnl-8d0a2.jpg?1509821225' width='500' height='211' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;V - Politique du clone&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Alors que se passe-t-il avec W.J.T. Mitchell ? Quelque-chose qui est le lot de presque tous les penseurs de l'image. Une sorte d'incapacit&#233; &#224; situer leur propos dans un cadre plus large, &#224; partir de ce qui n'est pas li&#233; aux seules images pour en venir &#224; elles, plut&#244;t que de tout rapporter &#224; elles et aux mots. Ce faisant il a l'impression de tenir ensemble tous les param&#232;tres alors qu'il ne fait que rater la cible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La cible est politique et le double-bind mis en &#339;uvre dans et par les &#171; images bipolaires &#187; ou plut&#244;t par la bipolarisation g&#233;n&#233;ralis&#233;e entre ce qui est autoris&#233; (fronti&#232;re entre licite et illicite) et ce qui est possible (fronti&#232;re entre ce qui est souhaitable et ce qui est r&#233;alisable), entre ce qui est montr&#233; et ce qui est dit, entre ce qui est signifi&#233; et ce qui est implicite, ou entre ce qui est pr&#233;sent&#233; comme acceptable et ce qui est d&#233;clin&#233; comme &#233;tant n&#233;cessaire ou in&#233;vitable.&lt;br class='autobr' /&gt;
Bref, nous vivons une schize ou plus exactement &#171; dans &#187; une schize. Et c'est cet entre-deux que je voudrais maintenant pr&#233;senter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'image de la pi&#232;ce de monnaie avec ses deux faces est pr&#233;sente dans le texte de W.J.T. Mitchell, en fait c'est plut&#244;t une sorte d'espace entre deux murs ou deux &#233;crans qu'il faudrait dessiner. D'un c&#244;t&#233; se mat&#233;rialiseraient en effet des images qui pourraient passer pour &#234;tre fabriqu&#233;es par notre imagination, et de l'autre des images fabriqu&#233;es par la technologie. Les premi&#232;res parleraient &#224; nos affects et les secondes &#224; notre entendement. Les unes seraient du c&#244;t&#233; des images &#171; expressives &#187; et pourtant elles ne sont pas muettes. Les autres seraient du c&#244;t&#233; des images embl&#233;matiques et pourtant elle ne sont pas sans &#233;veiller des affects puissants, la peur par exemple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question est donc de savoir ce qui provoque et fait exister la peur lorsque l'on est dans un monde o&#249; la violence r&#233;elle, militaire, est inexistante, et comment cette peur engendr&#233;e par la manipulation des images-textes s'impose comme un moyen de gouvernance et de r&#233;gulation sociale. Ce que W.J.T. Mitchell &#233;voque mais n'analyse jamais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le clone est bien ce que W.J.T. Mitchell en dit, &#224; la fois une r&#233;alit&#233; m&#233;dicale, un type d'image en tant qu'elle est m&#233;diatis&#233;e par des dispositifs m&#233;diatiques complexes et l'un des noms de la peur aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce qui l'inqui&#232;te reste le devenir r&#233;el, car son litt&#233;ral n'est autre qu'un devenir r&#233;el d'images auraient &#233;t&#233; jusqu'ici seulement mentales, c'est-&#224;-dire seulement imagin&#233;es ou seulement li&#233;es aux nouvelles formes de savoir, mais en aucun cas susceptibles de devenir r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La peur dont il parle, c'est celle qui nous assaille en effet quand l'imaginaire devient r&#233;el. C'est ce qu'il nomme le litt&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'innovation la plus spectaculaire et la plus symbolique dans ce domaine n'est autre que le clonage qui combine la r&#233;volution des sciences de l'information &#224; celle des biotechnologies. Il inaugure une &#233;poque de la &#171; reproduction biocybern&#233;tique &#187; qui promet la r&#233;alisation litt&#233;rale et technologique de nombre de fantasmes n&#233;s avec le biopouvoir et la biopolitique. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Op. cit., p. 118-119.&#034; id=&#034;nh25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien ! L&#224; voil&#224; la peur identifi&#233;e par W.J.T. Mitchell, que l'on puisse par exemple cloner r&#233;ellement des dinosaures comme l'a laiss&#233; entendre de mani&#232;re encore imaginaire &lt;i&gt;Jurassic Park&lt;/i&gt; et qui est devenu presque possible aujourd'hui.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il nomme biopiction ce m&#233;lange des deux types de reproductions ou ces deux r&#233;gimes de production de r&#233;alit&#233;-image dans lesquels nous sommes pris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La biopiction fait donc fusionner le vieux r&#233;gime des images dot&#233;es d'une vie &#171; spectrale &#187; (l'inqui&#233;tante &#233;tranget&#233;, le fantomatique) avec une nouvelle forme de vie technique qui trouve son embl&#232;me dans le clonage et dans le d&#233;veloppement de l'animation et de l'imagerie num&#233;rique. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Op. cit., p. 121.&#034; id=&#034;nh26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et le terrorisme, celui de la guerre contre la terreur ou de la guerre des clones, qui sont des guerres d'images faites avec par et contre des images, le terrorisme se glisse dans ce double champ avec facilit&#233; &#171; dans le but de traumatiser le syst&#232;me nerveux collectif par l'interm&#233;diaire des m&#233;dias de masse et de retourner l'imagination contre elle-m&#234;me. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Op. cit., p. 126.&#034; id=&#034;nh27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On retrouve ici presque mot pour mot les expressions de Francis Bacon et encore un peu plus loin lorsqu'il &#233;crit : &#171; Pr&#233;supposant que tout groupe d'individus constitue un simple &#233;chantillon de population, il (le terrorisme) peut le frapper pour produire un choc au niveau du syst&#232;me nerveux collectif de ce corps. L'invisibilit&#233; ne caract&#233;rise donc pas seulement le bio-terrorisme &lt;i&gt;stricto sensu&lt;/i&gt;, mais le terrorisme en g&#233;n&#233;ral. Il s'agit de retourner l'imagination contre elle-m&#234;me en provoquant un &#233;tat psychotique qui d&#233;clenchera une r&#233;action excessive des syst&#232;mes immunitaires et nerveux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Comment imaginons-nous l'invisible ? de quelle fa&#231;on comblons-nous l'espace vide de la conscience o&#249; se loge la terreur ? &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Op. cit., p. 133.&#034; id=&#034;nh28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enjeu est l&#224;. Qu'est ce vide de la conscience ou dans la conscience ? Comment est-il cr&#233;&#233;, rempli, occup&#233; ou abandonn&#233; ? Et qu'est-ce qui se passe sinon en effet de r&#233;introduire dans cette conscience qui fonctionne sinon &#224; peu pr&#232;s correctement une dimension qu'elle a oubli&#233;e ou qui n'existait pas auparavant, cet &#233;tat psychotique, qui est en effet celui dans lequel les fant&#244;mes sont v&#233;cus comme r&#233;els ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la chambre d'&#233;cho qui se situe entre Moi et Je, entre les deux aspects du sujet, mais aussi entre les diverses autres fonctions qui constituent la conscience qui est envahie par les images et les mots et leurs messages contradictoires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le centre toujours vide du dispositif qui est donc vis&#233;, le centre de l'&#233;changeur en quelque sorte qui est paralys&#233; par des informations contradictoires et &#224; partir duquel on reconfigure le dispositif en le rendant en effet duel ou dual, schiz&#233; donc et fonctionnant comme si l'on &#233;tait dans un &#233;tat de psychose relative, mais suffisamment efficace pour provoquer et maintenir le trouble de mani&#232;re quasi constante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce retournement de l'imagination contre elle-m&#234;me tient en ceci qu'elle se trouve faire face &#224; ses propres spectres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cl&#233; du fonctionnement de la machine d&#233;sirante, cette incarnation des spectres devient en effet une figure de la terreur d&#232;s lors qu'elle se voit prise pour une machine &#224; fabriquer du litt&#233;ral ou si l'on veut du r&#233;el.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi c'est toute la structure temporelle qui est mise en jeu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La ficelle bien connue des films d'horreur : il est crucial de maintenir le monstre cach&#233; invisible, crucial de diff&#233;rer son apparition jusqu'au moment o&#249; elle produira le maximum d'effet &#187;, &#233;crit juste avant W.J.T. Mitchell.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb29&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Op. cit., p. 133.&#034; id=&#034;nh29&#034;&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce jeu qu'il importe de souligner entre les deux modes du d&#233;ploiement temporel propre &#224; la terreur. Car la terreur ob&#233;it &#224; un r&#233;gime temporel particulier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce double temps se compose non pas des trois extases temporelles que sont pr&#233;sent, pass&#233;, futur. En fait, c'est le futur qui nous assaille, faisant du pr&#233;sent un cauchemar qui efface ou occulte le pass&#233; par la pr&#233;sence constante de cette angoisse ou de cette terreur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le temps de la terreur est double. Il est li&#233; en nous &#224; l'attente qui se trouve comme combl&#233;e d'une mani&#232;re in&#233;dite et d'autre part &#224; ce temps diff&#233;r&#233; de l'apparition, qui, comme dans le cauchemar, fait que nous continuons de croire ou d'esp&#233;rer que cela n'est pas vrai, ne va pas devenir r&#233;el.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut dire que l'angoisse est proportionnelle &#224; l'attente messianique, celle du jugement ou de la r&#233;surrection, mais invers&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le temps de l'attente &#233;tait infini. G&#252;nther Anders a d&#233;j&#224; montr&#233; que ce temps de la fin avait pris une tout autre forme puisque la fin peut arriver r&#233;ellement &#224; chaque instant mais sous forme de catastrophe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La terreur des images ou par les images ne serait en ce sens que la forme de la tentative d'adaptation &#224; ce temps de la fin qui ne permet plus la r&#233;surrection mais la mort ou le cauchemar, une sorte d'exercice permanent permettant de se constituer peut-&#234;tre malgr&#233; tout, des r&#233;ponses, des d&#233;fenses immunitaires contre ce mal ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La forme de l'objet terrorisant contemporain, le clone est aussi celui du d&#233;sir ou d'un certain d&#233;sir. Il ne faut pas l'ignorer ou feindre de l'ignorer. Mais c'est une autre histoire encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maladie auto-immune, il se pourrait donc que la terreur soit simplement la mani&#232;re qu'ont trouv&#233;e les pouvoirs qui contr&#244;lent le biopolitique et le biotechnologique de confronter l'homme &#224; son autre r&#234;ve celui qui consiste &#224; poss&#233;der des cr&#233;atures qui soient ses esclaves. Mais ce que nous avons du mal &#224; croire, c'est que, nous pensant libres ou nous croyant libres, nous ne soyons en fait que des esclaves ou en tout cas que des cobayes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tout cas, ce que nous commen&#231;ons de comprendre, sans oser le faire tant cette id&#233;e est terrorisante, c'est que nous sommes pris dans un monde qui ressemble aux plus terrifiantes fictions de Ph.K. Dick qu'au monde o&#249; r&#232;gne le bonheur sans &#233;pines dont nous parlaient et nous parlent encore chaque jours les publicit&#233;s qui passent sans fin sur les &#233;crans de monde.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et n'est-ce pas l&#224; la source de la terreur ? Non tant la violence repr&#233;sent&#233;e ou figur&#233;e, imagin&#233;e ou insinu&#233;e, que cette &#171; id&#233;e &#187; que cela soit non pas possible mais r&#233;el, litt&#233;ralement l&#224;, d&#233;j&#224; l&#224; et que nous ne puissions nous r&#233;soudre, tant cette r&#233;v&#233;lation serait insupportable, est d&#233;j&#224; insupportable, &#224; comprendre que nous sommes les instruments d'un r&#234;ve qui n'est r&#234;v&#233; par personne et que si par hasard il l'&#233;tait par quelques-uns, ce serait par ceux qui r&#234;vent de poss&#233;der des esclaves et que nous serions ces esclaves ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Le vide au c&#339;ur de la conscience n'est pas vide mais plein, trop plein de cette certitude que nous ne pouvons pas accepter et dont les images, en nous en donnant un peu &#224; voir, nous en soulagent tout en continuant &#224; nous inciter &#224; ne pas y croire, tout en faisant en sorte que nous nous interdisions d'y croire ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Mitchell &lt;i&gt;Cloning terror&lt;/i&gt;, p. 56&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Op. cit., p. 56-57.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Op. cit., p. 57.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;W.J.T. Mitchell, &lt;i&gt;Iconologie&lt;/i&gt;, p. 218.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Op. cit., p. 58.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Op. cit., p. 57.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Op. cit., p. 64.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cit&#233; par Derrida, op. cit. p. 75.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Op. cit., p. 65.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Op. cit., p. 92-93.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Op. cit., p. 82.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C. Du Marsais, &lt;i&gt;Des tropes&lt;/i&gt;, II, &#171; La synecdoque &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;W.J.T. Mitchell, op. cit., p. 83.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Marguerite Duras, &lt;i&gt;Outside&lt;/i&gt;, p. 265-266.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Op. cit., p. 18.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Op. cit., p. 24.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Op. cit., p. 36.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Op. cit., p. 88.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Op. cit., p. 95.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Op. cit., p. 96.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Op. cit., p. 101-102.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Op. cit., p. 103.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Op. cit., p. 107.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Op. cit., p. 114.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Op. cit., p. 118-119.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Op. cit., p. 121.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Op. cit., p. 126.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Op. cit., p. 133.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb29&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh29&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 29&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Op. cit., p. 133.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

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		<title>VII - L'image &#224; l'&#226;ge biotechnologique ou du pictorial turn au bionic turn</title>
		<link>http://www.tk-21.com/VII-L-image-a-l-age</link>
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		<dc:date>2012-04-11T11:25:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Daniela Goeller</dc:creator>


		<dc:subject>s&#233;minaire</dc:subject>
		<dc:subject>catastrophe</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Conf&#233;rence sur la premi&#232;re partie du livre Cloning Terror de W.J.T Mitchell, publi&#233; en 2011, exposant la th&#232;se centrale de Mitchell pour la mettre en perspective avec la th&#233;orie des images qu'il a d&#233;velopp&#233; et les questions du s&#233;minaire.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://www.tk-21.com/2011-2012-Vivre-comme-une-image" rel="directory"&gt;2011-2012 &#034;Vivre comme une image&#034; Images et politique&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.tk-21.com/seminaire" rel="tag"&gt;s&#233;minaire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tk-21.com/catastrophe" rel="tag"&gt;catastrophe&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH94/arton201-38f23.jpg?1772198834' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='94' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff201.jpg?1366617355&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En 1994, Mitchell avait forg&#233; la notion de &#171; pictorial turn &#187; pour r&#233;pondre &#224; deux ph&#233;nom&#232;nes : la reproductibilit&#233; m&#233;canique des images nous a donn&#233; 1) plus d'images et 2) la n&#233;cessit&#233; de penser le monde en images. Depuis, nous sommes pass&#233;s dans un &#226;ge post-benjaminien et nous affrontons un nouveau tournant qu'il nomme le &#171; bionic turn &#187;. La reproductibilit&#233; des images n'est d&#233;sormais plus m&#233;canique, mais digitale et conna&#238;t des parall&#232;les dans le domaine de la biologie, o&#249; nous sommes d&#233;sormais capables de produire des copies g&#233;n&#233;tiques, des clones. Le clonage intervient de mani&#232;re surprenante dans cette histoire, comme m&#233;taphore ou m&#233;tapiction, et comme mod&#232;le pour parler de ce nouveau r&#233;gime des images.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Introduction&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;W.J.T Mitchell est professeur d'Anglais et d'Histoire de l'art &#224; l'Universit&#233; de Chicago. Il m&#232;ne une r&#233;flexion th&#233;orique sur l'image et le rapport image/texte et interroge ses usages esth&#233;tiques et ses significations politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le livre qui a pour titre &lt;i&gt;Cloning terror&lt;/i&gt; a &#233;t&#233; &#233;crit suite aux &#233;v&#233;nements du 11 septembre 2001 et comporte une analyse des images - et discours - employ&#233;s pour t&#233;moigner des attentats sur le World Trade Center &#224; New York et dans le contexte de la soi-disante &lt;i&gt;guerre contre la terreur&lt;/i&gt; qui a suivi ces &#233;v&#233;nements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;flexion de Mitchell part d'un constat troublant : il y a une confusion entre image et r&#233;alit&#233; &#8211; intentionnelle ou non-intentionnelle &#8211; et cette confusion t&#233;moigne d'une nouvelle crise de l'image.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La manipulation des images&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le photographe allemand Thomas Hoepker (*1936, vit &#224; New York, membre de l'agence Magnum depuis 1989) a pris une image le 11 septembre 2001 sur le Hudson River pr&#232;s de Brooklyn qui est devenue une ic&#244;ne : la photographie la plus controvers&#233;e de cet &#233;v&#233;nement.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1058 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;81&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://www.tk-21.com/IMG/jpg/00-9-11-911-thomas-hoepker-brooklyn-river-people.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH335/00-9-11-911-thomas-hoepker-brooklyn-river-people-aa57c.jpg?1772198834' width='500' height='335' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Thomas Hoepker, USA. Brooklyn, New York. September 11, 2001
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Cinq personnes sont assises au soleil et discutent pendant que la fum&#233;e noire monte sur Manhattan et enveloppe la ville &#224; l'horizon. Hoepker n'avait pas publi&#233; cette image &#224; la suite des &#233;v&#233;nements, car il ne la trouvait pas assez claire et repr&#233;sentative dans cette situation de catastrophe. Lorsqu'elle fut malgr&#233; tout expos&#233;e &#224; Munich cinq ans apr&#232;s les faits, cette image d&#233;clencha un grand d&#233;bat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le &lt;i&gt;New York Times&lt;/i&gt; paraissait un &#233;ditorial qui &#233;pinglait l'image comme exemple de l'insouciance am&#233;ricaine, mentalit&#233; moralement abjecte : prendre un bain de soleil face &#224; la catastrophe. En r&#233;ponse, &#171; Slate &#187;, un magazine en ligne appartenant au &lt;i&gt;Washington Post&lt;/i&gt;, publiait un contre-article, avan&#231;ant la th&#232;se que les personnes assises sur la promenade au bord de l'Hudson river pourraient tout aussi bien &#234;tre en train de discuter tr&#232;s s&#233;rieusement des &#233;v&#233;nements qui se d&#233;roulaient sous leurs yeux. Suite &#224; cette discussion, deux des personnes sur la photographie se manifestaient et t&#233;moignaient qu'ils &#233;taient effectivement en train de parler des &#233;v&#233;nements, avec des inconnus, rencontr&#233;s sur place, et d&#233;mentissaient ainsi d&#233;finitivement la version du &lt;i&gt;New York Times&lt;/i&gt; en donnant raison au contre-article, tout en reprochant au photographe que l'image ne soit pas assez claire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, le photographe lui-m&#234;me prenait officiellement position et soulignait que cette photo avait touch&#233; beaucoup de personnes pr&#233;cis&#233;ment parce qu'elle &#233;tait ambigu&#235;. Mais il se posait la question de savoir si cette photo ne repr&#233;sentait finalement que le mensonge sournois d'une image instantan&#233;e qui ignore le temps avant et apr&#232;s le moment o&#249; le photographe appuie sur le d&#233;clencheur. C'est bien le centre du probl&#232;me, cette image est devenue une ic&#244;ne parce qu'elle t&#233;moigne de la potencialit&#233; des images &#224; &#234;tre manipul&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Iconoclasme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le World Trade Center &#233;tait un complexe comprenant en tout sept immeubles d'affaires &#8211; dont les fameux tours jumelles &#8211; situ&#233; dans le bas de Manhattan. Il fut construit par l'architecte Minoru Yamasaki &#224; partir de 1953 et inaugur&#233; en 1973. Les deux tours jumelles devenaient rapidement un symbole pour la ville de New York, pour les &#201;tats-Unis ainsi que pour leur pouvoir &#233;conomique &#224; l'&#233;chelle mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La destruction du World Trade Center &#233;tait donc &#224; la fois un acte terroriste et un acte iconoclaste : il s'agissait de la destruction d'une image et par l&#224; de la cr&#233;ation d'une nouvelle image, qui est celle de la destruction. Autrement dit : l'image des tours, symbole de pouvoir, a &#233;t&#233; remplac&#233;e par l'image des tours d&#233;truites, symbole de la d&#233;faite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il convient de dire que le gouvernement am&#233;ricain a d&#233;cid&#233; de r&#233;pondre &#224; cet acte terroriste par une guerre. La question se pose, si cette r&#233;ponse a &#233;t&#233; ad&#233;quate, ou plus pr&#233;cis&#233;ment pourquoi elle ne l'a pas &#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps, une autre guerre s'amor&#231;ait, appel&#233;e la guerre contre la terreur (traduction probl&#233;matique en Fran&#231;ais d'ailleurs, car en France on parlait g&#233;n&#233;ralement de la guerre contre le terrorisme), c'&#233;tait une guerre des images, plus encore, cette guerre &#233;tait elle-m&#234;me une image. Selon Mitchell, la guerre contre la terreur est une &#171; conception imaginaire et m&#233;taphorique devenue r&#233;alit&#233; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;W.J.T Mitchell : Cloning Terror. Ou la guerre des images du 11 septembre au (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; M&#233;taphores et images sont des &#171; erreurs &#187; pures et simples. D'un point de vue logique, une m&#233;taphore est une erreur cat&#233;gorielle, tandis qu'une image constitue une simulation ou une imitation, non une r&#233;alit&#233;. D&#232;s lors, mener une guerre contre la terreur est litt&#233;ralement impossible et aussi peu sens&#233; que de mener une &#171; guerre contre l'angoisse &#187;. Cette guerre est pourtant devenue une incontestable r&#233;alit&#233; mat&#233;rielle et historique au cours de la premi&#232;re d&#233;cennie du XXIe si&#232;cle, litt&#233;ralis&#233;e et actualis&#233;e par la plus puissante machine militaire de la plan&#232;te. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;ibid., p. 17&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait une m&#233;taphore qui a &#233;t&#233; prise pour r&#233;alit&#233;, ou plus pr&#233;cis&#233;ment, elle a &#233;t&#233; rendue r&#233;elle par la d&#233;cision des &#201;tats-Unis d'attaquer l'Irak. Pour Mitchell ce n'&#233;tait pas coh&#233;rent que de mobiliser une arm&#233;e contre un ennemi imaginaire. Imaginaire ne voulant ici pas dire un ennemi qui n'existe pas, mais un ennemi qui ne peut &#234;tre localis&#233;. C'&#233;tait une guerre sans objet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les attentats du World Trade Center n'avaient aucune signification militaire. Il s'agissait de produire un spectacle qui traumatiserait une nation enti&#232;re &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;ibid., p. 47&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et un peu plus loin : &#171; D'innombrables commentateurs l'ont bien s&#251;r martel&#233; : La Guerre contre la Terreur n'a rien de m&#233;taphorique. Et ils ont raison en un sens, car la m&#233;taphore ne s'est que trop litt&#233;ralis&#233;e et r&#233;alis&#233;e dans les faits &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;ibid., p. 48&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non seulement, la r&#233;action n'&#233;tait pas coh&#233;rente, mais elle a aggrav&#233; les choses. Pour Mitchell elle ne fait que repr&#233;senter l'incapacit&#233; des &#201;tats-Unis &#224; traiter de l'histoire et de la r&#233;alit&#233; et de surmonter les effets pathologiques de l'&#233;v&#233;nement, autrement dit, c'&#233;tait choisir un rem&#232;de qui, selon Mitchell, n'a fait qu'acc&#233;l&#233;rer les effets de la maladie.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;cf. : W.J.T Mitchell, conf&#233;rence du 30 novembre 2006 (en anglais) :&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La relation image/texte&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'artiste am&#233;ricaine Jenny Holzer (*1950, vit &#224; New York) se sert dans son travail essentiellement de textes qu'elle introduit sous forme de visuels dans l'espace public afin d'interpeller le spectateur. Elle se revendique elle-m&#234;me comme artiste publique. Selon elle, l'art doit non seulement &#234;tre dans la rue, mais doit aussi utiliser les moyens de communication les plus visibles, afin d'&#234;tre per&#231;u par le plus grand nombre de personnes les plus diff&#233;renci&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1059 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;66&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH383/02-large-45883.jpg?1772198834' width='500' height='383' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Jenny Holzer, For The City. New York, 2004-5
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s un long silence suite aux &#233;v&#233;nements du 11 septembre 2001, Jenny Holzer pr&#233;sente une s&#233;rie d'&#339;uvres, redessinant le paysage politique aux &#201;tats-Unis apr&#232;s le 11 septembre et relan&#231;ant le d&#233;bat sur les op&#233;rations officieuses du gouvernement am&#233;ricain : abus de prisonniers, trag&#233;dies en Irak, en Afghanistan et &#224; Guantanamo Bay.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1061 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;66&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L457xH600/10-large-1b293.jpg?1509821226' width='457' height='600' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Jenny Holzer, For The City. New York, 2004-5
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Elle se sert de formulaires, lettres, empreintes digitales, mails et messages internes entr&#233;s dans le domaine public depuis l'Acte de libert&#233; d'information (Freedom of Information Act). Les documents sont plus ou moins morcel&#233;s ou effac&#233;s par la censure. Jenny Holzer les transforme en peintures avec un rendu tr&#232;s proche des s&#233;rigraphies de Warhol.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1062 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;66&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L459xH600/11-large-e05b9.jpg?1509821226' width='459' height='600' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Jenny Holzer, For The City. New York, 2004-5
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En 2004-2005 elle a r&#233;alis&#233; des projections lumineuses dans la ville de New York, intitul&#233;es &lt;i&gt;For the City&lt;/i&gt;. Il s'agissait d'abord de trois projections &#224; la Cath&#233;drale de Saint John the Divine et &#224; la Cooper Union &#224; downtown Manhattan et au Bethesda Fountain au Central Park, et ensuite de deux projections suppl&#233;mentaires au Rockefeller Centre et &#224; la Bobst-Library de la New York University. Pour ces projections elle utilisait les m&#234;mes documents administratifs que pour les tableaux, mais &#233;galement toutes sortes de textes po&#233;tiques d'auteurs de nationalit&#233;s et d'horizons tr&#232;s divers. La diff&#233;rence dans l'utilisation de la langue entre documents informatifs et politiquement relevants et la po&#233;sie ne pourrait &#234;tre plus frappante. Son geste de reprise de ces textes, d&#233;nu&#233; de tout jugement de valeur ou de consid&#233;ration sur le bien et le mal servirait, selon l'artiste, &#224; s'approcher le plus possible de la v&#233;rit&#233; dans le sens le plus vague du terme.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1060 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;66&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L460xH600/06-large-7e8c3.jpg?1509821226' width='460' height='600' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Jenny Holzer, For The City. New York, 2004-5
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &#171; Toute histoire renferme en r&#233;alit&#233; deux histoires : l'histoire des faits tels qu'ils se sont d&#233;roul&#233;s (&#171; ce qui s'est produit &#187;) et l'histoire des faits tels qu'ils ont &#233;t&#233; per&#231;us (&#171; ce qui s'est dit &#187;). La premi&#232;re porte sur les &#233;v&#233;nements ; la seconde sur les images et les mots qui d&#233;finissent le cadre au sein duquel ces &#233;v&#233;nements acqui&#232;rent une signification &#187; ou encore &#171; ce qui en a &#233;t&#233; dit en vue de la justifier, de l'expliquer et de la relater &#187; constate Mitchell.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;W.J.T Mitchell : Cloning Terror. Ou la guerre des images du 11 septembre au (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1063 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;66&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L462xH600/13-large-47047.jpg?1509821226' width='462' height='600' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Jenny Holzer, For The City. New York, 2004-5
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas un probl&#232;me nouveau, tout comme toutes les guerres ont bien aussi &#233;t&#233; des guerres d'images, mais ce qui a chang&#233;, c'est d'abord la quantit&#233; d'images et de commentaires qui circulent et surtout le temps de r&#233;action. Gr&#226;ce aux nouvelles technologies et aux r&#233;seaux sur Internet, les images circulent presque simultan&#233;ment avec les &#233;v&#233;nements, &#171; en temps r&#233;el &#187; comme l'on dit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette rupture d'&#233;chelle se traduit n&#233;cessairement par une crise de l'image, ce qui nous am&#232;ne au c&#339;ur du probl&#232;me : l'image &#224; l'&#226;ge biotechnologique ou du pictorial turn au bionic turn.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le &#171; pictorial turn &#187; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1994, Mitchell avait pos&#233; les fondements de sa pens&#233;e sur les images et le rapport image/texte avec la publication de &lt;i&gt;Picture Theory&lt;/i&gt;. Ce livre avait fait l'objet de deux s&#233;ances du s&#233;minaire en 2008.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est Mitchell lui-m&#234;me qui avait forg&#233; la notion du &#171; pictorial turn &#187; dont il expose les principaux tenants dans le premier chapitre de l'ouvrage. Il y montre comment la pens&#233;e moderne s'est r&#233;orient&#233;e autour de paradigmes visuels qui semblent menacer et renverser toute possibilit&#233; de ma&#238;trise par le discours et traiter de l'image &lt;i&gt;dans&lt;/i&gt; la th&#233;orie et de la th&#233;orie comme imagerie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La tournure reprend une formule de Richard Rorty qui avait parl&#233; de &#171; linguistic turn &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Richard McKay Rorty, philosophe am&#233;ricain (1931-2007), figure centrale du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Dans la pr&#233;face d'une collection de textes publi&#233; en 1967 sous ce m&#234;me titre, Rorty a attaqu&#233; la philosophie analytique du langage qui, toujours attach&#233;e &#224; une th&#233;orie de la reconnaissance, essaie de r&#233;soudre des probl&#232;mes philosophiques en r&#233;formant le langage (construire un langage id&#233;al) ou de mieux comprendre le langage. Rorty consid&#232;re que les deux tentatives ont &#233;chou&#233; car, selon lui, une th&#233;orie de la reconnaissance est fondamentalement impossible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui int&#233;resse Mitchell, c'est que Rorty pr&#233;sente un mod&#232;le historique syst&#233;matique qui est proche de celui que nous retrouvons entre autre chez Vil&#233;m Flusser :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Antiquit&#233; et le Moyen &#194;ge connaissaient une philosophie des choses, du XVIIe au XIXe si&#232;cle elle &#233;tait remplac&#233;e par une philosophie des id&#233;es. Au XXe si&#232;cle finalement nous sommes pass&#233;s &#224; une philosophie des mots, c'est le linguistic turn.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concr&#232;tement cela veut dire que la textualit&#233; et le discours sont les mod&#232;les pr&#233;dominants pour expliquer et comprendre le monde. &#171; La soci&#233;t&#233; est un texte &#187; et les m&#233;thodes de la s&#233;miotique, linguistique et rh&#233;torique sont appliqu&#233;es dans toutes les disciplines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; linguistic turn &#187; qui culmine &#224; la fin des ann&#233;es 60 et au d&#233;but des ann&#233;es 70, serait donc, selon Mitchell, dans les ann&#233;es 80 suivi d'un &#171; pictorial turn &#187;, c'est-&#224;-dire la pr&#233;dominance absolue des images et d'une compr&#233;hension du monde bas&#233;e sur et s'articulant &#224; travers des images.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on accepte cette id&#233;e - partag&#233;e notamment par Flusser, m&#234;me s'il y a des diff&#233;rences par rapport &#224; la date de ce tournant - on est confront&#233; &#224; la n&#233;cessit&#233; d'introduire une science de l'image, une m&#233;thode de communication et de compr&#233;hension visuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; pictorial turn &#187; consiste en deux ph&#233;nom&#232;nes : la reproductibilit&#233; m&#233;canique des images qui est &#224; son origine, nous a donn&#233; 1) plus d'images et 2) la n&#233;cessit&#233; de penser le monde en images. Depuis, nous sommes pass&#233;s dans un &#226;ge post-benjaminien et nous affrontons actuellement un nouveau tournant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce second tournant dans le r&#233;gime des images est ce que Mitchell nomme le &#171; bionic turn &#187;. La reproductibilit&#233; des images n'est d&#233;sormais plus m&#233;canique, mais digitale et conna&#238;t des parall&#232;les dans le domaine de la biologie, o&#249; nous sommes d&#233;sormais capables de produire des copies g&#233;n&#233;tiques, des clones. Le clonage intervient de mani&#232;re surprenante dans cette histoire, comme m&#233;taphore ou m&#233;tapiction, et comme mod&#232;le pour parler de ce nouveau r&#233;gime des images.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le &#171; bionic turn &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dans l'&#232;re qui s'est ouverte avec le 11 Septembre, la nouveaut&#233; n'est pas le terrorisme. &#192; cet &#233;gard, le parall&#232;le avec l'innovation historique du clonage humain et animal est frappant. Depuis Aristote au moins, l'&#171; imitation de la vie &#187;, la cr&#233;ation de la r&#233;plique vivante d'un organisme &#233;taient des buts assign&#233;s &#224; l'art, &#224; l'esth&#233;tique et &#224; la technologie de l'image. Avec le progr&#232;s des biotechnologies, ce qui n'&#233;tait que &#171; m&#233;taphore &#187; est devenu techniquement et litt&#233;ralement possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, d&#232;s lors qu'il est devenu une r&#233;alit&#233; technique et mat&#233;rielle, le clonage s'est vu rem&#233;taphoris&#233; pour d&#233;signer diverses formes de copiage, d'imitation et de reproduction. Autrement dit, il est devenu une &#171; image de la production d'images &#187;, une m&#233;tapiction. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;W.J.T Mitchell : Cloning Terror ou la guerre des images du 11 septembre au (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette notion de m&#233;tapiction (meta-picture en Anglais) est centrale dans la pens&#233;e de Mitchell.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Meta-pictures&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La notion de m&#233;tapiction d&#233;signe l'image &lt;i&gt;comme&lt;/i&gt; th&#233;orie, comme r&#233;flexion second-degr&#233; de la pratique de la repr&#233;sentation picturale et demande &#224; savoir ce que les images nous disent lorsqu'elles &lt;br class='autobr' /&gt;
s'auto-th&#233;orisent (ou s'auto-d&#233;crivent). C'est une tentative d'&#233;tablir une nouvelle iconographie &#224; partir des images.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En parlant de m&#233;tapiction, Mitchell parle d'images sur images, c'est-&#224;-dire d'images qui se r&#233;f&#232;rent &#224; elles-m&#234;mes ou &#224; d'autres images, autrement dit des images qui montrent ce que c'est qu'une image. Nombreux sont les th&#233;oriciens qui ont parl&#233; de ce ph&#233;nom&#232;ne : Clement Greenberg, Michael Fried, Thierry de Duve, Ernst H. Gombrich, Michel Foucault, mais le probl&#232;me de la relation entre image et texte se pose toujours. Le &#171; meta-picture &#187; ne pr&#233;sente pas de solution &#224; ce probl&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Metapictures make visible the impossibility of a strict meta-language, a second-order representation that stands free of its first-order target. They also reveal the inextricable weaving together of representation and discourse, the imbrication of visual and verbal experience. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;W.J.T. Mitchell : Picture Theory. Essays on Verbal and Visual (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me de base &#233;tant la relation entre image et texte, la question est de savoir si la langue est le moyen de parler de l'image, ou si l'image est le moyen de parler de l'image ou comment cette relation peut &#234;tre articul&#233;e autrement et de mani&#232;re &#224; arriver &#224; un r&#233;sultat, c'est-&#224;-dire, arriver &#224; parler des images.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orie binaire pr&#233;dominante ne servant pas &#224; repr&#233;senter la relation entre images et textes, Mitchell essaie donc de la remplacer par une id&#233;e dialectique, qu'il nomme l' &#171; imagetexte &#187; et qui se transformera par la suite dans le concept d'une nouvelle iconologie et trouve son &#233;cho dans la pens&#233;e de la d&#233;construction selon Derrida.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Iconologie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L' &#171; iconologie &#187;, c'est-&#224;-dire l'&#233;tude des images &#224; travers les m&#233;dias. D'un point de vue iconologique, les images constituent &#224; la fois des entit&#233;s verbales et visuelles, des m&#233;taphores et des symboles graphiques. Elles sont tout &#224; la fois des concepts, des objets, des formes mat&#233;rielles et symboliques. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;W.J.T. Mitchell : Cloning Terror ou la guerre des images du 11 septembre au (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'iconologie selon Mitchell est une science de l'image qui regarde &#224; la fois la signification (iconographie), l'action (ou efficacit&#233;), et la vie (seconde nature). Ce dernier aspect n&#233;cessite de consid&#233;rer l'image non comme une entit&#233; fig&#233;e (ce qui a longtemps sembl&#233; &#234;tre l'essence de la photographie) mais comme un organisme &#224; facettes multiples qui a la capacit&#233; de se reproduire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e de l'image active n'est pas nouvelle. Elle appara&#238;t dans l'&#339;uvre de Mitchell &#233;galement d&#232;s 1994, mais il ne l'associe pas directement &#224; l'image. Il en parle par rapport au paysage &#8211; qui par ailleurs n'est rien d'autre qu'une image &#8211; une m&#233;tapiction, certes, mais une image n&#233;anmoins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'introduction d'un ouvrage intitul&#233; &lt;i&gt;Landscape and power&lt;/i&gt;, Mitchell distingue deux courants majeurs dans la consid&#233;ration du paysage. Selon le premier, qualifi&#233; de contemplatif, la lecture d'un paysage se fait sur la base de l'histoire de la peinture, tandis que pour le second, qualifi&#233; d'interpr&#233;tatif, le paysage est une all&#233;gorie dont la signification psychologique ou id&#233;ologique se d&#233;chiffre selon les m&#233;thodes s&#233;miotiques et herm&#233;neutiques. Le premier est associ&#233; au modernisme et le deuxi&#232;me au postmodernisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le projet de Mitchell &#233;tait de joindre ces deux lectures en une nouvelle approche qui, au lieu de demander ce que le paysage est ou ce qu'il signifie, pose la question de savoir ce qu'il fait. Autrement dit, au lieu de consid&#233;rer le paysage comme un objet &#224; contempler ou un texte &#224; interpr&#233;ter, Mitchell y voit un proc&#233;d&#233; formant des identit&#233;s sociales et subjectives et interroge son identit&#233; en tant qu'acteur culturel. Pour articuler cette d&#233;marche il propose de transformer le mot paysage de substantif en verbe.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;W.J.T. Mitchell (ed.) : Landscape and Power, Chicago, Univ. of Chicago (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; De nos jours, surtout &#224; l'&#233;poque de la Guerre contre la Terreur et de la Guerre des Clones, nous ne pouvons plus nous contenter d'&#233;tudier la signification et l'efficacit&#233; des images. Nous devons nous pencher sur la fa&#231;on dont elles vivent et se meuvent, dont elles &#233;voluent et mutent, ainsi que sur les besoins, les d&#233;sirs et les demandes qu'elles incarnent, elles qui g&#233;n&#232;rent les affects et les &#233;motions animant les &#171; structures de sentiment &#187; de notre temps. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;W.J.T. Mitchell : Cloning Terror ou la guerre des images du 11 septembre au (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est nouveau ici, c'est l'id&#233;e d'une image vivante qui est articul&#233;e en faisant &#224; la fois recours &#224; la philosophie ancienne et au concept biologique du clonage et fait ressurgir la peur de l'image comme double.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; (&#8230;) dans son acception traditionnelle, l'iconologie est une discipline interpr&#233;tative qui s'int&#233;resse aux significations des images dans leur contexte historique. Plus r&#233;cemment, on a mis l'accent sur le &lt;i&gt;pouvoir&lt;/i&gt; qu'exercent les images sur le comportement humain. Ces deux approches demeurent indispensables, mais il nous faut les compl&#233;ter par un mod&#232;le plus ancien, celui de l'image vivante. Comme le r&#233;v&#233;lait Aristote, et comme l'ont compris toutes les cultures anciennes, les images sont des imitations de la vie qui constituent de fait une &#171; seconde nature &#187;. Les r&#233;cits religieux de la cr&#233;ation du monde invoquent presque invariablement un moment o&#249; des images sont cr&#233;&#233;es, puis port&#233;es &#224; la vie. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;ibid., p. 19&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#233;thode ad&#233;quate pour traduire cette iconlogie de l'image vivante en pratique lui semble &#234;tre la m&#233;thode de la d&#233;construction selon Derrida.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il ne suffit pas d'indiquer qu'une m&#233;taphore repose sur une erreur ou qu'une image manque de r&#233;alit&#233;. Il est tout aussi important de comprendre le processus qui conf&#232;re une litt&#233;ralit&#233; au m&#233;taphorique et une r&#233;alit&#233; &#224; l'image. Cela implique de renoncer &#224; l' &#171; iconoclasme critique &#187;, cette strat&#233;gie classique de l'iconologue qui lui permet de remporter des victoires faciles en exposant le caract&#232;re irr&#233;el et m&#233;taphorique de l'ic&#244;ne. Invoquer le sens commun pour d&#233;noncer abruptement le caract&#232;re illusoire des images ne servirait tout bonnement &#224; rien. En lieu et place, il nous faut une m&#233;thode qui reconnaisse et englobe &#224; la fois l'irr&#233;alit&#233; des images et leur r&#233;alit&#233; op&#233;ratoire. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;ibid., p. 18&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;construction selon Derrida est certes une m&#233;thode philosophique, mais avant tout une pratique d'analyse textuelle. Apr&#232;s avoir longuement r&#233;fl&#233;chi sur le rapport entre image et texte et essay&#233; de poser la probl&#233;matique en partant de l'image avec le &#171; pictorial turn &#187;, ce tournant dans la pens&#233;e de Mitchell peut surprendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est &#233;vident que Derrida suscite l'int&#233;r&#234;t de Mitchell avec son concept de la diff&#233;rance, car il pose le probl&#232;me de la repr&#233;sentation en dehors de la comparaison, sans &#233;tablir de structure de r&#233;f&#233;rence et de relation binaire et surtout qu'il l'aborde avec un concept actif. C'est cette d&#233;marche que Mitchell tente d'appliquer &#224; l'analyse des images dans la deuxi&#232;me partie du livre pour parler des images apparues &#224; la suite du 11 septembre 2001.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;W.J.T Mitchell : &lt;i&gt;Cloning Terror. Ou la guerre des images du 11 septembre au pr&#233;sent&lt;/i&gt;, Paris, Les prairies ordinaires, 2011, p. 10&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;ibid., p. 17&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;ibid., p. 47&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;ibid., p. 48&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;cf. : W.J.T Mitchell, conf&#233;rence du 30 novembre 2006 (en anglais) : &lt;a href=&#034;http://www.youtube.com/watch?v=yqb8eTK1aMs&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.youtube.com/watch?v=yqb8eTK1aMs&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;W.J.T Mitchell : &lt;i&gt;Cloning Terror. Ou la guerre des images du 11 septembre au pr&#233;sent&lt;/i&gt;, Paris, Les prairies ordinaires, 2011, p. 9&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Richard McKay Rorty, philosophe am&#233;ricain (1931-2007), figure centrale du post-structuralisme am&#233;ricain, proche du n&#233;o-pragmatisme et du lib&#233;ralisme politique, dont l'&#339;uvre reste tr&#232;s controvers&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;W.J.T Mitchell : &lt;i&gt;Cloning Terror ou la guerre des images du 11 septembre au pr&#233;sent&lt;/i&gt;, Paris, Les prairies ordinaires, 2011, p. 48-49&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;W.J.T. Mitchell : &lt;i&gt;Picture Theory. Essays on Verbal and Visual Representation&lt;/i&gt;, Chicago, Univ. of Chicago Press, 1994, p. 83&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;W.J.T. Mitchell : &lt;i&gt;Cloning Terror ou la guerre des images du 11 septembre au pr&#233;sent&lt;/i&gt;, Paris, Les prairies ordinaires, 2011, p. 17&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;W.J.T. Mitchell (ed.) : &lt;i&gt;Landscape and Power&lt;/i&gt;, Chicago, Univ. of Chicago Press, 1994, p. 1-2&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;W.J.T. Mitchell : &lt;i&gt;Cloning Terror ou la guerre des images du 11 septembre au pr&#233;sent&lt;/i&gt;, Paris, Les prairies ordinaires, 2011, p. 20&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;ibid., p. 19&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;ibid., p. 18&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Images d'introduction : &lt;br class='autobr' /&gt;
Jenny Holzer - Truisms&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>V - L'image entre m&#233;taphore et clone</title>
		<link>http://www.tk-21.com/V-L-image-entre-metaphore-et-clone</link>
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		<dc:date>2012-02-09T18:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Louis Poitevin</dc:creator>


		<dc:subject>Multim&#233;dia</dc:subject>
		<dc:subject>conf&#233;rence </dc:subject>
		<dc:subject>s&#233;minaire</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir &#233;tudi&#233; les textes d'Hannah Arendt et de Jacques Derrida qui nous ont permis d'articuler la notion d'image &#224; celle de mensonge, il est n&#233;cessaire de faire un pas suppl&#233;mentaire, en mettant nos pas dans ceux de W.J.T. Mitchell et en commen&#231;ant la lecture de son livre &lt;i&gt;Cloning terror&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://www.tk-21.com/2011-2012-Vivre-comme-une-image" rel="directory"&gt;2011-2012 &#034;Vivre comme une image&#034; Images et politique&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.tk-21.com/Multimedia" rel="tag"&gt;Multim&#233;dia&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tk-21.com/conference" rel="tag"&gt;conf&#233;rence &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tk-21.com/seminaire" rel="tag"&gt;s&#233;minaire&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH113/arton412-cdb34.jpg?1772198834' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir &#233;tudi&#233; les textes d'Hannah Arendt et de Jacques Derrida qui nous ont permis d'articuler la notion d'image &#224; celle de mensonge, il est n&#233;cessaire de faire un pas suppl&#233;mentaire, en mettant nos pas dans ceux de W.J.T. Mitchell et en commen&#231;ant la lecture de son livre &lt;i&gt;Cloning terror&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_5132 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L213xH320/cloningterror-b33ff.jpg?1509821226' width='213' height='320' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Introduction&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir &#233;tudi&#233; les textes d'Hannah Arendt et de Jacques Derrida qui nous ont permis d'articuler la notion d'image &#224; celle de mensonge, il est n&#233;cessaire de faire un pas suppl&#233;mentaire, en mettant nos pas dans ceux de W.J.T. Mitchell et en commen&#231;ant la lecture de son livre &lt;i&gt;Cloning terror&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui il importe de d&#233;finir certaines notions dont le r&#244;le, dans une d&#233;termination du statut des images contemporaines, est essentiel.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ces notions sont les suivantes : la m&#233;taphore, le clone, l'immunit&#233; ou encore l'auto-immunit&#233; et enfin les modalit&#233;s de la circulation et de la transmission des images.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'image, les images sont embarqu&#233;es depuis l'antiquit&#233; dans la question de la mim&#233;sis et avec elle de leur reproduction et de leur reproductibilit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour Mitchell, comme pour nous tous, la question de la reproductibilit&#233; est devenue centrale avec l'analyse c&#233;l&#232;bre de Walter Benjamin. C'est &#224; un d&#233;placement des crit&#232;res et des formes de cette reproductibilit&#233; que l'on assiste &#224; l'aube du XXIe si&#232;cle. C'est l&#224; le v&#233;ritable sujet du livre de Mitchell et finalement l'enjeu de ce s&#233;minaire consacr&#233; &#224; image et politique. En effet, c'est avec les &#233;v&#233;nements du 11 septembre 2001 que l'on voit &#233;clater au grand jour une forme nouvelle dans la diffusion des images, diffusion qui r&#233;v&#232;le par l&#224; m&#234;me leur changement de statut. Ce statut ne d&#233;pend plus de leur support propre, peinture, photographie, film, vid&#233;o, mais bien du syst&#232;me g&#233;n&#233;ral de m&#233;diatisation et donc de diffusion des images.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous partirons de la pr&#233;sentation de ce moment central afin, d'une mani&#232;re un peu diff&#233;rente de celle de Mitchell, de tenter de comprendre la forme que prend cette mutation et ce qu'elle implique dans notre tentative d'une approche dynamique de l'image ou des images.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour cela je voudrais simplement citer pour commencer la d&#233;finition que donne Mitchell de l'iconologie &#171; c'est-&#224;-dire l'&#233;tude des images &#224; travers les m&#233;dias. D'un point de vue iconologique, les images constituent &#224; la fois des entit&#233;s verbales et visuelles des m&#233;taphores et des symboles graphiques. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cloning terror, p. 17.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est cette unit&#233; paradoxale qu'il faut interroger. L'image n'est pas un &#171; pur objet visuel &#187; ni un &#171; objet statique &#187;. Mais encore une fois, si l'image change de statut, c'est surtout &#224; cause du dispositif g&#233;n&#233;ral de m&#233;diatisation dans lequel elle est prise et auquel elle donne prise. Il faudrait plut&#244;t dire que c'est &#224; cause d'une sorte de flottement constant de son statut que cette appropriation des images par les m&#233;dias est possible. Il faudra cependant aussi interroger la transformation que ces m&#233;dias font subir &#224; ces m&#234;mes images comme aux mots et &#224; la pens&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5109 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://www.tk-21.com/IMG/jpg/lascaux-1-fnl.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH348/lascaux-1-fnl-17d54.jpg?1772197931' width='500' height='348' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;I - Source de l'angoisse et peur des images&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La voix et l'image&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bicam&#233;ralit&#233; ch&#232;re &#224; Julian Jaynes fonctionnait surtout &#224; travers des hallucinations auditives, mais les hallucinations visuelles existaient tout autant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur ce point pourtant il est difficile de formuler des choses avec pr&#233;cision. Mais il semble possible de dire que ni ce que voyaient les hommes de la pr&#233;histoire ni ce qu'ils ont pu inscrire sur les parois des grottes ne peut &#234;tre appel&#233; &#171; image &#187; au sens iconique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par contre cela peut nous conduire &#224; pr&#233;ciser la distinction entre deux sortes d'images, les images iconiques, celles qui sont rendues possibles par le processus d'extraction et la naissance ou l'invention du cadre, et les images visionnaires, celles que, dans des &#233;tats hallucin&#233;s, port&#233;s par des transes de type chamanique, les hommes ont mat&#233;rialis&#233;es &#224; ce point de rencontre entre la nuit du cr&#226;ne et les parois de la grotte, si l'on suit en tout cas la th&#232;se de Jean Clottes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Deux hypoth&#232;ses donc, que les premi&#232;res images sont visionnaires et aniconiques et que les images iconiques sont rendues possibles par l'instauration du cadre rendu lui-m&#234;me possible par le d&#233;ploiement du logos comme puissance de rationalisation.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi les premi&#232;res sont les purs produits de l'h&#233;misph&#232;re droit et les autres sont les produits d'une relation de d&#233;pendance en train de s'instaurer entre h&#233;misph&#232;re droit et h&#233;misph&#232;re gauche, au profit du second. En d'autres termes, la conscience est la mise en place d'une domination de l'h&#233;misph&#232;re gauche et de ses &#171; lois &#187; sur l'h&#233;misph&#232;re droit et de ses &#233;missions discontinues de messages plus ou moins violents et non rationnels sous formes de voix et d'images non iconiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui se passe donc c'est que les images visionnaires vont devenir, du point de vue nouveau d&#251; &#224; la prise de pouvoir du cerveau gauche, des facteurs de trouble. Ce sont elles, si l'on admet qu'elles sont des &#233;missions ou des messages envoy&#233;s par le cerveau droit au cerveau gauche, qui vont faire peur car elles ne rentrent pas dans le cadre justement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(On peut supposer que les repr&#233;sentations dans les grottes n'&#233;taient pas li&#233;es &#224; la peur ou alors pas &#224; la m&#234;me peur. Il y aurait donc deux peurs, l'une li&#233;e au fait m&#234;me qu'il y ait envoi de message, et cette peur est du c&#244;t&#233; de la fascination, de la stupeur et d'une sorte d'impuissance, de paralysie due au fait de ne pas pouvoir r&#233;pondre, et l'autre au fait que le message &#233;tant incompatible avec les nouveaux crit&#232;res de rationalit&#233;, une peur panique devant l'impuissance &#224; faire face se manifesterait comme forme de la r&#233;ponse &#8211; tout cela se ressemble mais, c'est important de les distinguer).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un autre c&#244;t&#233; les images qui passent ou s'installent dans le cadre seront toujours suspectes d'&#234;tre des &#233;missaires cach&#233;s du cerveau droit, mais elles seront de moins en moins coupables au fur et &#224; mesure que le discours rationnel r&#233;ussira &#224; l&#233;gitimer leur existence comme auxiliaire dans les processus complexes de connaissance et dans les processus vitaux de reconnaissance.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5110 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://www.tk-21.com/IMG/jpg/simonide-fnl.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH526/simonide-fnl-e4319.jpg?1509821226' width='500' height='526' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La l&#233;gitimation ratio&#239;de des images&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux moments marquent cette l&#233;gitimation des images. Le premier est grec. Il est d&#251; &#224; Simonide de C&#233;os (556-467 av. J.-C.). Marcel D&#233;tienne, dans son livre &lt;i&gt;Les ma&#238;tres de v&#233;rit&#233; dans la Gr&#232;ce archa&#239;que&lt;/i&gt; &#233;voque avec pr&#233;cision les deux phrases attribu&#233;es &#224; celui qui fit scandale en &#233;tant le premier &#224; faire de la po&#233;sie un m&#233;tier et &#224; composer donc des po&#232;mes pour une somme d'argent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est surtout par la mise en relation directe sur une base d'&#233;quivalence ratio&#239;de entre image et texte qu'il est important pour nous aujourd'hui. En effet, c'est &#224; lui que l'on doit ces deux phrases qui auront une immense post&#233;rit&#233; : &#171; La peinture est une po&#233;sie silencieuse et la po&#233;sie une peinture qui parle &#187; et cette autre phrase, &#171; La parole est l'image (eikon) de la r&#233;alit&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Simonide marquerait le moment o&#249; l'homme grec d&#233;couvre l'image, il serait le premier t&#233;moin de la th&#233;orie de l'image. En tout cas il est l'un des acteurs de cette mutation qui affecte la Gr&#232;ce d&#232;s la fin du VIIe si&#232;cle, p&#233;riode o&#249; &#171; la statue n'est plus un signe religieux, elle est une &#034;image&#034;, un signe figur&#233; qui cherche &#224; &#233;voquer pour l'esprit de l'homme une r&#233;alit&#233; ext&#233;rieure. &#187; &#233;crit Marcel D&#233;tienne.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Op. cit., p. 188.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'appropriation par le christianisme de l'image comme &#233;l&#233;ment essentiel au processus de connaissance des fins derni&#232;res et de r&#233;assurance psychique face &#224; l'inconnu de l'existence prolongera le d&#233;bat autour de ce statut tel qu'il existait chez les Grecs, &#224; savoir que l'image, comme repr&#233;sentation du dieu &#233;tait aussi per&#231;ue en fait non pas comme une repr&#233;sentation, mais comme une pr&#233;sentification. C'est ce que signalait d&#233;j&#224; Jean-Pierre Vernant dans un texte de 1979, (&lt;i&gt;Naissance des images, Religions, histoires, raisons&lt;/i&gt;, Masp&#233;ro,&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;cit&#233; par Dominique Jaillard, in Les champs de la mim&#233;sis &#224; l'&#233;poque (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;) lorsqu'il &#233;crivait que &#171; l'acte de mimesthai, plut&#244;t qu'une repr&#233;sentation, est une effectuation, une manifestation. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc l'image est ambigu&#235; car en tant que manifestation potentielle de l'h&#233;misph&#232;re droit elle est porteuse du danger m&#233;tonymique de l'unit&#233; avec le sujet repr&#233;sent&#233;. Elle est alors suspecte d'&#234;tre connect&#233;e aux voix divines, d'&#234;tre un vecteur d'hallucination et donc d'&#234;tre un facteur de trouble dans un univers qui se retrouve gouvern&#233; par des lois issues de l'h&#233;misph&#232;re gauche et qui s'oppose toujours malgr&#233; tout &#224; cette puissance particuli&#232;re de l'h&#233;misph&#232;re droit qui implique de ne faire qu'un avec son origine, avec le dieu, avec la forme de la pr&#233;sence.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5111 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://www.tk-21.com/IMG/jpg/chamane-fnl.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH375/chamane-fnl-bd7de.jpg?1509821226' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les trois sources de la peur des images&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sch&#233;ma plausible du fonctionnement psychique bicam&#233;ral n'a pas &#233;t&#233; pour autant aboli par quatre mill&#233;naires de mutation psychique entra&#238;n&#233;e par l'invention de l'&#233;criture. Il survit m&#234;me comme &#233;l&#233;ment partiel du dispositif, au moins comme phantasme dans l'univers ratio&#239;de.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on veut comprendre le lien qu'il est possible d'&#233;tablir entre notre situation actuelle et la p&#233;riode qui a vu le passage de la pr&#233;histoire &#224; l'histoire, il faut revenir un instant &#224; ce qui alimente cette peur aujourd'hui, aux formes qu'elle prend.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes oblig&#233;s pour cela de recourir &#224; la distinction entre les deux types d'images que nous connaissons, les images &#171; iconiques &#187; fixes, de la peinture &#224; la photographie et qui rel&#232;vent de la double probl&#233;matique, mim&#233;sis et pr&#233;sentification, et les images visionnaires qui en tant que message &#233;mis directement par le cerveau droit rendent compte d'univers id&#233;els, abstraits donc en quelque sorte, voire conceptuels dans un sens restreint, mais qui restent connect&#233;s d'une mani&#232;re singuli&#232;re &#224; la r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean Clottes dans son livre &lt;i&gt;Les chamanes de la pr&#233;histoire&lt;/i&gt; &#233;voque ces images visionnaires et montre qu'elles activent certes des &#233;l&#233;ments emprunt&#233;s &#224; la r&#233;alit&#233;, mais qu'elles les mettent en sc&#232;ne d'une telle mani&#232;re qu'ils restent d&#233;connect&#233;s de leur contexte, extraits du psychisme mais non cadr&#233;s donc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les images actuelles qui se rapprochent le plus des images visionnaires sont celles qui sont projet&#233;es non pas sur mais bien PAR les &#233;crans sur le monde et qui p&#233;n&#232;trent donc dans les cerveaux en venant du dehors et quoi qu'ayant &#233;t&#233; r&#233;alis&#233;es par des appareils invent&#233;s et produits par des hommes. En ce sens, elles sont re&#231;ues non filtr&#233;es par le cerveau gauche &#224; cause de l'occultation de leur provenance et donc directement par le cerveau droit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(En oubliant le r&#244;le des appareils dans le processus de perception, les hommes ouvrent la porte au fait que l'on peut dire que ces images parlent donc d'abord au cerveau droit dans la mesure o&#249; d'une part elles bloquent le fonctionnement du cerveau gauche par leur puissance d'&#233;vocation, et o&#249; d'autre part elles offrent une sorte de connaissance non discursive de la r&#233;alit&#233; qui remplace la connaissance de type discursive &#224; cause pr&#233;cis&#233;ment de cette puissance de fascination qui est la leur.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elles entrent ainsi en conflit d'une part avec les images qui rel&#232;vent d&#233;sormais dans notre culture de la puissance ratio&#239;de et donc du cerveau gauche et d'autre part avec les textes qui jusqu'ici &#233;taient les vecteurs essentiels de l'explication du monde et de la dispensation du savoir et donc qui permettaient aux hommes de s'orienter dans l'existence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La peur des images est due au trouble qu'&#233;prouvent les structures dominantes dans le fonctionnement de la conscience face &#224; la remise en cause de leur domination au profit de structures organis&#233;es autour du langage r&#233;ticulaire et de la production d'images mobiles et qui pourtant (ou &lt;i&gt;de facto&lt;/i&gt;) s'adressent directement au cerveau droit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce trouble induit une forme de peur dans la conscience, celle d'&#234;tre d&#233;poss&#233;d&#233;e de sa puissance propre &#224; laquelle s'ajoute une seconde peur propre &#224; la r&#233;ception directe des images visionnaires elles-m&#234;mes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si l'on en croit les t&#233;moignages divers relatifs aux &#233;tats de transe, par exemple, et aux moments o&#249; des individus vivent des hallucinations auditives et visuelles, de tels moments sont difficiles &#224; supporter. C'est ce dont t&#233;moigne par exemple un personnage poss&#233;d&#233; cit&#233; par Bertrand Hell dans son livre &lt;i&gt;Possession et chamanisme&lt;/i&gt;, &#171; M&#234;me une maladie vaut mieux. Mieux vaut tomber malade que d'&#234;tre poss&#233;d&#233;. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Op. cit., p. 180.&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Ces images et ces voix, ces pr&#233;sences qui envahissent l'individu sont des puissances r&#233;elles et r&#233;ellement dangereuses pour le psychisme. Il y a quelque chose de cette puissance dans les images &#233;mises par les &#233;crans en ce qu'elles rel&#232;vent plut&#244;t de l'ordre des visions que des traductions mim&#233;tiques, et cela malgr&#233; les apparences, en ce qu'elles sont donc li&#233;es au registre de la soumission plut&#244;t qu'&#224; celui de la perception active m&#233;diatis&#233;e par le langage, le logos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elles leur ressemblent aussi en ceci qu'on semble et qu'on est incapable de leur &#233;chapper. Cette seconde peur est une forme de peur archa&#239;que, celle qui existait devant la manifestation incontr&#244;lable du divin, du dieu ou de l'esprit, entit&#233; qui a &lt;i&gt;de facto&lt;/i&gt; la capacit&#233; de briser la vie et en tout cas le psychisme de celui qu'il visite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il existe un troisi&#232;me registre de peur engendr&#233; par les images actuelles. Cette troisi&#232;me peur est li&#233;e au fait pour la conscience de se trouver comme t&#233;tanis&#233;e sans pouvoir r&#233;agir, de voir sans pouvoir faire quelque chose pour r&#233;pondre ou s'opposer &#224; ce qu'elle voit. C'est la peur induite par une forme de fascination et par la perception de la d&#233;possession de ses moyens d'action. Le psychisme, c'est-&#224;-dire le dispositif de la conscience comme syst&#232;me g&#233;n&#233;ral permettant de d&#233;cider et d'agir, de passer &#224; l'acte et de contr&#244;ler ses actions, se retrouve litt&#233;ralement bloqu&#233;. Cette troisi&#232;me peur affecte la vision g&#233;n&#233;rale et globale du monde que produit la conscience mais qui rel&#232;ve plut&#244;t des pr&#233;rogatives du cerveau droit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le psychisme, et donc le sujet, est en train de se voir (Je analogue et Moi m&#233;taphorique) en train de se transformer. Il voit que ce qui jusqu'ici lui servait &#224; se contr&#244;ler et &#224; assurer le contr&#244;le des actes ne fonctionne plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est incapable de pr&#233;voir ce qui va lui advenir comme individu et comme &#233;l&#233;ment de l'esp&#232;ce. En effet, les informations qu'il ne cesse de recevoir sont en fait absolument contradictoires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le dire d'un mot, la publicit&#233; lui envoie un message de bien-&#234;tre et configure une image analogique cr&#233;dible du monde, mais son exp&#233;rience lui montre et lui d&#233;montre le contraire. Il choisit de croire ce que lui dit la publicit&#233;. Mais ce qui est en train de se produire, c'est une faille radicale dans le fonctionnement de cette pr&#233;rogative archa&#239;que du cerveau droit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, les images &#233;mises par les &#233;crans malgr&#233; leur caract&#232;re d'images visionnaires ou justement &#224; cause de lui, pr&#233;sentent aussi des aspects dramatiques au sujet de l'&#233;tat du monde qui contredisent l'image g&#233;n&#233;rale accept&#233;e et rassurante. Ainsi, le besoin d'&#233;quilibre fournit par l'adaptation de ses croyances &#224; l'image analogique et rassurante se trouve mis en cause en ceci que plusieurs types d'images visionnaires se livrent un combat sans merci, certaines donnant des informations de plus en plus troublantes et violentes contredisant les informations que les autres images visionnaires, celles de la publicit&#233; pour le dire vite, &#233;mettent sous forme de messages rassurants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a donc un double conflit entre les images visionnaires et le monde ratio&#239;de, images iconiques li&#233;es et d&#233;pendantes des textes et &#224; l'int&#233;rieur du champ des images visionnaires. Entre cerveau gauche et droit pour la prise de pouvoir sur le fonctionnement psychique et &#224; l'int&#233;rieur du cerveau droit donc pour le dire de mani&#232;re terriblement sch&#233;matique.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5112 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://www.tk-21.com/IMG/jpg/dieux-cyclades-fnl.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH348/dieux-cyclades-fnl-c1c2c.jpg?1772197931' width='500' height='348' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La nouvelle schize&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi outre la remise en cause du lien de domination des fonctions du cerveau gauche sur celles du cerveau droit, mises en place par une sorte de passage et de lien plus profond entre ces deux univers psychiques &#233;tablis depuis quelques mill&#233;naires et rendus possibles par la plasticit&#233; du cerveau, on assiste &#224; la remise en cause de la puissance de r&#233;confort de l'image mentale globale &#233;tablie par notre cerveau droit sur la base des informations qu'il engrange depuis un demi-si&#232;cle. C'est donc une double schize qui est en train de se former dans le fonctionnement psychique. La premi&#232;re r&#233;introduit une forme de s&#233;paration l&#224; o&#249; il y avait plut&#244;t liens et relations entre les fonctions du cerveau droit et celles du cerveau gauche et la seconde traverse les fonctions du cerveau droit se manifestant par le conflit qui oppose images visionnaires rassurantes et images visionnaires terrifiantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On se retrouve donc dans une situation qui est en partie comparable &#224; celle que connaissaient les hommes bicam&#233;raux, disons les hommes qui vivaient avant et encore au temps de &lt;i&gt;L'Iliade&lt;/i&gt;. En tout cas, ce que l'on peut apprendre d'eux peut nous permettre de mieux comprendre certains aspects de la crise g&#233;n&#233;rale que nous traversons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; cette &#233;poque, les dieux n'&#233;taient plus toujours bons et justes (ils commen&#231;aient &#224; se tromper, entendons que l'on commen&#231;ait &#224; &#234;tre capables de voir que ce que disait un oracle pouvait contredire ce que disait en nous la raison), et la raison n'&#233;tait pas encore la puissance dominante du psychisme. Les &#171; informations &#187; &#233;mises par le cerveau gauche n'&#233;taient pas encore susceptibles de permettre &#224; la r&#233;assurance psychique de type ratio&#239;de de fonctionner, c'est-&#224;-dire de rassurer les hommes quant &#224; leur place dans le cosmos et celles &#233;mises par le cerveau droit n'&#233;taient plus capables de calmer les angoisses de mani&#232;re satisfaisante et globale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, comme nous le vivons de mani&#232;re &#233;vidente depuis quelques jours, les dieux ne sont plus capables du tout d'assurer et de rassurer sur l'avenir, et les informations de type ratio&#239;des sont quant &#224; elles, soit trop dramatiques pour &#234;tre acceptables telles quelles, soit incompr&#233;hensibles, c'est-&#224;-dire impossible &#224; prendre en charge par soi-m&#234;me, entendons ici par la conscience au sens du dispositif g&#233;n&#233;ral de contr&#244;le en vigueur depuis trois mille ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224;, nous n'avons pas peur, nous sommes la peur ou plut&#244;t la peur est en nous et hors de nous comme un effet implacable et in&#233;vitable du destin. Les dieux sont incapables de nous aider et nous ne pouvons plus nous aider nous-m&#234;mes. Nous sommes en cela de r&#233;els anti-h&#233;ros, puisque les h&#233;ros &#233;taient ces &#234;tres qui pouvaient encore faire appel &#224; la puissance des dieux pour leur venir en aide et que nous ne pouvons faire appel &#224; rien ni personne pour nous venir en aide, les appareils eux-m&#234;mes &#233;tant non pas tant au service des dieux devenus mauvais que les vecteurs m&#234;me de la mutation psychique qui permet aux dieux devenus mauvais de garder ind&#251;ment le pouvoir sans nous permettre &#224; nous, englu&#233;s dans la forme d&#233;pass&#233;e du psychisme, d'inventer imm&#233;diatement les &#233;l&#233;ments de r&#233;ponse pouvant nous permettre d'&#233;chapper &#224; la mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seuls ceux qui ne se renonceront pas pourront nous aider &#224; nous sauver.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5117 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH323/attentats-fnl-54a30.jpg?1509821227' width='500' height='323' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;II - Derrida again : la boucle et l'immunit&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;C'est par un passage du livre d'entretien &lt;i&gt;Le &#171; concept &#187; du 11 septembre&lt;/i&gt; de Jacques Derrida que je voudrais commencer. En effet, il y relie le mode de pr&#233;sentation particulier des images auquel a donn&#233; lieu de mani&#232;re massive et d&#233;sormais ineffa&#231;able l'effondrement des tours jumelles, le 11 septembre, &#224; la question de l'auto-immunit&#233; des syst&#232;mes vivants, auto-immunit&#233; qui concerne &#224; l'&#233;vidence aussi bien les syst&#232;mes de transmission mis en place par les humains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est cette translation qui est au c&#339;ur du livre de Mitchell, mais Mitchell ne s'en cache pas, c'est bien dans la pens&#233;e de Derrida qu'il a trouv&#233; les principaux motifs de son analyse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je crois qu'il faut lire ce passage assez long mais qui met en perspective les enjeux de notre r&#233;flexion aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont des passages &#233;crits par Derrida mais qui sont des notes de bas de page ; situation importante si l'on veut pour ces remarques &#224; la fois d&#233;terminantes et incidentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'articulation entre auto-immunit&#233; et un certain r&#233;gime d'images ou de mode de pr&#233;sentation des images est ici parfaitement mis en place. L'auto-immunit&#233; se trouve li&#233;e &#224; la figure de la boucle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voir le texte : p. 144-145-146 in &lt;i&gt;Le &#171; concept &#187; du 11 septembre&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Terreur, ici, angoisse, l&#224;, c'est &#224; des affects de grande profondeur, je veux dire par l&#224; d'une grande anciennet&#233; dans le psychisme humain que l'on est confront&#233; &#224; nouveau aujourd'hui, &#224; ceci pr&#232;s qu'ils ne se donnent plus directement dans une violence v&#233;cue, entendons pour nous qui vivons dans des zones sans conflit ouvert, mais qu'il se donnent &#224; nous, nous sont pr&#233;sent&#233;s et que nous nous repr&#233;sentons donc &#224; travers les images, voire donc comme des images. C'est ici que s'op&#232;re le glissement m&#233;taphorique qui va nous int&#233;resser maintenant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui s'op&#232;re ici, c'est un lien renouvel&#233; entre trauma et images, l'un &#233;tant port&#233; par les autres et les autres in&#233;vitablement une nouvelle fois renvoy&#233;s &#224; la peur qu'elles ont toujours fait na&#238;tre en nous, mais il est vrai &#224; des degr&#233;s divers selon les &#233;poques.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5118 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH365/pub-ipod-fnl-fcb4c.jpg?1772197931' width='500' height='365' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;III - Une int&#233;riorit&#233; viol&#233;e&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le mot n'est pas trop fort. Il dit en tout cas le lien qui s'&#233;tablit entre quelque chose qui devrait rester pr&#233;serv&#233; et donc saint, sacr&#233; ou en tout cas immune et le fait que pr&#233;cis&#233;ment il existe des forces et des vecteurs de ces forces, les images, donc, qui sont susceptibles de passer outre les fronti&#232;res, de se glisser sous la porte, de p&#233;n&#233;trer par effraction ou sans effraction, mais toujours de mani&#232;re illicite dans notre int&#233;riorit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est autour de cette question que la foi et la religion ne cessent de venir se perdre et se reconstituer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Derrida remarque &#224; juste titre aussi comment il est d&#233;sormais impossible pour nous de ne pas appr&#233;hender ces questions de foi et de religion sans prendre en charge le lien qui s'est instaur&#233; entre foi et rationalit&#233; &#233;conomique et capitalistique du t&#233;l&#233;-techno-scientifique. Dans &lt;i&gt;Foi et savoir&lt;/i&gt;, pages 67 &#224; 71, Derrida se retrouve une fois de plus face &#224; ce que nous avons appel&#233; ici le mensonge absolu et qui ici prend le nom de mal absolu.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est bien cette int&#233;riorit&#233; menac&#233;e qui est au c&#339;ur de la r&#233;flexion de Mitchell.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Comme le terrorisme, le clonage est un concept iconique&#8230; &#187; &#233;crit Mitchell, page 44. &#201;coutons la suite de ce passage.&lt;br class='autobr' /&gt;
La question est donc de savoir comment fonctionne aujourd'hui cette peur des images.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5133 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://www.tk-21.com/IMG/jpg/soderbergh-contagion-fnl.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH335/soderbergh-contagion-fnl-b2a8d.jpg?1509821227' width='500' height='335' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;IV - Une guerre contre l'angoisse&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La formule est de Mitchell page 22. Qu'est-ce que l'angoisse ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un affect qui tient &#224; l'incertitude de notre situation &#224; la fois cosmologique, biologique et psychique. L'angoisse en est la manifestation et l'expression, mais elle en est aussi le nom d'un moment dans lequel en quelque sorte le sujet baisse les bras, pourrait-on dire, ou que le syst&#232;me de d&#233;fense, le syst&#232;me immunitaire, ne remplit plus ses fonctions de d&#233;fense.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est cette ambigu&#239;t&#233; et cette ambivalence &#224; la fois qui caract&#233;risent les images. Elles sont l'expression de cette angoisse et son vecteur. C'est bien &#171; en &#187; elle que se jouerait donc &#224; la fois l'&#233;cart et le lien, la faiblesse et la force, par lesquelles les affects viennent &#224; se montrer, ou si l'on veut, &#224; se dire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mitchell dit bien cette dualit&#233; profonde de l'image d'&#234;tre &#224; la fois ambigu&#235; et ambivalente, en ce qu'elle est le lieu et le vecteur, le moyen et le r&#233;sultat de l'articulation, d'une articulation entre r&#233;el et imaginaire qui se fait sur un mode &#171; &#224; la fois conjonctif (et / et) et disjonctif (ou bien / ou bien) etc &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Op. cit., p. 35.&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'angoisse est engendr&#233;e par la mise en relation in&#233;vitable entre ce qui est dit et ce qui est v&#233;cu en tant que ce sont des forces qui s'affrontent et dont nous sommes &#224; la fois les vecteurs et les cibles. L'ennemi est &#224; l'int&#233;rieur. C'est une question concernant la conscience qui est ici pos&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5134 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://www.tk-21.com/IMG/jpg/world-war-z-fnl.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH288/world-war-z-fnl-d0df0.jpg?1772197931' width='500' height='288' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;V - M&#233;taphorique et litt&#233;ral&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;M&#233;taphore comme fondement de la pens&#233;e, Jaynes, Du Marsais, Derrida (retrait de la m&#233;taphore).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du Marsais &#171; la m&#233;taphore est une esp&#232;ce de trope ; le mot dont on se sert dans la m&#233;taphore est pris dans un autre sens que le sens propre : il est, pour ainsi dire, dans une demeure emprunt&#233;e, dit un ancien, ce qui est commun et essentiel &#224; tous les tropes. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;In Psych&#233;, Le retrait de la m&#233;taphore, p. 75.&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Et &#171; le retrait n'est ni une chose, ni un &#233;tant, ni un sens. Il se retire et de l'&#234;tre de l'&#233;tant comme tel et du langage, sans &#234;tre, ni &#234;tre dit ailleurs ; il entame la diff&#233;rence ontologique elle-m&#234;me [...] Qu'est-ce qui se passe ? Aurons-nous demand&#233; en entamant ce discours. Rien, pas de r&#233;ponse, sinon que de la m&#233;taphore, le retrait se passe et de lui-m&#234;me. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Op. cit., p. 92-93.&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#233;taphore et litt&#233;ralit&#233; : Mitchell, page 37. C'est &#224; formalisation de l'angoisse que nous assistons et encore une fois la m&#233;taphore est elle-m&#234;me la traduction de cette angoisse et son activateur.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le parall&#232;le que fait Mitchell entre clone et image est en ce sens porteur de cette ambigu&#239;t&#233; et de cette ambivalence.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il s'agit d'une op&#233;ration dont on voit en quelque sorte comment elle se met en place et s'accomplit dans l'appareil technico-m&#233;diatique. C'est elle qu'il va nous falloir interroger avec Mitchell les prochaines s&#233;ances.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cela se fait par la contamination qui se fait par l'instauration d'un r&#233;gime bas&#233; sur la peur qui affaiblit les d&#233;fenses.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Cloning terror&lt;/i&gt;, p. 17.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Op. cit., p. 188.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;cit&#233; par Dominique Jaillard, in &lt;i&gt;Les champs de la mim&#233;sis &#224; l'&#233;poque classique&lt;/i&gt;, in &lt;i&gt;La peur des images&lt;/i&gt;, La part de l'&#339;il, 2008&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Op. cit., p. 180.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Op. cit., p. 35.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;In &lt;i&gt;Psych&#233;, Le retrait de la m&#233;taphore&lt;/i&gt;, p. 75.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Op. cit., p. 92-93.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>IV - Images, art, mensonge : l'impossible &#233;quation</title>
		<link>http://www.tk-21.com/Seminaire-2011-2012-IV-Images-art</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.tk-21.com/Seminaire-2011-2012-IV-Images-art</guid>
		<dc:date>2012-01-11T18:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Louis Poitevin</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Lecture de l'ouvrage de Jacques Derrida Histoire du mensonge. Prol&#233;gom&#232;nes&lt;br class='autobr' /&gt;
par Jean-Louis Poitevin&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://www.tk-21.com/2011-2012-Vivre-comme-une-image" rel="directory"&gt;2011-2012 &#034;Vivre comme une image&#034; Images et politique&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L113xH150/arton168-275e9.jpg?1772198834' class='spip_logo spip_logo_right' width='113' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La v&#233;rit&#233; est le nom d'un phantasme que l'on croit fondateur et sur lequel repose notre demeure psychique et conceptuelle. Il se trouve que celle-ci se met &#224; ressembler &#224; une prison dans laquelle, il est vrai, nous &#233;voluons comme poissons dans l'eau, semblant ne pas percevoir ce qui change au nom de ce qui persiste, affectant de ne pas comprendre ce qui a lieu au nom d'une foi qui pourtant se d&#233;lite, ne sachant pas comment oublier ce que pourtant nous n'osons pas apprendre.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Introduction : un substitut complet&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La v&#233;rit&#233; est le nom d'un phantasme que l'on croit fondateur et sur lequel repose notre demeure psychique et conceptuelle. Il se trouve que celle-ci se met &#224; ressembler &#224; une prison dans laquelle, il est vrai, nous &#233;voluons comme poissons dans l'eau, semblant ne pas percevoir ce qui change au nom de ce qui persiste, affectant de ne pas comprendre ce qui a lieu au nom d'une foi qui pourtant se d&#233;lite, ne sachant pas comment oublier ce que pourtant nous n'osons pas apprendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous savons nommer ce qui arrive ou ce qui advient mais comme nous avons commenc&#233; &#224; nous d&#233;fier des mots, ce que nous pourrions comprendre nous &#233;chappe. Nous ne semblons plus en mesure d'op&#233;rer ces synth&#232;ses qui nous ont longtemps tenu lieu de viatique et dont l'id&#233;e platonicienne, &#224; la fois signe ic&#244;ne et symbole et en m&#234;me temps puissance exc&#233;dant ces manifestations est un peu la forme originaire. Et le pourrions-nous, nous ne semblons plus en mesure de prendre des d&#233;cisions qui semblent pourtant s'imposer et encore moins passer &#224; l'acte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; moins que l'agir dont nous serions d&#233;sormais capables n'en soit pr&#233;cis&#233;ment pas vraiment un ? Nous avons associ&#233; imagination et fiction ou encore imagination et mensonge lors m&#234;me que nous avons inscrit la v&#233;rit&#233; dans le champ de ce qui, persistant, ne change pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette conception de la v&#233;rit&#233; en g&#233;n&#233;ral fait que, suivant en cela Hannah Arendt et tant d'autres qui l'ont pr&#233;c&#233;d&#233;e, nous pensons, pour ne pas dire nous croyons, qu'elle, la v&#233;rit&#233;, comme le rappelle Jacques Derrida, &#171; doit toujours l'emporter, qu'elle doit finir par se r&#233;v&#233;ler, car dans sa structure, la v&#233;rit&#233; est stabilit&#233; assur&#233;e, irr&#233;versibilit&#233; ; elle survit ind&#233;finiment aux mensonges, aux fictions et aux images. &#187; (&lt;i&gt;Histoire du mensonge, Prol&#233;gom&#232;nes&lt;/i&gt;, &#201;ditions de L'Herne, p. 108).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous allons tenter aujourd'hui de comprendre la mani&#232;re dont v&#233;rit&#233; et images, v&#233;rit&#233; et fictions, v&#233;rit&#233; et mensonge sont pris ensemble et forment un tissu d'un genre nouveau, une sorte de peau. Cette peau ne se contente pas de recouvrir le r&#233;el. Par r&#233;el acceptons de comprendre l'ensemble de ce que nous percevons, pensons et croyons. Mais cette peau semble anim&#233;e d'une puissance magique qui semble en mesure de cr&#233;er du r&#233;el sinon le r&#233;el.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il nous faut un instant revenir sur ce que nous a appris la lecture de V&#233;rit&#233; et politique d'Hannah Arendt. Elle y &#233;voque l'&#233;mergence d'une puissance qui transforme les formes connues du mensonge et d&#233;place son champ d'effectuation. Le mensonge se joue &#224; l'intersection et &#224; l'articulation de la sph&#232;re individuelle et inter-individuelle avec la sph&#232;re publique et collective, et d'une certaine mani&#232;re il joue sur les m&#234;mes terres que la v&#233;rit&#233;. C'est, en effet, la m&#234;me conscience qui peut &#224; la fois tromper et &#234;tre tromp&#233;e, dire le vrai ou le faux, percevoir la v&#233;racit&#233; d'un discours et bien s&#251;r mentir.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_641 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L320xH319/a8-gif-for-web-NORMAL-87f8a.jpg?1509821227' width='320' height='319' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ce que Hannah Arendt nous a permis de mieux comprendre, c'est qu'il nous fallait imp&#233;rativement interroger la nouvelle forme de mensonge rendue possible par l'existence des nouveaux m&#233;dias. Cette nouvelle forme de mensonge tient &#224; deux ph&#233;nom&#232;nes majeurs qui semblent imbriqu&#233;s l'un dans l'autre :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; la perte de puissance de la conscience comme dispositif de formation et de contr&#244;le des &#233;nonc&#233;s relatifs &#224; la v&#233;racit&#233; et donc &#224; la r&#233;alit&#233; de la r&#233;alit&#233;, et cela tant dans le champ individuel que collectif
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; la mont&#233;e en puissance des images en tant qu'elles sont port&#233;es par les nouveaux m&#233;dias et ceux qui les contr&#244;lent, comme vecteur d'un mode de pens&#233;e instaurant de nouvelles relations entre visible, lisible et audible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne reviendrons pas sur le fait que dans des niches le plus souvent d&#233;di&#233;es au savoir et &#224; la science, on continue &#224; v&#233;n&#233;rer et &#224; pratiquer le culte de la v&#233;rit&#233; et &#224; honorer des protocoles de v&#233;rification et de l&#233;gitimation qui tendent &#224; offrir des r&#233;sultats incontestables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas au vrai que s'oppose la forme contemporaine du mensonge, mais, &#224; ce qui est &#224; la fois per&#231;u et cru. Le mensonge contemporain, que l'on a appel&#233; la derni&#232;re fois le mensonge absolu, tend non pas &#224; combattre la v&#233;rit&#233; mais &#224; prendre la place de ce qui est.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette tentative constante et forcen&#233;e de remplacement du r&#233;el par sa doublure imag&#233;e est port&#233;e par une promesse qui ressemble fort &#224; celle que nous fait la v&#233;rit&#233;. Simplement, l&#224; encore nous oublions que c'est nous qui formulons cette promesse, ces promesses, et que, pour le mensonge comme pour la v&#233;rit&#233;, ce que nous attendons, c'est &#224; en retrouver la confirmation dans les r&#233;sultats. Quelque chose vise en nous &#224; obtenir certains effets et s'en assure par une performativit&#233; efficace, r&#233;elle, v&#233;rifiable et que l'on appelait autrefois la v&#233;rit&#233;, au sens large et pour laquelle nous utilisons aujourd'hui le terme de mensonge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette v&#233;rit&#233;-l&#224; regroupe les diverses acceptions du terme et les unifie &#224; partir des attentes de la conscience et des possibilit&#233;s effectives de saisir la r&#233;alit&#233; qu'elle a d&#233;velopp&#233;e. Simplement, dans le monde des nouveaux m&#233;dias et dans la r&#233;alit&#233; qui les engendre et qu'ils gouvernent, cette monnaie-l&#224; n'a plus cours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Mais est-ce qu'il n'existe aucun fait qui soit ind&#233;pendant de l'opinion et de l'interpr&#233;tation ? Des g&#233;n&#233;rations d'historiens et de philosophes de l'histoire n'ont-elles pas d&#233;montr&#233; l'impossibilit&#233; de constater des faits sans les interpr&#233;ter, puisque ceux-ci doivent d'abord &#234;tre extraits d'un chaos de purs &#233;v&#233;nements (et les principes du choix ne sont assur&#233;ment pas des donn&#233;es de fait), puis &#234;tre arrang&#233;s en une histoire qui ne peut &#234;tre racont&#233;e que dans une certaine perspective, qui n'a rien &#224; voir avec ce qui a eu lieu &#224; l'origine ? &#187; (Hannah Arendt, &lt;i&gt;V&#233;rit&#233; et politique&lt;/i&gt;, in &lt;i&gt;La crise de la culture&lt;/i&gt;, p. 303-304).&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_642 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L475xH340/achille-1478a.jpg?1509821227' width='475' height='340' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Deux &#233;l&#233;ments sont essentiels ici, l'extraction et la narratisation, pour reprendre le vocabulaire de Julian Jaynes, et qui se trouvent formul&#233; par Hannah Arendt, page 321.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#192; l'oppos&#233; les mensonges politiques modernes traitent efficacement de choses qui ne sont aucunement des secrets mais sont connues de pratiquement tout le monde. Cela est &#233;vident dans le cas de la r&#233;&#233;criture de l'histoire contemporaine sous les yeux de ceux qui en ont &#233;t&#233; les t&#233;moins, mais c'est &#233;galement vrai dans la fabrication d'images de toutes sortes, o&#249;, de nouveau, tout fait connu et &#233;tablit peut &#234;tre ni&#233; ou n&#233;glig&#233; s'il est susceptible de porter atteinte &#224; l'image ; car une image, &#224; la diff&#233;rence d'un portrait &#224; l'ancienne mode, n'est pas cens&#233;e flatter la r&#233;alit&#233; mais offrir d'elle un substitut complet. Et ce substitut, &#224; cause des techniques modernes et des mass-m&#233;dias, est, bien s&#251;r, beaucoup plus en vue que ne le fut jamais l'original. &#187; ( op. cit., p.321).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; I. Hollywood et son &#233;trange devise&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le hasard a voulu que j'ai eu un &#339;il sur Les dix commandements, de Cecil B DeMille en commen&#231;ant ces notes et qu'&#224; l'extr&#234;me fin du film, en fait au moment o&#249; le g&#233;n&#233;rique commence &#224; d&#233;filer sur une image fixe des tables de la loi, apparaisse, sans que j'ai pu bien saisir d'o&#249; venaient ces mots, la phrase suivante &#171; So it was written, so it shall be done &#187; soit &#171; Que ce qui est &#233;crit s'accomplisse &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_643 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH653/moise-bbcac.jpg?1509821228' width='500' height='653' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il me faudrait revoir en entier ce moment, mais il m'a paru en fait que ces mots inscrits au-dessus des tables de la loi, constituaient en quelque sorte la devise &#224; la fois morale et performative, non de ce film mais du cin&#233;ma, pas au sens de toute forme de cin&#233;ma, mais en tout cas de la promesse que nous a adress&#233;e le cin&#233;ma hollywoodien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette devise, il me semble que je l'ai peut-&#234;tre comprise &#224; l'envers, m&#234;me si je crois que c'est &#224; l'endroit que je la comprends. Je ne l'ai pas comprise comme si elle disait qu'il faudrait la rapporter &#224; l'histoire biblique proprement dite qui faisait l'objet du film, mais en quelque sorte comme un lapsus, c'est-&#224;-dire en tant qu'elle exprime la conception de l'histoire qu'a invent&#233;e ou d&#233;ploy&#233;e le cin&#233;ma hollywoodien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; de ce cin&#233;ma, elle me semble m&#234;me pouvoir constituer la devise m&#234;me de ces nouveaux m&#233;dias, de ces nouvelles sortes d'images en tant qu'elles offrent de la r&#233;alit&#233; &#171; un substitut complet &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que comprendre dans cette phrase ? Non pas une formule ambigu&#235; mettant simplement en avant une sorte de capacit&#233; pr&#233;dictive des proph&#232;tes et des textes qui ont narr&#233; leur histoire, mais la formule du renversement g&#233;n&#233;ral de l'ordre des choses sur lesquelles notre conception classique de la v&#233;rit&#233; se base, &#224; savoir, &#171; so it was and so we should try to write it &#187;. La v&#233;rit&#233; n'est possible que si l'on s'accorde &#224; penser qu'il y a quelque chose qui persiste, subsiste et d'une certaine mani&#232;re &#233;chappe et &#233;chappera toujours &#224; la destruction et donc au mensonge et qu'en tout cas c'est par rapport &#224; cette &#171; chose-l&#224; &#187;, que l'on s'oriente dans la pens&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que la formule nous indique, c'est autre chose, c'est que pourra &#234;tre consid&#233;r&#233; comme r&#233;el, ou plut&#244;t ne sera consid&#233;r&#233; comme r&#233;el, c'est-&#224;-dire comme un fait, que ce qui aura &#233;t&#233; pr&#233;alablement &#233;crit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle op&#232;re une sorte de transfert de croyance par glissement. Ce glissement nous d&#233;livre de l'association classique, m&#234;me si elle lui est ant&#233;rieure, qui fonde la conception classique de la v&#233;rit&#233;, entre certains faits, r&#233;ellement advenus et la confirmation de pr&#233;dictions ant&#233;rieures. Le pr&#233;sent confirme qu'une instance situ&#233;e dans le pass&#233; pouvait pr&#233;dire quelque chose de l'avenir et ouvre donc la possibilit&#233; &#224; ce que cette puissance soit toujours convocable. Dans la r&#233;alisation de ces faits, on d&#233;couvre donc une sorte de double v&#233;rit&#233;, une v&#233;rit&#233; de fait et une v&#233;rit&#233; de v&#233;rification ou de confirmation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le glissement nous fait passer &#224; une association mensong&#232;re entre une &#233;criture pr&#233;existante et une action &#224; venir devant avoir et n'avoir pour seul but que de confirmer la pr&#233;diction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pr&#233;diction &#233;tant suppos&#233;e v&#233;rifiable, c'est son accomplissement filmique qui va en constituer &#224; la fois l'accomplissement ET la v&#233;rification. La v&#233;rification n'est plus distincte de l'accomplissement. L'accomplissement s'inscrit dans le champ des faits et peut, sans que l'on prenne soin de se souvenir des conditions de sa production, sembler relever de droit des formes classiques de la v&#233;rit&#233; lors m&#234;me qu'il est le produit d'une fiction, d'une fiction absolue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Disons pour &#234;tre clair que j'entends dans cette formule, dans cette devise, avec le recul il est vrai, mais nous &#233;tions d&#233;j&#224; en 1956, et Hollywood avait d&#233;j&#224; largement pu tester sa puissance quant &#224; la modification de la r&#233;alit&#233;, un &#171; so we write it, so we show it, so we promise it, so it must be for you. &#187; Aujourd'hui pour poursuivre dans la langue de Shakespeare, il faudrait dire &#171; so it is for you &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, dans le &#171; so it shall be done &#187;, il y a plus qu'une injonction, il y a une formulation destinale. Il ne peut, ne devra, ni ne pourra en &#234;tre autrement. Ce devoir &#234;tre vaut pour preuve de l'existence et l'existence vaudra pour preuve de la justesse de la pr&#233;diction et de la pr&#233;dication pourrait-on aussi dire.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_644 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH333/les-dix-commandements-moise-mer-rouge-930620-2309_scalewidth_630-41d49.jpg?1772198834' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Car c'est en cela que tient la promesse du cin&#233;ma hollywoodien, &#234;tre capable de tenir sa promesse et m&#234;me de le faire en mieux, en plus beau, en plus grand, en plus magique, en plus vrai. Et au-del&#224; du cin&#233;ma, c'est toute la soci&#233;t&#233; des images, celle qui a &#233;t&#233; invent&#233;e et impos&#233;e au monde par les &#201;tats-Unis, qui prend consistance ici. Elle vit de l'implication de chacun et de l'imposition &#224; chacun de cette promesse en train de se r&#233;aliser sous nos yeux, dans ce devenir image du sc&#233;nario le meilleur que l'on a &#233;crit pour nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut noter l'inversion qui est ici mise en &#339;uvre et en sc&#232;ne. Le texte pr&#233;c&#232;de l'image et l'image accomplit le texte. Le cin&#233;ma hollywoodien est l'&#233;quivalent d'une proph&#233;tie auto-r&#233;alisatrice puisque l'on conna&#238;t d&#233;j&#224; la fin de l'histoire avant que l'on ne commence &#224; la mettre en image et les images devront donc en confirmer la teneur. Un jour terreur, le lendemain, amour, ensuite l'angoisse mais toujours la r&#233;conciliation, une r&#233;conciliation toujours &#224; venir parce qu'&#233;ternellement diff&#233;r&#233;e, mais toujours possible pour qu'elle soit toujours d&#233;sirable.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;II. Un nouveau r&#233;gime temporel de production du vrai&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'image aurait-elle un lien avec une modification non tant de la perception que de ce que nous tenons pour l'ordre temporel ? Ou plus exactement l'image ne joue-t-elle pas un r&#244;le majeur dans l'&#233;tablissement des normes qui vont &#224; une &#233;poque d&#233;terminer notre conception du temps ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a l&#224; dans ce glissement une sorte de r&#233;sum&#233; magistral de l'enjeu du texte d'Hannah Arendt. Il ne s'agit plus de r&#233;&#233;crire l'histoire, au sens de la falsifier en la montrant sous un autre jour, c'est-&#224;-dire finalement en l'interpr&#233;tant, ce que font, de toute fa&#231;on, toutes les autres mani&#232;res de l'&#233;crire de la dire de la montrer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne s'agit donc plus de mensonge ou de falsification, mais bien d'un nouveau r&#233;gime de production du vrai. Le vrai n'est plus ce que vise celui qui tente de &#171; dire ce qui est &#187;, au sens o&#249; &#171; ce qui est &#187; serait indemne de toute transformation ou du moins r&#233;sistant &#224; toute destruction. Non, ce qui est &#233;crit et qui est donc la source et la vis&#233;e du vrai, pr&#233;c&#232;de ce qui va advenir. C'est ce qui est &#233;crit au sens o&#249; ce qui est &#233;crit est ce qui doit ou va &#234;tre accompli. Ce qui sert de facteur de l&#233;gitimation &#224; de ce qui va passer pour &#171; existant &#187; et relever ainsi de la sph&#232;re de l'&#234;tre, se trouve &#234;tre ant&#233;rieur aux faits, &#234;tre un texte, une fiction. Et pourtant cette fiction va d&#233;terminer non seulement le cadre dans lequel ces faits vont advenir, mais leur mani&#232;re m&#234;me d'appara&#238;tre, d'exister.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce renversement de perspective qu'il nous faut tenter de comprendre aujourd'hui et lors des prochaines s&#233;ances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De quel ordre temporel parle-t-on ? De l'id&#233;e qu'il y aurait &#224; la fois une irr&#233;versibilit&#233; du temps, au moins dans le champ du vivant, et un &#233;tagement du temps entre ces trois extases temporelles comme les nomme Heidegger, pass&#233;, pr&#233;sent et futur, &#233;tagement qui dirait l'entrelacement de continuit&#233;s relatives en une continuit&#233; g&#233;n&#233;rale, absolue. L'histoire est le nom de cette continuit&#233; suppos&#233;e infinie ou du moins prise dans une temporalit&#233; extra-humaine, lors m&#234;me que la vie individuelle est limit&#233;e et que les m&#233;canismes de la perception et de la pens&#233;e sont, eux, travers&#233;s pour ne pas dire travaill&#233;s, par un r&#233;seau complexe de discontinuit&#233;s en tout genre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conscience tente par tous les moyens qu'elle peut trouver ou inventer, de combler cet &#233;cart, afin de tenter de faire entrer en conformit&#233; ce qu'elle sait avec ce qu'elle vit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons souvent &#233;voqu&#233; les relations entre texte et image au singulier, ou textes et images au pluriel. Et en effet, elles sont au c&#339;ur de cette pens&#233;e du temps. Et en effet, le temps ne va pas de soi. Il est non pas tant une donn&#233;e a priori de l'exp&#233;rience, comme le soutient Kant, que le fruit d'une construction mentale et psychique complexe. En travaillant sur le statut et la fonction des images aujourd'hui, c'est au fonctionnement de cette pens&#233;e du temps que nous devons &#224; un moment accepter d'&#234;tre confront&#233;s. Ce moment semble venu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette construction mentale et psychique comme toute construction est un agencement de donn&#233;es multiples, mais il est &#233;vident que, jusqu'&#224; un certain point, le temps ne peut exister sans une forme minimale de narratisation. On pourrait m&#234;me dire que le temps est coextensif aux formes de narratisation &#224; l'&#339;uvre &#224; une &#233;poque donn&#233;e. Mais aucune r&#233;alisation n'est pensable hors d'un mixte d'image et de paroles, d'images et de textes, ou de ce qui dans l'esprit fait image et sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or cette narratisation, l'un des six aspects du dispositif de la conscience selon Julian Jaynes, avant m&#234;me sans doute d'&#234;tre le vecteur de l'association des images et des sons ou des mots, est d'abord la tentative de r&#233;guler ce qui arrive &#224; la conscience en permanence, &#224; savoir d'&#234;tre prise dans un jeu constant entre la manifestation de donn&#233;es discontinues et la n&#233;cessit&#233; de constituer pour pouvoir fonctionner des plages de continuit&#233; implicites et explicites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans aujourd'hui tenter de remonter vers ces &#233;poques d'avant la conscience historique, en restant donc dans le champ dans lequel elle existe, il est n&#233;cessaire de remarquer qu'elle se constitue sur un paradoxe port&#233; par l'existence d'une sorte d'&#233;cart qui, s'il est impossible &#224; combler, peut en quelque sorte &#234;tre litt&#233;ralement &#171; d&#233;pass&#233; &#187;, au sens o&#249; l'on passerait sur lui comme sur un pont, laissant derri&#232;re soi une contr&#233;e inhospitali&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_645 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH654/platon_et_aristote1286365236-53756.jpg?1772198834' width='500' height='654' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
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&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'est cet &#233;cart, ce laps de temps qui n'est peut-&#234;tre pas encore identifi&#233; comme temps mais simplement comme fonction qui constitue le point de faiblesse de la conscience. Platon d&#232;s l'&lt;i&gt;Hippias Mineur&lt;/i&gt;, dont le sous titre est &#171; peri pseudo &#187;, c'est &#224; dire &#171; sur le mensonge &#187; ou encore que &#171; sur le faux &#187;, l'identifie. Ce texte, il faudra l'&#233;tudier peut-&#234;tre une autre fois pour lui-m&#234;me, tant il est essentiel dans notre d&#233;marche, mais pour aujourd'hui contentons nous de pointer le questionnement qui, s'il persiste &#224; la fin du texte, semble avoir &#233;t&#233; d&#233;pass&#233;. L'enjeu de ce court texte est de savoir si celui qui ment en sachant, et donc volontairement, est sup&#233;rieur ou non &#224; celui qui ment sans le savoir et donc sans le vouloir. Socrate va tenter de montrer que c'est bien le menteur qui sait ce qu'il dit lorsqu'il ment qui est le plus savant par rapport &#224; un menteur qui ne mentirait que par erreur en quelque sorte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mentir suppose que celui qui ment conna&#238;t et le vrai et le faux. Pourquoi revenir &#224; ce point qui semblait &#233;vacu&#233; ? Parce que, vrai et faux, ici sont les noms de deux moments dans la pens&#233;e avant d'&#234;tre les noms de deux fonctions dans le champ de la connaissance. Platon est celui qui op&#232;re cette mutation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit en fait de passer d'une forme de rapport au monde bas&#233; sur des interruptions involontaires dans l'exercice continu de la volont&#233;, &#224; une possible continuit&#233; prenant appui avec force et, si l'on veut, avec une certaine certitude, sur le savoir ou la connaissance. Ainsi celui qui ment par erreur et involontairement est moins savant que celui qui ment en sachant qu'il le fait, car ce dernier contr&#244;le en quelque sorte le &#171; pont &#187; qui relie un moment et un autre dans le fonctionnement de la conscience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les derni&#232;res lignes du texte, on peut lire ceci :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Hippias : Il serait pourtant bien &#233;trange, Socrate, que ceux qui commettent volontairement l'injustice fussent meilleurs que ceux qui la commettent sans le vouloir ?&lt;br&gt;
Socrate : C'est bien toute fois ce qui suit avec &#233;vidence des propos que nous avons tenus ! &#187;&lt;br&gt;
Socrate poursuit un peu plus loin :&lt;br&gt;
&#171; L'&#226;me la plus juste ne sera-ce pas celle qui poss&#232;de ensemble capacit&#233; et connaissance ? La plus injuste celle qui ne les poss&#232;de pas ? N'en est-il pas forc&#233;ment ainsi ?&lt;br&gt;
Hippias : C'est &#233;vident.&lt;br&gt;
Socrate : Mais l'&#226;me qui a le plus de capacit&#233; et de savoir, n'est-ce pas celle dont il nous est apparu qu'elle vaut mieux et qu'elle est davantage capable, en tout ordre de production, de faire les deux ensemble, les belles choses comme les laides ? &#187; &lt;br&gt;(Platon, &lt;i&gt;&#338;uvres compl&#232;tes&lt;/i&gt;, T. I., traduction L&#233;on Robin, Paris Gallimard, 1950).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi que s'est ouvert un laps de temps dans lequel la promesse implicite port&#233;e par le savoir a pu se d&#233;ployer. En effet, ce que le savoir permet de promettre c'est la possibilit&#233; de faire de belles choses et partant le bon et le bien non plus &#224; partir du hasard d'une inspiration non contr&#244;l&#233;e, mais &#224; partir du sol solide et immuable du savoir et des v&#233;rit&#233;s qu'il permet d'&#233;tablir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette promesse est le nom du temps. Elle tient ensemble les trois extases temporelles et inscrit l'avenir comme une ouverture toujours potentiellement active sur les formes du beau, du bien, du vrai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est cette promesse &#224; laquelle il y a peu encore nous croyions, que nous ne pouvons plus accepter sans fr&#233;mir. Et comme le montre ce texte, elle est mise en place avant le christianisme, mais elle se d&#233;ploie d&#233;j&#224; &#224; l'articulation entre savoir et beaut&#233;, entre lisible et visible, entre connaissance par les images et connaissance par les textes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est aussi le lien entre les d&#233;tenteurs du savoir et les d&#233;tenteurs de la v&#233;rit&#233; qui se met en place. Ce &#224; quoi nous assistons, ce que nous vivons c'est &#224; un renversement peut-&#234;tre radical de cette association entre savoir et pouvoir. Jacques Derrida, page 93 : &#171; le menteur est celui qui dit la v&#233;rit&#233; promise. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;III. De l'art du mensonge au mensonge de l'art&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ce que nous cherchons ici &#224; comprendre et &#224; formuler d&#233;passera sans doute le cadre de la question du mensonge, mais cette interrogation constitue sans doute le meilleur moyen de s'approcher de cette mutation &#224; laquelle tous nous participons et que avons du mal &#224; appr&#233;hender.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, elle permet de ne pas occulter le lien profond entre une structure socio-politique, un dispositif technique complexe, les consciences historiques que nous sommes et la diversit&#233; des cultures qui se trouvent aujourd'hui m&#234;l&#233;es et brass&#233;es dans ce flux consid&#233;rable d'images et de mots qui semble nous envelopper et en m&#234;me temps constituer notre demeure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s le d&#233;but de son Histoire du mensonge Jacques Derrida insiste sur les liens entre mensonge et fiction. &#171; Si le mensonge suppose, semble-t-il, l'invention d&#233;lib&#233;r&#233;e d'une fiction, toute fiction ou toute fable ne revient pas pour autant &#224; un mensonge &#187; (op. cit., p. 16).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le mensonge est pris entre les formes l&#233;gitimes d'interrogation de la conscience par elle-m&#234;me et sur elle-m&#234;me, c'est n&#233;anmoins vers un questionnement sur l'alt&#233;rit&#233; que se dirige Jacques Derrida. &#171; &#192; mentir on s'adresserait &#224; autrui (car on ne ment qu'&#224; l'autre, on ne peut pas se mentir &#224; soi-m&#234;me, sinon &#224; soi-m&#234;me comme autre), pour lui destiner un &#233;nonc&#233; ou plus d'un &#233;nonc&#233;, une s&#233;rie d'&#233;nonc&#233;s (constatifs ou performatifs) dont le menteur sait, en conscience, en conscience explicite, th&#233;matique, actuelle, qu'ils forment des assertions en totalit&#233; ou en partie fausses. &#187; (op. cit., p. 23).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pas de r&#233;flexion sur l'autre, pas d'alt&#233;rit&#233; sans un questionnement sur cette topique qui n'est pas seulement celle du mensonge, entre un dehors et un dedans. Cette articulation pour essentielle qu'elle soit, semble ne plus permettre de comprendre ce qui se produit, et qu'Hannah Arendt a &#233;t&#233; la premi&#232;re &#224; pointer avec Alexandre Koyr&#233;, la &#171; croissance hyperbolique d'une hypertrophie du mensonge, de son passage &#224; la limite : le mensonge absolu. Non pas le savoir absolu comme fin de l'histoire, mais l'histoire comme conversion au mensonge absolu. &#187; (op. cit., p. 38).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais pr&#233;cis&#233;ment, ce qu'Hannah Arendt nous a conduit &#224; rep&#233;rer, c'est le fait que ce mensonge absolu est devenu non pas une exception ou une fiction qui serait rest&#233;e dans le domaine sans effet de la pure fiction mais une sorte de r&#233;alit&#233;, plus m&#234;me une doublure de la r&#233;alit&#233; m&#234;me. Ceci a &#233;t&#233; mis en place sans doute de mani&#232;re aujourd'hui &#233;vidente pour tout le monde, par Hitler, mais ce n'est pas tant ou pas d'abord dans la politique du Reich que ceci a &#233;t&#233; pens&#233;, m&#234;me si cette politique constitue sans doute la premi&#232;re grande r&#233;alisation d'une gouvernance &#224; partir de ce mensonge absolu, que dans son livre &lt;i&gt;Mein Kampf&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_646 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L346xH499/bepi-koyre-904bc.jpg?1509821228' width='346' height='499' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
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&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; propos de ce livre, dans une incise &#224; l'int&#233;rieur d'une citation du texte d'Alexandre Koyr&#233;, (&lt;i&gt;R&#233;flexions sur le mensonge&lt;/i&gt;, Paris &#201;ditions Allia, 1996) que Jacques Derrida note ceci : &#171; Plus loin Koyr&#233; rappellera qu'il y a une th&#233;orie du mensonge dans &lt;i&gt;Mein Kampf&lt;/i&gt; et que les lecteurs de ce livre n'ont pas compris qu'on leur parlait d'eux ; il est vrai que &lt;i&gt;Mein Kampf&lt;/i&gt; m&#233;rite d'&#234;tre &#233;tudi&#233;, aujourd'hui plus que jamais, non seulement dans sa pratique du mensonge, mais dans sa th&#233;orisation explicite du mensonge, en particulier de ce que Hitler appelle le &#171; mensonge colossal &#187; (op. cit., p. 86-87).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il se fonde en effet sur un glissement que l'on a d&#233;j&#224; commenc&#233; &#224; aborder tout &#224; l'heure avec la devise tir&#233;e du film &lt;i&gt;Les dix commandements&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ce glissement, on semble ne pas toucher aux cat&#233;gories traditionnelles, disons ici &#224; l'opposition fondatrice entre mensonge et v&#233;rit&#233; et pourtant, non tant les cat&#233;gories elles-m&#234;mes que leur fonction ressort radicalement pervertie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi le remarquait donc Alexandre Koyr&#233; dans son texte de 1943 en &#233;voquant les r&#233;gimes totalitaires. &#171; La distinction entre la v&#233;rit&#233; et le mensonge, l'imaginaire et le r&#233;el, reste bien valable &#224; l'int&#233;rieur m&#234;me des conceptions et des r&#233;gimes totalitaires. C'est leur place et leur r&#244;le seulement qui sont, en quelque sorte, intervertis : les r&#233;gimes totalitaires sont fond&#233;s sur la primaut&#233; du mensonge. &#187; (Alexandre Koyr&#233;, cit&#233; par Jacques Derrida, op. cit., p.92).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'est-ce pas ce que n'a cess&#233; de faire depuis la fin de la seconde guerre mondiale, la publicit&#233;, le cin&#233;ma et tant d'autres vecteurs d'images et de textes &#224; travers des m&#233;dias de masses devenus plan&#233;taires ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est vrai le glissement peut sembler trop rapide pour para&#238;tre l&#233;gitimement &#171; fond&#233; &#187;. Pourtant, c'est bien &#224; cette articulation entre un art du mensonge et les formes du mensonge propre &#224; l'art qu'il faut en venir ou revenir si nous voulons avoir des chances de saisir ce qui est en jeu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas besoin de multiplier les exemples de ce mentir-vrai qui pour Aragon par exemple est le mode d'existence de la litt&#233;rature. Les d&#233;bats infinis sur les conditions de la ressemblance ne cessent de hanter les probl&#233;matiques li&#233;es aux arts visuels. Il semble que ces d&#233;bats soient en train dans le m&#234;me mouvement de perdre une grande part de leur l&#233;gitimit&#233; au moment m&#234;me o&#249; ils semblent pourtant revenir sur le devant de la sc&#232;ne, mais cette fois comme fant&#244;mes, comme spectres.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;IV. Mensonge &#224; soi, mensonge de l'autre : un fantasme partag&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#201;coutons un instant Jacques Derrida &#224; travers deux passages de son livre sur le mensonge, dans lesquels il &#233;voque ce basculement ou cet envahissement, ce recouvrement de tout par le mensonge absolu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Voici l'hypoth&#232;se que je souhaite soumettre &#224; votre discussion : le concept de mensonge &#224; soi, de tromperie de soi, dont Hannah Arendt a un besoin essentiel pour marquer la sp&#233;cificit&#233; du mensonge moderne comme mensonge absolu, c'est aussi un concept irr&#233;ductible &#224; ce qu'on appelle en toute rigueur classique un mensonge. Mais ce que j'appelle ici trop vite la rigueur classique du concept de mensonge a aussi une histoire, dont nous sommes les h&#233;ritiers et qui en tout cas occupe une place dominante dans notre culture, dans notre langage commun. Le mensonge &#224; soi n'est pas la mauvaise foi ni au sens courant ni au sens que lui donne Jean-Paul Sartre. Il requiert donc un autre nom, une autre logique, d'autres mots, une prise en compte &#224; la fois de quelque techno-performativit&#233; m&#233;diatique et d'une logique du phantasme (c'est-&#224;-dire du spectral) alli&#233;e &#224; une symptomatologie de l'inconscient. &#187; (op. cit., p. 79-80).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il semble qu'il faille presque ind&#233;finiment repasser par certains points pour esp&#233;rer saisir &#224; la fois comprendre comment fonctionne en nous et pour nous ce mensonge absolu et mesurer la r&#233;alit&#233; de son existence ou faut-il dire la forme de son existence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les termes de phantasma ou de spectre ne r&#233;solvent pas tout. Ils nous mettent cependant sur une piste, en nous permettant de comprendre que la logique &#224; laquelle r&#233;pond ou si l'on veut ob&#233;irait le mensonge absolu n'aurait plus grand-chose &#224; voir avec l'ensemble des r&#232;gles auxquelles se r&#233;f&#232;re la raison lorsqu'elle gouverne ou pr&#233;tend gouverner et nos esprits et le monde. Il faudrait dire : lorsque nous pr&#233;tendons qu'en nous, c'est ou ce serait la raison qui gouverne, nous gouverne de la m&#234;me mani&#232;re que nous croyons ou pr&#233;tendons la gouverner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or nous savons ou nous semblons red&#233;couvrir, contrairement aux illusions des tenants d'une Aufkl&#228;rung radicale, que cette gouvernance de et par la raison ne s'est pas et de loin impos&#233;e et qu'au contraire, ce &#224; quoi l'on assiste, c'est &#224; la r&#233;duction chaque jour un peu plus grande, de ses champs d'action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le r&#232;gne de la raison associ&#233; &#224; celui de la philosophie et sinon de la religion, du moins de la th&#233;ologie chr&#233;tienne ,s'est construit en construisant nos consciences depuis pr&#232;s de trois mille ans, il l'a fait autour d'une conception du temps particuli&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours de ce processus d'&#233;laboration, mais finalement tr&#232;s vite, la v&#233;rit&#233; a &#233;t&#233; install&#233;e dans la position d'un attracteur situ&#233; dans l'avenir ce qui constituait l'avenir comme le champ d'effectuation potentiel d'une r&#233;v&#233;lation. Le pass&#233; &#233;tait porteur, lui, d'une v&#233;rit&#233; de fait dont le sens, s'il n'&#233;tait pas fix&#233; pour l'&#233;ternit&#233; existait bel et bien contenus en eux. Le pr&#233;sent &#233;tait ce moment d'une exp&#233;rience intime et potentiellement partageable, celle de la connexion entre pass&#233; et avenir, entre l'&#233;laboration d'une continuit&#233; historique probable comme enveloppe solide et vivante permettant de recueillir ou plut&#244;t de faire exister les moments interminablement discontinus de l'existence.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_647 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L497xH500/4122675113-spectre-bb884.jpg?1509821228' width='497' height='500' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
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&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Nous faisons donc face &#224; un double enjeu. Le premier est de tenter de rep&#233;rer la mani&#232;re dont s'effectue la mise en place du mensonge absolu. C'est la question du comment. Le second consiste &#224; tenter de dessiner, de sch&#233;matiser, d'imaginer donc &#224; la fois ce vers quoi ou ce &#224; quoi conduit cette mutation. Et cela est possible &#224; partir d'un renouvellement de notre conception de l'image.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ces deux aspects de la m&#233;daille sont rendus possibles par un basculement de la perspective temporelle g&#233;n&#233;rale dont nous sommes &#224; la fois les acteurs et les otages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;sumant en quatre points sa lecture de V&#233;rit&#233; et politique d'Hannah Arendt, Jacques Derrida en arrive &#224; ce dernier point : &#171; Arendt esquisse enfin, sans le moindre d&#233;veloppement suffisant ou d&#233;terminant, une probl&#233;matique de la performativit&#233; d'un mensonge dont la structure et l'&#233;v&#233;nement seraient li&#233;s de fa&#231;on essentielle, au concept de l'action et plus pr&#233;cis&#233;ment de l'action politique. Elle rappelle souvent que le menteur est, oserais-je dire, par excellence, un &#171; homme d'action &#187;. Entre mentir et agir, agir en politique, manifester sa libert&#233; par l'action, transformer les faits, anticiper le futur, il y a comme une affinit&#233; essentielle. L'imagination, voil&#224; selon Hannah Arendt, la racine commune &#224; la &#171; capacit&#233; de mentir &#187; et &#224; la &#171; capacit&#233; d'agir &#187;. Capacit&#233; de produire de l'image : imagination productrice comme exp&#233;rience du temps auraient pens&#233; Kant ou Hegel. Le mensonge, c'est l'avenir, peut-on se risquer &#224; dire au-del&#224; de la lettre mais sans trahir l'intention de Arendt en ce contexte. Dire la v&#233;rit&#233;, c'est au contraire dire ce qui est ou aura &#233;t&#233;, ce serait plut&#244;t pr&#233;f&#233;rer le pass&#233;. &#187; (op. cit., p. 101-102).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est cette torsion dans la conception g&#233;n&#233;rale du temps qu'il me semble important de relever. Plus exactement, ce dont il s'agit, c'est d'un d&#233;placement multipolaire dont l'effet majeur ne se situe pas absolument dans l'un ou l'autre des points essentiels autour desquels cette torsion s'effectue, mais dans cette torsion m&#234;me qui &#224; la fois n'affecte que partiellement tel ou tel aspect du v&#233;cu ou du pensable et qui globalement change ce qui pouvait passer pour le fondement m&#234;me de notre conception du temps. En effet, celle-ci est bas&#233;e, qu'on le veuille ou non sur l'&#233;conomie du salut, telle que l'a formul&#233;e la th&#233;ologie chr&#233;tienne de l'image. Et c'est bien autour du statut m&#234;me des images que se joue l'une des parties essentielles de ce combat pour la domination et le contr&#244;le des &#171; &#226;mes &#187; dont nous sommes encore une fois les acteurs et les victimes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette torsion, pour la d&#233;crire simplement, il suffit d'insister sur la formulation de Jacques Derrida : &#171; Le mensonge, c'est l'avenir. [...] Dire la v&#233;rit&#233;, c'est au contraire dire ce qui est ou aura &#233;t&#233;, ce serait plut&#244;t pr&#233;f&#233;rer le pass&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment peut s'op&#233;rer chaque jour sous nos yeux le remplacement &#224; la fois progressif et irr&#233;sistible ou du moins apparemment irr&#233;sistible du lien historique mais mill&#233;naire entre avenir et v&#233;rit&#233;, entre advenir et d&#233;voilement, entre ce qui vient et ce qui (se) r&#233;v&#232;le, entre ce qui sera demain et la possibilit&#233; du meilleur, entre projection imaginaire et tension vers le bien ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment pouvons nous &#234;tre &#224; la fois les acteurs de notre soumission et de notre aveuglement et les passeurs de l'impossibilit&#233; de le penser et de le contrer ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette singuli&#232;re torsion s'op&#232;re &#224; partir de quatre &#233;l&#233;ments qui sont au c&#339;ur de la r&#233;flexion derridienne sur le mensonge, le r&#232;gne du pseudo, l'inversion du sens de la promesse, la performativit&#233; du discours des images, support&#233;e par une nouvelle structure m&#233;diatique et la puissance psychique du spectral.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;V. Image imagination et impuissance de la v&#233;rit&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans les derni&#232;res pages de son histoire du mensonge, Jacques Derrida pose quatre pierres qui dessinent comme une sorte de figure. Cette figure peut nous permettre d'acc&#233;der &#224; un champ de r&#233;flexion sensiblement diff&#233;rent de celui dans lequel nous sommes prisonniers et qui sans doute participe de notre aveuglement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; En revanche quatre motifs me paraissent avoir jou&#233; un r&#244;le inhibiteur, sinon interdicteur dans la prise au s&#233;rieux d'une telle histoire. (Il parle de sa tentative d'&#233;tablir les conditions de possibilit&#233;s d'une histoire du mensonge.) L'absence d'une v&#233;ritable probl&#233;matique du t&#233;moignage ou de l'attestation. &#187; (op. cit., p. 104)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le second motif est li&#233; au &#171; soi &#187;, je dirais volontiers au dispositif de la conscience ou &#224; un de ses aspects centraux. &#171; Le soi, si du moins ce mot a un sens, exclut donc le mensonge &#224; soi. Toute autre exp&#233;rience appelle donc un autre nom et proc&#232;de sans doute d'une autre zone ou d'une autre structure, disons pour faire vite, de l'intersubjectivit&#233; ou du rapport &#224; l'autre, &#224; l'autre en soi, dans une ips&#233;it&#233; plus originaire que l'ego (individuel ou collectif), une ips&#233;it&#233; &#224; enclaves, une ips&#233;it&#233; divisible ou cliv&#233;e, par un autre soi-m&#234;me, et soi-m&#234;me comme ennemi. [...] M&#234;me si cette d&#233;termination reste une sorte de topologie n&#233;gative, elle est pr&#233;cieuse. Elle nous porte plus loin, au-del&#224; de la conscience et de la connaissance intentionnelle, du moins dans la pl&#233;nitude de sa pr&#233;sence ou de son identit&#233; &#224; soi : vers un lieu de non v&#233;rit&#233; qui n'est ni celui de l'erreur, de l'ignorance, de l'illusion, ni celui du mensonge ou du mensonge &#224; soi [...] (vers une probl&#233;matique) qui ne serait fond&#233;e en sa racine ni dans une v&#233;rit&#233; de r&#233;v&#233;lation biblique ni dans un concept philosophique de la v&#233;rit&#233;. &#187; (op. cit., p. 105-106).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le troisi&#232;me point revient sur la relation entre v&#233;rit&#233; et stabilit&#233;, sur la v&#233;rit&#233; &#171; comme survivance ind&#233;finie du stable &#187; (op. cit., p. 108) et nous conduit &#224; imaginer un devenir moins que chose de l'homme si l'on s'en rapporte &#224; la phrase de Kant, tir&#233;e de la doctrine de la vertu et cit&#233;e par Jacques Derrida : &#171; l'homme qui ne croit pas &#224; ce qu'il dit est moins qu'une chose. &#187; (op. cit., p. 111).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le quatri&#232;me et dernier point &#233;voque la n&#233;cessit&#233; de sortir du cadre de la logique et il s'exprime par une question. Ce sont pratiquement les derni&#232;res lignes de ce livre, Histoire du mensonge. Les voici. Elles &#233;voquent &#171; une logique qu'il n'y a pas n&#233;cessairement lieu de d&#233;truire mais de tenter de penser, si cela veut encore dire quelque chose, en r&#233;pondant de sa m&#233;moire. Et pour commencer &#224; la penser, ne convient-il pas de marquer que sans la possibilit&#233; au moins de cette perversion radicale et de sa survie infinie, sans la prise en compte, notamment, de mutations techniques dans l'histoire de la conscience et de l'inconscient, dans la structure du simulacre ou du substitut iconique, on &#233;chouera toujours &#224; penser le mensonge lui-m&#234;me, la possibilit&#233; de son histoire la possibilit&#233; d'une histoire qui l'engage intrins&#232;quement et sans doute la possibilit&#233; d'une histoire tout court ? &#187; (op. cit., p. 112).&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_648 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L420xH320/maelstrom-062b6.jpg?1509821228' width='420' height='320' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Nous voil&#224; au c&#339;ur du maelstr&#246;m. Nous n'y sommes pourtant pas sans rep&#232;res, m&#234;me si on pourrait dire qu'&#224; peu pr&#232;s tout ce sur quoi se fonde notre connaissance est en train de muter sous nos yeux, entre nos mains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces quatre points dessinent une forme singuli&#232;re. Elle croise deux &#233;l&#233;ments li&#233;s directement &#224; la structure intime de la conscience et deux autres qui sont li&#233;s au grand dehors pas tant celui de l'histoire, des autres, mais celui du cosmos. Comme si l'enjeu &#233;tait bien, en effet, de produire une sorte de d&#233;senclavement du v&#233;cu hors de la sph&#232;re de l'exp&#233;rience purement terrestre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi il se pourrait qu'il n'y ait pas dans la formation de cette torsion une seule grande force &#224; l'&#339;uvre qui serait celle du pseudo d'un r&#232;gne sans partage du mensonge au-del&#224; du mentir, mais d'au moins deux forces, l'une qui tend &#224; se glisser entre les failles de la conscience et une autre qui tient &#224; la puissance r&#233;elle de nos connaissances et qui implique une conception extra-humaine de l'homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re s'adresse malgr&#233; tout &#224; la conscience en tentant r&#233;ellement de l'exploiter &#224; partir de et dans ses faiblesses. Son efficacit&#233; se signe &#224; la mani&#232;re dont, dans la conscience, on assiste au remplacement de la confiance ou de la croyance dans la promesse, en l'impossibilit&#233; d'&#233;chapper &#224; ce pi&#232;ge &#224; la fois &#233;vident et impossible &#224; contrer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seconde porte l'ensemble des connaissances et des comportements qui modifient radicalement ce que l'on pourrait appeler une conception &#171; classique &#187; du monde au sens d'un monde qui r&#233;pondait aux seules lois de la physique classique. Plus d'un si&#232;cle de physique quantique et d'&#233;volution tant dans notre conception du cosmos que du vivant entra&#238;nent un bouleversement de nos rep&#232;res ou plus exactement un ensemble de tensions fortement contraignantes et parfois insupportables entre des formes anciennes de croyances et de nouveaux &#233;l&#233;ments qui n'ont pas encore trouv&#233; leur formulation ad&#233;quate pour &#234;tre reconnu par notre psychisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En quoi consiste ce pi&#232;ge ? Dans l'involution de la ligne du temps. C'est en tout cas de ce point de vue qu'il me semble important d'observer le r&#244;le que l'on fait jouer aux images dans le monde de la domination technico-m&#233;diatique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un plus haut dans son Histoire du mensonge, Jacques Derrida insistait sur l'existence &#171; d'une nouvelle structure m&#233;diatique venue transformer le statut iconique de l'image et de l'espace public. &#187; (op. cit., p. 99). C'est ce que nous aborderons en d&#233;tail les fois suivantes en &#233;tudiant de pr&#232;s mais aussi de mani&#232;re critique le livre de W.J.T. Mitchell, &lt;i&gt;Cloning Terror&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_649 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://www.tk-21.com/IMG/jpg/hamburger-bahnhof-nam-june-paik-8246.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH607/hamburger-bahnhof-nam-june-paik-8246-f573a.jpg?1772198835' width='500' height='607' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, il est important de tenter de dessiner plus pr&#233;cis&#233;ment encore la mani&#232;re dont cette ligne du temps se retourne. L'enjeu, c'est de donner existence &#224; l'espace de la promesse en le retournant contre lui, c'est-&#224;-dire de prendre acte de l'&#233;chec de la promesse pour continuer &#224; la faire vivre sur le mode du &#171; comme si &#187;, tout en conf&#233;rant &#224; ce &#171; comme si &#187; une densit&#233; ontologique suffisante pour que le glissement reste en quelque sorte inaper&#231;u.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il appara&#238;t que pour cela, ce sont les images qui sont le meilleur vecteur, la meilleure arme pourrait-on dire. On utilise les images, leur puissance magique et c'est &#224; cette performativit&#233; magique, ou du magique, ou encore de leur puissance magique, que nous sommes pris. Les images, ou disons, avec les images, on peut tout, ou presque en tout cas, on peut tout figurer, on peut tout, parce qu'on peut tout leur faire faire. Et cela en tant qu'images, mais aussi dans le domaine des images, cela &#233;tant entendu dans un sens ouvert qui ne limite pas ce domaine &#224; celui de la fiction, ou des productions de l'imagination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le point majeur, ici, c'est de prendre en compte non seulement le statut d'image des images, si je puis dire, mais l'ensemble de leurs effets dans et sur la r&#233;alit&#233;. Par r&#233;alit&#233;, on entend ici non pas seulement l'ordre des choses mat&#233;rielles et concr&#232;tes mais la mani&#232;re dont nous le percevons, le pensons, le vivons. L'enjeu est donc de prendre en compte et l'impact mental et psychique des images.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; partir de l&#224;, en effet, que la question du mensonge absolu se pose, au moment o&#249; elle ne rel&#232;ve plus du cadre classique du mensonge, que nous avons tent&#233; d'explorer en suivant Hannah Arendt et Jacques Derrida. Aujourd'hui cette question prend tout son sens &#224; travers le conflit qui oppose toujours, il est vrai la raison &#224; l'imagination, mais dans un monde renvers&#233;, dans un monde dans lequel c'est l'imagination qui gouverne, qui a impos&#233; sa loi et non plus comme nous feignons encore de le croire, la raison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce renversement de perspective est sans doute l'effet majeur auquel donne lieu la domination des esprits par les images dans le monde de la domination technico-m&#233;diatique.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;VI. Art, imagination et images techniques&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'art au cours du XXe si&#232;cle s'est d&#233;ploy&#233; sur de nouveaux territoires. Pus exactement, de Dada &#224; la vid&#233;o, le lien entre corps, mot et images s'est consid&#233;rablement transform&#233;, mettant au centre des pr&#233;occupations une performativit&#233; d'un autre genre que la seule &#171; m&#233;taphorisation par l'image &#187; qui &#233;tait &#224; l'&#339;uvre dans les Beaux-Arts.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_650 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L400xH300/Nam_June_Paik-715a5.jpg?1509821228' width='400' height='300' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
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&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ce qui s'est produit avec l'effondrement des valeurs morales et esth&#233;tiques au cours du XXe si&#232;cle, c'est un renversement &#224; l'int&#233;rieur du syst&#232;me des Beaux-Arts qui a impliqu&#233;, pour certains artistes, de ne plus chercher au moyen de l'art &#224; produire des objets destin&#233;s &#224; la contemplation, qui est une sorte de performativit&#233; que l'on pourrait dire douce ou sans impact sur la r&#233;alit&#233;, mais de tenter de combattre la d&#233;r&#233;liction en cours sur le terrains de la r&#233;alit&#233; socio-politique. Pour cela, il fallait d&#233;placer en effet le cadre m&#234;me de l'activit&#233; artistique du champ de la performativit&#233; douce &#224; celui d'une performativit&#233; plus agressive, visant, elle, &#224; une r&#233;elle efficacit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une chose essentielle semble avoir &#233;t&#233; occult&#233;e dans ce processus ou plus exactement ignor&#233;e, parce qu'il est vrai, elle &#233;tait difficilement visible ou lisible, le fait que commen&#231;ait &#224; se mettre en place un double r&#233;gime dans la perception r&#233;ception de la r&#233;alit&#233;, l'un bas&#233; sur la croyance en l'&#234;tre ou en la n&#233;cessit&#233; de sa survie, et l'autre, prenant acte d'une certaine d&#233;sontologisation, tentant de combattre au nom d'un plus d'&#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui a &#233;chapp&#233; aux uns et aux autres, c'est ce qui avait &#171; r&#233;ellement &#187; lieu et dont nous commen&#231;ons en effet &#224; peine &#224; nous apercevoir, tant les sch&#233;mas mentaux sont longs &#224; effacer ou &#224; remplacer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui a r&#233;ellement lieu, c'est cette d&#233;sontologisation et les pratiques artistiques comme les autres ont eu pour fonction r&#233;elle de la mettre en &#339;uvre. Elles ont m&#234;me &#233;t&#233; le plus souvent les vecteurs de son acc&#233;l&#233;ration sous couvert, le plus souvent de discours qui pr&#233;tendaient accomplir le contraire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la longue note 33 de son Histoire du mensonge, Jacques Derrida, revenant sur la notion d'image chez Hannah Arendt, &#233;crit : &#171; Il y va, et elle ne le dit pas, d'une mutation qui affecte le statut substitutif d'un substitut qu'on tend &#224; repr&#233;senter et &#224; accr&#233;diter (dans l'all&#233;gation du &#171; direct &#187;, du &#171; live &#187;, non plus comme une repr&#233;sentation, justement, comme un substitut-rempla&#231;ant-repr&#233;sentant-r&#233;f&#233;rant, mais comme la &#171; chose m&#234;me &#187; venue, dans la perception m&#234;me, remplacer la &#171; chose m&#234;me &#187; qui, &#224; supposer qu'elle ait exist&#233; comme telle, dispara&#238;t alors &#224; jamais sans que personne ne songe &#224; la &#171; r&#233;clamer &#187; ou &#224; requ&#233;rir sa diff&#233;rence. Sans parler du cadrage, de la s&#233;lection, de l'interpr&#233;tation et de toutes les interventions d&#233;sormais durablement possibles dans une fraction de seconde entre l'enregistrement et sa reproduction-diffusion. &#187; (op. cit., p. 121-122).&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_651 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L470xH308/nam-paik_with_tvs-12e8b.jpg?1509821228' width='470' height='308' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
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&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il peut para&#238;tre un peu exag&#233;r&#233; de tendre ainsi &#224; confondre, pour le dire de deux mots, art et t&#233;l&#233;vision, et d'&#233;craser ainsi en quelques phrases toute l'histoire de l'art du XXe si&#232;cle par une association douteuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224; n'est pas mon intention, mais il est important de produire &#224; la fois une lecture g&#233;n&#233;alogique de l'art contemporain et de comprendre ce processus qui agite, traverse et transforme et la soci&#233;t&#233; et la terre sur laquelle nous vivons, mais aussi notre perceptions, nos sensations et nos affects.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais sur quoi se porte la performativit&#233; de l'art contemporain ? Faut-il distinguer entre les Beaux-Arts et les pratiques nouvelles qui sont, elles, de mani&#232;re &#233;vidente du c&#244;t&#233; du performatif et d'un performatif en tant qu'il est la plupart du temps, ce performatif, pris dans des images, port&#233; par elles et le plus souvent destin&#233; &#224; devenir image. Nous pensons souvent &#224; l'image en tant que r&#233;sultat, quel que soit le type d'image auquel nous pensions, lors m&#234;me que l'image appara&#238;t comme une figure destinale, le vecteur par rapport auquel s'oriente notre destin et la forme m&#234;me qu'il va prendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le dire d'un mot donc, l'art au XXe si&#232;cle, et bien s&#251;r l'art qui a vu le jour apr&#232;s la guerre et apr&#232;s Hiroshima, cet art donc, a &#233;volu&#233; toujours plus en prenant pour syst&#232;me de mesure le syst&#232;me technico-m&#233;diatique qui &#233;tait en train de s'imposer.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_652 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L480xH360/nam-june-paiktumblr_ktbo4k1bhp1qaotimo1_500-462b6.jpg?1509821228' width='480' height='360' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
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&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il semble que nous oublions assez rapidement que les deux inventeurs de l'art vid&#233;o ont d&#233;couvert ou si l'on veut inventer cet art en fonction du m&#233;dia qui &#233;tait &#224; la fois le plus populaire ou promis &#224; le devenir, le plus politique et de facto le plus culturel, si on le compare aux journaux par exemple ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vid&#233;o a &#233;t&#233; invent&#233;e comme &#171; art &#187; par le cor&#233;en Nam June Paik et l'allemand Wolf Vostell en 1963 au m&#234;me endroit ou presque dans la Ruhr en Allemagne. Pourtant &#224; ce moment-l&#224; ils ne se connaissaient pas. L'un est musicien en r&#233;sidence &#224; Darmstadt haut lieu de la cr&#233;ation contemporaine en musique et en musique &#233;lectronique en particulier, l'autre est un artiste plasticien. Tous les deux, chacun &#224; leur mani&#232;re, s'emparent du m&#233;dium T&#201;L&#201;VISION.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, il s'agit au d&#233;part, ni plus ni moins que d'un usage d&#233;tourn&#233; de la t&#233;l&#233;vision et donc des instruments qui permettent d'en faire, les cam&#233;ras, les syst&#232;mes de montage, les moniteurs, les &#233;crans.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_653 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH352/picture-aspx-727ff.jpg?1509821228' width='500' height='352' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Wolf Vostel va d'abord montrer des &#233;crans de t&#233;l&#233;vision assembl&#233;s comme des sculptures dans la terre, dans du b&#233;ton et entour&#233;s de fils de fer barbel&#233;s, puis il poursuivra cette critique de la t&#233;l&#233;vision en filmant en 16mm les images d'&#233;crans de t&#233;l&#233;vision d&#233;traqu&#233;s apr&#232;s en avoir tourn&#233; les boutons dans tous les sens. Il monte ces images, les envoie &#224; un festival et c'est parti : l'art vid&#233;o na&#238;t de cette bouillie d'&#233;lectrons qui vibrent sur des &#233;crans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du c&#244;t&#233; de Nam June Paik, le processus est &#224; peu pr&#232;s semblable et a lieu en m&#234;me temps. Venu faire des &#233;tudes de musique avec Karlheinz Stockhausen et apr&#232;s avoir r&#233;alis&#233; son concerto pour violon solo, silence lever le violon au-dessus de sa t&#234;te et l'abattre sur le pupitre, geste dada s'il en fut, il veut en finir avec la beaut&#233; et se met &#224; jouer avec un t&#233;l&#233;viseur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mars 1963 il r&#233;alise une &#339;uvre pour une exposition chez un riche collectionneur. Il montre des t&#233;l&#233;viseurs qui &#233;mettent tous des images &#233;lectroniques pures, c'est-&#224;-dire des scratch, des z&#233;brures et autres distorsions obtenus sur les &#233;cran en bidouillant les ondes. Il invente r&#233;ellement l'art vid&#233;o, comme &#233;tant de la t&#233;l&#233;vision abstraite. L'enjeu critique est, l&#224; aussi, tr&#232;s marqu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nam June Paik dira : &#171; Jusqu'&#224; pr&#233;sent la t&#233;l&#233;vision nous attaquait, maintenant nous allons pouvoir contre attaquer. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait l'art vid&#233;o na&#238;t de la perturbation engendr&#233;e sur un &#233;cran par l'envoi d'un son dans le tube cathodique, un son c'est-&#224;-dire une fr&#233;quence &#233;lectronique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait la v&#233;ritable r&#233;volution, c'est celle-ci : en injectant des perturbations directement dans le tube cathodique, Nam June Paik produit des images SANS CAMERA.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_654 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH387/a001963429-001-e7986.jpg?1509821228' width='500' height='387' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ce sont ces perturbations abstraites qui sont effectivement la base de ce que &#224; quoi l'on va donner le nom d'art vid&#233;o.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_655 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH375/nam-junecri_151771-d1ea0.jpg?1509821228' width='500' height='375' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'image comme l'imagination changent donc de statut de mani&#232;re profonde et, jusqu'&#224; un certain point, irr&#233;versible. Elle existe au milieu de nous, autant dans l'art qu'&#224; la t&#233;l&#233;vision. Et si le &#339;uvres produites par ces deux inventeurs de l'art vid&#233;o et par tant d'autres par la suite ne sont pas &#233;quivalentes &#224; celles que g&#233;n&#232;rent ind&#233;finiment les t&#233;l&#233;visions du monde entier, c'est bien autour d'une certain performativit&#233; qu'elle sont &#224; penser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Images et imagination sont devenues en quelque sorte constamment pr&#233;sentes et donc constamment actives autour de nous et en nous. C'est moins leur contenu plastique, iconique ou signifiant qui les d&#233;finit ou permet de comprendre leur impact, leurs effets, leur performativit&#233;, donc, que leur mode d'existence, leur mani&#232;re de venir &#224; nous, d'habiter autour de nous , de vivre en nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est in&#233;vitable que nous fassions un clin d'&#339;il &#224; Vil&#233;m Flusser &#224; cet instant. Voil&#224; ce qu'il &#233;crivait dans Pour une philosophie de la photographie. &#171; Ontologiquement, les images traditionnelles, dans la mesure o&#249; elles abstraient &#224; partir du monde concret, sont des abstractions du troisi&#232;me degr&#233; : elles abstraient &#224; partir de textes qui abstraient &#224; partir d'images traditionnelles, lesquelles abstraient elles-m&#234;mes &#224; partir du monde concret. Historiquement, les images traditionnelles sont pr&#233;historiques et les images techniques post-historiques. Ontologiquement, les images traditionnelles signifient des ph&#233;nom&#232;nes, tandis que les images techniques signifient des concepts &#187;.(op. cit., p. 15).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces images techniques post-historiques sont donc port&#233;es par une performativit&#233; que l'on pourrait qualifier de non-analogique. Et pourtant, elles continuent de jouer un r&#244;le majeur, celui de nous donner &#224; voir &#224; la fois le monde dans lequel nous vivons, ce que nous sommes ou pensons &#234;tre, ce que nous vivons dans une simultan&#233;it&#233; troublante, ce qui ne fut jamais le cas dans l'histoire de l'humanit&#233; telle que nous la connaissons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais dans leur grande majorit&#233; ces images ne rel&#232;vent pas de la sph&#232;re de l'esth&#233;tique. C'est m&#234;me le contraire. C'est contre les images technico-m&#233;diatiques que les images que l'on pourra nommer &#171; artistiques &#187; se d&#233;terminent, le plus souvent. Et ce qu'il faut dire, c'est en fait qu'elles sont contraintes, que l'artiste le veuille ou non, de le faire constamment.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_656 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH429/856f8294-a488e.jpg?1509821228' width='500' height='429' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En devenant environnement visuel, mais aussi perceptuel et intellectuel, puisque de facto elles agissent sur nous, nos sens, nos pens&#233;es, nos actes, ces images se sont impos&#233;es, mais aussi ont &#233;t&#233; impos&#233;es par des int&#233;r&#234;ts politico-&#233;conomiques, comme la mesure de toute chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leur performativit&#233; doit donc &#234;tre mesur&#233;e &#224; d'autres crit&#232;res qu'&#224; ceux en vigueur dans le champ de l'esth&#233;tique. C'est peut-&#234;tre cela en effet le point essentiel, qu'il faudrait aborder l'art &#224; partir de concepts non ou peu li&#233;s &#224; l'esth&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;VII. Image et m&#233;taphorisation&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Peut-&#234;tre faut-il donc d&#233;placer la question et se demander tout simplement en quoi ces images techniques, pour le dire d'un seul mot, participent &#224; notre mani&#232;re de penser et la modifient ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;ponse peut &#234;tre aussi abrupte : elles jouent, aujourd'hui, un r&#244;le qui pourrait &#234;tre &#233;quivalent &#224; celui qu'a jou&#233; la m&#233;taphore dans le champ du langage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revenons un instant sur certaines particularit&#233;s de la vid&#233;o. Elle nous permet de rentrer dans notre conscience et les images nous permettent d'&#234;tre face &#224; elle, notre conscience, c'est-&#224;-dire aussi en partie nous-m&#234;mes, comme si on pouvait la voir de l'ext&#233;rieur et donc nous voir du dehors.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_657 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L450xH308/Veiling-5dce8.jpg?1509821228' width='450' height='308' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Cette possibilit&#233; d'une externalisation de processus pens&#233;s et v&#233;cus ou imagin&#233;s comme int&#233;rieurs mais &#224; rebours d'internalisation de ph&#233;nom&#232;nes en tout genre, qui rel&#232;vent tant de la r&#233;alit&#233; que de la fiction la plus d&#233;brid&#233;e qui, offerts au regard, sont en mesure de hanter la conscience de chacun qui est le propre de la vid&#233;o.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_658 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH707/BillViola6-ce886.jpg?1509821229' width='500' height='707' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La th&#232;se que je voudrais pr&#233;senter ici est simple. Elle consiste en cette hypoth&#232;se que dans certaines &#339;uvres, disons les plus importantes, mais au fond chez tout artiste un peu digne de ce nom, et cela pourrait valoir aussi pour les artistes non-plasticiens, que ce qui est montr&#233;, d&#232;s lors que cela prend la forme d'une repr&#233;sentation que l'on peut croire &#234;tre analogique de la r&#233;alit&#233;, inclut en fait une mise en &#339;uvre critique des proc&#233;d&#233;s et des proc&#233;dures par lesquels le r&#233;sultat est devenu visible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d'autres termes, la vid&#233;o est sans aucun doute le premier art &#224; permettre avec une telle pr&#233;cision, une grande proximit&#233; avec les processus neuraux, ceux qui permettent de percevoir et de penser, tels que l'on peut aujourd'hui les &#171; imaginer &#187;, les d&#233;crire et les analyser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d'autres termes, la vid&#233;o permet de montrer qu'il y autre chose qui n'est pas de la m&#234;me nature que l'image et qui pr&#233;c&#232;de sa formation, pr&#233;side &#224; celle-ci et constitue la mati&#232;re m&#234;me avec laquelle l'image se forme sans pour autant &#234;tre absolument de la m&#234;me nature.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_659 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH375/gary_hill_1-01605.jpg?1509821229' width='500' height='375' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il y a des &#233;l&#233;ments autres que l'image dont pourtant elle est form&#233;e et constitu&#233;e qui pr&#233;sident &#224; son existence, comme il y a dans le cerveau des &#233;changes &#233;lectriques et chimiques &#224; travers des connexions complexes entre les neurones qui permettent &#224; chacun et &#224; l'esp&#232;ce de vivre, de percevoir et de penser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le v&#233;ritable enjeu avec la vid&#233;o, c'est que cette technique permet de montrer ce que jamais l'on n'a pu montrer &#224; la fois concr&#232;tement et comme art dans sa dimension abstraite. Il s'agit d'une part du signal venant perturber les lignes sur l'&#233;cran et d'autre part de la pratique &#171; discursive &#187; qui est toujours pr&#233;sente, ne serait-ce que parce que nous sommes form&#233;s pour narratiser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a donc quelque chose qui existe avant l'image, n'est pas image, mais pourtant qui agit dans l'image et c'est ce qu'il s'agit de faire exister dans les r&#233;alisations, c'est du moins ce que tentent de faire de grands artistes comme Bill Viola, Garry Hill ou Nam June Paik, et bien d'autres.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_660 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH332/believe4-410e4.jpg?1772198835' width='500' height='332' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Alors comment est-ce que cela se passe ? ou plut&#244;t qu'est-ce qui se passe avec l'image vid&#233;o ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est simple &#224; dire maintenant que les voies ont &#233;t&#233; trac&#233;es par de nombreux grands artistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vid&#233;o permet de montrer qu'il existe des ph&#233;nom&#232;nes d&#233;terminants pour la perception et pour la compr&#233;hension, pour une saisie ratio&#239;de de la r&#233;alit&#233; et donc la composition d'une image mentale stable et juste du &#171; monde &#187;, qui ne sont eux absolument pas ratio&#239;des au sens o&#249; on l'entend habituellement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils peuvent peut-&#234;tre r&#233;pondre d'une forme &#171; singuli&#232;re &#187; et &#171; nouvelle &#187; de rationalit&#233;, telles que les neurosciences permettent aujourd'hui de les d&#233;crire, mais ils ne r&#233;pondent en rien ni aux lois normales de la perception, ni &#224; celles de la raison.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_661 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L270xH270/Fargier-Jean-Paul-The-Reflecting-Pool-De-Bill-Viola-Livre-896544035_ML-71483.jpg?1509821229' width='270' height='270' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Si l'on se r&#233;f&#232;re &#224; l'analyse de Jean Paul Fargier, &lt;i&gt;The reflecting pool de Bill Viola&lt;/i&gt;, (&#201;ditions Yellow now, C&#244;t&#233; films, Belgique, 2005), une &#339;uvre de 1977-79, on peut avancer les points suivants :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ubiquit&#233; est quelque chose qui est possible pour la vid&#233;o.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La repr&#233;sentation mobile de deux r&#233;alit&#233;s ou plus donc le fait que l'image soit divis&#233;e et non une, est rendu possible par la vid&#233;o.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La duplicit&#233;, cette chose qui fascinait tant Hom&#232;re, est rendue possible par la vid&#233;o.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'image divis&#233;e qui permet de faire tenir en elle des temps diff&#233;rents, des modes narratifs diff&#233;rents des symboles contradictoires existe avec la vid&#233;o. Chronos devient Janus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un lien direct entre vibration image et vibration neurone est rendu possible ou visible par la vid&#233;o.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il existe donc une puissance propre de l'appareil qui dit JE VOIS.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vid&#233;o est un activateur anonyme de m&#233;tamorphoses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'image rel&#232;ve d'un nouveau langage du corps, pour le corps, avec le corps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vid&#233;o est quelque chose qui v&#233;hicule de la pens&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vid&#233;o s'engage dans l'art des m&#233;taphores simples.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; ce qu'&#233;crit encore Jean-Paul Fargier au sujet de cette &#339;uvre de Bill Viola mais qui embl&#233;matique de la puissance de transformation inh&#233;rente &#224; l'art vid&#233;o :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Red&#233;finir le temps, changer ses &#233;chelles, relativiser l'espace, approfondir la dur&#233;e, d&#233;plier l'unit&#233;, chauffer la contradiction, forger la non-contradiction, diviser le moi, disperser le corps, fracturer la copie, d&#233;pr&#233;cier l'original, anoblir l'objet, fracturer le go&#251;t, dissoudre le r&#233;el, griffer le vide, signer le n&#233;ant. &#187; Bref, Bill Viola, avec &lt;i&gt;The reflecting pool&lt;/i&gt;, r&#233;ussit &#224; mobiliser dans une &#339;uvre tout ce qui sous-tend la pens&#233;e depuis trente ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est donc possible de reconna&#238;tre l'existence de deux types d'images ou plus exactement de deux r&#233;gimes d'images.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier fait de l'image une puissance d'arr&#234;t dans le mouvement infini du d&#233;roulement du temps lin&#233;aire associ&#233; au fait d'&#234;tre une forme synth&#233;tique permettant de rendre compte de ce que le mouvement du texte, de la raison ou de l'histoire ne cesse de chercher &#224; unifier. Le second constitue une sorte de m&#233;moire implicite de la forme inchoative ou discontinue du temps, que l'on peut d&#233;finir comme &#233;tant la forme de temps qui avait cours avant la conscience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est donc vers ces zones mentales et psychiques qu'il faut tenter d'avancer, c'est elles qu'il faut tenter de comprendre. Avant de poursuivre ce voyage, je voudrais simplement esquisser une sorte de carte g&#233;n&#233;rale qui permettrait de prendre la mesure du d&#233;placement auquel &#224; la fois nous sommes soumis et qu'il nous faut tenter d'agir, si agir est bien le mot juste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Nous sommes en train de passer d'un r&#233;gime li&#233; &#224; la vision &#224; un r&#233;gime li&#233; &#224; l'hallucination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Nous sommes en train de passer d'un mode d'existence bas&#233; sur la conscience et les formes unifi&#233;es d'un moi/je qui pour entretenir des relations complexes sont per&#231;ues et v&#233;cues comme deux aspects d'une m&#234;me personne, &#224; un mode d'existence bas&#233; sur ce que fait de mieux, je nommerai, un &#171; moi divis&#233; &#187; et qui en fait est un &#171; sujet explos&#233; &#187; qui pourtant ne s'&#233;croule ni ne s'effondre. Il faudra donc tenter de comprendre en quoi les images techniques permettent &#224; ce sujet explos&#233; de continuer &#224; fonctionner sou un r&#233;gime qui n'est plus celui de la conscience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; La raison li&#233;e &#224; l'id&#233;e au phantasme d'une stabilit&#233; indestructible comme r&#233;f&#233;rent majeur permettant la constitution des discours de v&#233;rit&#233;, cette raison fait plus que vaciller. Elle est emport&#233;e par un maelstr&#246;m de croyances qui t&#233;moignent moins d'une b&#234;tise de l'humanit&#233; que du fait que le probl&#232;me que l'on croyait r&#233;gl&#233; de la domination de la raison et de la conscience sur les formes du pensable et du v&#233;cu n'est pas r&#233;gl&#233; du tout. Ce remplacement de l'analogique par le num&#233;rique, ceci &#233;tant entendu m&#233;taphoriquement, nous conduit dans un monde qui n'est plus gouvern&#233; par les formes majeures li&#233;es au principe de raison, le principe d'identit&#233; et le principe de non-contradiction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Enfin, la logique verbale et discursive liant universel et force de structuration se voit remplac&#233;e, dans cette fonction, par la &#171; logique &#187; ou les logiques rendues possibles par les images techniques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mensonge absolu est le r&#233;sultat de ce changement de paradigme vu du point de vue de la conscience.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_662 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH346/smith-angels-birth-650-c7f5f.jpg?1772198835' width='500' height='346' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Mais quelle est la forme du monde lorsqu'on le voit du point de vue de cette nouvelle forme de subjectivation, un terme qu'il faudra abandonner mais je n'ai rien de mieux pour l'instant ? Est-ce que les images techniques sont susceptibles de jouer le m&#234;me r&#244;le que la m&#233;taphore, ou bien est-ce qu'elles mettent en place un processus de translation mentale et psychique diff&#233;rent ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce que nous tenterons d'aborder la prochaine fois en commen&#231;ant l'analyse du livre de W.J.T. Mitchell, &lt;i&gt;Cloning Terror&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>III - Images, m&#233;dias et mensonge chez Hannah Arendt</title>
		<link>http://www.tk-21.com/Seminaire-2011-2012-III-Images</link>
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		<dc:date>2011-12-07T03:51:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Louis Poitevin</dc:creator>


		<dc:subject>modernit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>conscience </dc:subject>
		<dc:subject>s&#233;minaire</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Avec cette s&#233;ance, nous allons entamer une s&#233;rie de plusieurs s&#233;minaires autour des relations complexes qui unissent la politique aux images.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce cadre nous allons devoir recourir &#224; plusieurs d&#233;finitions ou &#224; plusieurs acceptions du mot image et &#224; l'&#233;vidence, le pluriel sera de mise.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://www.tk-21.com/2011-2012-Vivre-comme-une-image" rel="directory"&gt;2011-2012 &#034;Vivre comme une image&#034; Images et politique&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.tk-21.com/modernite" rel="tag"&gt;modernit&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tk-21.com/conscience" rel="tag"&gt;conscience &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tk-21.com/seminaire" rel="tag"&gt;s&#233;minaire&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L126xH150/arton136-3b20f.png?1772198835' class='spip_logo spip_logo_right' width='126' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Avec cette s&#233;ance, nous allons entamer une s&#233;rie de plusieurs s&#233;minaires autour des relations complexes qui unissent la politique aux images.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce cadre nous allons devoir recourir &#224; plusieurs d&#233;finitions ou &#224; plusieurs acceptions du mot image et &#224; l'&#233;vidence, le pluriel sera de mise.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;tt&gt;&lt;doc603|center&gt;&lt;/tt&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;I. Introduction&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En cette p&#233;riode politique intense qui s'ouvre pour nous, en France, mais aussi aux &#201;tats-Unis, d&#233;teint sur le monde m&#233;diterran&#233;en, et en un sens qui s'&#233;tend sur la plan&#232;te enti&#232;re, c'est &#224; un probl&#232;me r&#233;current, au moins depuis les temps lointains des grandes cit&#233;s sum&#233;riennes et babyloniennes, de la Gr&#232;ce antique, de la Rome imp&#233;riale et enfin de la Rome chr&#233;tienne, que nous allons nous confronter. En effet, les liens entre image et pouvoir sont aussi anciens que les images et que le pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est, &#224; l'&#233;vidence, la question pos&#233;e aux images de leur l&#233;gitimit&#233; &#224; v&#233;hiculer de mani&#232;re efficace le message de la foi, ou les messages du pouvoir, qui constituent en grande partie pour nous, l'arri&#232;re-plan de notre questionnement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le XXe si&#232;cle constitue cependant un moment majeur relativement &#224; un changement de statut des images, puisque ce si&#232;cle voit le d&#233;ploiement de la photographie comme pratique sociale g&#233;n&#233;ralis&#233;e et d&#233;mocratique, celui du cin&#233;ma comme vecteur de domination culturelle, et cela sans &#233;quivoque &#224; Hollywood comme &#224; Moscou, l'invention de la t&#233;l&#233;vision, de la vid&#233;o et de l'ordinateur personnel, portatif, appareil d'une puissance sans &#233;gale pour la consommation et la production d'images.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Singuli&#232;rement, peu de penseurs se sont int&#233;ress&#233;s de pr&#232;s &#224; ces nouvelles images. Pas &#224; celles du cin&#233;ma, bien s&#251;r, qui a d'embl&#233;e fait l'objet d'une attention intense. Mais &#224; celles de la t&#233;l&#233;vision, et &#224; ce que leur diffusion massive, port&#233;e par un devenir plan&#233;taire qui &#233;tait &#233;vident &#224; pr&#233;voir, ont entra&#238;n&#233; comme effet dans notre rapport au monde, &#224; la r&#233;alit&#233; politique en particulier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;tt&gt;&lt;emb501|center&gt;&lt;/tt&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hannah Arendt va dans l'ensemble de textes regroup&#233;s sous le titre fran&#231;ais de &lt;i&gt;La crise de la culture&lt;/i&gt; publier des r&#233;flexions sur les principaux &#233;l&#233;ments qui composent ce que l'on nomme en effet culture, l'&#233;ducation, la libert&#233;, la politique, l'histoire, la tradition. Il faut noter aussi que le dernier texte de ce recueil a &#233;t&#233; publi&#233; en 1968, un an avant que le premier homme pose son pied sur la lune. Cela indique avec clart&#233; la &#171; perspective &#187; dans laquelle se situe Hannah Arendt, celle de l'homme moderne, c'est-&#224;-dire celui qui doit faire face &#224; une triple r&#233;volution, dans la physique et plus globalement dans l'ensemble des sciences du vivant, dans l'art et dans l'ensemble de ses pratiques culturelles et dans l'information, c'est-&#224;-dire dans tout ce qui assure le lien entre pratiques individuelles et collectives, histoire et pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans &lt;i&gt;V&#233;rit&#233; et politique&lt;/i&gt;, Hannah Arendt met au centre de sa r&#233;flexion l'existence et les modes d'existence ou de manifestation de ce que l'on appelle le mensonge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les liens entre pouvoir et mensonge semblent faire partie du paysage depuis les origines et les liens entre mensonge et raisons d'&#233;tat ont &#233;t&#233; th&#233;oris&#233;s par Guichardin et Machiavel depuis quelques si&#232;cles. Si certes, ces liens semblent presque organiques, il n'en reste pas moins que des pans entiers, tant de la soci&#233;t&#233; que des pratiques humaines, pouvaient se d&#233;velopper hors de la sph&#232;re du mensonge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vers la fin de son texte Hannah Arendt &#233;tablit un lien entre mensonge et image. C'est &#224; partir de l'existence d'un certain r&#233;gime d'images que quelque chose comme une forme absolue du mensonge a pu, pour elle, commencer &#224; exister, c'est-&#224;-dire &#224; partir du moment ou les images ont pu &#234;tre &#224; la fois, produites en masse, et organis&#233;es de telle mani&#232;re qu'elles pouvaient permettre de &#171; r&#233;arranger &#187; l'ensemble des faits constituant l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; Jacques Derrida et &#224; son &lt;i&gt;Histoire du mensonge&lt;/i&gt;, que je dois d'avoir attir&#233; mon attention sur cet aspect du texte d'Hannah Arendt. &lt;i&gt;Histoire du mensonge, prol&#233;gom&#232;nes&lt;/i&gt;, dans son titre complet, est une conf&#233;rence de 1997, issue des notes d'un s&#233;minaire de 1994-95, intitul&#233;, &lt;i&gt;Questions de responsabilit&#233;&lt;/i&gt;, et publi&#233; originairement dans le Cahier de L'Herne qui lui a &#233;t&#233; consacr&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le troisi&#232;me ouvrage, qui lui va nous servir d'appui pour les s&#233;minaires &#224; venir et que nous &#233;tudierons avec attention dans les prochaines s&#233;ances, est de W.J.T. Mitchell, &lt;i&gt;Cloning terror ou la guerre des images du 11 septembre au pr&#233;sent&lt;/i&gt; ; il va nous permettre d'affiner notre approche de l'image et en particulier nous aider &#224; appr&#233;hender l'image comme &#233;l&#233;ment dynamique, porteur d'une dynamique propre, &#233;l&#233;ment d&#233;terminant des dynamiques plus larges et cr&#233;ateur d'effets d'amplifications in&#233;dits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est donc flanqu&#233;s de ces trois ouvrages que nous allons nous avancer dans l'ar&#232;ne des images et tenter de faire face, si ce terme a encore un sens, &#224; cette possibilit&#233; &#233;voqu&#233;e par Hannah Arendt de l'existence d'un mensonge absolu, d'un mensonge qui affecterait donc la totalit&#233; du monde en transformant notre relation au monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si un tel mensonge absolu se r&#233;v&#232;le, ne serait-ce que simplement possible, en quoi l'existence des images techniques et leur production et diffusion massives y jouent-elles un r&#244;le ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; l'une des questions &#224; laquelle nous allons tenter de donner une certaine consistance. Imaginer que cette hypoth&#232;se, celle de l'existence d'un mensonge absolu, c'est-&#224;-dire d'un r&#233;-agencement global et sans faille de l'histoire et donc de la possibilit&#233; de la dire comme de la faire, se r&#233;v&#232;le exacte, n'est-ce pas tenter de penser l'impensable m&#234;me ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous l'avons &#233;voqu&#233; maintes fois. Il y a dans les images, mais aussi dans les mots, m&#234;me si ceux-ci nous semblent plus familiers et faire en quelque sorte plus partie de notre chair que les images, une puissance d'&#233;tranget&#233; si incontournable que nous ne cessons de tenter de la contourner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Essayons, pour une fois, de ne pas nous voiler la face, de ne pas esp&#233;rer, m&#234;me secr&#232;tement, voir s'imprimer sur ce voile, notre image d'&#233;ternit&#233;. Essayons, par contre, de d&#233;couvrir un angle de vue nous permettant de voir &#224; la fois ce qui est, ce qui pourrait &#234;tre, et ce qui existe, mais d'une mani&#232;re incernable voire ind&#233;cidable, parce que nous avons d&#233;cr&#233;t&#233; que cela n'existait pas ou ne devait pas exister.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s que l'on parle des images une sorte de rengaine vient nous envelopper de son voile transparent. Je veux parler de la croyance. Nous tenterons, au fil des s&#233;ances, de donner &#224; ce mot la place qu'il m&#233;rite dans un monde qui semble bien trop vite avoir cru qu'il pouvait se passer d'elle.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;II. Retour arri&#232;re : qu'est-ce qu'une image ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il me semble important, &#224; ce stade, de tenter modestement de faire le point sur ce que nous avons appris ces six derni&#232;res ann&#233;es sur l'image et sur les images.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et peut-&#234;tre faudrait-il commencer par d&#233;placer la question et au lieu de se demander ce qu'est l'image, il faudrait mieux se demander o&#249; et quand &#171; il y a &#187; image. Peut-&#234;tre faudrait-il aussi dire o&#249; et quand il y a de l'image ou des images ? Mais aussi se demander comment elles fonctionnent ? En effet, leur multiplication exponentielle tend &#224; r&#233;v&#233;ler certains aspects des possibilit&#233;s dont elles sont porteuses et qui &#233;taient rest&#233;s jusqu'ici non activ&#233;s. En particulier, la puissance dynamique des images, ou plus exactement le fait que les images soient &#224; la fois prises dans une relation particuli&#232;re au vivant et se comportent comme des &#234;tres vivants, des &#234;tres vivants du genre des clones et des virus comme le d&#233;montre efficacement W.J.T. Mitchell.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce glissement est important si l'on veut, entre autres choses, tenter de d&#233;gager l'image de sa gangue ontologique, chose qui permettra de penser l'image en relation avec le flux, le flot, le vivant et d'en faire le vecteur d'une approche renouvel&#233;e de la pens&#233;e et du vivant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait aborder ce point comme une sorte de sc&#233;nario, un sc&#233;nario un peu d&#233;lirant peut-&#234;tre mais qui passerait en revue, de mani&#232;re tr&#232;s libre, les niches dans lesquelles quelque chose comme de l'image ou des images trouve refuge ou se manifeste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je voudrais dresser ici une sorte de liste des images, liste qui, si jamais cela s'av&#233;rait n&#233;cessaire, pourrait nous conduire &#224; une typologie voire &#224; une classification. Alors, regardons d&#233;filer comme un court-m&#233;trage, certains des &#171; lieux &#187; dans lesquels &#171; il y a de l'image &#187;, comme on dirait qu'il y a de la lumi&#232;re !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a des images dans les &#171; Carambar &#187;, enfin, sur le papier qui les enveloppe, &#233;videmment. Il y a donc des images qui sont des inscriptions sur des supports. La mani&#232;re dont elles s'y inscrivent est une question qui a tellement fait couler d'encre et m&#234;me de sang que nous la laissons, non pas de c&#244;t&#233;, mais &#224; c&#244;t&#233; de nous, rappelant seulement ceci qu'en plus des images faites par l'homme, il y aurait des images non-faites de main d'homme. Ces images ach&#233;iropo&#239;&#232;tes, vous le savez, ont bien &#233;t&#233; invent&#233;es par l'homme, pas comme image, mais comme histoire, comme un r&#233;cit permettant de mettre en sc&#232;ne et en &#339;uvre les failles &#233;videntes qui hantent notre syst&#232;me de perception-r&#233;ception des images.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les images sont un des &#233;l&#233;ments actifs de ce syst&#232;me et pas seulement comme &#233;l&#233;ment mat&#233;riel ext&#233;rieur, comme objet per&#231;u, mais comme &#233;l&#233;ment &#171; int&#233;rieur &#187;, comme objet mental, que ce soit sous la forme d'images verbales, oniriques ou d'images de pens&#233;e, ou si l'on veut de concepts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour compenser notre faiblesse apocalyptique, qui tient au fait que nous d&#233;sirons activement pouvoir croire aux images, mais qu'elles deviennent une source d'angoisse quand elles se &#171; r&#233;alisent &#187;, nous avons invent&#233; la peinture, la grande et la petite, la glorieuse et la vulgaire, celle du dimanche et celle des autres jours de la semaine. Il suffit de poser des traits, des couleurs, sur n'importe quel support, et voil&#224; une image. &#192; la diff&#233;rence des images sur les &#171; Carambar &#187;, ces images-l&#224; sont per&#231;ues comme des manifestations d'un sujet particulier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour nous dont les corps ne sont apparemment pas comme celui du Christ, capables de s'imprimer d'eux-m&#234;mes sur un linge ou sur une surface quelconque, il y a ces suaires du pauvre, qu'on appelle les miroirs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eux sont tout entiers vou&#233;s aux images, ou plut&#244;t &#224; l'image. Ils peuvent transformer n'importe quel mur en gouffre ou en cin&#233;mascope. Mais, on sait, en gros, ce qu'on va y voir, puisqu'on se place ou se d&#233;place devant lui ou on le d&#233;place devant nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais on n'a pas attendu l'invention des miroirs pour cela. Les murs de grottes, d&#233;j&#224;, &#233;taient des surfaces qui permettaient d'animer des visions. Ces visions, par contre, pour savoir d'o&#249; elles venaient, il fallait sans doute se lever de bonne heure. En tout cas, les grottes tendent &#224; nous montrer que les hommes n'ont pas attendu le scanner pour savoir que c'est dans le cr&#226;ne que naissent, se forment ou aboutissent les images.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Grotte et cr&#226;ne, voil&#224; des r&#233;ceptacles &#224; images qui existent encore aujourd'hui. Nous leur avons invent&#233; des cousins par millions que nous appelons cin&#233;mas. Aussit&#244;t &#233;teint, &#231;a s'allume. Aussit&#244;t rallum&#233;, &#231;a s'&#233;teint. Comme notre t&#234;te avec les r&#234;ves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus petites, il y a aussi les bo&#238;tes noires qui ont hant&#233; nos maisons. Elles se sont aplaties comme des soles limandes au point de se confondre &#224; nouveau avec les murs. Ce sont aussi des lieux d'images. Enfin pas des lieux, car les images qu'elles &#233;mettent, ces bo&#238;tes, ou qu'ils &#233;mettent, ces &#233;crans, ne se trouvent pas dans un lieu. Elles circulent, sous forme d'ondes, &#224; travers le ciel, les nuages, les oc&#233;ans, les villes, les murs, les verres de lunettes, jusqu'&#224; nos yeux. Elles traversent l'espace et le temps, les murs et les paupi&#232;res, parce que quand elles voyagent, elle sont en quelque sorte invisibles, comme des virus qu'on attrape sans savoir comment et qu'on ne &#171; voit &#187; que quand ils se manifestent en nous, &#224; travers diverses manifestations physiologiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fond, il y a des images partout, m&#234;me et surtout l&#224; o&#249; l'on n'en voit pas, l&#224; o&#249; l'on ne les attend pas. Par exemple, en haut des immeubles dans les m&#233;gapoles. Mais &#224; y regarder de pr&#232;s il n'y a parfois m&#234;me pas d'&#233;cran, juste des lignes de leds qui, quand on les allument, se mettent &#224; produire des images.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur un grain de riz, on peut mettre une image, ou en trouver une. Elle n'est pas &#233;quivalente &#224; l'image du grain de riz lui-m&#234;me, &#233;videmment. Sur les lunettes aussi, on en trouve, qui n'ont rien &#224; voir avec celles qui traversent les lunettes. Mais aussi sur le chemin, &#224; chaque pas, il y a des images qui se forment, en nous, et sans lesquelles nous ne pourrions pas nous orienter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non, d&#233;cid&#233;ment, si l'on cherche des images ou de l'image, il n'y a que &#231;a, partout, &#224; tout instant. Le monde est image, un faisceau permanent d'images que nous composons d&#233;composons, recomposons au gr&#233; de nos humeurs et autres &#233;lucubrations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors quoi ? Disons qu'il y aurait finalement trois sortes d'images qui se distingueraient moins par leurs supports que par leur position dans le r&#233;seau fonctionnel d'&#233;mission-r&#233;ception qui fait qu'il y a image.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Il y a les images qui sont &#233;mises par tout ce qui existe en tant que corps expos&#233; &#224; la lumi&#232;re. Elles supposent, pour exister, un r&#233;cepteur. Agencement de fonctions li&#233;es au vivant, appareil simple ou complexe, ou mixte des deux, un r&#233;cepteur produit ses propres images &#224; partir des autres images ou si l'on veut des images des autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Il y a les images qui ne semblent &#233;mises par personne et qui errent, ne reposant nulle part, semblant ne jamais devoir faire autre chose que de passer. Ces images sont des projections, mais il est souvent difficile de dire de qui ou de quoi elles le sont r&#233;ellement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Il y a les images qui restent, dans un lieu comme dans la m&#233;moire. Leur consistance diff&#232;re &#224; cause de la mat&#233;rialit&#233; des supports mais aussi parce qu'elles nous renvoient tr&#232;s vite au premier point, puis au deuxi&#232;me et ainsi de suite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a donc image &#224; diff&#233;rents niveaux ou, si l'on pr&#233;f&#232;re, il y a diff&#233;rents niveaux de l'image, mais rien qui ne tienne vraiment. M&#234;me fixe, l'image ne cesse de circuler, de filer &#224; toute allure, de nourrir le grand cin&#233;mascope de la vie, mais pas comme point fixe, comme &#233;l&#233;ment porteur de variations et soumis &#224; celles-ci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Image changeante, produite par ce qui existe, image incernable qui danse dans le cerveau du r&#234;ve ou sur les &#233;crans du monde, image fig&#233;e sur un support, il n'y a image que l&#224; o&#249; est en marche un processus complexe de circulation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons eu tendance, pas nous ici, mais nous humanit&#233;, depuis que nous &#171; pensons &#187; l'image, &#224; en faire le support de nos peurs. L'image, si elle fait peur, ce n'est pas &#224; cause de ce qu'elle peut v&#233;hiculer, mais parce qu'elle est, par essence pourrait-on dire avec un sourire, du c&#244;t&#233; du non-&#234;tre ou du quasi-&#234;tre. Rien en elle n'est fixe. Mais est-ce qu'il n'en va pas ainsi parce que rien dans le dispositif de la perception ne l'est, fixe !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'image est en quelque sorte le contraire de ce qui a &#233;t&#233; th&#233;oris&#233; pr&#233;cis&#233;ment comme &#171; th&#233;orie &#187;, c'est-&#224;-dire comme ce qui est digne d'&#234;tre regard&#233;, contempl&#233;, et qui a constitu&#233; jusqu'&#224; aujourd'hui la mesure de toutes choses, car elle n'est regardable qu'&#224; certaines conditions. Et aucune de ces conditions ne r&#233;pond totalement &#224; ce que l'on attend, ou plus exactement au programme que l'on a assign&#233; &#224; la connaissance, produire des donn&#233;es fiables, c'est-&#224;-dire en gros immuables ou en tout cas que l'on peut pr&#233;voir et dont on peut contr&#244;ler les transformations et ainsi r&#233;pondre aux attentes suppos&#233;es de l'esprit, telles qu'elles ont &#233;t&#233; d&#233;finies par la pens&#233;e platonicienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'image n'existe pas, a-t-on pu dire, ici, il y a d&#233;j&#224; longtemps. Ce n'est pas pour nier l'&#233;vidence, mais au sens o&#249; le singulier ne lui sied pas, &#224; l'image. Il faudrait donc plut&#244;t que de parler d'image, parler de l'image ou des images. Car les images, comment le nier ou l'oublier, non seulement on en parle, mais elles font parler. Elles sont reli&#233;es, par des chemins qu'il va falloir pr&#233;cis&#233;ment tenter de rep&#233;rer, &#224; la grande machine de narratisation qui nous hante comme nous hantent les fant&#244;mes des anc&#234;tres ou des souvenirs inaccessibles et pourtant agissants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De toutes les fonctions qui composent la conscience, l'image en active une plus que les autres, la reconnaissance. Si reconna&#238;tre, c'est faire exister quelque chose dans un espace virtuel, alors les images le font avec une efficacit&#233; qui peut sembler sup&#233;rieure &#224; celles des mots. En fait tout l'enjeu est l&#224; et reste accroch&#233; &#224; cela, &#224; cette distinction entre mots et images, et &#224; la pr&#233;sentation de leurs relations &#224; tel ou tel moment de l'histoire des hommes et de l'histoire de la pens&#233;e. On pourrait dire, en ironisant un peu, qu'un des enjeux d'une nouvelle d&#233;finition de l'image ou plus exactement d'une approche renouvel&#233;e des fonctions de l'image ou des images, passerait pas la mise ne place de nouvelles m&#233;taphores. Comme on va le voir, c'est sensiblement plus complexe que &#231;a en a l'air.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Disons, pour l'instant que l'image est une eau qui coule et qui, s'&#233;coulant de partout, collerait &#224; m&#234;me la peau des choses. Une peau &#224; la fois sensible et faite de quelque chose qu'on ne pourrait pas retenir. C'est pourquoi l'image ne devrait gu&#232;re &#234;tre dite au singulier mais bien au pluriel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on veut les distinguer, il faudrait dire que l'image est &#171; images &#187;, au pluriel donc, alors que &#171; l'image &#187; au singulier est, th&#233;oriquement et techniquement, le but que se propose implicitement ou explicitement la conscience comme dispositif de capture. L'image au singulier est alors un autre nom du concept. C'est la r&#233;ponse &#224; un appel que la conscience croit entendre en elle-m&#234;me, ou se lance &#224; elle-m&#234;me afin de retenir ou fixer des &#233;l&#233;ments du flux dans des repr&#233;sentations &#171; fixes &#187;, susceptibles d'&#234;tre r&#233;utilis&#233;es, de devenir connaissance. L'image devient ainsi un vecteur d'orientation pour la pens&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rapport&#233;e aux mots qui permettent de la dire, l'image appara&#238;t comme le fruit de l'extraction mentale, de ce &#171; geste &#187; de la conscience qui arrache et expose au flux de la conscience un moment de ce flux, la renvoyant alors, in&#233;vitablement au flux des mots qui la portent, la traversent et la prolongent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;tt&gt;&lt;emb500|center&gt;&lt;/tt&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;III. V&#233;rit&#233;, mensonge, un certain partage du pouvoir&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, c'est &#224; des images d'un genre particulier qu'il va falloir nous confronter, celles qui sont &#224; la fois mat&#233;rielles et mentales, construites et hasardeuses, produites par la pens&#233;e et reproduites par les appareils et qui sont &#224; la fois la forme de nos opinions, de nos croyances et de nos peurs et le moteur qui les fait cro&#238;tre ou diminuer. C'est aux images en tant qu'elles sont des &#233;l&#233;ments agissants dans la soci&#233;t&#233; qu'il va nous falloir faire face. Il y a l&#224; un enjeu majeur, qui va nous permettre de prolonger nos r&#233;flexions. Nous avons &#224; la fois approch&#233; l'image dans sa dimension iconique et &#224; travers les divers aspects qui la constituent tant mat&#233;riellement et techniquement que psychiquement et mentalement. Le moment semble venu de prendre en compte le fait que toutes les images sont parties prenantes des champs sociaux dans lesquels elles se manifestent et donc de les appr&#233;hender dans leur dimension heuristique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les images, nous ne le savons que trop, jouent un r&#244;le majeur dans l'espace social et dans le champ politique au sens large du terme, c'est-&#224;-dire dans le jeu de nos croyances, de nos connaissances et de nos motivations. D'entr&#233;e, il appara&#238;t que l'image, ici, ne peut &#234;tre r&#233;duite &#224; sa mat&#233;rialit&#233; et doit &#234;tre pens&#233;e comme &#233;l&#233;ment dynamique. Mais de quelles images s'agit-il ? Ou plus exactement de quel r&#233;gime de l'image s'agit-il ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce que le texte d'Hannah Arendt, V&#233;rit&#233; et politique, un texte de 1967 publi&#233; en France dans le recueil &lt;i&gt;La crise de la culture&lt;/i&gt;, va nous permettre d'approcher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Remarquons d'entr&#233;e de jeu que le terme d'image n'appara&#238;t dans ce texte d'une quarantaine de pages, que dans le dernier quart. Sans &#234;tre le v&#233;ritable sujet du texte, qui tente de nous dire ce qu'il en est des relations qu'entretiennent dans notre culture, la v&#233;rit&#233; d'une part et &#171; la &#187; politique d'autre part, au sens concret de celle dans laquelle on s'engage pour la faire, l'ensemble des actions humaines qui visent &#224; agir sur les choses pour les transformer, que ce soit ou non en fonction d'un projet, l'image est le nom d'un op&#233;rateur majeur dans la mise en place d'un nouveau paradigme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous devons maintenant tourner notre attention vers le ph&#233;nom&#232;ne relativement r&#233;cent de la manipulation de masse du fait et de l'opinion tel qu'il est devenu &#233;vident dans la r&#233;&#233;criture de l'histoire, dans la fabrication d'images, et dans la politique des gouvernements. &#187; (op. cit., p. 321).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant d'en revenir &#224; l'image ou aux images, il nous fait revenir sur les questions qui portent ce texte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les relations entre v&#233;rit&#233; et politique y sont abord&#233;es &#224; partir de la relation conflictuelle, mais in&#233;vitable, qui existe entre v&#233;rit&#233; et mensonge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne peut en aller autrement puisque le fonctionnement m&#234;me de la conscience suppose cette possibilit&#233; fondamentale qui d&#233;coule de la th&#233;orie de l'esprit, non seulement d'imiter et donc de pouvoir tromper autrui, mais aussi, puisqu'il nous est possible de penser une chose et d'en &#233;noncer une autre, de nous tromper nous-m&#234;mes, et donc, pourrait-on dire, de le faire &#171; volontairement &#187;. (op. cit., p.312).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait le terme d'image appara&#238;t d&#232;s les premi&#232;res pages du texte, &#224; un moment o&#249; Hannah Arendt &#233;voque le mythe de la caverne de Platon, mais moins pour &#233;voquer la dimension possiblement trompeuse des images et bien plus cette diff&#233;rence entre deux types de mode de vie, entre deux types de rapport au monde. Il y a d'une part ceux qui pr&#233;tendent agir sur le monde, en vue de le changer et le font &#224; partir de l'&#233;change d'opinions dans l'ar&#232;ne politique, c'est-&#224;-dire en public, au milieu et avec d'autres semblables, et d'autre part ceux qui tentent de faire &#171; ce qu'H&#233;rodote fut le premier &#224; entreprendre consciemment - &#224; savoir, legein ta eonta, dire ce qui est. Aucune permanence, aucune persistance dans l'&#234;tre ne peut m&#234;me &#234;tre imagin&#233;e sans l'existence d'hommes voulant t&#233;moigner de ce qui est et leur appara&#238;t parce que cela est. &#187; (op. cit., p. 292).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les uns et les autres ne font pas bon m&#233;nage, les citoyens, n'aiment gu&#232;re ces diseurs de v&#233;rit&#233; et &#171; s'il leur &#233;tait possible de mettre la main sur un tel homme [&#8230;] ils le tueraient &#187; dit Platon &#224; la fin de l'all&#233;gorie de la caverne. (op. cit., p. 292).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, c'est dans une mani&#232;re de vivre qu'Hannah Arendt fait consister la diff&#233;rence fondamentale et fondatrice qui s&#233;pare et relie le domaine public du partage des opinions, du domaine sensiblement plus solitaire de l'examen et de l'&#233;tablissement de ce qui peut &#234;tre consid&#233;r&#233; comme vrai ou comme v&#233;ridique. Ce n'est pas tant de risquer sa vie qui motive le diseur de v&#233;rit&#233; que le fait de tendre, non seulement dans ses &#233;nonc&#233;s mais dans sa vie m&#234;me vers cette v&#233;rit&#233;. Il tend non seulement &#224; montrer qu'il y a pour lui quelque chose comme des valeurs, mais quelque chose qui m&#233;rite qu'on lui consacre sa vie et de cela il t&#233;moigne par sa vie m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, cette v&#233;rit&#233; semble, on le sait, impuissante depuis toujours face &#224; la violence que les tenants de l'opinion dominante peuvent exercer contre elle en tant que v&#233;rit&#233; si elle d&#233;range leurs plans et contre celui ou ceux qui les d&#233;terminent et les &#233;noncent, sachant que ces v&#233;rit&#233;s ne sont pas des opinions mais des choses qui sont plus durables voire m&#234;me &#171; &#233;ternelles &#187; au sens o&#249; sont &#233;ternelles les th&#233;or&#232;mes d'Euclide par exemple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question que pose Hannah Arendt est donc la suivante :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Est-il de l'essence m&#234;me de la v&#233;rit&#233; d'&#234;tre impuissante et de l'essence m&#234;me du pouvoir d'&#234;tre trompeur ? Et quelle esp&#232;ce de r&#233;alit&#233; poss&#232;de-t-elle, si elle est sans pouvoir dans le domaine public, lequel, plus qu'aucune autre sph&#232;re de la vie humaine, garantit la r&#233;alit&#233; de l'existence aux hommes qui naissent et meurent &#8212; c'est-&#224;-dire &#224; des &#234;tres qui savent qu'ils ont surgi du non-&#234;tre et qu'ils y retournent apr&#232;s un court moment ? Finalement la v&#233;rit&#233; impuissante n'est-elle pas aussi m&#233;prisable que le pouvoir insoucieux de la v&#233;rit&#233; ? &#187; (op. cit., p. 290).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous connaissons tous cette question qui est sans doute l'une des plus c&#233;l&#232;bres rengaines de l'histoire de la pens&#233;e, et n&#233;anmoins l'un des probl&#232;mes qui nous taraude de la mani&#232;re la plus insistante. Ce qui rend ce probl&#232;me d'une acuit&#233; constante, c'est qu'il y a, au moins depuis Leibniz, deux types de v&#233;rit&#233;, les v&#233;rit&#233;s de raison et les v&#233;rit&#233;s de fait. S'appuyant sur cette distinction, qu'elle choisit de ne pas mettre en question dans ce texte, Hannah Arendt va d&#233;ployer et croiser les deux aspects les plus essentiels qui se nouent autour de cette question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une part, elle note que certaines v&#233;rit&#233;s de type philosophique se soutiennent du mode de vie m&#234;me de ceux qui les &#233;noncent et que ce mode de vie est li&#233; au lien existant entre ces v&#233;rit&#233;s et les v&#233;rit&#233;s rationnelles qui rel&#232;vent ou manifestent leur lien avec une forme d'&#233;ternit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, le mode du vie du philosophe n'est pas celui du citoyen :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Aux opinions toujours changeantes du citoyen sur les affaires humaines,, qui sont elles-m&#234;mes dans un &#233;tat de flux constant, le philosophe opposa la v&#233;rit&#233; sur les choses qui sont dans leur nature m&#234;me &#233;ternelles et d'o&#249; par cons&#233;quent l'on peut d&#233;river des principes pour stabiliser les affaires humaines. &#187; (op. cit., p. 296).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, elle constate que, plong&#233;e dans la discussion commune, toute v&#233;rit&#233; semble soluble non pas tant dans le mensonge, que dans l'opinion. Sauf ces v&#233;rit&#233;s qu'elle nomme les v&#233;rit&#233;s de fait, ou si l'on veut les v&#233;rit&#233;s li&#233;es &#224; des faits av&#233;r&#233;s historiquement, les v&#233;rit&#233;s rationnelles pouvant, jusqu'&#224; un certain point, &#234;tre discut&#233;es par l'opinion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces v&#233;rit&#233;s de fait semblaient devoir constituer une sorte de fond commun, non en tant que telles mais en tant que fondant une cat&#233;gorie sur laquelle il n'&#233;tait pas envisageable de revenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on s'en r&#233;f&#232;re &#224; &#171; l'&#233;ternit&#233; &#187;, la distinction entre v&#233;rit&#233;s rationnelles, les th&#233;or&#232;mes d'Euclide par exemple, et les v&#233;rit&#233;s de fait, par exemple que &#171; dans la nuit du 4 ao&#251;t 1914 les troupes allemandes franchirent la fronti&#232;re belge &#187; (op. cit., p. 304) pouvait appara&#238;tre aussi comme peu fond&#233;e, les unes comme les autres &#233;tant en quelque sorte d&#233;montrables ou prouvables et susceptibles d'une reconnaissance sans partage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, il n'en est rien. L'id&#233;e la plus raisonnable concernant les v&#233;rit&#233;s rationnelles consisterait &#224; dire qu'elles sont accept&#233;es par tous et permettent de constituer le terrain d'accord entre les humains en vue du d&#233;ploiement de leur avenir commun. Et ce n'est pas le cas, on le sait. Il suffit de mentionner l'existence des cr&#233;ationnistes aujourd'hui. Ce qui s'oppose, &#224; la v&#233;rit&#233; rationnelle, comme &#224; la v&#233;rit&#233; de fait, ce n'est donc pas l'erreur, ni le mensonge, mais l'opinion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; de la question d'un droit qui autorise ou non l'expression de toutes les opinions, l'opinion a &#233;t&#233; th&#233;oris&#233;e d&#232;s la Gr&#232;ce antique comme ce qui constitue la base de tout pouvoir politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a pu croire &#224; l'&#233;poque des Lumi&#232;res que le temps &#233;tait venu d'une sorte de fusion entre ces &#171; deux facult&#233;s contraires, &#8220;le raisonnement solide&#8221; et &#8220;l'&#233;loquence puissante&#8221;, la premi&#232;re &#233;tant fond&#233;e sur des principes de v&#233;rit&#233;, l'autre sur des opinions et sur les passions et les int&#233;r&#234;ts humains qui sont diff&#233;rents et variables &#187; (op. cit., p. 297).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La suite a prouv&#233; que rien de tel n'avait eu lieu qui aurait &#233;t&#233; de l'ordre d'une inscription dans la m&#233;moire ou dans le cortex des hommes de cette &#171; avanc&#233;e &#187; ou de ce &#171; progr&#232;s &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ancien antagonisme est &#224; peine gomm&#233; qu'il resurgit, l&#224; m&#234;me o&#249; l'on aurait pu croire qu'il avait &#233;t&#233; radicalement aboli, en France par exemple, par la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car c'est dans le jeu entre les facult&#233;s humaines que ce conflit persiste, et ces facult&#233;s n'ont pas, loin s'en faut, fusionn&#233;. Bien au contraire, le d&#233;bat public, devenu norme dans la conduite des affaires de l'&#233;tat et du peuple, a plut&#244;t eu l'effet inverse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l'opinion qui est revenue en force, et plus qu'en force, en ma&#238;tresse du domaine pourrait-on dire. C'est elle qui a pris le pouvoir, mais &#224; un degr&#233; tel, que ce pouvoir qu'elle a toujours eu dans la direction des affaires humaines, va s'&#233;tendre sur le contr&#244;le des affaires dans lesquelles r&#233;gnait la v&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le conflit n'a donc pas disparu, il a chang&#233; et de modalit&#233; et d'&#233;chelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une double cause d&#233;termine ce ph&#233;nom&#232;ne qui, si l'on s'en tient encore une fois &#224; une sorte de logique des apparences, ne devrait pas exister. Nous devrions tous reconna&#238;tre les lois de la physique et de la biologie, &#234;tre einsteiniens et darwiniens, pour le moins, mais nous ne le sommes pas. Ou si nous le sommes, nous le sommes individuellement. Dans le d&#233;bat public, ces &#171; v&#233;rit&#233;s &#187; se transforment imm&#233;diatement en opinions et peuvent &#234;tre plong&#233;es dans la grande marmite qui m&#233;lange tout et n'importe quoi et compare tout et n'importe quoi, sans souci aucun d'une quelconque recherche de v&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La raison fait face ici &#224; ce qui advient d'elle quand elle est partag&#233;e entre tous dans le d&#233;bat public. Car les hommes savent aussi que la raison est faillible et qu'elle a besoin du d&#233;bat public pour &#234;tre &#233;nonc&#233;e et partag&#233;e. Simplement les r&#232;gles ne sont pas les m&#234;mes qui gouvernent les d&#233;bats entre scientifiques et les d&#233;bats entre citoyens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un cas, c'est la v&#233;rit&#233; qui reste le crit&#232;re et elle est encadr&#233;e par des protocoles nombreux et contraignants. Dans l'autre, c'est la puissance de conviction qui l'emporte. Et dans ce cas, la v&#233;rit&#233; n'a plus de r&#244;le &#224; jouer, sinon d'&#233;clairer des gens qui ne veulent pas l'&#234;tre, pas par elle en tout cas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans tout cela, pensez-vous, il n'y a rien que vous ne sachiez d&#233;j&#224;. C'est exact. Mais ce rappel &#233;tait n&#233;cessaire pour marquer le changement qui s'op&#232;re finalement depuis &#224; peine un si&#232;cle, sous nos yeux donc, dans nos vies et qui concerne les relations que la politique entretient non seulement avec les v&#233;rit&#233;s rationnelles mais avec les v&#233;rit&#233;s de fait.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;IV. Glissement de terrain et perte des rep&#232;res&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans le monde d'hier pour reprendre l'expression de Stefan Zweig les choses fonctionnaient donc ainsi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y avait bien une tension entre philosophe et citoyen ou philosophe et homme politique, mais ils habitaient le m&#234;me monde. La capacit&#233; de mensonge des hommes politiques se concentrait, en quelque sorte, sur les choses de ce monde. La politique se servait bien de l'&#233;glise pour gouverner les &#226;mes, mais elle ne pr&#233;tendait pas intervenir sur les v&#233;rit&#233;s et si elle y risquait, sa puissance de d&#233;formation de la r&#233;alit&#233; restait absolument limit&#233;e. Les r&#233;emplois de st&#232;les ou le changement de noms sur des statues n'a jamais permis d'effacer compl&#232;tement de l'histoire ceux qui &#233;taient vis&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les v&#233;rit&#233;s de fait &#233;taient quant &#224; elles plus respect&#233;es que les v&#233;rit&#233;s rationnelles et encore une fois si le mensonge pouvait &#234;tre reconnu comme n&#233;cessaire au fait de gouverner, s'il avait &#233;t&#233; th&#233;oris&#233; par Botero, Machiavel et Guichardin entre la fin du XVe et le d&#233;but du XVIIe si&#232;cle, il n'en restait pas moins, d'une importance moindre face &#224; la v&#233;rit&#233; que l'erreur ou l'ignorance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le savant ou le philosophe et le politique ou le citoyen vivaient dans le m&#234;me monde et s'opposaient moins sur le fond de leurs valeurs communes que dans un combat reconnaissant &#224; chacun sa place et sa fonction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelque chose a lieu au cours du XXe si&#232;cle qui modifie radicalement la donne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le statut de l'opinion mute. De partage collectif d'opinions individuelles pouvant &#234;tre en effet manipul&#233;es par les meilleurs orateurs et affect&#233;es par des mensonges, elle devient, en relation avec les m&#233;dias de masse, une sorte de machine &#224; produire des assertions en tout genre. Ces assertions et ceux qui le formulent d&#233;couvrent qu'elles peuvent non seulement se suffire &#224; elles-m&#234;mes et se d&#233;lier de tout lien avec une quelconque forme de v&#233;rit&#233;, ce qui a toujours &#233;t&#233; le cas, mais qu'elles peuvent permettre de nier, d'effacer, d'abolir des v&#233;rit&#233;s de fait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enjeu est d'importance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est d'une part le statut de l'individu qui se trouve balay&#233; et avec lui, la relation entre individu, mode de vie et preuve qui s'efface, et d'autre part le statut m&#234;me du dicible et du visible qui se trouve remis en cause.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hannah Arendt le pr&#233;cise avec vigueur. Ce qui s'efface, c'est la n&#233;cessit&#233; de convaincre qui est remplac&#233;e par une possibilit&#233; nouvelle de tromper. Ce n'est plus pas une conjonction entre manque de connaissance et fascination pour un orateur que l'on est tromp&#233;, c'est par l'impossibilit&#233; devenue concr&#232;te et r&#233;elle d'acc&#233;der &#224; des v&#233;rit&#233;s de fait, &#224; la fois parce qu'elles sont cach&#233;e, c'est le mensonge li&#233; au secret traditionnel, mais parce qu'elles sont effac&#233;es, gomm&#233;es, &#233;radiqu&#233;es, rendues tout simplement inaccessibles, parce qu'elles sont litt&#233;ralement interdites. Tout d&#233;bat, dans la mesure m&#234;me o&#249; il ne porte plus sur des v&#233;rit&#233;s et en particulier sur des v&#233;rit&#233;s de fait, porte donc sur des entit&#233;s verbales ou visuelles qui ne rel&#232;vent d'aucune forme de v&#233;rit&#233;, mais d'une forme tout &#224; fait singuli&#232;re de &#171; fictionnalit&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; du fait que &#171; le soup&#231;on na&#238;t qu'il est peut-&#234;tre de la nature du domaine politique de nier ou de pervertir toute esp&#232;ce de v&#233;rit&#233; &#187; (op. cit., p. 302), c'est quelque chose de plus essentiel qui est remis en cause. &#171; Les faits que j'ai en vue sont connus du public, et pourtant ce m&#234;me public qui les conna&#238;t peut avec succ&#232;s et souvent spontan&#233;ment en interdire la discussion publique et les traiter comme s'ils &#233;taient ce qu'ils ne sont pas &#8211; &#224; savoir des secrets. &#187; (op. cit., p. 300).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De quoi parle Hannah Arendt ? de rien d'autre que du fait que par exemple &#171; (m&#234;me dans l'Allemagne hitl&#233;rienne et la Russie stalinienne, il &#233;tait plus dangereux de parler des camps de concentration et d'extermination dont l'existence n'&#233;tait pas un secret, que d'avoir et d'exprimer des vues h&#233;r&#233;tiques sur l'antis&#233;mitisme, le racisme ou le communisme) &#187; (op. cit., p. 301).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce devenir fictif, mais pas au sens litt&#233;raire de fictionnel, au sens concret de &#171; n'ayant pas d'existence l&#233;gale, dicible, exprimable, visible &#187; qui constitue le c&#339;ur de notre propos et le centre de la question du statut ou plus exactement de la fonction des images aujourd'hui, de leur fonction m&#233;tapolitique si l'on veut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hannah Arendt pr&#233;cise :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La libert&#233; d'opinion est une farce si l'information sur les faits n'est pas garantie et si ce ne sont pas les fais eux-m&#234;mes qui font l'objet du d&#233;bat. &#187; (op. cit., p. 303).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;V. Un certain devenir fictif&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ce devenir fictif non pas du r&#233;el en tant que tel, mais des faits et des v&#233;rit&#233;s de fait comme fondement du d&#233;bat politique et donc comme terrain commun aux hommes, ce devenir fictif se produit au croisement de deux ph&#233;nom&#232;nes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier est la puissance propre de la v&#233;rit&#233;, celle des v&#233;rit&#233;s rationnelles comme des v&#233;rit&#233;s de fait, &#224; savoir leur puissance de coercition ou le caract&#232;re despotique de la v&#233;rit&#233; comme le dit Hannah Arendt.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, on doit se soumettre &#224; la v&#233;rit&#233; ou &#224; une v&#233;rit&#233;, non par un imp&#233;ratif moral, mais parce que la reconna&#238;tre, c'est l'accepter. Cette puissance propre est en fait celle &#224; laquelle pr&#233;cis&#233;ment, en tant qu'homme, en g&#233;n&#233;ral, on peut chercher &#224; &#233;chapper. La libert&#233; est non pas &#224; ce prix mais &#224; cette condition que l'on puisse en effet &#233;chapper &#224; une contrainte, fut-ce celle de la v&#233;rit&#233;. Cela restait quelque chose certes de d&#233;terminant, mais qui n'avait pas d'impact sur la perception commune de la r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui se produit avec les pouvoirs tyranniques se produit avec ceux qui leur succ&#232;dent et que nous nommons, faute de leur avoir trouv&#233; un nom qui leur convienne r&#233;ellement, d&#233;mocratiques, mais d'une autre mani&#232;re. Dans les r&#233;gimes d&#233;mocratiques cette soumission &#224; la v&#233;rit&#233; a &#233;t&#233; pos&#233;e en quelque sorte comme &#233;tant l&#233;gitimement insupportable ou si l'on pr&#233;f&#232;re comme pouvant &#234;tre remise en question dans son fondement m&#234;me parce que coercitive, ou si l'on veut portant atteinte &#224; la libert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Quand on la consid&#232;re du point de vue de la politique, la v&#233;rit&#233; a un caract&#232;re despotique. Elle est donc ha&#239;e des tyrans, qui craignent &#224; juste titre la concurrence d'une force coercitive qu'ils ne peuvent monopoliser, et elle jouit d'un statut plut&#244;t pr&#233;caire aux yeux des gouvernements qui reposent sur le consensus et qui abhorrent la coercition. &#187; (op. cit., pp. 306-307).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La puissance de l'opinion change donc de statut dans un syst&#232;me de masses et de mass m&#233;dias. Il y a d'une part le fait de mettre quelque chose sur la place publique et de le discuter qui le transforme en opinion. Mais cette transformation est aussi une transmutation, celle d'une v&#233;rit&#233; par le jeu de la libre discussion non seulement en opinion, mais en quelque chose de fictif, un fictif qui rel&#232;ve de la cat&#233;gorie du mensonge et non de la fiction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment s'op&#232;re cette transmutation &#224; laquelle nous participons de mani&#232;re active et qui a lieu non seulement sous nos yeux mais avec notre assentiment ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette transmutation s'op&#232;re &#224; partir d'un double ph&#233;nom&#232;ne, de d&#233;sinhibition vis-&#224;-vis de la puissance contraignante de la v&#233;rit&#233; et de conversion d'un &#233;v&#233;nement r&#233;el, d'un fait ou d'une v&#233;rit&#233; de fait en non &#233;v&#233;nement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce principe de conversion ne tombe pas du ciel. Il existe dans les faits, dans les pratiques humaines, il est m&#234;me li&#233; &#224; l'exigence la plus haute du point de vue du philosophe. Cette exigence consiste &#224; t&#233;moigner de ses id&#233;es par ses actes, par son comportement, bref faire de sa vie une sorte de preuve irr&#233;futable de la pr&#233;gnance de ses convictions et donc &#224; lui conf&#233;rer une telle puissance aux yeux des autres, au moins potentiellement. C'est ce qui est en jeu en particulier avec Socrate dont la formule &#233;thique, &#171; il vaut mieux subir le mal que faire le mal &#187; concerne &#224; la fois la conduite humaine et a des implications politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette puissance &#233;thique des actes transforme une v&#233;rit&#233; philosophique discutable en v&#233;rit&#233; de fait. Cette vie devient de part en part t&#233;moignage. C'est ce qui fait de Socrate une figure si essentielle et qui a &#233;t&#233;, &#224; l'instar d'autres par la suite, comme celle du Christ par exemple, largement imit&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si de son vivant ses th&#232;ses ont &#233;t&#233; largement discut&#233;es, il n'a pas souvent convaincu au moyen de ses arguments. Mais il fait de sa vie un moyen de persuasion radical en ceci qu'il &#171; a jou&#233; sa vie sur cette v&#233;rit&#233;, pour donner l'exemple, non lorsqu'il a comparu devant le tribunal ath&#233;nien, mais lorsqu'il a refus&#233; d'&#233;chapper &#224; la sentence de mort &#187;, comme le rappelle Hannah Arendt, qui ajoute, &#171; cet enseignement par l'exemple est, en fait, la seule forme de &#8220; persuasion &#8221; dont la v&#233;rit&#233; philosophique soit capable sans perversion ni alt&#233;ration. &#187; (op. cit., p. 315).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;V. Image et mensonge, une nouvelle donne&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La quatri&#232;me partie du texte d'Hannah Arendt, qui va nous occuper maintenant, met en place un renversement radical ou plus exactement une sorte de glissement de terrain qui emporte tout sur son passage, mais avec cette particularit&#233; que ce qui a &#233;t&#233; emport&#233; se retrouve &#224; la m&#234;me place et que rien ne semble avoir chang&#233;. Les m&#234;mes conditions d'exercice de la pens&#233;e ou de l'action politique vont aboutir &#224; des r&#233;sultats absolument diff&#233;rents, et en fait oppos&#233;s &#224; ceux auxquels ils conduisaient jusqu'ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le point autour duquel Hannah Arendt fait tourner cette question est le rapport entre le statut de l'agir ou de l'action, de l'action politique qui a n&#233;cessairement en vue de changer le monde, et de l'agir th&#233;orique qui n'est pas action mais suppose un retrait par rapport au flux des choses en vue de d&#233;terminer les principes qui gouvernent leur apparition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'au XXe si&#232;cle, en gros, le partage du terrain quoique fluctuant, ne permettait pas de conclure &#224; la victoire de l'action politique sur la qu&#234;te de la v&#233;rit&#233; puisque des deux c&#244;t&#233;s on respectait malgr&#233; tout les v&#233;rit&#233;s rationnelles comme les v&#233;rit&#233;s de fait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le dire autrement, la puissance de transformation de la r&#233;alit&#233; par le mensonge restait toujours relative, dans la mesure m&#234;me o&#249; il &#233;tait impensable, litt&#233;ralement impensable d'envisager quelque chose comme l'abolition pure et simple de la v&#233;rit&#233; de fait ou des faits. On pouvait les interpr&#233;ter, les tordre, les minimiser, tenter de les recouvrir ou de les faire oublier, mais &#224; travers les faits quelque chose d'ind&#233;passable n'a jamais cess&#233; d'insister.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le signe le plus s&#251;r de la facult&#233; des faits et des &#233;v&#233;nements est pr&#233;cis&#233;ment cet &#234;tre-l&#224; obstin&#233;, dont la contingence intrins&#232;que d&#233;fie en fin de compte toutes les tentatives d'explication d&#233;finitive. Les images au contraire, peuvent toujours &#234;tre expliqu&#233;es et rendues plausibles &#8212; ce qui leur donne leur avantage du moment sur la v&#233;rit&#233; de fait &#8212; mais elles ne peuvent jamais rivaliser en stabilit&#233; avec ce qui est, simplement parce qu'il se trouve qu'il est ainsi et non autrement. C'est la raison pour laquelle le mensonge coh&#233;rent, m&#233;taphoriquement parlant, d&#233;robe le sol sous nos pieds, sans fournir d'autre sol sur lequel se tenir. [&#8230;] L'exp&#233;rience du mouvement tremblant et d'un vacillement de tout ce sur quoi nous faisons fond pour notre sens de l'orientation et de la r&#233;alit&#233; compte au nombre des exp&#233;riences les plus communes et les plus vives des hommes sous la domination totalitaire. &#187; (op. cit., pp. 328-329).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vous laisse le soin de d&#233;terminer, ici, si notre mode de vie actuel est pris ou non dans les rets d'une forme de gouvernance totalitaire. Il me semble que nous pourrons revenir sur cette question plus tard, vers la fin de cette s&#233;rie d'&#233;tudes et qu'il nous faut pour l'instant tenter de pr&#233;senter des &#233;l&#233;ments au sujet du statut et de la fonction des images dans ce glissement de terrain majeur dans lequel nos sommes emport&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelque chose d'in&#233;dit vient donc se glisser entre ces deux plans, entre ces deux &#171; mod&#232;les &#187;, entre ces deux mani&#232;res de penser et de se situer par rapport &#224; la r&#233;alit&#233;, celle qui s'appuie sur l'exp&#233;rience directe et sur les v&#233;rit&#233;s de fait et celle qui s'appuie sur le mensonge. Cette chose in&#233;dite n'est autre qu'une chose tr&#232;s connue, le mensonge. Le mensonge est connu dans ses relations avec le secret, et la direction des affaires politiques. Le XXe si&#232;cle a invent&#233; un nouveau type de mensonge qui ne va plus tenter, pour des vis&#233;es politiques, de cacher, masquer, ou d&#233;truire m&#234;me des preuves, car l&#224; o&#249; il y a preuve, il y a en quelque sorte les supportant, des faits, mais qui va &#234;tre en mesure de falsifier les faits eux-m&#234;mes. Ainsi, l'absence du nom de Trotsky dans une histoire stalinienne de la r&#233;volution bolchevique est plus qu'une r&#233;&#233;criture de l'histoire, c'est aussi l'&#233;nonciation d'un arr&#234;t de mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce mensonge d'un nouveau genre d&#233;passe &#224; la fois quantitativement et qualitativement toutes les formes de mensonges qui ont pr&#233;c&#233;d&#233; ces temps modernes. Il faut, pour que ce renversement soit possible, ou pour que cette extension maximale du mensonge &#224; l'ensemble de la r&#233;alit&#233; soit effective et pensable, un double changement concomitant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mensonge doit changer de statut non seulement pour les individus, mais &#171; en &#187; eux, et le mensonge doit pouvoir atteindre &#224; une puissance technique ou concr&#232;te nouvelle qui pr&#233;cis&#233;ment lui assure une forme de domination sans partage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; que l'image entre en jeu. Elle est l'op&#233;rateur majeur de cette double mutation, &#224; la fois dans sa forme concr&#232;te celle des images, et dans sa forme abstraite celle de l'image.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'image n'est responsable ou coupable de rien. Ce qui rend possible ce changement de statut du mensonge, c'est pr&#233;cis&#233;ment une donne factuelle, li&#233;e &#224; ce que Hannah Arendt nomme l'action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On se souvient de la diff&#233;rence entre philosophe et homme politique. Celui-ci est en effet port&#233; &#224; l'action et par l'action, mais il le fait &#224; partir des faits car il sait aussi qu'agir c'est pr&#233;cis&#233;ment donner lieu &#224; des actes, &#224; des faits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un double glissement s'op&#232;re qui va permettre &#224; la fois aux v&#233;rit&#233;s de fait d'&#234;tre ni&#233;es et &#233;tant ni&#233;es d'&#234;tre remplac&#233;es par des &#233;l&#233;ments, des fragments d'histoire recompos&#233;s, et &#224; l'action de passer du domaine politique &#224; celui qui habituellement est r&#233;serv&#233; aux diseurs de v&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est relativement simple jusqu'&#224; un certain point, en tout cas pour nous aujourd'hui de constater l'existence de cette r&#233;&#233;criture permanente de l'histoire au moment m&#234;me o&#249; les &#233;v&#233;nements ont lieu, il est plus difficile de comprendre en quoi cela est concomitant d'une mutation psychique &#224; la fois individuelle et g&#233;n&#233;ralis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, cette mutation se fait en parall&#232;le dans la figure du menteur et dans le statut des faits ou des &#233;v&#233;nements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le monde d'hier, celui qui r&#233;&#233;crivait le monde le faisait en quelque sorte apr&#232;s coup, et il ne pouvait en rien attenter &#224; la factualit&#233; du fait ou tr&#232;s peu, et seulement &#224; ses diverses pr&#233;sentations, aux diff&#233;rentes formes d'histoires auxquelles ces faits avaient pu donner lieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, dans un monde qui accepte comme un principe absolu la possibilit&#233; de transformer n'importe quel &#233;nonc&#233; en opinion, m&#234;me une v&#233;rit&#233; de fait peut &#234;tre prise dans le grand broyeur qui en fait quelque chose qui a pu ou aurait pu NE PAS exister ou exister autrement. Ce devenir opinion de tout est le premier pas de cette mutation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le second tient en cette facult&#233; humaine qui si elle rend possible le fait de tromper rend aussi possible le fait d'&#234;tre tromp&#233;. Mais ce qui caract&#233;rise le trompeur, le menteur, y compris dans le champ de la raison d'&#233;tat, c'est qu'il sache lui qu'il mente, car le contr&#244;le sur le mensonge qu'il instaure ou prof&#232;re est en quelque sorte le moyen par lequel il assure son pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelque chose de nouveau se produit &#224; l'&#233;poque moderne. Le menteur est en quelque sorte oblig&#233; de croire &#224; son mensonge ou si l'on veut, il doit accepter de finir par se mentir &#224; lui-m&#234;me s'il veut que son mensonge acc&#232;de &#224; l'efficacit&#233; qu'il vise. Il doit entrer dans la logique du mensonge comme on entre en religion et ne plus revenir en arri&#232;re, sous peine de voir non pas tant son mensonge d&#233;voil&#233; que de faire s'&#233;crouler la totalit&#233; du r&#233;el tel qu'il est pr&#233;sent&#233; et tel qu'il a r&#233;ussi &#224; le faire exister.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le menteur est de facto du c&#244;t&#233; du politique car en changeant les faits, en les racontant autrement, en mentant, il agit sur la r&#233;alit&#233;. Il la modifie et la transforme concr&#232;tement, ce qui n'est pas le cas du diseur de v&#233;rit&#233; qui lui, m&#234;me quand il ment ne le fait que dans le cadre de la connaissance et n'agit pas directement sur le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce glissement de la possibilit&#233; contenue dans la conscience de mentir et de se mentir, associ&#233;e &#224; l'effacement de la limite entre mensonge li&#233; &#224; la connaissance et mensonge comme action sur le monde, que se joue la possibilit&#233; de mettre en place des groupes agissant sur la soci&#233;t&#233; capables de r&#233;&#233;crire l'histoire au moment m&#234;me o&#249; elle se fait et plus encore d'&#233;crire une autre histoire que celle des faits, et donc de remplacer la r&#233;alit&#233; par une autre r&#233;alit&#233; enti&#232;rement fictive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut ici souligner la grande acuit&#233; du jugement d'Hannah Arendt en citant un long passage de ce texte :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous devons maintenant tourner notre attention vers le ph&#233;nom&#232;ne relativement r&#233;cent de la manipulation de masse du fait et de l'opinion tel qu'il est devenu &#233;vident dans la r&#233;&#233;criture de l'histoire, dans la fabrication d'images et dans la politique des gouvernements. Le mensonge politique traditionnel, si manifeste dans l'histoire de la diplomatie et de l'habilet&#233; politique portait d'ordinaire sur des secrets authentiques &#8212; des donn&#233;es qui n'avaient jamais &#233;t&#233; rendues publiques &#8211; ou bien sur des intentions qui, de toute fa&#231;on, ne poss&#232;dent pas le m&#234;me degr&#233; de certitude que des faits accomplis. [&#8230;] &#192; l'oppos&#233; les mensonges politiques modernes traitent efficacement de choses qui ne sont aucunement des secrets mais sont connues de pratiquement tout le monde. Cela est &#233;vident dans le cas de la r&#233;&#233;criture de l'histoire contemporaine sous les yeux de ceux qui en ont &#233;t&#233; les t&#233;moins, mais c'est &#233;galement vrai dans la fabrication d'images de toutes sortes, o&#249;, de nouveau, tout fait connu et &#233;tabli peut &#234;tre ni&#233; ou n&#233;glig&#233; s'il est susceptible de porter atteinte &#224; l'image ; car une image, &#224; la diff&#233;rence d'un portrait &#224; l'ancienne mode n'est pas cens&#233;e flatter la r&#233;alit&#233; mais offrir d'elle un substitut complet. Et ce m&#233;dia, est , bien s&#251;r, beaucoup plus en vue que ne le fut jamais l'original. [&#8230;] Le mensonge organis&#233; tend toujours &#224; d&#233;truire tout ce qu'il a d&#233;cid&#233; de nier, bien que seuls les gouvernements totalitaires aient consciemment adopt&#233; le mensonge comme premier pas vers le meurtre. [&#8230;] En d'autres termes, la diff&#233;rence entre le mensonge traditionnel et le mensonge moderne revient le plus souvent &#224; la diff&#233;rence entre cacher et d&#233;truire. &#187; (op. cit., pp. 320-322).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui nous importe ici c'est de relever qu'il y a un double sens ou une double fonction des images et de l'image dans ce passage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re est &#224; entendre dans le sens global, me semble-t-il, des images mat&#233;rielles, celles de la photographie, celles qui sont reproduites dans la presse, celles qui prennent la forme de films, bref, celles qui sont reproductibles, sans doute au sens de Walter Benjamin, encore que comme nous le verrons, il se peut qu'elle prenne une sorte de distance avec sa th&#232;se.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seconde forme d'image, qu'elle nomme l'image, est une forme symbolique de l'image, une forme sacrale pour ne pas dire sacralis&#233;e de l'image.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ce qui appara&#238;t, c'est que cette forme sacralis&#233;e n'est plus &#224; relier &#224; un original mais &#224; elle-m&#234;me en tant qu'auto-produite. Sur cette autonomie suppos&#233;e, Hannah Arendt n'est pas dupe. Elle ne cesse de dire que ce d&#233;ploiement massif d'images dans le monde de l'opinion de masse est mis en place par des groupes d'int&#233;r&#234;ts qui ont acc&#232;s &#224; la puissance de r&#233;&#233;criture de l'histoire contenue dans le fonctionnement des images et qui en hommes d'action n'h&#233;sitent pas &#224; agir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au lieu d'agir seulement dans la r&#233;alit&#233;, sur la r&#233;alit&#233;, de produire donc de nouveaux faits, ils agissent sur les faits en les transformant, d'une part en leur doublure, c'est-&#224;-dire en images, mais dans un second temps en agissant sur les faits au moyen de cette doublure qui a pris la place des faits afin d'interdire aux faits de se manifester en tant que tels. Il y a donc un double processus de d&#233;coupage et de r&#233;&#233;criture de l'histoire jusques, et y compris, au moment m&#234;me o&#249; elle se produit, et un ph&#233;nom&#232;ne de substitution des faits et de leur remplacement par une r&#233;alit&#233; seconde dont on peut dire que sa forme est de faire image. Cette image au carr&#233; pourrait-on dire est &#224; la fois un fait, le fait que la peau du r&#233;el est recouverte sans reste, par une peau d'images, et une image au sens d'objet mental que l'on constitue pour appr&#233;hender cette r&#233;alit&#233; comme globalit&#233;, dans son ensemble donc, chose qui n'est pas possible sans abstraire et synth&#233;tiser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette image au singulier est donc &#224; la fois une image en tant que sch&#232;me et en tant qu'objet mental sacr&#233; parce qu'il tient ensemble la r&#233;alit&#233;, il est &#224; la fois ce qui fait tenir et la forme que prend cet &#234;tre-ensemble des &#233;l&#233;ments composant la r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour que cela marche, il faut donc, outre la capacit&#233; mat&#233;rielle et technique de le faire, ce qui est rendu possible par la reproductibilit&#233; g&#233;n&#233;rale des images techniques, mais aussi que cela ait une chance d'&#234;tre accept&#233; par les spectateurs citoyens que nous sommes. Il faut que cela puisse &#234;tre pris pour ce que ce n'est pas, et donc pour une v&#233;rit&#233;, et pas pour un mensonge ou du mensonge. Il faut donc que parall&#232;lement, &#224; la fois comme une condition et comme une cons&#233;quence, se produise dans les mentalit&#233;s une mutation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hannah Arendt l'&#233;voque ainsi :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pourquoi la tromperie de soi-m&#234;me est-elle devenue un outil indispensable dans l'entreprise de la fabrication d'images et pourquoi devrait-ce &#234;tre pire, pour le monde aussi bien que pour le menteur lui-m&#234;me, s'il est tromp&#233; par ses propres mensonges, que s'il se borne &#224; tromper les autres ? &#187; (op. cit,. p. 323).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Afin de bien faire comprendre ce qu'elle vise, et donc de pr&#233;ciser clairement que ce qu'elle &#233;voque ce sont les conditions modernes d'existence dans des pays dits &#171; d&#233;mocratiques &#187; et plus seulement les totalitarismes sovi&#233;tique et hitl&#233;rien, elle prend en ligne de mire la publicit&#233;. Elle semble le dire &#224; mots couverts :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Des images fabriqu&#233;es pour la consommation domestique, &#224; la diff&#233;rence de mensonges qui s'adressent &#224; un adversaire &#233;tranger, peuvent devenir une r&#233;alit&#233; pour chacun et avant tout pour les fabricateurs d'images eux-m&#234;mes. &#187; (op. cit., p. 325).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant l'attaque est grave. Elle &#233;voque bien la possibilit&#233; d'un mensonge complet et d&#233;finitif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les images pour elles ont recouvert sans reste la r&#233;alit&#233;, elles en sont non seulement le masque ou la seconde peau, mais elles forment la r&#233;alit&#233;, la seule qui compte, celle dans laquelle il va falloir trouver son chemin, s'orienter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais de quoi s'agit-il lorsqu'elle parle page 325 de cette image qu'il faut sauver &#224; tout prix qu'il faut emp&#234;cher de d&#233;chirer ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'effort principal du groupe tromp&#233; et des trompeurs eux-m&#234;mes visera &#224; la conservation intacte de l'image de propagande, et cette image est menac&#233;e moins par l'ennemi et les int&#233;r&#234;ts v&#233;ritablement hostiles que par ceux qui, &#224; l'int&#233;rieur du groupe lui-m&#234;me, sont parvenus &#224; &#233;chapper &#224; son influence et s'obstinent &#224; parler des faits et des &#233;v&#233;nements qui ne s'accordent pas avec l'image. &#187; (op. cit., p. 325).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous faisons &#224; nouveau face &#224; la puissance magique des images, puissance qui se trouve ici d&#233;ploy&#233;e dans toute son ampleur, si l'on veut bien accepter que l'image &#224; la fois capture l'esprit de celui qui lui fait face et retient prisonnier le regard dans le monde particulier qu'elle fait exister.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cette image au carr&#233; est v&#233;ritablement pr&#233;sent&#233;e comme une sorte d'idole, d'&#233;l&#233;ment sacr&#233;, m&#234;me si les mots ne sont pas prononc&#233;s par Hannah Arendt.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette image au carr&#233; est quelque chose qu'il ne faut pas toucher sous peine de voir l'ordre m&#234;me du monde s'&#233;crouler. Ce que ces images ayant donn&#233; existence &#224; une image nous contraignent &#224; vivre une sorte de &lt;i&gt;noli me tangere&lt;/i&gt;. Nous ne savons rien d'autre que cela : si nous portons atteinte &#224; l'int&#233;grit&#233; de l'image, c'est l'ensemble qui va s'effondrer. Cette situation est nouvelle et port&#233;e par une angoisse implicite, pourrait-on dire, ou par une connaissance implicite de la situation. Comme si entre les images et l'image se jouait la m&#234;me sc&#232;ne qui se joue entre nous et nous d&#232;s lors que nous savons que nous avons accept&#233; sinon de mentir du moins le mensonge comme &#233;tant notre nouvelle demeure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais savons nous vraiment ce que nous acceptons ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hannah Arendt &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On a fr&#233;quemment remarqu&#233; que le r&#233;sultat &#224; long terme le plus s&#251;r du lavage de cerveau est une genre particulier de cynisme &#8211; un refus absolu de croire en la v&#233;rit&#233; d'aucune chose, si bien &#233;tablie que puisse &#234;tre cette v&#233;rit&#233;. En d'autres termes, le r&#233;sultat d'une substitution coh&#233;rente et totale de mensonges &#224; la v&#233;rit&#233; de fait n'est pas que les mensonges seront maintenant accept&#233;s comme v&#233;rit&#233;, ni que la v&#233;rit&#233; sera diffam&#233;e comme mensonge, mais que le sens par lequel nous nous orientons dans le monde r&#233;el &#8212; et la cat&#233;gorie de la v&#233;rit&#233; relativement &#224; la fausset&#233; compte parmi les moyens mentaux &#224; cette fin &#8212; se trouve d&#233;truit. &#187; (op. cit., pp. 327-328).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette perte des rep&#232;res est devenue depuis longtemps une sorte de leitmotiv de nos existences. Pourtant nous n'en avons pas compl&#232;tement pris la mesure, nous qui avons v&#233;cu le 11/09/01.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois de plus nous avons chang&#233; sinon d'&#233;poque du moins de dimension. Le mensonge qui &#233;tait absolu est devenu int&#233;gral, et de processus de substitution des faits il est devenu un processus de production des faits, ou plus exactement des faits sont produits dont la fonction est de servir &#224; produire des images qui elles-m&#234;mes serviront &#224; produire cette image au carr&#233; qui est le seul &#233;l&#233;ment auquel finalement nous sommes autoris&#233;s &#224; nous r&#233;f&#233;rer pour nous orienter dans la vie dans le monde. C'est cette image-l&#224; qui est notre guide, notre dieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous reviendrons plus en d&#233;tail la prochaine fois sur ces images et cette image au carr&#233; et sur le nouveau statu des images et de l'image au moment o&#249; se produit donc une mutation qui nous fait passer de l'image comme reproductible techniquement &#224; l'image comme virus ou comme clone.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#192; la fin du 20e si&#232;cle, la m&#233;taphore du clonage, l'id&#233;e de produire la copie vivante d'une chose vivante, est venue supplanter la notion moderniste de &#8220;reproduction m&#233;canique&#8221;. Le vieux mod&#232;le de la ligne d'assemblage reproduite m&#233;caniquement (dont le paradigme est la photographie) s'est vu supplant&#233; avec l'av&#232;nement d'une &#232;re nouvelle que j'appelle l'&#226;ge de la reproduction &#8220;biocybern&#233;tique&#8221; n&#233;e de la synth&#232;se des biotechnologies et des sciences de l'information. Son symbole iconique est le clone. &#187; (W.J.T. Mitchell, &lt;i&gt;Cloning terror&lt;/i&gt;, &#201;ditions des Prairies ordinaires, p. 37).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous irons voir dans les prochaines s&#233;ances, d'une part du c&#244;t&#233; de l'histoire du mensonge de Jacques Derrida, texte &#224; partir duquel il sera possible d'interroger les pratiques artistiques du XXe si&#232;cle &#224; l'aune du partage entre v&#233;rit&#233; et action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis nous suivrons W.J.T. Mitchell et tenterons d'affiner les analyses que nous avons d&#233;j&#224; faites des images contemporaines, en approchant de plus pr&#232;s la sp&#233;cificit&#233; non plus seulement de la vid&#233;o mais des images num&#233;riques et des appareils qui permettent de les produire, de les transformer et de les diffuser.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_605 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;44&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH224/07122011tk-21-2-7fb96.png?1772192562' width='500' height='224' alt='' /&gt;
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&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>II - Fabriquer des images &#224; travers les v&#234;tements</title>
		<link>http://www.tk-21.com/Seminaire-2011-2012-II-Fabriquer</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.tk-21.com/Seminaire-2011-2012-II-Fabriquer</guid>
		<dc:date>2011-11-02T02:51:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Daniela Goeller</dc:creator>


		<dc:subject>corps</dc:subject>
		<dc:subject>s&#233;minaire</dc:subject>
		<dc:subject>costume/v&#234;tement</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Emanuele Coccia consid&#232;re que la &#171; facult&#233; sensible &#187; est la base de l'existence humaine et que cette facult&#233; s'articule principalement dans la production et la compr&#233;hension d'images. Se v&#234;tir revient selon Coccia &#224; se produire soi-m&#234;me en image. Ce nouveau corps &#8211; qui n'est d'autre que l'image &#8211; cr&#233;e par le v&#234;tement est un corps vide et correspond &#224; notre facult&#233; de transformation, plus pr&#233;cis&#233;ment notre facult&#233; de transformer toute sorte de chose en notre peau et inversement de nous (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://www.tk-21.com/2011-2012-Vivre-comme-une-image" rel="directory"&gt;2011-2012 &#034;Vivre comme une image&#034; Images et politique&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.tk-21.com/corps" rel="tag"&gt;corps&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tk-21.com/seminaire" rel="tag"&gt;s&#233;minaire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tk-21.com/costume-vetement" rel="tag"&gt;costume/v&#234;tement&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH118/arton140-d949f.jpg?1772198835' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='118' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Emanuele Coccia consid&#232;re que la &#171; facult&#233; sensible &#187; est la base de l'existence humaine et que cette facult&#233; s'articule principalement dans la production et la compr&#233;hension d'images. Se v&#234;tir revient selon Coccia &#224; se produire soi-m&#234;me en image. Ce nouveau corps &#8211; qui n'est d'autre que l'image &#8211; cr&#233;e par le v&#234;tement est un corps vide et correspond &#224; notre facult&#233; de transformation, plus pr&#233;cis&#233;ment notre facult&#233; de transformer toute sorte de chose en notre peau et inversement de nous incarner dans toute sorte de chose&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Qu'est-ce que la m&#233;taphysique du v&#234;tement ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Emanuele Coccia consid&#232;re que la &#171; facult&#233; sensible &#187; est la base de l'existence humaine et que cette facult&#233; s'articule principalement dans la production et la compr&#233;hension d'images.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Outre la facult&#233; cognitive, l'&#234;tre humain se sert de ses cinq sens et de sa &#171; puissance perceptive &#187; pour appr&#233;hender le monde. Le sens de la vision y joue un r&#244;le important dans la mesure o&#249; il donne acc&#232;s aux images. Pour Coccia, les images sont constitutives de ce qu'il appelle &#171; la vie sensible &#187; : &#171; La vie sensible est la vie rendue possible par les images, la vie que les images rendent possible &#187; (page 121).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette id&#233;e existentielle de l'image est certes issue d'une d&#233;marche ph&#233;nom&#233;nologique mais se base sur la reconnaissance de l'&#234;tre humain en tant que sujet suite &#224; l'exp&#233;rience du miroir d&#233;crite par Lacan : &#171; Si ce n'est qu'en acqu&#233;rant une image ext&#233;rieure que l'enfant d'homme devient sujet, c'est parce que les images ont le pouvoir d'engendrer et de donner forme &#224; l'espace psychique inconscient, un pouvoir qui va bien au-del&#224; des simples fonctions gnos&#233;ologiques. &#187; (page 121)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autrement dit, l'homme poss&#232;de deux facult&#233;s principales qui se r&#233;sument dans la pens&#233;e et le sensible. Le &#171; je pense donc je suis &#187; sera ici remplac&#233; par un &#171; je sens donc je suis &#187; et le sensible est chez Coccia synonyme de l'image. Image, tel que ce terme est employ&#233; ici, veut toujours dire deux choses : l'image comme objet et l'image comme facult&#233; de figurer le monde. Il est donc double-relationnel, il d&#233;signe &#224; la fois un processus et son r&#233;sultat, de la m&#234;me mani&#232;re que la notion de repr&#233;sentation. L'image est donc plus qu'un moyen de prendre connaissance ou de percevoir le monde : &#171; La vie sensible est la vie rendue possible par les images, la vie que les images rendent possible. (&#8230;) De la m&#234;me mani&#232;re les images (le sensible) existent en nous sous d'autres formes que celles de la connaissance et de la perception. (&#8230;) L'homme ne cesse d'acqu&#233;rir du sensible et d'en restituer au monde. (&#8230;) L'homme est donc lui aussi, par rapport au reste du monde, un m&#233;dium qui acquiert et restitue du sensible au monde, &#224; commencer par lui-m&#234;me, sa propre esp&#232;ce sensible, sa propre image, sa propre apparence. &#187; (pages 121-122).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'homme est donc &#224; la fois producteur et r&#233;cepteur d'images. La distinction que Coccia fait entre perception et acquisition n'est pas toute &#224; fait claire, mais l'acquisition semble ici synonyme d'incorporation, mais pas au niveau des id&#233;es mais &#224; un niveau sensible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plus grand enjeu pour l'homme m&#233;dium est le v&#234;tement et au sens large, toute intervention qu'il applique sur lui-m&#234;me &#224; des fins de repr&#233;sentation ou d'apparence et donc de production d'image. Se v&#234;tir est selon Coccia l'acte par excellence d' &#171; acqu&#233;rir physiquement &#187; et d' &#171; incorporer un sensible ext&#233;rieur &#187; (page 122) et &#171; notre relation avec les images &#187;, sa &#171; nature &#187; et sa &#171; r&#233;alit&#233; &#187;, s'explique seulement par l'acte de de v&#234;tir (page 123).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Outre le fait que le v&#234;tement est porteur d'un nombre infini d'informations de l'ordre utilitaires, sociologiques, historiques et symboliques, l'habit qualifie l'homme et le distingue des animaux et des dieux. Mais c'est notamment quand l'habit cesse de r&#233;pondre &#224; des besoins pr&#233;cis ou des fins utiles et qu'il arr&#234;te d'&#234;tre porteur de symbolique qu'il devient porteur de sensible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci semble d'autant plus vrai quand on regarde les ph&#233;nom&#232;nes adjacents du v&#234;tement, tel le maquillage, les coiffures, les bijoux &#8211; qui, pour Coccia ne r&#233;pondent qu'&#224; des fins ornementales. L'ornement est, selon Coccia, l'&#233;l&#233;ment le plus &#233;loign&#233; de nous, car il n'a pas de rapport organique ni avec nous, ni avec le monde. Il constitue simplement un &#233;tat de chose, et nous sert &#224; v&#233;hiculer notre vie et notre subjectivit&#233;. L'ornement est un ph&#233;nom&#232;ne int&#233;ressant, car il peut, outre ses qualit&#233;s d&#233;coratives &#234;tre porteur de signification et devenir image.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le grotesque &#8211; l'ornement comme image&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le grotesque est un style d'ornement qui appara&#238;t au cours de la Renaissance. Il consiste de motifs singuliers, aussi abstraits que figuratifs, qui se suivent ou se r&#233;p&#232;tent et sont li&#233;s entre eux par des ornements. La composition de ces images ne suit pas les lois statiques de la r&#233;alit&#233; mais instaure une logique imaginaire. Ce n'est pas un ornement d&#233;coratif qui se trouve sur les bords, mais un mode pictural qui peut remplir des murs. Concr&#232;tement il s'agit la plupart du temps d'un ou de plusieurs motifs picturaux qui sont reproduits dans des cadres (illusion d'espace) et li&#233;s entre eux par des formes ornementales, parmi lesquelles on peut &#233;galement trouver des reproductions d'autres figures et personnages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ornement grotesque cr&#233;e un lien entre l'espace illusionniste de la repr&#233;sentation picturale et la surface d&#233;corative de l'ornement, il fait coexister le repr&#233;sentation de la r&#233;alit&#233; d'un objet et la structure abstraite et formelle de l'ornement dans un m&#234;me espace pictural. Image et repr&#233;sentation se confondent. L'image est mise en sc&#232;ne comme image et int&#233;gr&#233;e dans un autre espace qu'est un espace pictural et d&#233;coratif.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Pour nous rendre absolument reconnaissables, nous nous confondons avec quelque chose qui ne nous appartient pas. (&#8230;) Une portion &#233;trang&#232;re &#224; notre corps, faite seulement d'images, parvient &#224; v&#233;hiculer et &#224; exprimer plus que ne le font notre corps anatomique, notre &#226;me, sa psychologie, son caract&#232;re. &#187; (pages 124-125).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le v&#234;tement nous nous identifions avec un objet, un &#171; trait du monde &#187; qui exprime notre subjectivit&#233; : &#171; Dans toute cosm&#233;tique, l'individu habite les choses dans la mesure o&#249; les choses deviennent sa forme. &#187; (page 125). Et c'est cette chose qui, par le fait que nous l'utilisons pour figurer notre subjectivit&#233;, devient une part de nous-m&#234;mes, ce processus est donc r&#233;ciproque : &#171; On a l'habitude de d&#233;finir le mouvement spirituel propre au moi comme la force de se reconna&#238;tre en quelque chose d'ext&#233;rieur, qui devient par ce mouvement quelque chose de propre &#224; soi. &#187; (page 125).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le v&#234;tement comme image&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il est selon Coccia impossible de s&#233;parer l'individu (le moi) du monde et il n'y a pas mieux que le v&#234;tement pour le d&#233;montrer. Le v&#234;tement &#8211; et par prolongation : l'image &#8211; devient alors la condition pour notre existence en tant qu'individus dans ce monde : &#171; Ne peut dire moi que celui qui sait se maquiller. &#187; (page 126) Le v&#234;tement est un corps &#233;tranger &#224; notre corps dont nous servons pour faire appara&#238;tre notre corps : &#171; Ce corps secondaire qui s'incarne &#224; chaque fois dans les v&#234;tements (toujours soutenus par le corps anatomique) n'est pas fait de chair mais simplement d'apparence. Et c'est toujours dans le m&#233;dium de ce corps non anatomique que le corps appara&#238;t, se donne &#224; voir, se r&#233;v&#232;le. &#187; (pages 127-128).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se v&#234;tir revient selon Coccia &#224; se produire soi-m&#234;me en image. Ce nouveau corps &#8211; qui n'est d'autre que l'image &#8211; cr&#233;&#233; par le v&#234;tement est un corps vide et correspond &#224; notre facult&#233; de transformation, plus pr&#233;cis&#233;ment notre facult&#233; de transformer toute sorte de chose en notre peau et inversement de nous incarner dans toute sorte de chose : &#171; (&#8230;) c'est la facult&#233; de transformer l'absolu impropre en un absolument propre ; et vice versa celle de transf&#233;rer (d'ali&#233;ner) le propre (ce qu'il y a pour nous de plus intime) en ce qui est absolument &#233;tranger. &#187; (page 128).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nudit&#233; ne peut en aucun cas &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme &#233;tat id&#233;al, oppos&#233; au v&#234;tement, ou le pr&#233;c&#233;dant, elle en est plut&#244;t le compl&#233;ment : &#171; (&#8230;) s'habiller est la capacit&#233; d'&#234;tre nu hors de soi, par corps interpos&#233;. Vice versa, la nudit&#233; est la facult&#233; de s'ali&#233;ner ce qui constitue notre peau, de nous reconna&#238;tre au-del&#224; de notre apparence. (&#8230;) La vie humaine est la tension qui existe entre v&#234;tement et nudit&#233;. &#187; (page 129).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le v&#234;tement humain est une coupure &#224; l'int&#233;rieur de l'homme, non pas entre le corps et l'ext&#233;rieur, mais entre le corps anatomique et un corps proth&#233;tique et purement virtuel. Les v&#234;tements et le corps sont deux r&#233;alit&#233;s d'un m&#234;me corps. Le v&#234;tement est seulement une portion de corps s&#233;par&#233;e selon l'&#234;tre et l'apparence. &#187; (page 129).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Petite histoire de la chemise&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Du XVe au XVIIIe si&#232;cle hommes et femmes portent des chemises. Elles sont amples et coup&#233;es simplement en forme d'un T. Les manches sont larges et finissent dans des manchettes &#233;troites ferm&#233;es par un bouton. Des volants en tissu ou dentelle ornaient le cou et les manches, ces cols et manchettes &#233;taient soit cousus sur la chemise, soit ind&#233;pendants de la chemise et pouvaient &#234;tre attach&#233;s et enlev&#233;s selon les besoins et occasions. La chemise descendait g&#233;n&#233;ralement jusqu'aux genoux. C'&#233;tait le seul dessous (on commence &#224; porter des culottes seulement au XVIIe si&#232;cle) et elle servait de jour comme sous v&#234;tement et de nuit comme chemise de nuit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;tt&gt;&lt;emb468|center&gt;&lt;/tt&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La chemise avait une double fonction : comme on ne se lavait peu ou pas du tout, elle &#233;tait un garant de hygi&#232;ne et prot&#233;geait le corps &#8211; et comme les v&#234;tements ne pouvaient pour la plupart pas &#234;tre lav&#233;s &#224; cause des tissus pr&#233;cieux, broderies, peintures appliqu&#233;es &#224; leur surface, elle prot&#233;geait &#233;galement le v&#234;tement. Certains hommes portaient des chemises en coton sous leurs chemises de soie pour ne pas ab&#238;mer le tissu et aussi les dames portaient deux chemises : la premi&#232;re, &#171; vraie &#187; chemise et une deuxi&#232;me comme robe sous la robe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La chemise repr&#233;sentait la propret&#233;. C'&#233;tait un signe de richesse de pouvoir changer de chemise tous les jours, voire plusieurs fois par jour, d'o&#249; les dictons changer de &#8230; comme de chemise, donner sa derni&#232;re chemise. La chemise &#233;tait une sorte de seconde peau. Qu'elle &#233;tait consid&#233;r&#233;e comme telle montrent des coutumes, ainsi enveloppait-on le nouveau n&#233; dans une chemise de son p&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On porte des chemises en Europe depuis le IIIe si&#232;cle. Selon l'&#233;poque, on l'a montre ou pas. G&#233;n&#233;ralement, elle apparaissait au niveau du cou, avec le col. Quelques fois on peut l'apercevoir hauteur de la taille, entre la veste et le pantalon chez les hommes. Au XIVe si&#232;cle, les v&#234;tements sont tr&#232;s serr&#233;s, mais on les coupe pour faire ressortir soit la chemise blanche, soit des doublures appliqu&#233;es &#224; cet effet. On a aussi utilis&#233; des rubans que l'on nouait autour du bras pour donner du volume au tissu de la chemise qui d&#233;passait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les accessoires de la chemise deviennent rapidement des &#233;l&#233;ments ornementaux de premi&#232;re ordre. G&#233;n&#233;ralement fabriqu&#233;s dans des mat&#233;riaux pr&#233;cieux, cols et manchettes sont port&#233;s comme des bijoux. Les fraises, qui n&#233;cessitaient des m&#232;tres de tissus pr&#233;cieux, se voient d'ailleurs sanctionn&#233;es par des lois contre le gaspillage de la richesse en Espagne. Aux Pays-Bas on porte des cols en dentelle plats qui couvrent les &#233;paules &#8211; &#224; voir notamment dans la peinture de Van Dyck.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;tt&gt;&lt;emb476|center&gt;&lt;/tt&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au VIe si&#232;cle, le d&#233;collet&#233; glisse vers le bas &#8211; pour les hommes et pour les femmes. La chemise des femmes a un col tr&#232;s large qui s'ajuste avec un ruban &#224; la taille du d&#233;collet&#233; de la robe. Mais les dentelles que l'on peut distinguer autour du d&#233;collet&#233; des dames sont rarement celles des chemises. En g&#233;n&#233;ral, on les fixait directement &#224; la robe. En France on porte des cols et manchettes en plusieurs couches de dentelle &#8211; le jabot pour les hommes et les engageantes pour les dames. La chemise des hommes est fendue sur la poitrine jusqu'au nombril et on y attache le jabot en dentelles qui reste visible m&#234;me sous la veste, car elle ne se ferme qu'&#224; hauteur de la taille avec un bouton, pour faire appara&#238;tre le jabot dans toute sa splendeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;tt&gt;&lt;emb481|center&gt;&lt;/tt&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec la fin de l'aristocratie disparaissent toutes ces formes exub&#233;rantes pour laisser place &#224; des codes vestimentaires sobres. On porte des chemises ouvertes avec de simples cols sans dentelle et jabot. Les hommes se nouent des cravates autour du cou qui peuvent prendre des dimensions semblables &#224; celles du jabot, mais ne seront jamais associ&#233;es &#224; la frivolit&#233; et au luxe. Les dames portent la chemise comme seule et unique robe &#8211; c'est le mode &#224; grecque du Directoire &#8211; voir les tableaux de Jacques-Louis David et d'Ingres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;tt&gt;&lt;emb477|center&gt;&lt;/tt&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le linge joue un r&#244;le important dans la soci&#233;t&#233; depuis son apparition. D'abord r&#233;serv&#233; aux riches et nobles, il se d&#233;mocratise au cours du XVIIIe si&#232;cle et devient une pr&#233;occupation de la bourgeoisie qui copie la mode de la cour et r&#233;pand ses significations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la chemise est plus qu'un v&#234;tement. Situ&#233; entre la nudit&#233; et le v&#234;tement elle devient porteuse de signification &#233;rotique. Elle r&#233;pond aux d&#233;sir de d&#233;voiler et de voiler le corps. Ce qui est particuli&#232;rement vrai au XVIIe si&#232;cle qui est une &#233;poque sensuelle o&#249; l'on cherche avant tout &#224; stimuler les sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;tt&gt;&lt;emb471|center&gt;&lt;/tt&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire de la chemise et de la lingerie illustre bien comment l'homme se cr&#233;e un deuxi&#232;me corps &#224; travers le v&#234;tement qui lui est un corps-image. Ce deuxi&#232;me corps dont parle Coccia, le corps virtuel, est d&#233;sign&#233; par &#171; une facult&#233; d'incorporation des corps &#233;trangers (facult&#233; des v&#234;tements) &#187; (page 130) et leur appropriation. Cet autre corps, proth&#233;tique et virtuel, est donc le corps sensible, celui qui fait image, l'image - et le v&#234;tement.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Se v&#234;tir - donner forme au corps&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le v&#234;tement a toujours servi &#224; mettre en valeur le corps ou plus exactement &#224; lui donner une forme. Cette forme est tr&#232;s souvent conditionn&#233;e par des id&#233;es sur la beaut&#233; (des images) qui sont pour la plupart en relation la sexualit&#233;. Ainsi reproche-t-on &#224; la mode du XVIIIe si&#232;cle de pr&#233;senter le corps f&#233;minin en permanente &#233;rection : le corset poussant les seins vers l'avant et les bras vers l'arri&#232;re. Juste un peu avant, au XVIe si&#232;cle, on avait cach&#233; les seins dans un corset de forme plate et conique, sur lequel on appliquait des perles en forme de cercles &#224; l'endroit des seins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le v&#234;tement peut donc se d&#233;tacher compl&#232;tement de la r&#233;alit&#233; du corps anatomique et former un corps &#224; part qui ne r&#233;pond pas &#224; la r&#233;alit&#233; du corps qui le porte mais &#224; la r&#233;alit&#233; d'une image. Le v&#234;tement devient un art visuel, il cr&#233;e des fictions pour les corps qu'elle articule selon son propre vocabulaire po&#233;tique. Le v&#234;tement ne refl&#232;te pas l'environnement social de son porteur, mais cr&#233;e une image de ce corps. L'image (le portrait peint) joue un r&#244;le important dans ce processus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le v&#234;tement est donc la premi&#232;re image que nous produisons de nous-m&#234;mes. Elle se situe au croisement entre le monde int&#233;rieur et le monde ext&#233;rieur. Elle constitue &#224; la fois une ext&#233;riorisation de notre corps et une int&#233;riorisation du monde. C'est la base de notre vie, car nous n'existons qu'&#224; travers les images, telle est la m&#233;taphysique du v&#234;tement selon Coccia.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La mode et la facult&#233; m&#233;diatrice de l'homme&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Mais l'histoire ne s'arr&#234;te pas avec v&#234;tement, il y a aussi la mode : &#171; La mode est un processus d'identification qui op&#232;re avec des instruments non psychologiques. Ce n'est pas seulement l'int&#233;riorisation de l'image dans le miroir qui nous permet de devenir un moi, mais le fait d'assumer toute image quelle qu'elle soit qui est capable de nous faire appara&#238;tre d'une certaine mani&#232;re. &#187; (page 130).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mode correspond selon Coccia au fait que nous nous identifions &#224; l'image &#8211; pas intellectuellement, mais &#171; sensiblement &#187; :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; (&#8230;) avec la mode, c'est nous qui devenons image devant le monde et &#224; l'ext&#233;rieur de nous. &#187; La mode est en cela oppos&#233;e &#224; la conscience o&#249; &#171; le monde se fait image face &#224; nous et en nous (...) &#187; (page 130).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mode est donc li&#233;e &#224; notre condition de m&#233;dium dont il a &#233;t&#233; question plus haut. &#171; Dans la mode c'est nous-m&#234;mes qui nous transformons en un m&#233;dium, nous qui devenons le m&#233;dium de notre propre existence en tant qu'images. &#187; (page 131)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La facult&#233; de l'homme d'&#234;tre m&#233;dium est donc identique avec la mode, autrement dit, c'est gr&#226;ce &#224; la mode que l'homme devient m&#233;dium. La mode est pour Coccia non pas un ph&#233;nom&#232;ne al&#233;atoire et futile mais un mode de vie : &#171; Peut-&#234;tre n'appelons-nous vie que ce qui ne peut se transformer sous la forme d'une coutume, d'une mode : est vivant non celui qui a une substance, mais celui qui ne peut acc&#233;der &#224; sa substance propre qu'&#224; travers une coutume (un costume), une mode. Est en vie non pas celui qui a un &#234;tre, mais des modes d'&#234;tre. &#187; (page 120)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il semble utile de distinguer entre mode et v&#234;tement. Le monde a g&#233;n&#233;r&#233; nombre de mani&#232;res pour s'habiller depuis le d&#233;but de l'histoire, mais la mode qui fait irruption vers la fin du Moyen &#194;ge, est un syst&#232;me singulier qui se distingue de tout autre code vestimentaire et qui a produit une histoire visuelle du v&#234;tement unique au monde. La mode joue le risque, est subversive et avance de mani&#232;re irr&#233;guli&#232;re. Elle affecte le v&#234;tement dans sa totalit&#233; (coupes, tissus) ainsi que les d&#233;tails (accessoires). Elle est impr&#233;visible, irrationnelle, diversifi&#233;e. C'est la mode qui apporte la dimension ornementale que Coccia souligne : un ornement d&#233;pourvu de sens.&lt;br class='autobr' /&gt;
La mode est moderne dans le sens qu'elle se consacre au progr&#232;s &#8211; social et personnel &#8211; et qu'elle c&#233;l&#232;bre la libre modification plut&#244;t que la pr&#233;servation des formes. La mode est un art (moderne) et une forme de repr&#233;sentation visuelle et picturale. Elle n'est pas le miroir de la soci&#233;t&#233;. Elle cr&#233;e des s&#233;quences d 'images qui sont des projections de la vie, nourries par des id&#233;es plus ou moins conscientes d'un imaginaire collectif en permanente mutation. La mode se distingue de toutes les soci&#233;t&#233;s traditionnelles o&#249; les v&#234;tements sont stables et o&#249; toute nouveaut&#233; est assimil&#233;e ou tout simplement ajout&#233;e sans pour autant changer la forme d'origine. Ces v&#234;tements sont imm&#233;diatement lisibles comme indicateurs sociaux.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>I - Une lecture de La vie sensible d'Emanuele Coccia</title>
		<link>http://www.tk-21.com/Seminaire-2011-2012-I-Une-lecture</link>
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		<dc:date>2011-10-05T17:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Louis Poitevin</dc:creator>


		<dc:subject>corps</dc:subject>
		<dc:subject>s&#233;minaire</dc:subject>
		<dc:subject>costume/v&#234;tement</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Le titre du s&#233;minaire de cette ann&#233;e est tir&#233; du texte d'Emanuele Coccia dont nous allons parler aujourd'hui. Vivre comme une image l'expression semble ouvrir sur un monde &#224; la fois familier et &#233;trange, sur un devenir &#224; la fois connu de tous et un peu inqui&#233;tant. Cela sonne comme un constat et comme un projet. Pour nous ce sera une question technique et &#233;thique, artistique et esth&#233;tique.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://www.tk-21.com/2011-2012-Vivre-comme-une-image" rel="directory"&gt;2011-2012 &#034;Vivre comme une image&#034; Images et politique&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.tk-21.com/corps" rel="tag"&gt;corps&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tk-21.com/seminaire" rel="tag"&gt;s&#233;minaire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tk-21.com/costume-vetement" rel="tag"&gt;costume/v&#234;tement&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH99/arton328-6b380.jpg?1772198835' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='99' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le titre du s&#233;minaire de cette ann&#233;e est tir&#233; du texte d'Emanuele Coccia dont nous allons parler aujourd'hui. Vivre comme une image l'expression semble ouvrir sur un monde &#224; la fois familier et &#233;trange, sur un devenir &#224; la fois connu de tous et un peu inqui&#233;tant. Cela sonne comme un constat et comme un projet. Pour nous ce sera une question technique et &#233;thique, artistique et esth&#233;tique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2395 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L173xH287/vie-sensible-58f17.jpg?1509812679' width='173' height='287' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Vivre comme une image&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nous entamons la septi&#232;me ann&#233;e de ce s&#233;minaire et il me semble important de retracer bri&#232;vement notre parcours dans ses grandes lignes. Il est toujours difficile de dire que l'on a acquis quelque chose et que ce que l'on aurait acquis ferait partie de nous au point de nous avoir transform&#233;. Il est probable que nous avons acquis non seulement quelques connaissances, mais aussi fait quelques exp&#233;riences et qu'&#224; partir d'elles, nous avons pu acc&#233;der &#224; une sorte de position vis-&#224;-vis des images et plus globalement que nous avons &#233;prouv&#233;, &#224; la fois mis &#224; l'&#233;preuve et ressenti autrement, notre relation aux images.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons commenc&#233; avec Flusser et trouv&#233; en ses textes des indications qui nous permirent d'&#233;chapper au pi&#232;ge tendu par les tenants de l'indexicalit&#233;. L'image &#233;tait enregistrement, t&#233;moin, preuve. Pour nous, &#224; travers la lecture de Flusser, elle est devenue le champ m&#234;me d'une interaction entre attentes et projections psychiques, entre gestes techniques et engagements, entre inscription et description. Ces interactions n&#233;cessaires li&#233;es aux multiples fonctions de l'image photographique au c&#339;ur m&#234;me de notre quotidien nous ont conduit &#224; interroger &#224; partir et au moyen des images fixes et mobiles, celles de la photographie et de la vid&#233;o en particulier, &#224; la fois certains aspects du psychisme et notre rapport complexe &#224; la croyance et &#224; la v&#233;rit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
La lecture attentive de Simondon nous a conduit &#224; plonger au c&#339;ur des m&#233;canismes qui sont l'image autant qu'ils la font, et nous avons pu commencer &#224; entrevoir l'existence d'une sorte de continuum entre images mentales et images mat&#233;rielles. Nous avons surtout pu appr&#233;hender l'image, non plus comme un r&#233;sultat, mais comme un processus dynamique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au seuil de cette nouvelle ann&#233;e, nous pouvons consid&#233;rer que nous prenons acte de ces exp&#233;riences multiples et que nous tenons, non pas pour acquises, mais pour d&#233;j&#224; appr&#233;hend&#233; cet ensemble d'exp&#233;riences.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le texte d'Emanuele Coccia, par sa po&#233;tique insistante, arrive &#224; point nomm&#233; pour nous permettre de faire le point. Acceptons donc les deux axiomes qui sont les siens : l'image, c'est le sensible et nous sommes des &#234;tres sensibles qui vivons dans le sensible et par lui, et formulons de mani&#232;re humoristique une sorte de syllogisme qui pourrait r&#233;sumer ce livre : l'image est le sensible, l'homme est sensible, donc l'homme est image ou vit comme une image.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La simplicit&#233; apparente de sa position nous permettra de reposer des questions essentielles et sans nous perdre dans son obsession d'une d&#233;finition de l'image, nous tenterons de faire l'exp&#233;rience que Emanuele Coccia nous propose, vivre comme une image, articulant ainsi &#224; la fois des concepts issus de la ph&#233;nom&#233;nologie et tentant en m&#234;me temps de se lib&#233;rer des racines substantialistes de cette philosophie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce livre nous en a &#233;t&#233; propos&#233;e par Bernard Gerboud qui a lui-m&#234;me eu connaissance de texte par P.F.. Il faut les remercier d'avoir jou&#233; ce r&#244;le, toujours vital, de passeur.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2392 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L225xH202/02-Coccia-45069.jpg?1509812679' width='225' height='202' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Introduction&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Remarques g&#233;n&#233;rales sur la ph&#233;nom&#233;nologie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un texte, un livre, une pens&#233;e, sont, pour l'essentiel, le fruit de ratiocinations de type parano&#239;de. Quelque chose se construit qui tend &#224; absorber ce qui concerne le sujet questionn&#233;, le reste se retrouvant comme satellis&#233;, marginalis&#233;, &#233;vacu&#233;. Plus la pens&#233;e est grande, puissante, plus elle englobe d'aspects du monde, du vivant et de l'homme, au point parfois de nous laisser croire qu'elle englobe tout le possible, tout le pensable.&lt;br class='autobr' /&gt;
Avec ce livre d'Emanuele Coccia, nous sommes face &#224; une tentative de penser, &#224; partir de la ph&#233;nom&#233;nologie, une sorte de moment qui accomplirait son projet et ferait basculer l'interrogation dont elle est porteuse dans une nouvelle dimension.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est n&#233;cessaire de rappeler le projet de la ph&#233;nom&#233;nologie et de situer celui d'Emanuele Coccia.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une s&#233;rie d'entretiens de 1998, publi&#233; sous le titre &lt;i&gt;Sur parole&lt;/i&gt;, Jacques Derrida rappelle bri&#232;vement quels sont les enjeux de la ph&#233;nom&#233;nologie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il s'agit &#224; chaque fois de respecter, sous le nom de la chose m&#234;me, plus pr&#233;cis&#233;ment l'appara&#238;tre de la chose telle qu'elle appara&#238;t. Et d&#233;j&#224;, cette notion d'appara&#238;tre est &#224; la fois simple et &#233;nigmatique, d'o&#249; la tentation de simplifier. D&#233;crire la chose telle qu'elle appara&#238;t c'est-&#224;-dire sans pr&#233;supposition sp&#233;culative, m&#233;taphysique, devrait &#234;tre simple. [...] Quand je d&#233;cris le ph&#233;nom&#232;ne, je ne d&#233;cris pas la chose en elle-m&#234;me si on peut dire, au-del&#224; de son appara&#238;tre, mais son appara&#238;tre pour moi, telle qu'elle m'appara&#238;t. &#192; quoi ai-je affaire en tant que la chose m'appara&#238;t ? C'est une op&#233;ration tr&#232;s d&#233;licate de dissocier la r&#233;alit&#233; de la chose de l'appara&#238;tre de cette chose. Une chose m'appara&#238;t, la chose est apparaissante, le ph&#233;nom&#233;nologue d&#233;crira par une op&#233;ration de r&#233;duction, cette couche d'appara&#238;tre, c'est-&#224;-dire non pas la chose per&#231;ue, mais l'&#234;tre per&#231;u de la chose, la perception, non pas l'imagin&#233; mais l'imagination de la chose, autrement dit le ph&#233;nom&#232;ne pour moi, d'o&#249; la liaison de la ph&#233;nom&#233;nologie avec la conscience, avec l'ego, le &#171; pour moi &#187; de la chose. Pour d&#233;coller cette pellicule de l'appara&#238;tre et le distinguer &#224; la fois de la r&#233;alit&#233; de la chose et du tissu psychologique de mon exp&#233;rience, l'op&#233;ration est extr&#234;mement subtile. &#187; (op. cit., 75-76)&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2393 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L297xH375/derrida-0def2.jpg?1509812679' width='297' height='375' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
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&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;D'une certaine mani&#232;re Emanuele Coccia reprend &#224; son compte cette tentative de d&#233;coller cette pellicule de l'appara&#238;tre et de la faire exister entre ces deux p&#244;les que constituent le sujet et le monde. Le sujet est compris comme sujet connaissant et l'objet comme potentiellement connaissable. Mais c'est pr&#233;cis&#233;ment ce qui ne rel&#232;ve pas du ratio&#239;de, c'est-&#224;-dire des &#233;changes r&#233;gl&#233;s par la raison entre conscience et r&#233;alit&#233;, qui importe &#224; Emanuele Coccia et plus globalement &#224; la ph&#233;nom&#233;nologie. C'est ce qui se passe &#171; entre &#187; les choses et les hommes, entre les corps mat&#233;riels des objets et les corps sentant et pensant des humains qui est l'objet de cette qu&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maurice Merleau-Ponty notait dans &lt;i&gt;La Ph&#233;nom&#233;nologie de la perception&lt;/i&gt; la chose suivante : &#171; La chose et le monde me sont donn&#233;s avec les parties de mon corps, non pas une &#171; g&#233;om&#233;trie naturelle &#187;, mais dans une connexion vivante comparable ou plut&#244;t identique &#224; celle qui existe entre les parties de mon corps m&#234;me. &#187; (op. cit., p. 237)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est plus cette donation du monde, devenue en quelque sorte un fait largement explor&#233; par les ph&#233;nom&#233;nologues qui importe &#224; Emanuele Coccia, c'est surtout de faire exister cet &#171; espace &#187; qui s&#233;pare et relie le sujet et le monde et qui n'est ni l'espace rationnel de la g&#233;om&#233;trie, ni celui de l'&#233;cart, celui port&#233; par la diff&#233;rence ontologique si l'on veut, mais bien le &#171; lieu &#187; de la rencontre entre monde et sujet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette rencontre entre le grand dehors que constitue le monde pour l'essentiel v&#233;cu comme familier mais aussi comme &#233;tant porteur d'une &#233;tranget&#233; fondamentale et cette nuit inconnue qu'abriterait le corps et qu'on appelait l'&#226;me, cette rencontre est sans doute l'un des &#171; ph&#233;nom&#232;nes &#187; les plus obsessionnellement traqu&#233;s par la philosophie. Elle est, d'un certain point de vue, quelque chose qui ne pose pas de probl&#232;me, puisque nous &#171; savons &#187; ou nous &#233;prouvons que nous vivons dans le monde comme un poisson dans l'eau.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2460 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH693/the-crucifixion-detail-Matthias_Grunewald2_-_copie-bb6b1.jpg?1509812679' width='500' height='693' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
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&lt;p&gt;Mais dans le m&#234;me temps nous savons aussi que nous sommes, sinon &#233;trangers au monde ou dans le monde, du moins que nous sommes s&#233;par&#233;s des choses et du monde, qu'ils sont distincts de nous. Pourtant ils ne cessent pas de nous toucher, de nous affecter, de nous troubler, de nous d&#233;stabiliser et de nous conforter dans notre sentiment d'appartenance &#224; ce monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce balancement constant entre une &#233;vidence partag&#233;e et une incertitude fondamentale et inexpugnable du c&#339;ur humain, constitue le c&#339;ur battant de la philosophie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette rencontre est donc toujours actuelle parce qu'elle se vit au pr&#233;sent et toujours diff&#233;r&#233;e, parce que jamais saisissable pour ce qu'elle est. La compr&#233;hension de la rencontre en tant que telle semble &#224; jamais impossible tant le monde des choses et celui des corps vivants et pensants semble ne pas pouvoir s'interp&#233;n&#233;trer et atteindre &#224; une connaissance r&#233;ciproque qui abolirait et la fronti&#232;re qui les s&#233;pare et l'ambigu&#239;t&#233; qui les &#233;loigne l'un de l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a pu nommer &#233;motion ce point de rencontre qu'Emanuele Coccia nomme le sensible ou l'image.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un livre maintenant ancien, Michel Gu&#233;rin pouvait &#233;crire &#224; propos de l'&#233;motion la chose suivante : &#171; L'&#233;motion, c'est le mouvement pur, le primum mobile. Alors de deux choses l'une : ou bien elle s'&#233;lance dans un imaginaire pr&#233;constitu&#233;, conventionnel, assist&#233; par le public, ou bien elle dilapide en des mouvements d&#233;sordonn&#233;s et contraires, qui, soit portent &#224; toutes les extr&#233;mit&#233;s (successivement), soit s'annulent dans la stupeur.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a donc, et l'observation quotidienne le confirme, une ambigu&#239;t&#233; de l'&#233;motion, qui est la fin ou le commencement de tout. L'&#233;motion est un carrefour o&#249; le moi et le monde sont en &#233;quilibre instable : l'un et l'autre y sont en gestation. La r&#233;alit&#233; de l'&#233;motion c'est la singuli&#232;re concomitance d'un effort du moi et de l'envahissement des choses. &#192; tant faire que de la d&#233;finir, on la dirait volontiers une extr&#234;me activit&#233; dans une extr&#234;me passivit&#233;. Ce n'est rien d'autre, au demeurant, que la fonci&#232;re &#233;quivocit&#233; &#233;motive (mis&#232;re/grandeur) de la condition humaine que Pascal a en vue, quand il d&#233;clare que &#171; nous sommes pleins de choses qui nous jettent au dehors &#187; (&lt;i&gt;Pens&#233;es&lt;/i&gt;, Br. 464) &#187; (&lt;i&gt;La terreur et la piti&#233;&lt;/i&gt;, &#201;ditions Actes sud, 1990, p. 67)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plut&#244;t que d'approcher cette jonction du point de vue instable de l'&#233;motion, Emanuele Coccia tente, dans une construction s&#233;duisante, de donner &#224; cette rencontre entre moi et monde, non pas le caract&#232;re de l'intensit&#233; mais celui de la reconnaissance.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2458 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L300xH494/picasso_the_scream_1927_-_copie-7cb97.jpg?1509812679' width='300' height='494' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
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&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il existe une modalit&#233; de l'&#234;tre en g&#233;n&#233;ral qu'il appelle l'image ou encore le sensible. Cette &#233;quivalence entre sensible et image, qu'il g&#233;n&#233;ralise &#224; outrance, devient le vecteur de sa r&#233;flexion. Au point que l'on pourrait dire que l'image, dans ce livre, est le nom d'un plan de consistance, pour reprendre l'expression de Deleuze, dont la caract&#233;ristique principale est de rendre perceptible un domaine v&#233;cu par chacun, mais rest&#233; non th&#233;oris&#233; sous cette forme et en tout cas n'ayant pas connu cette formulation radicale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et cette image va &#234;tre &#233;lev&#233;e &#224; la hauteur d'un concept non conceptuel et d'un m&#233;dium actif, en devenant le double d'un autre terme, le sensible. L'un va hanter l'autre comme son double, son spectre, au point que pour Emanuele Coccia il n'y aura pas de diff&#233;rence entre les deux et cela dans la mesure o&#249; il tente pr&#233;cis&#233;ment de faire exister cet espace interm&#233;diaire comme champ de la rencontre et monde propre dou&#233; de qualit&#233;s essentielles dont en particulier celle de la multiplication, de la propagation, de l'amplification.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui l&#233;gitime l'affirmation de l'existence de l'image comme &#233;quivalent du sensible et comme champ de l'&#233;change entre sujet et le monde, c'est pr&#233;cis&#233;ment qu'il est dot&#233; d'une vie propre, le signe de cette vie propre &#233;tant rapport&#233; au fait que les images peuvent en effet, dans le miroir, se multiplier &#224; l'infini sans pour autant, comme il le dit, ni affecter le monde ni affecter le sujet ni se voir transform&#233;es par eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'effet r&#233;troactif de l'image sur le sujet et sur le monde, si l'on s'en tient &#224; ces cat&#233;gories elles-m&#234;mes probl&#233;matiques, est un des &#233;l&#233;ments majeurs de la mani&#232;re dont nous avons abord&#233; l'image ces derni&#232;res ann&#233;es. Emanuele Coccia semble le refuser, sauf &#224; la fin de son livre lorsqu'il &#233;voque la question de la mode et du v&#234;tement.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2394 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L244xH312/Merleau-Ponty-9fe58.jpg?1509812679' width='244' height='312' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
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&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La vie sensible et la ph&#233;nom&#233;nologie de la perception&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il appara&#238;t &#224; la lecture de ce livre que l'articulation g&#233;n&#233;rale qui le gouverne est tr&#232;s proche de celle du grand livre de Merleau-Ponty.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est important de la rappeler ici en quelques mots. Le livre de Merleau-Ponty s'articule en trois parties : le corps, le monde per&#231;u et l'&#234;tre pour soi et l'&#234;tre au monde. La bipartition du livre d'Emanuele Coccia reprend quasiment ce m&#234;me partage, la troisi&#232;me partie &#233;tant incluse dans la seconde et occupant les derniers chapitres, 24 &#224; 30. Chacune des deux parties fait &#233;cho au partage de Merleau-Ponty, la premi&#232;re &#233;voquant la mat&#233;rialit&#233; m&#234;me de l'image et donc du sensible, sa singuli&#232;re &#171; corpor&#233;it&#233; &#187; en quelque sorte, la seconde &#233;voquant ce qu'il en est pour le sujet de l'existence de ces images et la mani&#232;re qu'il a &#224; son tour de les produire et donc de pouvoir &#233;tablir sur et dans ce champ d'immanence, la liaison, le contact, la relation entre lui et le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais plus que cette analogie de structure, dans le texte se trouvent des indications sur ce qui constitue le ressort de la ph&#233;nom&#233;nologie et qui est aussi celui qui anime le livre d'Emanuele Coccia, c'est-&#224;-dire cette tentative de compr&#233;hension de ce qui lie ensemble, dans une unit&#233; &#224; la fois incontestable et sans cesse contest&#233;e, les humains qui y vivent et le monde qui les entoure, les accueille, mais leur semble malgr&#233; tout &#233;ternellement &#233;tranger.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2454 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH564/Bacon_4_-_copie-76d16.jpg?1772198835' width='500' height='564' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
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&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Revenons donc un instant au livre de Merleau-Ponty. &#171; Je n'ai pas besoin de prendre sur mon propre mouvement une vue objective et de le faire entrer en compte pour reconstituer derri&#232;re l'apparence la forme vraie de l'objet : le compte est d&#233;j&#224; fait, d&#233;j&#224; la nouvelle apparence est entr&#233;e en composition avec le mouvement v&#233;cu et s'est offerte comme apparence d'un cube. La chose et le monde me sont donn&#233;s avec les parties de mon corps, non par une &#171; g&#233;om&#233;trie naturelle &#187;, mais dans une connexion vivante comparable ou plut&#244;t identique &#224; celle qui existe entre les parties de mon corps lui-m&#234;me &#187; (op. cit., p. 237). Il faut rapprocher cette apparence du cube, de l'image telle qu'Emanuele Coccia la con&#231;oit. Plut&#244;t que de s'en tenir &#224; la puissance imageante du corps et de la pens&#233;e, il va tenter d'objectiver cette zone interm&#233;diaire, ce point de jonction et d'en faire une sorte de troisi&#232;me monde, qu'il va nommer le sensible. En posant une &#233;quivalence absolue entre le sensible et l'image, en affirmant que le sensible est l'image ou que l'image est le sensible, il fait de cette r&#233;versibilit&#233; une sorte d'axiome permettant de faire exister une connexion g&#233;n&#233;ralis&#233;e et permanente entre sujet et monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fin de l'introduction de la deuxi&#232;me partie du livre de Merleau-Ponty disait ceci : &#171; En reprenant ainsi contact avec le corps et avec le monde, c'est aussi nous-m&#234;me que nous allons retrouver, puisque, si l'on per&#231;oit avec son corps, le corps est un moi naturel et comme le sujet de la perception. &#187; (op. cit., p. 239).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelque chose &#224; voir&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On le sait, partout, autour de nous, sur nous, en nous, il y a quelque chose &#224; voir. La vision est le sens le plus pr&#233;sent ou en tout cas le plus important. Rapport&#233;e aux m&#233;taphores dont elle est le vecteur, il appara&#238;t que la vision d&#233;termine non seulement notre relation au monde mais notre mani&#232;re de le penser. Pour Emanuele Coccia, ce n'est pas tant qu'il y aurait une infinit&#233; de choses &#224; voir qui importe que le fait que tout dans le monde &#233;tant sensible, est image. Est aussi image faudrait-il dire. Le fait d'exister, le fait d'&#234;tre sensible fait de chaque chose ou &#234;tre existant dans le monde, animaux et plantes en particulier, un &#233;metteur d'image.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2453 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L395xH500/13912407_196096_-_copie-f9823.jpg?1509812680' width='395' height='500' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
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&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, dans cet espacement qui relie le monde et les sujets se produit une sorte de spectacle permanent, consistant en cette connexion m&#234;me, connexion &#224; la fois constante, ind&#233;chirable mais aussi ind&#233;chiffrable. En fait le sensible consiste en ce spectacle. Il &#171; est &#187; les images qui sont &#233;mises par tout ce qui existe et qui sont re&#231;ues par tout ce qui &#233;met des images. L'image, pour lui, est une modalit&#233; de l'&#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revenons un instant sur la question de la vision telle que l'envisage Merleau-Ponty. &#171; Dire que j'ai un champ visuel, c'est dire que par position j'ai acc&#232;s et ouverture &#224; un syst&#232;me d'&#234;tres, les &#234;tres visibles, qu'ils sont &#224; la disposition de mon regard en vertu d'une sorte de contrat primordial et par un don de la nature, sans aucun effort de ma part ; c'est donc dire que la vision est pr&#233;personnelle ; - et c'est dire en m&#234;me temps qu'elle est toujours limit&#233;e, qu'il y a toujours autour de ma vision actuelle un horizon de choses non vues ou m&#234;me non visibles. La vision est une pens&#233;e assujettie &#224; un certain champ et c'est l&#224; ce qu'on appelle un sens. Quand je dis que j'ai des sens et qu'ils me font acc&#233;der au monde, je ne suis pas victime d'une confusion, je ne m&#234;le pas la pens&#233;e causale et la r&#233;flexion, j'exprime seulement cette v&#233;rit&#233; qui s'impose &#224; une r&#233;flexion int&#233;grale : que je suis capable par connaturalit&#233; de trouver un sens &#224; certains aspects de l'&#234;tre sans le leur avoir moi-m&#234;me donn&#233; par une op&#233;ration constituante. &#187; (op. cit., p. 250-251).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vision a des pr&#233;rogatives, mais comme sens, elle ne peut pr&#233;tendre accomplir ce que seule la pens&#233;e pourra accomplir, &#224; savoir isoler ce qu'il est en est de la perception distinctement du monde et de repenser &#224; partir de l&#224; leur relation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut noter en passant, nous y reviendrons, la dimension pr&#233;personnelle de la vision. Nous avons d&#233;j&#224; crois&#233; avec Simondon. Il l'appelait le pr&#233;individuel. C'est quelque chose d'&#233;quivalent qui est ici &#233;voqu&#233; par Merleau-Ponty.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour lui, la vision et la pens&#233;e entretiennent des relations complexes et l'enjeu pour la ph&#233;nom&#233;nologie va consister &#224; d&#233;coller les diff&#233;rentes strates d'existence et les diff&#233;rents niveaux et de perception qui forment pour chacun de nous cette unit&#233; qu'est notre rapport au monde comme en t&#233;moigne cet autre passage : &#171; Il y a certitude absolue du monde en g&#233;n&#233;ral, mais non d'aucune chose en particulier. La conscience est &#233;loign&#233;e de l'&#234;tre et de son &#234;tre propre, et en m&#234;me temps unie &#224; eux par l'&#233;paisseur du monde. Le v&#233;ritable cogito n'est pas le t&#234;te-&#224;-t&#234;te de la pens&#233;e avec la pens&#233;e de cette pens&#233;e : elle ne se rejoignent qu'&#224; travers le monde. La conscience du monde n'est pas fond&#233;e sur la conscience de soi, mais elles sont rigoureusement contemporaines : il y a pour moi un monde parce que je ne m'ignore pas ; je suis non dissimul&#233; &#224; moi-m&#234;me parce que j'ai un monde. Il restera &#224; analyser cette possession pr&#233;consciente du monde dans le cogito pr&#233;r&#233;flexif. &#187; (op. cit., p. 344)&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2457 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://www.tk-21.com/IMG/jpg/nuda_veritas_klimt_-_copie.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L250xH1000/nuda_veritas_klimt_-_copie-4a926.jpg?1509812680' width='250' height='1000' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pour lui, l'enjeu est de donner &#224; cette contemporan&#233;it&#233; une l&#233;gitimit&#233; absolue. Et il le fera en montrant comment s'effectue &#224; chaque instant cette relation entre le moi et le monde &#224; la fois au niveau pr&#233;conscient et au niveau conscient. Il faut pour cela que la conscience ait &#233;t&#233; en quelque sorte d&#233;coll&#233;e du monde et qu'elle l'appr&#233;hende, ce monde, &#224; partir de leur relation et non plus &#224; partir de la seule &#233;vidence de l'immersion des corps et de la pens&#233;e dans le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une ultime citation nous permettra de saisir comment Merleau-Ponty comprend la vision au terme de son parcours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La conscience que j'ai de voir ou de sentir, ce n'est pas la notation passive d'un &#233;v&#233;nement psychique ferm&#233; sur lui-m&#234;me et qui me laisserait incertain en ce qui concerne la r&#233;alit&#233; de la chose vue ou sentie ; ce n'est pas davantage le d&#233;ploiement d'une puissance constituante qui contiendrait &#233;minemment et &#233;ternellement en elle-m&#234;me toute vision ou sensation possible et rejoindrait l'objet sans avoir &#224; se quitter, c'est l'effectuation m&#234;me de la vision. [&#8230;] Ce que je d&#233;couvre et reconnais par le cogito, ce n'est pas l'immanence psychologique, l'inh&#233;rence de tous les ph&#233;nom&#232;nes &#224; des &#233;tats de conscience priv&#233;s, le contact aveugle de la sensation avec elle-m&#234;me, - ce n'est pas m&#234;me l'immanence transcendantale, l'appartenance de tous les ph&#233;nom&#232;nes &#224; une conscience constituante, la possession de la pens&#233;e claire par elle-m&#234;me, - c'est le mouvement profond de transcendance qui est mon &#234;tre m&#234;me, le contact simultan&#233; avec mon &#234;tre et avec l'&#234;tre du monde. &#187; (op. cit., p. 431-432)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet accord profond dont il est en qu&#234;te et dont il trouve la formule dans cette correspondance fondamentale dans le pr&#233;sent de l'acte perceptif entre l'&#234;tre du sujet et l'&#234;tre du monde, cette correspondance, aujourd'hui, ne va plus de soi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux choses se sont produites qui l&#233;gitiment et permettent de comprendre la d&#233;marche et la forme de la d&#233;marche d'Emanuele Coccia.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; La premi&#232;re c'est une sorte de brisure du parall&#233;lisme ou de la forme de relation assur&#233;e et rassurante entre les deux plans que constituent le monde et le sujet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; La seconde est la multiplication infinie des images techniques qui n'est pas mentionn&#233;e dans le livre en tant que telle sinon par une r&#233;f&#233;rence dans une parenth&#232;se &#224; &lt;i&gt;La soci&#233;t&#233; du spectacle&lt;/i&gt; de Debord et une mention de l'image cin&#233;matograhique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; partir de ces deux points que nous allons entreprendre la lecture du livre d'Emanuele Cocia.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;I. La multiplication infinie des images&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Brisure&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce livre qui s'appuie sur la connaissance approfondie qu'il a d'auteurs latins en particulier et de textes issus de la pens&#233;e arabe sans laquelle la Renaissance n'aurait jamais pu voir le jour et sans laquelle nous n'aurions jamais pu avoir acc&#232;s aux textes grecs qui fondent notre tradition philosophique, est cependant d'abord un livre qui tente de prendre en charge la situation qui est la n&#244;tre vis-&#224;-vis des images.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que la ph&#233;nom&#233;nologie a tent&#233; de penser, c'est la possibilit&#233; d'&#233;tablir l'existence d'une relation directe entre conscience et monde dans une sorte de double engendrement de l'une part l'autre, puis, &#224; rebours, de l'autre par l'une. Ce qui importe &#224; la ph&#233;nom&#233;nologie, c'est de s'assurer d'une sorte de parall&#233;lisme entre conscience et monde, parall&#233;lisme qui est la condition de leur relation directe et transparente, m&#233;diatis&#233;e par les seuls concepts qui peuvent en quelque sorte s'&#233;vanouir une fois assur&#233;e la l&#233;gitimit&#233; de cette relation.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2455 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L450xH645/Egon_Schiele_6E792389d01_-_copie-3bc14.jpg?1509812680' width='450' height='645' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pour lui, il semble s'&#234;tre produit quelque chose qui nous contraint de remettre en cause la possibilit&#233; de cette relation directe. On pourrait dire qu'il constate l'existence d'une sorte de d&#233;calage, de brisure de cette relation. Ou, plus exactement, il pourrait s'agir d'une erreur quand au mode de relation entre moi et monde ou entre conscience et monde.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; avoir voulu penser cette relation &#224; partir de la conscience, la ph&#233;nom&#233;nologie a en quelque sorte non pas rat&#233; le corps, mais rat&#233; ce qui fait la particularit&#233; du corps, &#224; savoir qu'il n'est pas essentiellement le lieu d'accueil d'une conscience et la caisse de r&#233;sonance d'une transcendance, mais un &#234;tre sensible au m&#234;me titre que tout ce qui vit et per&#231;oit.&lt;br class='autobr' /&gt;
S'il est en contact avec les autres &#234;tres sensibles, les animaux en particulier, ce n'est pas en tant que conscience ou en tant que corps, mais en tant que sensible. Pour lui, le corps n'existe pas comme m&#233;dium ni comme vecteur d'expression d'une int&#233;riorit&#233; qui se pressent mais doit se d&#233;couvrir comme &#233;tant &#224; la fois port&#233; par le sensible et porteuse du monde. Pour lui, le corps existe comme sensible et est en relation avec d'autres dans la dimension du sensible, c'est-&#224;-dire de l'image. Le sensible n'est pas une fonction des corps et le nom d'un m&#233;diateur invisible entre corps et &#226;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sensible signe &#224; la fois la radicale s&#233;paration entre corps et &#226;me ou plut&#244;t entre monde et conscience, ou si l'on pr&#233;f&#232;re entre les manifestations de l'ext&#233;riorit&#233; et les manifestations de l'int&#233;riorit&#233; et en m&#234;me temps il constitue la zone le domaine ou l'espace de leur rencontre, le t&#233;moin et l'acteur de cette relation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;al d'une r&#233;solution transcendantale de cette relation entre conscience et monde n'est pas compl&#232;tement abandonn&#233;. Il doit simplement &#234;tre pens&#233; en fonction d'un troisi&#232;me terme, l'image et non d'une connexion transcendantale entre int&#233;riorit&#233; et ext&#233;riorit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2462 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://www.tk-21.com/IMG/jpg/001065_2b_-_copie.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH688/001065_2b_-_copie-999ca.jpg?1509812680' width='500' height='688' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Si le corps existe, c'est donc comme &#233;l&#233;ment sensible, vivant dans le sensible et existant &#224; travers le sensible. Le sensible est donc &#224; la fois le t&#233;moin de cette irr&#233;ductibilit&#233; entre monde et conscience et le domaine dans lequel leur rencontre s'actualise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais pour lui, la rencontre entre corps et monde s'effectue donc sur le mode d'une &#171; double ext&#233;riorit&#233; &#187;, d'une rencontre non plus entre monde et conscience, mais entre image &#233;mise par le monde et image &#233;mise par le corps. Le monde et la conscience restant en quelque sorte &#233;loign&#233;s l'un de l'autre de mani&#232;re irr&#233;m&#233;diable et ne se rencontrant que dans ce dispositif que constitue le sensible autrement dit pour lui l'image.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet &#233;cart entre dehors et dedans n'est plus le vide abstrait que la conscience va remplir de ses projections conceptuelles, mais une dimension concr&#232;te, mat&#233;rielle presque, qu'il faut donc investir sensiblement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'image ne d&#233;finit pas une forme quelconque d'ext&#233;riorit&#233;. Elle est pour toute forme l'exp&#233;rience de l'ext&#233;riorit&#233; absolue. Une longue tradition a pu opposer le corps, comme forme de l'ext&#233;riorit&#233; &#224; l'&#226;me, lieu de l'int&#233;riorit&#233;. [..] L'espace est donc dans cette tradition le monde de la &lt;i&gt;partes extra partes&lt;/i&gt; par excellence, le lieu dans lequel tout existe &#224; l'ext&#233;rieur des autres choses et &#224; l'ext&#233;rieur de soi. On pourrait donc soutenir que l'image est l'ext&#233;riorit&#233; absolue, une sorte d'hyper espace, c'est-&#224;-dire qui se maintient hors de l'&#226;me et hors des corps. Le sensible, comme l'avait d&#233;j&#224; &#233;crit Aristote, appartient &#224; l'individu singulier et il est toujours quelque chose d'ext&#233;rieur (&lt;i&gt;De l'&#226;me&lt;/i&gt;, 471b,28), non seulement aux choses, mais avant tout &#224; l'&#226;me des vivants capables de le percevoir. Le dehors ne co&#239;ncide plus alors avec le monde, avec l'objectivit&#233; avec les corps : la pointe extr&#234;me de l'ext&#233;riorit&#233; est peupl&#233;e seulement d'images. &#187; (&lt;i&gt;La vie sensible&lt;/i&gt;, p. 34)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce refus de concevoir le corps comme porteur d'une int&#233;riorit&#233; qui &#224; la fois instaure et prend acte de cette brisure du cadre classique. Le point de jonction immat&#233;riel entre moi et monde qui les ouvrait l'un &#224; l'autre &#224; travers l'&#233;motion devient un monde en soi &#224; la fois concret, visible, mais impalpable. Il y a plus. Le corps comme &#234;tre sensible devient d'une part une pure ext&#233;riorit&#233; et de l'autre un &#233;metteur d'images. Il devient une sorte de dispositif produisant des images et se produisant comme image.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Image et miroir&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais de quelles images parle-t-il ? Nous n'ignorons pas que les images sont l'objet d'une r&#233;flexion fort ancienne et d'une pratique plus ancienne encore. Il faut donc qu'il donne une nouvelle d&#233;finition de l'image. Et cette d&#233;finition est simple : l'image, c'est le sensible. Et le sensible est cette dimension propre &#224; ce qui des choses, des &#234;tres, s'avance vers le dehors. On dirait, dans un vocabulaire ancien, leur apparence. Mais l'apparence reste li&#233;e &#224; son support, &#224; la substance dont elle est l'expression. Son ambition, c'est comme il le dit p. 51, &#171; d'aller jusqu'&#224; saisir l'&#234;tre sensible ind&#233;pendamment de l'&#234;tre d'un sujet. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2459 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L380xH279/ruff-thomas-nudes-ez-14-1999-3900045_-_copie-569d3.jpg?1509812680' width='380' height='279' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Et il trouve dans le miroir et dans les images &#171; produites &#187; par les miroirs &#224; la fois le principe et la m&#233;taphore la plus efficace permettant d'illustrer son propos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enjeu est d'importance. Tout tient en effet dans cette m&#233;taphore du miroir prise au pied de la lettre, aussi bien la multiplication infinie des images que leur absence de mat&#233;rialit&#233; li&#233;e &#224; leur existence autonome, mais aussi l'association de l'image avec sa multiplication infinie qui est &#224; la fois contenue dans la conception qu'il se fait du miroir et dans l'association qu'il fait entre le miroir comme objet, le miroir dans la th&#233;orie lacanienne du sujet et la soci&#233;t&#233; du spectacle comme productrice d'une infinit&#233; d'images.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quelle est l'ambition du texte d'Emanuele Coccia ? &#171; Penser un sujet r&#233;ellement s&#233;par&#233; des choses &#187; (p. 18). Mais qu'est-ce que cela signifie ou plut&#244;t qu'est-ce que cela implique ? De concevoir l'image comme &#171; ext&#233;riorit&#233; absolue &#187;, c'est-&#224;-dire de mat&#233;rialiser, d'objectiver ce qui constitue &#224; la fois la source de la pens&#233;e et la source du trouble qui l'anime et qui tient en cette impossibilit&#233; de d&#233;terminer, en ce qui concerne un certain nombre de faits mentaux ou psychiques, s'ils viennent de l'int&#233;rieur du sujet ou s'ils sont engendr&#233;s par des causes ext&#233;rieures, comme on le disait autrefois. Et cela implique aussi d'ent&#233;riner la s&#233;paration entre sujet et objet, de lui donner une sorte de consistance ind&#233;niable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a dans son obsession &#224; penser l'image comme une entit&#233; ext&#233;rieure &#224; la fois mat&#233;rielle et non mat&#233;rielle, une sorte de beaut&#233;, une sorte de magie et une sorte d'aveu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous l'avons &#233;tabli, dit-il : il y a image quand la forme s'&#233;chappe du corps dont elle est la forme sans que cette existence ext&#233;rieure arrive &#224; se d&#233;finir comme celle d'un autre corps ou d'une autre objet. &#187; (op. cit., p. 36)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il tend ainsi &#224; donner une dimension r&#233;elle &#224; ce qui sinon resterait, en effet, une sorte de nuage d'entit&#233;s &#224; la fois efficaces et insaisissables, ces &#171; toutes petites images voltigeantes par l'air, nomm&#233;es des esp&#232;ces intentionnelles qui travaillent tant l'imagination des philosophes &#187; selon la formulation de Descartes. (op. cit., p. 17)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plut&#244;t que de s'en tenir &#224; la position impos&#233;e par la raison, qui consiste &#224; tenir pour illusoire l'existence mat&#233;rielle de ces images voltigeantes, il tente d'inverser ou de renverser la position traditionnelle de soumission de la pens&#233;e &#224; la raison et de les faire en quelque sorte coaguler sous nos yeux. &lt;i&gt;La vie sensible&lt;/i&gt; est une tentative de donner une consistance intellectuelle &#224; ces entit&#233;s instables, qui, pour &#234;tre visibles n'en restent pas moins insaisissables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les images qui se forment dans un miroir constituent pour lui la matrice de toute sa r&#233;flexion. Les &#233;l&#233;ments qui lui servent &#224; &#233;laborer sa th&#233;orie du miroir sont au nombre de trois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 1. Le premier &#233;l&#233;ment est pr&#233;sent&#233; dans le chapitre 8 du livre et rend compte du mode d'existence des images dans le miroir dont la principale qualit&#233; est de ne pas &#234;tre affect&#233; en quelque mesure que ce soit par le fait d'accueillir en lui et de r&#233;fl&#233;chir la partie de la r&#233;alit&#233; qui vient se poser sur lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Quand il re&#231;oit une image le miroir n'augmente ni en poids ni en volume &#187; &#233;crit-il, citant Albert Le Grand (op. cit., p. 35). Cette &#171; indiff&#233;rence &#187; du support de l'image &#224; ce qu'il accueille et &#233;met, constitue pour lui l'&#233;l&#233;ment central de son dispositif. Il y voit la preuve non pas de l'existence des images, on les conna&#238;t depuis toujours, mais de la l&#233;gitimit&#233; de l'assimilation qu'il fait des images avec le sensible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 2. Le deuxi&#232;me point est le fait que l'image acquiert une dimension propre, celle du sensible.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2466 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L414xH550/marguer_jpg_-_copie-1c14f.jpg?1509812680' width='414' height='550' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il existe en effet une entit&#233;, le miroir qui permet d'objectiver ces images voltigeantes et de prouver litt&#233;ralement qu'elles existent en tant que telles, en tant qu'entit&#233;s distinctes et du sujet qui les per&#231;oit et du sujet qui les &#233;met. Or sous la lumi&#232;re du soleil tout &#233;l&#233;ment existant s'offre &#224; la visibilit&#233; en ce qu'il &#233;met une image. Son existence se prouve du fait m&#234;me qu'il est susceptible de venir se refl&#233;ter dans le miroir. Pour lui l'existence des images dans le miroir est un fait autorisant d'affirmer que dans l'ensemble de l'espace qui s&#233;pare et relie les &#234;tres, qu'il y ait ou non un miroir pr&#233;sent &#224; l'endroit o&#249; l'on se trouve pour le v&#233;rifier, que dans cet espace, donc, partout il y a des images. Ces images voltigeantes ne sont pas des illusions de la raison. Pour lui, elles existent en quelque sorte de toute &#233;ternit&#233; constituent l'&#234;tre m&#234;me du sensible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est donc sensible tout ce qui &#233;met des images et est image tout ce qui est &#233;mis par un &#234;tre existant. Le regard des hommes n'est pas n&#233;cessaire pour s'assurer de l'existence des images. La ph&#233;nom&#233;nologie est ici confront&#233;e &#224; ce qui semble avoir &#233;t&#233; son erreur majeure, n'avoir pas su faire exister le sensible, le visible donc, ind&#233;pendamment du sujet percevant. En d&#233;couplant le sensible de la perception, il rompt avec la ph&#233;nom&#233;nologie et l'accomplit en ce qu'il fait de l'image &#224; la fois une r&#233;alit&#233; absolue et une sorte d'objet &#171; scientifique &#187;, qui s'offre cependant moins aux d&#233;ductions de la raison qu'aux investigations des sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait accumuler ici les citations. En voici quelques unes : &#171; L'image est un &#234;tre purement suppl&#233;mentaire, mais elle reste quelque chose de plus substantiel que l'effet du simple regard des hommes. &#187; (p. 38)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'image est une modalit&#233; particuli&#232;re de l'&#234;tre [...] un &#234;tre sp&#233;cial, une sph&#232;re du r&#233;el diff&#233;rente des autres [...] elle constitue comme le dit Averro&#232;s l'unique &#233;l&#233;ment qui permet de passer du domaine spirituel au domaine corporel et vice versa. Pour que le spirituel puisse saisir le corporel , il a besoin d'un interm&#233;diaire. &#187; (p. 39-41)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne peut pas renoncer &#224; l'ambition de la ph&#233;nom&#233;nologie et de la philosophie qui est de conna&#238;tre &#171; la chose m&#234;me &#187;. Simplement il va montrer qu'il est impossible de le faire comme le croyait la ph&#233;nom&#233;nologie par un acc&#232;s direct aux choses, &#224; l'&#234;tre des choses, &#224; partir du sujet et de l'&#234;tre sujet. Par contre, il va montrer qu'il est possible et m&#234;me in&#233;vitable d'en passer par cet interm&#233;diaire qu'est l'image, cette image dont le mode d'existence n'est autre que le sensible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'image s'impose comme m&#233;dium et le m&#233;dium est le seul concept qui permette de r&#233;pondre &#224; l'exigence de la ph&#233;nom&#233;nologie, puisque c'est l&#224; que l'&#234;tre des choses et l'&#234;tre des vivants et des vivants pensants se rencontrent sans co&#239;ncider comme il le dit p. 43, d&#233;finissant au passage le sensible &#171; comme l'existence d'une forme priv&#233;e de mati&#232;re. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 3. Le troisi&#232;me point se rapporte &#224; la puissance propre du miroir de multiplier les images &#224; l'infini et, partant, &#224; la puissance des images de se multiplier &#224; l'infini. &#171; Devenir image est certainement un exercice de d&#233;placement, mais surtout un exercice de multiplication de soi &#187; (op. cit., p. 47)&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2468 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L381xH550/mask_jpg_-_copie-80202.jpg?1509812680' width='381' height='550' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Son travail va consister &#224; d&#233;montrer cette proposition et &#224; en tirer les cons&#233;quences logiques qui s'imposent quand au mode d'existence du sensible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette multiplication des images a une double source comme le sensible lui-m&#234;me qui est &#224; la fois ce qui est per&#231;u et donc re&#231;u et ce qui est produit ou &#233;mis par tout ce qui existe et cela, il faut le redire, ind&#233;pendamment du fait qu'il soit per&#231;u. Cette autonomie principielle du sensible est le d&#233;placement le plus radical qu'il fait subir au point de vue ph&#233;nom&#233;nologique qui cherche &#224; comprendre certes le monde en tant qu'il appara&#238;t mais en tant qu'il appara&#238;t pour un sujet. Ici, l'enjeu est comme il le dit p. 49 &#171; d'observer la gen&#232;se de la perception du point de vue de l'image elle-m&#234;me et non depuis celui du sujet qui la per&#231;oit. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une triple exigence se dessine :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 1. Il faut montrer que l'image dispose en elle-m&#234;me du principe de cette multiplication et pas seulement dans le miroir qui est comme la preuve sensible et la m&#233;taphore de cette multiplication infinie des images. D'o&#249; cette proposition qui peut nous surprendre mais qui est coh&#233;rente avec son propos, que &#171; la technique n'y est pour rien &#187;, entendons dans cette multiplication, mais que &#171; la reproduction des formes est la vie naturelle des images. &#187; (op. cit., p. 48)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 2. Il faut ensuite faire du sensible une sorte de doublon du psychique afin que la relation avec le sujet soit possible et ontologiquement l&#233;gitime. C'est ce qu'il fait dans la phrase suivante lorsqu'il affirme que &#171; comme l'exp&#233;rience et la perception ne sont rien d'autre qu'un commerce avec le sensible, - mieux, avec la vie psychique du sensible -, la pens&#233;e elle-m&#234;me est une forme de multiplication. &#187; (op. cit., p. 48)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 3. Il faut enfin montrer, et ce sera l'objet de la seconde grande partie du livre, que le psychisme humain est soumis de l'int&#233;rieur &#224; la loi de la multiplication des images. Il en trouve la preuve dans ce qu'il nomme l'anthropologie lacanienne qui &#233;nonce que &#171; nous sommes sujets en effet &#224; cette &#233;trange transformation produite dans le sujet &#171; quand il assume une image &#187; et &#171; &#224; chaque fois que nous imitons quelque chose ou quelqu'un. &#187; (op. cit., p. 85)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; ce moment du texte que s'insinue la r&#233;f&#233;rence &#224; Debord qui est comme un signe que la multiplication des images dont il parle, a n&#233;anmoins une sorte de mode d'existence dans la soci&#233;t&#233; qui n'est ni naturelle ni psychique, mais bien mat&#233;rielle et technique, mais dont apparemment il ne veut pas s'occuper.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le m&#233;dium et le spectre des m&#233;dias&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le m&#233;dium est un nom technique pour un &#234;tre qui ne l'est pas. En tout cas, il refuse qu'il le soit. Il est tout &#224; fait &#233;trange que ce livre &#233;crit dans le monde de la production prolif&#233;rante des images techniques, ne fasse pas r&#233;f&#233;rence &#224; la dimension technique des images produites aujourd'hui, et m&#234;me semble se refuser &#224; penser cet aspect-l&#224; des images, leur mat&#233;rialit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cela tient sans doute &#224; trois aspects de sa r&#233;flexion qu'il faut mettre en perspective maintenant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Le premier point, c'est qu'il tend &#224; produire une th&#233;orie du m&#233;dium ou du m&#233;dia qui est &#224; la fois absolument technique et qui dans le m&#234;me temps se refuse &#224; aborder le statut des images techniques. &#171; Il n'y a pas de ph&#233;nom&#233;nologie : seule existe une ph&#233;nom&#233;notechnique. &#187; (op. cit., p. 53)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Le second point, c'est qu'il propose une th&#233;orie du m&#233;dium ou du m&#233;dia qui prend acte de la dimension magique des images sans pour autant l'analyser. &#171; Le sensible (l'existence ph&#233;nom&#233;nale du monde) est la vie surnaturelle des choses. &#187; (op. cit., p. 53)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Le troisi&#232;me point, c'est qu'en assimilant le sensible &#224; une forme du psychisme, il peut ainsi s'autoriser &#224; &#233;tablir des ponts permanents entre sujet et monde sans avoir &#224; penser ce qu'est le monde et ce qu'est le sujet. &#171; Le psychique est la forme absolue du m&#233;dial, mais le m&#233;dial, (l'imaginal) peut exister au-del&#224; du psychique. &#187; (op. cit., p. 53)&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2463 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L400xH497/mapplethorpe11_-_copie-3b6b6.jpg?1509812680' width='400' height='497' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
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&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il met ainsi entre parenth&#232;se les questions qui ont agit&#233; la philosophie depuis un demi-si&#232;cle au moins. Il est vrai que son objectif consiste &#224; nous faire appr&#233;hender le sensible comme une entit&#233; distincte et s&#233;par&#233;e et du monde et du sujet, et qui dispose de qualit&#233;s qui caract&#233;risent aussi bien l'un que l'autre, c'est-&#224;-dire a la double capacit&#233; d'&#234;tre actif et passif, de recevoir et de percevoir, d'&#233;mettre et de transmettre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le m&#233;dium dont il nous parle, le sensible, l'image donc, est une sorte d'&#234;tre qui est &#224; la fois mat&#233;riel mais sans corps, et psychique mais sans &#226;me, un &#234;tre qui a une vie propre parce qu'il se multiplie, mais dont c'est, en quelque sorte la seule dimension ou facult&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On va voir que cette puissance de multiplication n'est pas n&#233;gligeable et qu'elle est productrice de la totalit&#233; des formes du monde sensible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faudrait ici se rem&#233;morer la nouvelle de Calvino, &lt;i&gt;La spirale&lt;/i&gt;, qui mettait en sc&#232;ne d'une mani&#232;re largement plus complexe cette facult&#233; des &#234;tres &#224; &#233;mettre des signaux ou, si l'on pr&#233;f&#232;re, des images.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait donc dire que le sensible ici est d'une certaine mani&#232;re une sorte de double du pr&#233;individuel de Simondon, un monde qui est anim&#233; par une force amplificatrice et qui trouvera dans cette relation m&#233;diumnique entre sujet et monde, le vecteur de sa l&#233;gitimit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En faisant du sensible un monde en soi, il doit le doter de ce qui est la caract&#233;ristique du vivant et qui existe aussi bien dans le monde des &#234;tres vivants non pensants que chez les animaux et les hommes, la capacit&#233; de se multiplier. Mais cette fiction, on le comprend maintenant, ne tient que si l'on s'accorde &#224; accepter ces pr&#233;requis.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2396 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L203xH259/guilherme_de_ockham-f4c48.jpg?1509812680' width='203' height='259' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;II. le sensible comme &#171; sujet &#187; autonome&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Rasoir&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a bien trois parties dans ce livre m&#234;me si la table des mati&#232;re ne nous en indique que deux. La deuxi&#232;me concerne donc cette anthropologie du sensible ce qui signifie en fait une vision du sensible comme doublure ou spectre du sujet. La troisi&#232;me, sans doute la plus po&#233;tique, nous pr&#233;sente la multiplicit&#233; des formes et des &#233;changes dont le sensible est tiss&#233;, l'infinit&#233; des images produite par l'ensemble des &#234;tres sensibles, vivants, sentants et pensants qui peuplent la terre et dont la particularit&#233; est de n'&#234;tre jamais nus puisque l'image qu'ils &#233;mettent vers autrui est &lt;i&gt;de facto&lt;/i&gt; leur v&#234;tement. Mais nous laisserons &#224; Daniela Goeller le soin de nous r&#233;v&#233;ler lors de la prochaine s&#233;ance la richesse que le v&#234;tement, en tant que mode d'existence sensible des &#234;tres, nous r&#233;serve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut ici tenter de comprendre en quoi il est un penseur de son temps, mais peut-&#234;tre malgr&#233; lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il nous propose en effet d'adopter un point de vue nouveau qu'il &#233;non&#231;ait, on l'a vu, &#224; la fin de la premi&#232;re partie en disant : &#171; il faut observer la gen&#232;se de la perception du point de vue de l'image elle-m&#234;me et non depuis celui du sujet qui la per&#231;oit. &#187; (op. cit., p. 49)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut dire que c'est ce qu'il tente de faire dans la seconde partie, mais pour que cela soit possible, il doit doter en permanence le sensible de qualit&#233;s proprement humaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment s'y prend-il ? Il dote le sensible d'une puissance propre qui s'oppose au principe de la ph&#233;nom&#233;nologie, celle d'ouvrir un monde. &#171; Ce n'est pas un &#339;il qui ouvre le monde, c'est le sensible lui-m&#234;me qui ouvre le monde face aux corps et face aux sujets qui pensent les corps &#187; &#233;crit-il p. 51.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il doit faire face &#224; un paradoxe qui est de concevoir l'existence des images comme si elles &#233;taient mat&#233;rielles sans qu'elles le soient et de les doter d'une puissance d'affecter les &#234;tres sans &#234;tre elles-m&#234;mes affectables en quelque sorte. Il s'agit surtout de tenter de r&#233;soudre cette question de l'articulation entre continuit&#233; et contigu&#239;t&#233;, entre lois de la physique et loi de l'imaginaire, entre les relations telles que la magie les pense et les relations telles que la science les con&#231;oit. Le sensible et le fait d'&#234;tre sensible constituent le terrain privil&#233;gi&#233; de cette affrontement.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2464 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L383xH383/mapplethorpe15_-_copie-ee0d5.jpg?1509812680' width='383' height='383' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En effet, qu'est-ce qui caract&#233;rise la magie ? C'est le fait de supposer l'existence de relations effectives, actives, efficaces, entre corps sans que l'on puisse d&#233;montrer que ces relations ob&#233;issent aux lois de la physique. Par exemple qu'une aiguille plant&#233;e dans une poup&#233;e puisse provoquer une maladie ou la mort de celui ou celle que la poup&#233;e est cens&#233;e repr&#233;senter. L'image ou le sensible, version Emanuele Coccia, tend &#224; d&#233;montrer l'existence d'une dimension propre aux images, dimension qui serait &#224; la fois prise dans la forme magique de la relation et dans une forme r&#233;pondant aux lois de la physique ou de la nature pour dire vite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est du moins ce qu'il propose avec sa th&#233;orie des m&#233;dias. &#171; Les m&#233;dias produisent ainsi dans le cosmos un continuum au sein duquel les vivants et le milieu deviennent physiologiquement ins&#233;parables : sans eux, la nature serait incapable d'engendrer l'esprit et la culture, et la rationalit&#233; n'aurait aucun acc&#232;s &#224; l'objectivit&#233;. &#187; (op. cit., p. 57)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il suppose donc, plut&#244;t qu'il ne d&#233;montre, l'existence d'une continuit&#233; entre mati&#232;re et pens&#233;e, entre vivant et pens&#233;e, entre sensible et intelligible pour le dire avec les mots du platonisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette fonction cosmologique et pas seulement gnos&#233;ologique des images nous conduit &#224; une l&#233;gitimation de la magie comme dimension propre des images, mais d'une forme de magie compatible avec une certaine rationalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seconde partie de ce livre tente donc de l&#233;gitimer cette hypoth&#232;se ou plut&#244;t cet axiome. Il va montrer comment le sensible est produit, instaurant avec ce vocabulaire avec ces m&#233;taphores, l'&#233;quivalence entre sensible et production ou &#233;mission des images.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si cette d&#233;monstration est possible, c'est parce que l'image est partout. Elle n'est pas seulement l'image au sens visuel mais au sens intellectuel et m&#233;taphorique. L'image est partout parce que l'image est la racine et la source de la pens&#233;e, parce qu'elle hante le sensible et donc les corps et les esprits, les images mat&#233;rielles comme le langage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sch&#233;ma g&#233;n&#233;ral de cette diss&#233;mination g&#233;n&#233;ralis&#233;e mais ordonn&#233;e, vient de ce qu'il a formul&#233; bien avant la structure m&#234;me du sujet pensant dans sa relation au sensible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Notre forme existe selon quatre modalit&#233;s diff&#233;rentes : comme corps qui se r&#233;fl&#233;chit dans le miroir, comme sujet qui se pense et fait l'exp&#233;rience de soi, comme forme qui existe dans le miroir et comme concept ou image dans l'&#226;me du sujet pensant qui permet &#224; ce dernier de se penser lui-m&#234;me. L'existence du sensible dans le monde suffit &#224; d&#233;montrer l'inutilit&#233; du rasoir d'Ockham. &#187; (op. cit., p. 47)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'&#233;conomie qui est la base de la science, la vie sensible r&#233;pond, elle, par une prolif&#233;ration non rationnelle ou non conceptuelle. S'il semble d&#233;noncer la validit&#233; du rasoir d'Ockham, il n'en reste pas moins que son hypoth&#232;se, dans sa formulation pour le moins &#233;l&#233;gante et concise : l'image c'est-&#224;-dire le sensible et inversement, il n'en reste donc pas moins cette hypoth&#232;se est en quelque sorte tr&#232;s &#233;conomique, rapport&#233;e &#224; la d&#233;monstration qui le suit.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce que finalement il conteste, c'est le primat de la raison sur le sensible et ce qu'il propose c'est une sorte de gen&#232;se de la raison &#224; partir du sensible. Il faut pour cela tenter de montrer comment ce passe s'effectue et de rendre compte de cette continuit&#233; par contigu&#239;t&#233; entre sensible et raison entre sensible et pens&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2391 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L220xH259/01-Ockham-a1c50.jpg?1509812680' width='220' height='259' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;[Le rasoir d'Occam ou rasoir d'Ockham est un principe de raisonnement que l'on attribue au fr&#232;re franciscain et philosophe Guillaume d'Ockham (XIVe si&#232;cle), mais qui &#233;tait connu et formul&#233; avant lui :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Les multiples ne doivent pas &#234;tre utilis&#233;s sans n&#233;cessit&#233;. &#187; (&#171; pluralitas non est ponenda sine necessitate &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;nonc&#233; &#171; Entia non sunt multiplicanda praeter necessitatem &#187;, litt&#233;ralement &#171; Les entit&#233;s ne doivent pas &#234;tre multipli&#233;es par del&#224; ce qui est n&#233;cessaire &#187;, est une variante souvent attribu&#233;e &#224; Guillaume d'Ockham sans cependant qu'il y en ait trace dans ses &#233;crits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une formulation plus moderne est que &#171; les hypoth&#232;ses les plus simples sont les plus vraisemblables &#187;. C'est un des principes fondamentaux de la science.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi appel&#233; &#171; principe de simplicit&#233; &#187;, &#171; principe de parcimonie &#187;, ou encore &#171; principe d'&#233;conomie &#187;, il exclut la multiplication des raisons et des d&#233;monstrations &#224; l'int&#233;rieur d'une construction logique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le principe du rasoir d'Ockham consiste &#224; ne pas utiliser de nouvelles hypoth&#232;ses tant que celles d&#233;j&#224; &#233;nonc&#233;es suffisent, &#224; utiliser autant que possible les hypoth&#232;ses d&#233;j&#224; faites, avant d'en introduire de nouvelles, ou, autrement dit, &#224; ne pas apporter aux probl&#232;mes une r&#233;ponse sp&#233;cifique, &lt;i&gt;ad hoc&lt;/i&gt;, avant d'&#234;tre (pratiquement) certain que c'est indispensable, sans quoi on risque d'escamoter le probl&#232;me, et de passer &#224; c&#244;t&#233; d'un th&#233;or&#232;me ou d'une loi physique. &#171; Nous ne devons admettre comme causes des choses de la nature au-del&#224; de ce qui est &#224; la fois vrai et suffisant &#224; en expliquer l'apparence &#187; Isaac Newton.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;# Aristote : &#171; Il vaut mieux prendre des principes moins nombreux et de nombre limit&#233;, comme fait Emp&#233;docle &#187; (&lt;i&gt;Physique&lt;/i&gt;, I, 4, 188a17).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;# Adage scolaire d&#233;riv&#233; d'Aristote : &#171; C'est en vain que l'on fait avec plusieurs ce que l'on peut faire avec un petit nombre. Frustra fit per plura quod potest fieri par pauciora. &#187; Cit&#233; par Guillaume d'Ockham (&lt;i&gt;Summa totius logicae&lt;/i&gt;, I, 12) (1323)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;# Guillaume d'Ockham (1319) : &#171; Une pluralit&#233; ne doit pas &#234;tre pos&#233;e sans n&#233;cessit&#233;. Pluralitas non est ponenda sine necessitate &#187; (&lt;i&gt;Quaestiones et decisiones in quatuor libros Sententiarum cum centilogio theologico&lt;/i&gt;, livre II) (1319)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;# &#201;tienne Bonnot de Condillac (1715 -1780), en 1746, utilisa pour la premi&#232;re fois l'expression &#171; rasoir des nominaux &#187; dans une note en bas de page de son livre &lt;i&gt;Essai sur l'origine des connaissances humaines&lt;/i&gt; (Ire part., sect. V, &#167; 5, note a).]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Exc&#232;s&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'image comme le sensible sont &#171; exc&#232;s &#187; et d'une certaine mani&#232;re, c'est la vie, dans sa prolif&#233;ration incessante, qui est exc&#232;s. Sans cette puissance infinie d'amplification, de multiplication, sans cet &#233;cart permanent entre l'infinit&#233; des possibilit&#233;s contenues dans les semences et la r&#233;alisation des formes achev&#233;es, la vie n'existerait pas. Mais ce qui prend forme, se coagule, se r&#233;ifie, et s'installe dans la dur&#233;e en vue de durer et de se maintenir dans sa forme, dans son &#234;tre dirait Spinoza, ne peut en aucun cas rompre avec cette vitalit&#233; de la vie qui se manifeste par cet exc&#232;s m&#234;me.&lt;br class='autobr' /&gt;
D'une certaine mani&#232;re, l'homme n'a de cesse de tenter &#224; la fois de contr&#244;ler cette prolif&#233;ration et de la redoubler, d'en devenir ma&#238;tre par ce contr&#244;le m&#234;me. C'est un des aspects non n&#233;gligeables de l'invention technique que d'&#234;tre le vecteur de cette tentative qui inclut cependant en lui la tentation de relancer cette prolif&#233;ration au moyen m&#234;me de la production de nouveaux objets, de nouvelles entit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2470 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L261xH280/116_ruff2_-_copie-811c8.jpg?1509812680' width='261' height='280' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il essaie de nous montrer que la technique n'y est pour rien, puisque cette puissance prolif&#233;rante se manifeste au c&#339;ur m&#234;me de la production de sensible qu'est le sensible ou de la production d'image qu'est le sensible.&lt;br class='autobr' /&gt;
La seconde partie du livre, intitul&#233;e &lt;i&gt;Anthropologie du sensible&lt;/i&gt;, est donc une tentative de fonder dans le sensible ou plut&#244;t de montrer que l'essentiel de notre vie a lieu dans le sensible et que la raison n'est sans doute qu'une facult&#233; tardive jouant un r&#244;le limit&#233; dans nos vies. Si la vie est orient&#233;e, elle est orient&#233;e vers le sensible et d&#233;termin&#233;e par le sensible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Tout dans le vivant est destin&#233; &#224; produire du sensible : de la peau au cerveau, des mains &#224; la bouche, de la possibilit&#233; de faire des gestes qui peuvent &#234;tre vus, &#224; celle d'&#233;mettre des sons ou des odeurs qui permettent de modifier le monde &#187;. (op. cit., p. 65)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit moins de prouver l'existence d'une sorte de t&#233;l&#233;ologie implicite animant le vivant que de montrer en quoi nous sommes hant&#233;s par le sensible, c'est-&#224;-dire par les images et donc par la magie.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2469 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L210xH285/98-7-20-1-8-102_-_copie-0465d.jpg?1509812680' width='210' height='285' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
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&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pour le dire plus simplement, notre existence se d&#233;roule pour l'essentiel dans une sorte de nuage ou d'oc&#233;an de magie. Nous baignons dans un continuum que nous ne voyons pas, que nous ignorons, que nous avons appris &#224; ignorer en privil&#233;giant les d&#233;coupages issus de la raison et valid&#233;s par la conscience. C'est cette mani&#232;re de d&#233;couper dans le r&#233;el lors m&#234;me que le r&#233;el est en fait pris dans un flux constant qu'il conteste. Le flux de la vie dont le sensible est la forme &#224; la fois la plus imm&#233;diate et la plus aboutie, la moins r&#233;flexive et la plus pens&#233;e, ce flux de la vie dit trouver son concept et ce concept ne peut pas &#234;tre produit par la raison mais tir&#233; du sensible m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous l'avons d&#233;j&#224; &#233;voqu&#233;, mais c'est le c&#339;ur de cette seconde partie, il lui est n&#233;cessaire de poser la question de la continuit&#233; entre les diff&#233;rents aspects du monde, le monde, les corps, les images, la pens&#233;e, s'il veut pouvoir &#233;tablir une th&#233;orie du sensible et en d&#233;montrer la pertinence.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le constat qu'il fait est simple. Tout nous dit, tout nous montre, l'existence d'un &#233;cart, d'une distance, d'une s&#233;paration, celle qui existe entre les corps, entre les &#234;tres, entre les personnes, entre le ciel et la terre, entre les attentes de la raison et les intentions des corps. Et la langue de la raison ne cesse de nous r&#233;p&#233;ter que nous devons, pour vivre et penser, &#233;tablir de mani&#232;re claire, des distances entre nous et le monde, entre nous et autrui, entre notre corps et notre &#226;me. Et en m&#234;me temps, tout dans ce que nous faisons, dans le langage lui-m&#234;me, dans les images que nous produisons, celles de l'art en particulier, tout ce que nous entreprenons contre cette s&#233;paration, constitue des preuves incessantes du contraire, d'une unit&#233; du monde et du sensible ou du monde comme sensible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il semble en fait prendre au pied de la lettre cette tentation &#233;ternelle de la philosophie, celle de construire un pont entre monde et conscience, entre sentir, agir et penser. Peu attir&#233; par les constructions dialectiques, il tente de donner corps &#224; cet incorporel qui pourtant semble exister et m&#234;me exister partout et qui n'est plus l'air ou l'&#233;ther des Grecs, mais ces m&#233;dias, dont la fonction majeure, unique, est d'assurer le lien entre toutes les strates du r&#233;el.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2471 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L220xH218/bellmer_-_copie-39703.jpg?1509812680' width='220' height='218' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
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&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Mais il le fait en niant l'existence de cette s&#233;paration, ce qui est somme toute important quoi qu'il n'explique pas sinon en en cessant de le r&#233;p&#233;ter, que le sensible &#233;tant image il assure cette m&#233;diation de toute &#233;ternit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette prise de position est essentielle. Elle situe son propos sur le versant non substantialiste de la philosophie et ouvre la porte &#224; une r&#233;flexion sur les tenants et les aboutissants de la relation entre vivant et pens&#233;e. Et il affronte cette question &#224; partir de la notion de continuit&#233; comme en t&#233;moigne ce passage p. 69 : &#171; le lien de tout animal avec le monde &#8211; son lien de continuatio avec lui &#8211; n'est rendu possible que par les m&#233;dia qui l'entourent. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il voit dans l'image ou dans ce qu'il finit par appeler m&#233;dia ou m&#233;dium un monde &#171; en soi &#187; qui assure la continuit&#233; entre monde et sujet, entre r&#233;alit&#233; et perception et ce monde &#171; en soi &#187; est peupl&#233; d'images qui sont, non pas produites techniquement par des appareils, mais &#233;mises par les corps en tant qu'ils seraient en quelque sorte des appareils.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et cette continuit&#233; est assur&#233;e par les images puisque les images sont cens&#233;es disposer de cette facult&#233; d'assurer la continuit&#233; entre les diff&#233;rents niveaux du r&#233;el. Les images, c'est-&#224;-dire le sensible en tant qu'il est &#171; produit &#187; en permanence aussi bien par les corps que par les cerveaux. C'est le r&#244;le du chapitre 19, intitul&#233; &lt;i&gt;Du r&#234;ve&lt;/i&gt;, que de montrer que l'existence des images est non seulement une donn&#233;e indubitable du psychisme mais un point commun entre r&#233;alit&#233; mat&#233;rielle et r&#233;alit&#233; psychique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut donc qu'il fasse des images une sorte d'&#234;tre, mais un &#234;tre d'un genre particulier, un quasi &#234;tre dont les particularit&#233;s sont les suivantes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Une image n'est ni une perception en acte, ni l'objet per&#231;u, mais la forme de l'objet en tant que pure perceptibilit&#233; et perception en puissance, capable de stationner encore &#224; l'ext&#233;rieur de l'&#226;me. &#187; (op. cit., p. 73) Il ajoute &#224; la page suivante : &#171; un m&#233;dium est pr&#233;cis&#233;ment ce monde suppl&#233;mentaire qui vient apr&#232;s la nature des choses et des objets mais qui reste ant&#233;rieur &#224; chaque &#226;me, &#224; chaque psychisme, comme s'il s'arr&#234;tait sur le seuil de l'histoire de la culture apr&#232;s &#234;tre sorti du r&#232;gne naturel. &#187; (op. cit., p. 74)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est impossible de ne pas rapprocher l'id&#233;e fondamentale d'Emanuele Coccia de ce que nous avons vu fonctionner de mani&#232;re plus complexe chez Simondon. Cette propension vitale et vivante des images &#224; prolif&#233;rer ne peut pas ne pas nous rappeler le pr&#233;individuel simondonnien et ce qu'il appelait le contenu moteur des images.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le statut purement ambigu des images chez Emanuele Coccia renforce cette analyse. Rappelons que l'ambigu&#239;t&#233; consiste pr&#233;cis&#233;ment &#224; n'&#234;tre ni... ni&#8230;, c'est-&#224;-dire &#224; n'&#234;tre pas d&#233;termin&#233;e par un genre, lors m&#234;me que l'ambivalence se traduit elle par et... et&#8230;, c'est-&#224;-dire par la possibilit&#233; d'appartenir &#224; plusieurs classes. L'image ne rel&#232;ve donc d'aucune des cat&#233;gories habituelles &#224; travers lesquelles on pense l'image, mais elle est productrice de cette ambigu&#239;t&#233; qui caract&#233;rise le monde pr&#233;individuel chez Simondon, c'est-&#224;-dire non encore structur&#233; en cat&#233;gories.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'image chez Emanuele Coccia n'est pas seulement ambigu&#235;, elle est aussi productrice de monde. &#171; En p&#233;n&#233;trant dans l'&#226;me, elle y introduit un &#233;l&#233;ment &#233;tranger, elle ouvre un espace non psychologique, ni subjectif, ni objectif qui constituera le fond de tout acte intentionnel. &#187; (op. cit., p. 75)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ambigu&#239;t&#233; persiste parce que c'est sur cette ambigu&#239;t&#233; que se construit le monde des images tel qu'il le con&#231;oit. Cette ambigu&#239;t&#233; est ce qui caract&#233;rise l'&#234;tre de l'image qui est de ne pas r&#233;pondre aux caract&#233;ristiques habituelles des &#234;tres, vivants ou non, tout en disposant ou agissant en partie comme eux.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2472 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L300xH300/sanguinetti02_-_copie-bfaa5.jpg?1509812680' width='300' height='300' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'image n'est pas produite par l'homme comme l'est un objet, par le biais de la raison. Elle est &#233;mise par le corps, comme si celui-ci &#233;tait &#224; la fois une sorte d'appareil &#233;metteur qui servirait &#224; envoyer des signes vers l'autre, pour le tromper, le s&#233;duire, l'attirer vers lui, ou simplement communiquer avec lui, tout en assurant une r&#233;ception des signes &#233;mis par les autres, car il faut pouvoir les percevoir et les lire ces signes produits par les autres corps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d'autres termes, les images sont l'objet d'une double activit&#233; de projection et d'introjection. Bref nous sommes au c&#339;ur de la vie dans ce qu'elle a de plus essentiel et de plus primaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Introjeter et projeter, c'est conna&#238;tre. Cette &#233;quation constitue la base de cette seconde partie du livre dont la fonction est de l&#233;gitimer l'image comme vecteur et &#233;l&#233;ment de connaissance. Et en tant que vecteur et &#233;l&#233;ment de la connaissance, l'existence de l'image t&#233;moigne de l'existence de l'amplification comme moteur du vivant et de la pens&#233;e. &#192; ceci pr&#232;s que la pens&#233;e rationnelle semble moins soumise qu'elle le croit au rasoir d'Ockham et qu'elle ne peut s'opposer en fait &#224; la prolif&#233;ration qui constitue &#224; la fois la vie, le psychisme et la pens&#233;e. Il y a plus. Elle ne peut au mieux que la contr&#244;ler cette prolif&#233;ration et en fait elle y est soumise, puisque c'est elle qui est si l'on veut la manifestation et donc la preuve de l'existence du vivant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si donc magie il y a dans, avec et autour des images, cela tient &#224; leur capacit&#233; de faire exister ce monde ambigu interm&#233;diaire, un monde bien r&#233;el quoique impalpable, un monde distinct du r&#233;el et de l'int&#233;riorit&#233; psychique. Mais la magie n'est en ce sens qu'un terme qui sert &#224; d&#233;signer un domaine qui est h&#233;t&#233;rog&#232;ne &#224; la raison et partant au cogito (p. 81) ou qui en tout cas ne peut &#234;tre &#233;tudi&#233; par elle puisqu'il ob&#233;it &#224; d'autres lois et surtout ne semble pas r&#233;pondre &#224; celle qui est la sienne, l'&#233;conomie des moyens en vue des fins.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2474 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://www.tk-21.com/IMG/jpg/hockney_mother_-_copie.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH621/hockney_mother_-_copie-b9986.jpg?1772198835' width='500' height='621' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le monde de l'image est un monde sans finalit&#233;. M&#234;me le mim&#233;tisme trouve sa source dans cette force constante mais non sp&#233;cifi&#233;e qui se manifeste &#224; travers l'existence de chaque forme de pouvoir &#234;tre dupliqu&#233;e ou de pouvoir exister comme image. &#171; L'imitation est cette vie secr&#232;te et v&#233;hiculaire des formes &#187; &#233;crit-il p. 86.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;couplant ainsi l'imitation du sujet ou de l'individu, il permet de lib&#233;rer l'image du pouvoir de la conscience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son livre se construit dans une sorte de jeu de reflets et de double.&lt;br class='autobr' /&gt;
L&#224; o&#249;, dans la premi&#232;re partie, le miroir venait &#233;tayer son analyse et donner une sorte de preuve concr&#232;te de sa conception de l'image et de ses puissances propres, le r&#234;ve vient jouer le m&#234;me r&#244;le dans la seconde partie. Cette partie concerne, comme on l'a compris, le corps vivant et sentant et donc aussi le psychisme en tant qu'il est sujet aux images, c'est-&#224;-dire susceptible de les recevoir et surtout de les produire, et non plus l'image en tant que telle.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2473 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH150/dorfman_kansi_0606_73a_-_copie-7caa5.jpg?1509812680' width='150' height='150' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Relevant de la vie int&#233;rieure des individus, des corps pensants et sentants, le r&#234;ve fonctionne au niveau de l'int&#233;riorit&#233; suppos&#233;e des &#234;tres, comme le miroir fonctionnait du c&#244;t&#233; des choses. Le r&#234;ve est &#224; sa mani&#232;re aussi une sorte de machinerie &#224; produire des images. Le moi, l'int&#233;riorit&#233; du sujet, est en fait non pas le si&#232;ge d'une instance du type conscience qui ordonne les perceptions et gouverne les actions, mais bien une sorte de caverne d'Ali-baba dans laquelle se produisent et se multiplient &#224; l'infini des images. Le r&#234;ve est la forme pr&#233;individuelle d'une production amplifiante qui ne cesse d'exister de se manifester dans le &#171; sujet &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On constate cependant la limite de sa r&#233;flexion dans ce chapitre dans la mesure o&#249; il est contraint de substantialiser l'image en en faisant &#171; la mati&#232;re m&#234;me ou la vie m&#234;me dont tout se trouve fait et o&#249; tout s'alimente &#187;. (op. cit., p. 92)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il faut lui attribuer le m&#233;rite de donner une sorte de formulation po&#233;tique du monde des images.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi se dessine une forme d'int&#233;riorit&#233; qui n'a rien &#224; voir avec l'int&#233;riorit&#233; telle que nous la concevons en g&#233;n&#233;ral. Elle est en fait le produit d'une sorte de double ext&#233;riorisation qui formerait un pli particulier en se repliant et se d&#233;pliant &#224; l'infini.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On se souvient de cette d&#233;finition de l'&#233;motion donn&#233;e par Michel Gu&#233;rin. Il y a une dimension &#233;motionnelle forte dans l'image telle que la pense Emanuele Coccia. &#171; Sur le terrain de l'exp&#233;rience ou de la perception, la ligne qui s&#233;pare sujet et objet est bien moins nette qu'on ne veut l'imaginer. L'un et l'autre sont des aspects de l'actualit&#233; perceptive. L'intimit&#233; est cette co&#239;ncidence entre existence et perceptibilit&#233;, qui d&#233;finit le monde comme un champ o&#249; tout se distingue selon des degr&#233;s r&#233;ciproques d'intensit&#233; de perception et de perceptibilit&#233;. &#187; (op. cit., p. 97)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On le v&#233;rifie largement au cours de la lecture, le probl&#232;me auquel il fait face est celui de l'articulation entre continuit&#233; et contigu&#239;t&#233;, c'est-&#224;-dire entre les formes magiques de la transmission et les formes rationnelles de la transmission.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le sensible d&#233;finit l'infiniment appropriable. Une image est ce qui permet au sujet de s'approprier une forme sans transformer sa nature ni l'objet dont l'image est une semblance. &#187; (op. cit., p. 107)&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2476 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L200xH153/t_ex1049_rineke_-_copie-dfdda.jpg?1509812680' width='200' height='153' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Cette appropriation est en fait le nom susceptible de rendre compte de ce qui se passe avec les images, de l'effet qu'elles produisent au-del&#224; de la mani&#232;re dont elles se produisent ou sont produites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet effet est le c&#339;ur de la fin du texte. Daniela Goeller y reviendra la prochaine fois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je voudrais simplement terminer cette pr&#233;sentation en relevant cette phrase. &#171; C'est gr&#226;ce &#224; l'espace m&#233;dial que chaque vivant peut s'approprier les images. Tout m&#233;dium transforme le monde contigu en un nouvel espace m&#233;dial capable d'acqu&#233;rir et de transmettre la forme sensible qui s'est form&#233;e en lui. &#187; (op. cit., p. 107)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enjeu est d'importance, mais sa belle construction ne nous a pas v&#233;ritablement appris de choses nouvelles. Elle nous met face &#224; la n&#233;cessit&#233; de prolonger au contraire notre interrogation en direction des images psychiques et surtout des effets produits par les images.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leur puissance propre qui est d'influencer ceux qui les re&#231;oivent, semble contredire l'id&#233;e qu'elles ne changent en rien le statut de ce dont elles sont l'expression ni des instances mat&#233;rielles ou psychiques qui les accueillent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce point est essentiel. Il ne s'agit pas tant de pointer une contradiction interne dans ce texte que d'y voir la manifestation d'une difficult&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
En fait ce qui lui importe c'est de rester dans le champ infrapsychique ou pr&#233;individuel du fonctionnement des images comme images motrices.&lt;br class='autobr' /&gt;
S'il confesse que &#171; tout comme chaque image ext&#233;rieure a des cons&#233;quences psychog&#232;nes pour celui qui la re&#231;oit, chaque image que nous &#233;mettons produit des effets [...] elles agissent avant toute chose. &#187; (op. cit., p. 111)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fin de son livre va parler des v&#234;tements de la mode de la mani&#232;re dont chaque &#234;tre vivant &#233;met des signaux vers le dehors &#224; destination de personne ou de chacun, de ses proies ou de ses amis potentiels. Mais en fait ce qu'il tente c'est de montrer que nous sommes d&#233;termin&#233;s par ce niveau pr&#233;individuel des images motrices jusques et y compris dans la formation des id&#233;es de notre raison et que celles-ci sont et restent secondes dans l'ordre de la puissance.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2475 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L383xH383/sally_gall_13_03_-_copie-09a0c.jpg?1509812680' width='383' height='383' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Cette apologie de l'image comme manifestation de la vie sensible en nous ne nous a pas appris grand choses de nouveau sur les images ou sur l'image, sinon, et ce n'est pas rien, qu'elle nous conduit &#224; accepter de reconna&#238;tre que notre monde est beaucoup plus d&#233;termin&#233; et gouvern&#233; par une forme complexe mais r&#233;elle de magie que par la raison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cela aussi ne le savions nous pas depuis toujours ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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