<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?><?xml-stylesheet title="XSL formatting" type="text/xsl" href="http://www.tk-21.com/spip.php?page=backend.xslt" ?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>TK-21 </title>
	<link>https://www.tk-21.com/</link>
	<description>TK-21 suit les nouvelles formes que prend le conflit entre mots et images. TK-21 d&#233;crypte la r&#233;alit&#233;, les ombres, les croyances. Images, appareils, soci&#233;t&#233;, cerveau, ville sont ses cinq vecteurs d'analyse.</description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="http://www.tk-21.com/spip.php?id_rubrique=23&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />

	<image>
		<title>TK-21 </title>
		<url>http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L144xH172/siteon0-33817.png?1772187034</url>
		<link>https://www.tk-21.com/</link>
		<height>172</height>
		<width>144</width>
	</image>



<item xml:lang="fr">
		<title> IX - Walter Benjamin - La question de l'aura</title>
		<link>http://www.tk-21.com/Seminaire-2007-2008-IX-Walter</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.tk-21.com/Seminaire-2007-2008-IX-Walter</guid>
		<dc:date>2008-06-05T17:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Louis Poitevin</dc:creator>


		<dc:subject>photographie</dc:subject>
		<dc:subject>s&#233;minaire</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Il appara&#238;t n&#233;cessaire de tenter au terme de cette ann&#233;e et de cet ensemble de conf&#233;rences sur Walter Benjamin d'esquisser non pas une d&#233;finition de l'aura, Walter Benjamin en donne quelques-unes, mais une compr&#233;hension de ce en quoi ce concept a marqu&#233; la saisie d'une mutation importante toujours en cours dans le psychisme humain.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://www.tk-21.com/2007-2008-La-Chambre-Claire" rel="directory"&gt;2007-2008 &#034;La Chambre Claire&#034;&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.tk-21.com/photographie" rel="tag"&gt;photographie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tk-21.com/seminaire" rel="tag"&gt;s&#233;minaire&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH121/arton295-ceaf4.jpg?1772187717' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='121' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Il appara&#238;t n&#233;cessaire de tenter au terme de cette ann&#233;e et de cet ensemble de conf&#233;rences sur Walter Benjamin d'esquisser non pas une d&#233;finition de l'aura, Walter Benjamin en donne quelques-unes, mais une compr&#233;hension de ce en quoi ce concept a marqu&#233; la saisie d'une mutation importante toujours en cours dans le psychisme humain.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La forme d'une d&#233;liaison&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il appara&#238;t n&#233;cessaire de tenter au terme de cette ann&#233;e et de cet ensemble de conf&#233;rences sur Walter Benjamin d'esquisser non pas une d&#233;finition de l'aura, Walter Benjamin en donne quelques-unes, mais une compr&#233;hension de ce en quoi ce concept a marqu&#233; la saisie d'une mutation importante toujours en cours dans le psychisme humain.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2034 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L330xH500/02-benjamin-chiffonnier-ange-1662f.jpg?1509817415' width='330' height='500' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Jean-Michel Palmier dans son ouvrage posthume sur Walter Benjamin&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Walter Benjamin, le chiffonnier, l'ange, et le petit bossu, Klincksieck, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; a particuli&#232;rement bien d&#233;frich&#233; le terrain de la gen&#232;se de l'aura.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le terme d'aura est un terme th&#233;ologique emprunt&#233; probablement au vocabulaire de la th&#233;osophie. Il d&#233;signe aussi ce cercle d'or qui entoure les t&#234;tes de la Vierge, du Christ ou des saints dans les ic&#244;nes. Mais chez Walter Benjamin, on le sait, le terme d'aura a une signification &#224; la fois plus pr&#233;cise et plus ind&#233;termin&#233;e. Et bien avant qu'il n'en donne une d&#233;finition qui l'inscrive dans le champ de l'esth&#233;tique, le terme d'aura a &#233;t&#233; utilis&#233; &#224; propos d'exp&#233;riences tout &#224; fait distinctes de l'exp&#233;rience esth&#233;tique, mais qui s'en rapprochent en un sens puisqu'il s'agit de ses exp&#233;riences avec le haschich et donc d'exp&#233;riences qui modifient la perception que l'on a des choses des &#234;tres, du r&#233;el.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est &#224; partir de sa disparition que Walter Benjamin pense ce concept, c'est &#224; partir du sentiment de son in&#233;vitable effacement qu'elle devient en quelque sorte pensable.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2035 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L255xH347/01-benjamin-5b48a.jpg?1509817415' width='255' height='347' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Alors de quoi s'agit-il ? Il s'agit non pas tant d'une chose ou d'une forme accompagnant les objets, m&#234;me si cette approche fait partie de la d&#233;marche de Walter Benjamin, mais bien plut&#244;t du nom qu'il donne &#224; cette mutation psychique, &#224; cette transformation g&#233;n&#233;rale de la perception qui accompagne la naissance de la photographie et surtout &#224; ce saut qui la fait passer du domaine de l'histoire et de l'art au domaine de l'actualit&#233; avec le d&#233;veloppement des techniques de reproduction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous n'entrerons pas aujourd'hui dans le champ de questions concernant la totalit&#233; de l'&#233;volution du concept d'aura chez Walter Benjamin, mais nous nous concentrerons sur le fait que le terme d'aura traduit une modification majeure de la perception. En quoi donc tient cette modification de notre perception par la photographie et par son passage &#224; la reproduction m&#233;canis&#233;e ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les aspects li&#233;s &#224; la technique sont importants. Le premier d'entre eux et le plus essentiel est sans doute le fait que l'image photographique rapproche de nous ce qui est loin de nous. Elle agrandit et miniaturise &#224; la fois. En d'autres termes elle rapproche et permet de voir des choses qui jusqu'ici n'&#233;taient pas visibles dans les conditions normales de la vision. Elle transforme bien les conditions de la perception. (cf l'anecdote avec Adrienne Monnier in Jean-Michel Palmier, op. cit., p. 628, n.15).&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2036 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L454xH305/03-niepce-toit-8203f.jpg?1509817415' width='454' height='305' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est sans aucun doute la reproduction technique et la diffusion de masse d'une &#339;uvre qui est cause de cette perte de l'aura par quoi se signe pr&#233;cis&#233;ment l'existence de l'aura. Avec l'aura on se trouve dans une situation &#233;trange puisque l'on d&#233;couvre d'une certaine mani&#232;re l'existence de quelque chose au moment m&#234;me o&#249; elle commence &#224; dispara&#238;tre. En fait ce n'est pas son existence que l'on d&#233;couvre mais le fait que quelque chose est en train de nous arriver &#224; nous hommes perceptifs qui est tel que ce qui nous arrive se montre &#224; travers l'effacement d'un quelque chose que jusqu'ici nous ne percevions pas parce que nous n'y pr&#234;tions pas attention. Nous en jouissions de fait mais c'est au moment o&#249; cette jouissance nous est comme retir&#233;e que nous prenons conscience de ce dont nous disposions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enjeu de l'aura est bien un enjeu li&#233; &#224; la sensation et &#224; la perception ou encore de mani&#232;re plus g&#233;n&#233;rale le signe d'une crise de l'exp&#233;rience. En quoi consiste cette crise ? Dans le fait que comme le dit Val&#233;ry il existe dans l'art &#171; une partie physique ne pouvant &#234;tre soustraite aux entreprises de la connaissance et de la puissance moderne &#187; et cette partie est ce qui rel&#232;ve pr&#233;cis&#233;ment de la sensation et la perception, ou si l'on veut tout ce qui rel&#232;ve directement ou indirectement du plaisir de la jouissance et plus avant encore de la stupeur du choc, de la r&#233;v&#233;lation, de modification de la perception inh&#233;rente &#224; toute exp&#233;rience artistique et pr&#233;c&#233;demment cultuelle ou magique.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2037 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L255xH193/03-meule-talbot-2a79d.jpg?1509817415' width='255' height='193' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ce que je voudrais relever ici ce sont les liens entre l'aura et le monde magique ou une conception magique du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revenons un instant sur ce que permettent les techniques modernes de reproduction. Elles assurent &#224; l'&#339;uvre d'art une sorte d'ubiquit&#233; comme le disait encore Val&#233;ry mais aussi elles arrachent l'&#339;uvre &#224; son ici et maintenant singulier, ici et maintenant qui est en fait compos&#233; aussi de toute l'histoire de l'&#339;uvre de son &#233;paisseur historique en tant qu'&#339;uvre et en tant qu'ayant &#233;t&#233; envelopp&#233;e dans des si&#232;cles de perception humaine. C'est bien s&#251;r l&#224; le caract&#232;re d'authenticit&#233; dont parle Walter Benjamin. Mais en fait si donc une &#339;uvre est la somme de ses traces et si elle ne pouvait &#234;tre per&#231;ue qu'&#224; travers une exp&#233;rience directe et singuli&#232;re, par la photographie elle &#233;chappe &#224; une perception directe, elle n'est plus r&#233;ductible &#224; son &#234;tre m&#234;me, &#224; son original donc. Elle peut &#224; la fois &#234;tre agrandie ou miniaturis&#233;e et ainsi transport&#233;e dans des lieux qui ne sont pas le sien propre. La conjonction ontologique entre la chose et son lieu se trouve ainsi d&#233;faite et cette d&#233;liaison me semble sans doute l'aspect le plus important au sens o&#249; il d&#233;termine la suite en quelque sorte. Et ce que nous vivons aujourd'hui ce sont bien les cons&#233;quences de cette d&#233;liaison et les tentatives d'inventer d'autres comportements r&#233;pondant &#224; cette nouvelle situation.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Conscience et horizon d'attente&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Jean-Michel Palmier montre que l'aura est caract&#233;ris&#233;e comme un certain type de perception. Il rapporte cette perception &#224; la question de l'horizon d'attente qui caract&#233;rise l'approche ph&#233;nom&#233;nologique husserlienne. (p. 633). Mais ce qui appara&#238;t &#224; l'horizon de la conscience c'est toujours un objet ou quelque chose qui rel&#232;ve de cette cat&#233;gorie. La question que nous devons sans doute nous poser c'est de savoir si les images sont en ce sens des objets. &#192; l'&#233;vidence, non. Et leur statut m&#234;me, leur mat&#233;rialit&#233; toute particuli&#232;re, signale d'entr&#233;e de jeu en quoi la perception se trouve modifi&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2038 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH379/04-Atget-e7268.jpg?1772194118' width='500' height='379' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ce qui appara&#238;t donc &#224; travers ce passage, c'est que la dissolution de l'&#233;l&#233;ment auratique est li&#233;e &#224; un ph&#233;nom&#232;ne plus large, celui de la donation de sens, de la &lt;i&gt;Sinngebung&lt;/i&gt;. Mais pr&#233;cis&#233;ment ce qu'il nous faut tenter de comprendre, c'est le statut de la conscience qui per&#231;oit les images ou qui est form&#233;e par elles. Car, comme le remarque encore Jean-Michel Palmier, page 636 : &#171; n'importe quel objet peut devenir le support d'une perception auratique, s'il s'inscrit sur l'horizon d'attente d'une sensibilit&#233; qui l'investit en fonction de facteurs &#233;minemment subjectifs &#187;. Percevoir l'aura d'une chose, c'est en relever la dimension proprement magique. Mais cette magie-l&#224; est proprement li&#233;e &#224; l'histoire et &#224; l'unicit&#233;. Acte solitaire, la perception auratique est donc en fait du c&#244;t&#233; de la saisie de ph&#233;nom&#232;nes qui contredisent les formes m&#234;me de la conscience ou du moins de la croyance en la toute puissance de la rationalit&#233;. Et pourtant cette exp&#233;rience se situe &#224; la fois &#224; ses marges et sous elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le paradoxe de cette situation est le suivant : percevoir l'aura, c'&#233;tait baigner dans un monde rationnel tout en reconnaissant &#224; travers la valeur attribu&#233;e &#224; l'&#339;uvre d'art une autre source possible de la connaissance qui serait donc non ratio&#239;de.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2039 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH409/05-Chiffonniers-Atget-502af.jpg?1509817415' width='500' height='409' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Perdre l'aura cela consiste &#224; se trouver face &#224; des images qui annulent les conditions m&#234;me de la perception &#224; la fois les conditions mat&#233;rielles de la perception mais surtout par le fait que ces images abolissent l'objet en tant qu'objet pour le livrer en tant qu'image. Face &#224; la perception auratique donc, envahissant le monde de ses doubles, les images photographiques et cin&#233;matiques et leur magie nouvelle et d'une puissance incontournable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il faut encore y revenir qu'est donc cette perception auratique ? Le travail de Jean-Michel Palmier est essentiel sur ce point.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; ce qu'il note en &#233;voquant que les premi&#232;res apparitions du mot aura se trouvent chez Walter Benjamin dans de texte relatifs au haschich et mettent en &#339;uvre un champ d'exp&#233;rience de type psychotique. (cf, p. 637).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi on se trouve donc devant deux entr&#233;es, l'une qui se fait par rapport &#224; l'objet, l'&#339;uvre d'art, l'autre qui se fait par le sujet &#224; travers cette forme d'exp&#233;rience de mise hors de soi, d'arrachement aux conditions habituelles de l'existence et de la perception.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du c&#244;t&#233; de l'&#339;uvre, elle perd sa dimension auratique par sa miniaturisation et par le fait qu'elle perd son enracinement local et ontologique. Par cons&#233;quent son aura, c'est la puissance magique que lui conf&#232;re non pas tant une perception directement psychotique qu'une perception de type psychotique mais dilu&#233;e par l'histoire et dans l'histoire et qui de ce fait &#233;tait acceptable par la raison puisque transmissible par la raison comme exp&#233;rience vivante.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2040 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L392xH317/06-vertov-camera-f659d.jpg?1509817415' width='392' height='317' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En fait il &#233;tait possible de faire la m&#234;me exp&#233;rience en tout cas le m&#234;me type devant les m&#234;mes objets. C'est cela que pr&#233;suppose encore aujourd'hui la perception de l'art. Il s'agit bien d'une sorte de distance particuli&#232;re o&#249; le tr&#232;s loin est proche mais pas top proche et le tr&#232;s pr&#232;s s'&#233;loigne dans un lointain n&#233;anmoins susceptible de nous toucher. L'&#339;uvre d'art conservait une version transmissible de cette magie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La photographie et le cin&#233;ma font na&#238;tre une nouvelle magie. Cette magie est diff&#233;rente de celle de l'&#339;uvre et l'exp&#233;rience que cela fait vivre est elle aussi nouvelle. C'est la perte de l'aura, c'est-&#224;-dire d'une part de la croyance possible en la magie, qui serait recueillie par l'&#339;uvre et se trouverait donc en elle, la marchandise et le f&#233;tichisme auquel elle donne lieu mettant cette magie de l'&#339;uvre hors course. D'autre part se manifesterait l'impossibilit&#233; de croire en cette magie. Voil&#224; la dimension si l'on veut subjective ou plut&#244;t qui rel&#232;ve du sujet c'est-&#224;-dire de la perception elle-m&#234;me et cette dimension subjective est cependant le lieu d'une exp&#233;rience elle aussi psychotique. C'est du moins ce qu'il nous faut tenter de montrer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous relisons la page 637 du livre de Palmier, n'est-ce pas &#224; une sorte de d&#233;finition de ce que permet le cin&#233;ma que nous pouvons arriver ? Revenons un instant encore au texte &lt;i&gt;L'&#339;uvre d'art &#224; l'&#232;re de sa reproductibilit&#233; technique&lt;/i&gt;, page 107.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2041 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH394/07-vertov-oeil-f719a.jpg?1772194118' width='500' height='394' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Je ne veux ici retenir que cette dimension litt&#233;ralement narcissique dans laquelle nous plonge le cin&#233;ma. Et je crois que cela m&#233;riterait une analyse bien plus approfondie pour ne pas en rester &#224; une approche trop litt&#233;ralement psychologique du narcissisme. En tout cas ce qui ressort de tout cela, c'est un processus de d&#233;sontologisation c'est-&#224;-dire d'une mise &#224; distance g&#233;n&#233;rale de soi et du monde et d'une projection de soi et du monde sur l'&#233;cran d&#233;r&#233;alis&#233; des images mobiles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il y a bien un effet des images. Walter Benjamin le d&#233;crit parfaitement page 122. Les images p&#233;n&#232;trent le spectateur. Il le dit autrement mais comment ne pas entendre qu'une telle p&#233;n&#233;tration peut &#234;tre source d'une jouissance et que le fait d'&#234;tre comme envahi par ces voix ext&#233;rieures qui viennent &#224; la fois nous rassurer et nous dire comment agir dans le monde constitue une exp&#233;rience de type psychotique proche de celle qu'&#233;voque Jaynes ?&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2042 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L494xH600/07-ange-histoire-c565b.jpg?1509817415' width='494' height='600' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi je pense que pour nous aujourd'hui le d&#233;bat sur la lecture politique de l'aura et celui sur l'opposition Walter Benjamin / Theodor Adorno sont moins importants pour penser notre situation que cette question sur le statut m&#234;me de cet arrachement, de cette mise hors de soi, de cette mise hors jeu de l'exp&#233;rience directe des choses, c'est-&#224;-dire non m&#233;diatis&#233;e par ces images techniques qui s'accompagnent de ce narcissisme g&#233;n&#233;ralis&#233; qui est moins d'ailleurs une mani&#232;re de se regarder qu'une mani&#232;re de ne pas se voir autrement que comme faisant partie d'un r&#234;ve qu'inclus dans un monde magique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors si l'on a affaire &#224; une crise de la perception, on a affaire en fait &#224; un transfert de croyance. Nous sommes comme emport&#233;s vers et par une nouvelle croyance, croyance implicite de la puissance magique des images qui transforme notre perception en une attente de la poursuite de cette magie, non pas qu'il faille qu'elle se transforme en r&#233;alit&#233; n&#233;cessairement mais, qu'elle continue d'exister comme r&#234;ve que rien ne vienne rompre la magie le mirage l'illusion. Le d&#233;sir est essentiellement un d&#233;sir de maintenir les conditions d'existence de l'illusion et ne pas voir ce que cela co&#251;te ni ce que cela produit comme effets &#224; la r&#233;alit&#233; et dans la r&#233;alit&#233;. Cette d&#233;r&#233;alisation n'est pas compl&#232;te, la magie est illusoire, mais il faut qu'elle soit telle que l'on puisse y croire et cela n'a pas de prix ou il faut que cela continue &#224; tout prix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une note page 642, Jean-Michel Palmier &#233;crit que pour Walter Benjamin l'&#339;uvre d'art a deux dimensions, l'apparence et le jeu. L'apparence correspond &#224; la dimension magique, et le jeu &#224; la dimension technique. Le d&#233;clin de l'aura entra&#238;ne dans l'art le fl&#233;trissement de l'apparence mais augmente l'espace du jeu qui culmine dans le cin&#233;ma.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2043 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH334/09-ange-wenders-d4fe7.jpg?1509817415' width='500' height='334' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ce que nous sommes en train de vivre c'est une sorte de renforcement paradoxal de la puissance magique de l'apparence ou plus exactement une sorte de nouvelle situation psychique que j'&#233;voquais avec &lt;i&gt;L'invention de Morel&lt;/i&gt; et qui se caract&#233;rise par un nouveau partage. Il ne s'agit plus d'opposer la raison &#224; l'irrationnel ni de tenter de rendre acceptable et communicable des exp&#233;riences qui relevaient de l'irrationnel mais qui sous le nom d'&#339;uvres d'art devenaient acceptables pour la raison ou du moins in&#233;vitablement pensables, mais bien de comprendre que si les lumi&#232;res ont atteint un point d'inflexion, c'est que l'on assiste non pas &#224; une possibilit&#233; d'avanc&#233;e vers une super rationalit&#233;, mais au contraire &#224; une sorte de retour r&#233;el dans la structure psychique de l'irrationnel m&#234;me par les images.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi ce n'est plus &#224; une sorte de s&#233;paration et d'acceptation d'une zone de conciliation entre ratio&#239;de et non ratioide que l'on assiste mais &#224; une tentative de reconnaissance du non ratio&#239;de comme plus fondamental que le ratio&#239;de pour penser le monde. C'est du moins ce que le monde des images tente de nous faire accepter de nous faire croire et ceci met de facto la raison dans une position subalterne. C'est cela notre situation et c'est &#224; cela que nous devons faire face, une sorte de discr&#233;dit g&#233;n&#233;ral de la raison comme puissance rectrice des comportements humains. Elle devient l'adjuvant de ceux qui savent savants vrais ou savants fous, hommes politiques travaillant pour le bien de l'humanit&#233;, pour eux-m&#234;mes, pour leur clan ou pour la perte de l'humanit&#233;, cela n'importe plus comme crit&#232;re, mais qu'ils promettent de ne pas briser le r&#234;ve, de ne pas faire choir les images, de ne pas nous permettre de voir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; l'analyse de cette situation que je voudrais bien que nous consacrions l'ann&#233;e prochaine et donc &#224; une approche encore plus ouverte de la question des images en m&#234;lant analyse de textes sur l'image, et analyse de textes qui tentent de penser cette situation dans sa globalit&#233; et je vous proposerai de commencer par le texte de G&#252;nther Anders, &lt;i&gt;Le temps de la fin&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2044 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L448xH326/15-Klee-b425d.jpg?1509817415' width='448' height='326' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Walter Benjamin, le chiffonnier, l'ange, et le petit bossu&lt;/i&gt;, Klincksieck, Paris, 2006.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>VIII - Le pouvoir psychique des images</title>
		<link>http://www.tk-21.com/Seminaire-2007-2008-VIII-Le</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.tk-21.com/Seminaire-2007-2008-VIII-Le</guid>
		<dc:date>2008-05-03T17:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Louis Poitevin</dc:creator>


		<dc:subject>litt&#233;rature </dc:subject>
		<dc:subject>s&#233;minaire</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Le roman d'Aldolfo Bioy Casares, L'invention de Morel date de 1940. La dimension profond&#233;ment visionnaire de ce texte n'a &#233;chapp&#233; &#224; personne, mais il n'est pas certain que l'on ait pris en compte la question essentielle que ce texte nous pose aujourd'hui et que l'on pourrait formuler ainsi : Que nous veulent les images ? ou plut&#244;t : Que veut l'image en nous ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais de quelle image parle-t-on ?&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://www.tk-21.com/2007-2008-La-Chambre-Claire" rel="directory"&gt;2007-2008 &#034;La Chambre Claire&#034;&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.tk-21.com/litterature" rel="tag"&gt;litt&#233;rature &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tk-21.com/seminaire" rel="tag"&gt;s&#233;minaire&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH99/arton202-f89fd.png?1772194118' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='99' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le roman d'Aldolfo Bioy Casares, &lt;i&gt;&lt;strong&gt;L'invention de Morel&lt;/strong&gt;&lt;/i&gt; date de 1940. La dimension profond&#233;ment visionnaire de ce texte n'a &#233;chapp&#233; &#224; personne, mais il n'est pas certain que l'on ait pris en compte la question essentielle que ce texte nous pose aujourd'hui et que l'on pourrait formuler ainsi : Que nous veulent les images ? ou plut&#244;t : Que veut l'image en nous ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais de quelle image parle-t-on ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Question d'image&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Si, en effet, l'image dont il est ici question n'est pas ic&#244;ne ou tableau &#224; l'&#233;vidence elle en d&#233;rive, en descend ou si l'on pr&#233;f&#232;re recourir au vocabulaire th&#233;ologique, elle en proc&#232;de. Il est vrai pourtant que les images que ce roman invente sont d'un genre particulier, des images que l'on pourrait qualifier d'impossibles, mais qui par la vertu de cette fiction acc&#232;dent &#224; l'existence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, ce ne sont pas non plus, &lt;i&gt;stricto sensu&lt;/i&gt;, des images cin&#233;matographiques, m&#234;me si elles sont projet&#233;es par un appareil et qu'elles ont &#233;t&#233; enregistr&#233;es par un autre appareil. On peut dire qu'elles sont plut&#244;t des sortes d'hologrammes. Mais c'est bien sous le statut d'images qu'elles existent, d'images mobiles et projet&#233;es dans l'espace et cela &#224; l'infini.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les images invent&#233;es par Morel sont donc &#224; la fois des repr&#233;sentations de la r&#233;alit&#233; et une r&#233;alit&#233; en tant que telle, ce que sont toutes les images, mais elles sont aussi, m&#234;me si ce sujet n'est pas directement abord&#233; comme un probl&#232;me mais bien comme quelque chose de r&#233;solu, le r&#233;sultat de calculs savants ayant permis d'&#233;laborer et de construire une machine, ou plut&#244;t un appareil voire deux appareils, capables de produire et de projeter ces images.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme toutes les images &#171; invent&#233;e &#187; par des appareils, celles-ci ne sont donc plus d'abord des projections de la r&#233;alit&#233; mais bien des mat&#233;rialisations des concepts abstraits ayant permis de les r&#233;aliser. L'imagination de Bioy Casares est venue buter sur ce point essentiel et cela &#224; la fois au sens d'y tr&#233;bucher mais aussi au sens de le r&#233;v&#233;ler.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1067 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L223xH365/Bioy_Morel-d15fc.jpg?1509817415' width='223' height='365' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;R&#233;sum&#233; d'une histoire&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ce roman est donc le journal d'un fugitif qui pour &#233;chapper &#224; la justice de son pays finit par se r&#233;fugier sur une &#238;le apparemment d&#233;serte mais qui a la r&#233;putation d'&#234;tre le foyer d'une maladie myst&#233;rieuse. Entour&#233;e de mar&#233;cages, elle est domin&#233;e par un monticule central qui est occup&#233; par une b&#226;tisse solide comprenant une chapelle, un &#171; mus&#233;e &#187;, des chambres, des cuisines, des souterrains et m&#234;me une piscine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il choisit de vivre dans le mar&#233;cage, craignant que l'&#238;le ne soit visit&#233;e et qu'il soit repris par ces visiteurs &#233;ventuels, mais il se rend r&#233;guli&#232;rement dans la b&#226;tisse. Un jour, il entend des pas et des voix et aper&#231;oit des gens qui ont l'air d'habiter ces lieux. Il ne les a pas entendus ou vus arriver. Surmontant son angoisse, il les observe et finit par rep&#233;rer dans le groupe qui semble mener une vie de rentiers en vacances, une femme tr&#232;s belle dont il tombe amoureux. Au risque d'&#234;tre d&#233;couvert, il va tout tenter pour attirer son attention et se faire aimer d'elle. Mais, pas plus d'ailleurs que les autres habitants, elle ne semble remarquer sa pr&#233;sence.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1076 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L483xH350/XX_tt0453372_invention_de_morel__1967_photo-2-86f66.jpg?1509817415' width='483' height='350' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Bannissant toute prudence, il finit par se m&#234;ler &#224; leur vie. Il est alors contraint de remarquer de singuli&#232;res particularit&#233;s. D'une part, il leur arrive de r&#233;p&#233;ter les m&#234;mes gestes et les m&#234;mes paroles avec les m&#234;mes interlocuteurs. D'autre part, ils se livrent &#224; leurs occupations au demeurant frivoles sans tenir compte des conditions m&#233;t&#233;orologiques, comme de danser sur la terrasse au son d'un phonographe et sous une pluie torrentielle. Parfois, dans le ciel, il voit deux lunes ou deux soleils.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; cette aberration, il va se mettre &#224; &#233;chafauder des hypoth&#232;ses. Il est peut-&#234;tre le jouet d'hallucinations, ces personnes sont peut-&#234;tre des extra-terrestres, il est peut-&#234;tre mort ou il a tout simplement affaire &#224; des fous. Au cours de leurs r&#233;apparitions, il apprend &#224; conna&#238;tre leurs noms et s'aper&#231;oit que Morel, le chef du groupe tente, apparemment en vain, de s&#233;duire celle qu'il aime, Faustine, mais elle ne lui t&#233;moigne qu'une &#233;trange et absolue indiff&#233;rence, comme tous les autres d'ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Laissons au grand &#233;crivain fran&#231;ais Maurice Blanchot le soin de poursuivre ce r&#233;sum&#233; : &#171; Allons au d&#233;nouement. L'organisateur de cette petite compagnie est un savant qui a r&#233;ussi &#224; obtenir des &#234;tres et de toutes choses une image absolue, telle qu'elle s'impose &#224; tous les sens comme le double identique et incorruptible de la r&#233;alit&#233;. Le savant &#224; leur insu, a &#171; film&#233; &#187; ses amis, dans chaque instant de leur vie pendant une semaine qui sera &#233;ternelle et qui recommence chaque fois que les mar&#233;es mettent en mouvement la machinerie d'o&#249; d&#233;pendent les appareils de projection. Jusqu'ici, le r&#233;cit n'est qu'ing&#233;nieux. Mais il nous est r&#233;serv&#233; un second d&#233;nouement o&#249; l'ing&#233;niosit&#233; devient &#233;mouvante, poursuit Maurice Blanchot. Le fugitif vit donc aupr&#232;s des images, il vit aupr&#232;s de la fascinante jeune femme &#224; laquelle peu &#224; peu il se sent li&#233;, mais cependant pas assez, il voudrait entrer dans le cercle de son indiff&#233;rence, entrer dans son pass&#233;, modifier le pass&#233; au gr&#233; de son d&#233;sir ; d'o&#249; lui vient ce dessein : adapter ses gestes et ses paroles aux gestes et aux paroles de Faustine pour qu'ils se r&#233;pondent comme une allusion &#224; ce qu'un spectateur croirait &#234;tre leur intimit&#233; heureuse. Ainsi vit-il toute une semaine pendant laquelle, mettant en mouvement les appareils de prise d'images, il se fait reproduire avec elle et avec tous, devenant &#224; son tour image et vivant merveilleusement dans cette intimit&#233; imaginaire (naturellement il s'empresse de d&#233;truire la version de la semaine o&#249; il n'&#233;tait pas). Le voil&#224; d&#233;sormais heureux et m&#234;me une sorte de bienheureux : bonheur et &#233;ternit&#233; qu'il doit payer, c'est le prix, de sa mort, car les rayons sont mortels &#187;. (Maurice Blanchot, &lt;i&gt;Le livre &#224; venir&lt;/i&gt;, chapitre VII).&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1074 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH375/LINVENTION-DE-MOREL-97fb5.png?1509817416' width='500' height='375' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'enjeu de ce roman d'anticipation est bien celui-ci, tenter de comprendre ce qu'il en est de la puissance magique de l'image. Elle &#233;tait, en 1940, suffisamment install&#233;e dans nos vies pour avoir d&#233;voil&#233; &#224; ses observateurs les plus lucides, ses puissances les plus &#233;videntes. Mais le jeu de la fiction permettait d&#233;j&#224; d'&#233;voquer de mani&#232;re directe certains aspects plus violents, plus radicaux qui ne se sont r&#233;v&#233;l&#233;s dans toute leur puissance finalement qu'apr&#232;s un demi-si&#232;cle suppl&#233;mentaire de domination sur nos esprits.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Image sans raison&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'image, on le sait, nous lie, &#224; la fois &#224; nous-m&#234;me et &#224; l'autre, au regard de l'autre mais aussi &#224; cet autre qui est, au moins dans le mythe de la cr&#233;ation, celui qui nous cr&#233;a, pour le dire d'une formule qui relie les traditions platonicienne et chr&#233;tienne, &#224; la fois &#224; son image et &#224; sa ressemblance. Mais que signifie cette distinction ? Elle engage en fait la question de la pr&#233;sence, de la pr&#233;sence du divin dans l'image comme de la pr&#233;sence de l'humain. Le divin peut exister sous deux formes, celle des id&#233;es dans la tradition grecque et celle du corps, du corps du Christ, du dieu devenu homme, dans la tradition chr&#233;tienne. Le Dieu vivant est celui dont le visage dit-on s'imprima sur le linge que lui tendit V&#233;ronique, donnant ainsi naissance &#224; l'image acheiropo&#239;&#232;te, &#224; la premi&#232;re et ultime image, &#224; l'unique image, celle qui n'ayant pas &#233;t&#233; faite de main d&#8216;homme servit de base et de l&#233;gitimation au d&#233;veloppement de l'imagerie chr&#233;tienne et aux discours au sujet de la ressemblance et de l'image.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les deux traditions, nous savons que les choses ne furent pas si simples et que les positions de d&#233;part, platonicienne comme chr&#233;tienne, sont plut&#244;t iconoclastes qu'iconophiles. Si ce point est souvent &#233;voqu&#233;, on ne se demande que rarement pourquoi la pens&#233;e grecque et la pens&#233;e chr&#233;tienne sont, dans leurs textes fondateurs tout au moins, oppos&#233;es &#224; l'image.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re, c'est sans doute parce qu'elle est fascin&#233;e par les figures rationnelles que sont les id&#233;es et qu'elle pense qu'il est possible de rendre compte du r&#233;el par le texte et l'&#233;criture, &#224; travers une pens&#233;e dialogique. L'autre trouve dans les textes dont elle s'inspire, ceux de l'ancien testament et dans ceux qu'elle se met &#224; composer et qui deviendront le nouveau testament, les moyens suffisants permettant de rendre compte des relations entre l'homme et son cr&#233;ateur. Dans les deux cas, l'image est moins n&#233;cessaire qu'in&#233;vitable mais surtout &#224; combattre au nom d'une puret&#233; de la pens&#233;e qui ne s'atteint que par le texte ou d'une pl&#233;nitude de la pr&#233;sence qui ne s'atteint que par l'abolition de toute distance, de toute m&#233;diation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, sans doute faut-il le dire d'une mani&#232;re simple, la pens&#233;e et le cerveau ne se contentent pas, pour saisir le monde, de la seule pens&#233;e conceptuelle organis&#233;e lin&#233;airement. La saisie du monde passe aussi par cette dimension magique qui est celle de l'image, m&#234;me si elle ne se r&#233;duit pas &#224; celle de l'image, en ceci que l'image rend pr&#233;sent ce qui est absent l&#224; o&#249; le texte permet au mieux d'accepter l'absence en expliquant les raisons de cette absence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'image serait ainsi du c&#244;t&#233; du r&#234;ve ou de la magie, de l'irrationnel, l&#224; o&#249; le texte serait, lui, du c&#244;t&#233; de la raison, des raisons et du rationnel. Pourtant, l'image, les images sont aussi porteuses d'&#233;l&#233;ments qui permettent de s'orienter dans l'existence, et donc de connaissances, m&#234;me si elles sont d'un autre ordre. Et nous savons aussi que cette distinction, pour valide qu'elle soit, ne recouvre pas ce que l'histoire nous montre, &#224; savoir que les images et les textes ont toujours entretenu des relations complexes et m&#234;l&#233;es, si entrelac&#233;es m&#234;me, qu'il est parfois difficile de les s&#233;parer.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Que veut la conscience ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le personnage du roman &lt;i&gt;L'invention de Morel&lt;/i&gt; se trouve faire face &#224; un double probl&#232;me, celui de ne pas disposer des livres dont il aurait besoin et celui d'&#234;tre confront&#233; &#224; des images qui sont &#224; la fois plus que des images bidimensionnelles et pourtant rien que des images. Au fond, sa situation est la m&#234;me que celle de l'homme moderne qui se trouve avec des textes devenus opaques et qui ne lui permettent plus de poursuivre v&#233;ritablement sa qu&#234;te, et qui se trouve envahi par des images qui, elles, dressent devant lui les apparences d'un paradis d'affects purs. Mais si elles ne permettent pas d'acc&#233;der &#224; une transmission des connaissances qui est la seule forme r&#233;ellement acceptable d'&#233;ternit&#233;, il semble pourtant qu'elles en offrent une autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne les rapports aux images, on sait ce qu'il en est dans le roman, elles prennent toute leur puissance dans la mesure o&#249; parmi elles, se trouve une femme dont le h&#233;ros tombe amoureux. En ce qui concerne les livres voici ce que l'on peut lire au d&#233;but du roman : &#171; Il y a un hall, aux biblioth&#232;ques in&#233;puisables et incompl&#232;tes : on n'y trouve que des romans, de la po&#233;sie, du th&#233;&#226;tre&#8230;/&#8230; J'ai parcouru les rayons, en qu&#234;te d'une documentation pour certaines recherches que mon proc&#232;s avait interrompues et que je souhaitais poursuivre dans la solitude de l'&#238;le (je crois que nous perdons l'immortalit&#233; parce que la r&#233;sistance &#224; la mort n'a pas &#233;volu&#233; ; nous insistons sur l'id&#233;e premi&#232;re, rudimentaire, qui est de retenir vivant le corps tout entier. Il suffirait de chercher &#224; conserver seulement ce qui int&#233;resse la conscience) &#187; (p. 17-18). Or qu'est-ce qui int&#233;resse la conscience ? C'est sans doute la question implicite qui hante ce texte. Ce qui est certain, c'est qu'elle est comme rendue impuissante par la faillite des textes &#224; rendre le monde transmissible et donc &#233;ternel.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1073 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L276xH400/La-invencion-de-Morel-de-Adolfo-Bioy-Casares-0d8a3.jpg?1509817416' width='276' height='400' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Cette faillite des textes est certes m&#233;taphorique, mais elle est effective dans la trame narrative du roman. En effet, aucun livre ne va &#234;tre consid&#233;r&#233; par le h&#233;ros comme susceptible de lui ouvrir les portes de l'&#233;ternit&#233;, entendons lui permettre d'envisager la mise en place d'une transmission durable de ce qui pour lui se r&#233;v&#232;le essentiel. En d'autres termes les textes ne sauvent plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se pose donc aussi la question de ce qui peut para&#238;tre essentiel &#224; un homme qui, m&#233;taphore l&#224; aussi de l'humanit&#233; perdue dans un cosmos inhospitalier, est seul et sans aucune ressource, sur une &#238;le qui se r&#233;v&#232;le n'&#234;tre pas d&#233;serte, mais hant&#233;e, mais des sortes de fant&#244;mes humains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ce qui va lui para&#238;tre essentiel, ce ne sera pas de sauver une forme ou une autre du savoir, ni m&#234;me de chercher &#224; comprendre le contenu de &lt;i&gt;L'invention de Morel&lt;/i&gt; et de le transcrire afin de le transmettre &#224; ceux qui viendraient un jour sur l'&#238;le, mais bien de sauver ce qui n'a pourtant aucune autre existence que fictive, l'amour absolu qu'il &#233;prouve pour une morte qui hante l'espace temps sous la forme d'une image tridimensionnelle et avec laquelle il n'a d'autre relation que celle qu'il invente de toute pi&#232;ce, dans ses r&#234;ves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui hante la conscience ce n'est donc pas le savoir, la connaissance, mais l'image et l'image dans tous les sens du terme, au sens d'objet visible r&#233;el mais non vivant, mais aussi au sens d'apparence mensong&#232;re et trompeuse s'opposant &#224; la certitude qui peut na&#238;tre de la connaissance r&#233;gl&#233;e de la consistance du r&#233;el et de la v&#233;rit&#233;. Ce qui hante la conscience, du moins lorsqu'un homme se trouve dans une situation o&#249; il est seul abandonn&#233; et faisant face &#224; l'existence d'appareils capables de capter et d'&#233;mettre des signaux sous forme d'images et &#224; travers elles une nouvelle forme d'&#233;ternit&#233;, ce qui la hante donc, c'est le para&#238;tre. Mais avec ce terme, ce n'est pas tant l'apparence qui est vis&#233;e que le geste m&#234;me d'appara&#238;tre et de se tenir l&#224; dans le visible, d'&#234;tre en quelque sorte un objet pour une &#233;ventuelle conscience &#224; venir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est donc &#224; se dissoudre comme conscience pour na&#238;tre comme image pure d'un affect pur, f&#251;t-il comme tout affect inexistant en dehors de l'esprit qui le con&#231;oit et l'&#233;prouve, que cherche la conscience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question est de tenter de d&#233;terminer si cette propension est li&#233;e &#224; la conscience elle-m&#234;me ou au fait qu'elle se trouve en pr&#233;sence d'appareils d'un genre nouveau ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'aura&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans un texte rest&#233; c&#233;l&#232;bre, Walter Benjamin tente de comprendre ce qui se produit dans la relation de l'homme aux images &#224; partir de l'invention de la photographie d'une part et du cin&#233;ma d'autre part. Afin de rendre compte de la mutation de la transmission des informations entre le r&#233;gime textuel qui pr&#233;c&#232;de celui des images reproductibles m&#233;caniquement et qui est celui de la conscience historique et rationnelle et le r&#233;gime nouveau qui s'installe et qui est rendu possible par la &#171; cr&#233;ation &#187; d'un nouveau genre de psychisme bas&#233; sur un type de reconnaissance et de connaissance par les images, il a recours &#224; la notion d'aura.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'aura d&#233;signe une sorte de fond originaire dans lequel une chose prend et trouve sa signification. &#171; Ce qui fait l'authenticit&#233; d'une chose est tout ce qu'elle contient d'originairement transmissible, de sa dur&#233;e mat&#233;rielle &#224; son pouvoir de t&#233;moignage historique &#187; (&lt;i&gt;L'&#339;uvre d'art &#224; l'&#232;re de sa reproductibilit&#233; technique&lt;/i&gt;). Or cet enracinement de la chose est ce qui est plus que menac&#233;, ce qui est d&#233;truit par l'apparition des images reproductibles m&#233;caniquement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On pourrait dire, de fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, que les techniques de reproduction d&#233;tachent l'objet reproduit du domaine de la tradition &#187; (idem). Ce d&#233;tachement, cet arrachement, est pr&#233;cis&#233;ment ce qu'induit non seulement dans l'attitude des hommes vis-&#224;-vis des choses, mais des hommes vis-&#224;-vis d'eux-m&#234;mes, la pr&#233;sence d'un appareil enregistreur, capteur et &#233;metteur d'images.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Au cin&#233;ma, l'important est moins que l'interpr&#232;te pr&#233;sente au public un autre personnage que lui-m&#234;me ; c'est bien plut&#244;t qu'il se pr&#233;sente lui-m&#234;me &#224; l'appareil &#187; note en effet encore Walter benjamin (idem). En ce point de son analyse, il &#233;voque un roman de Pirandello, intitul&#233;, &lt;i&gt;On tourne&lt;/i&gt;, et dans lequel ce dernier a d&#233;j&#224; parfaitement compris ce qui est en jeu dans la mani&#232;re dont le corps de l'acteur est per&#231;u par cet acteur m&#234;me pr&#233;cis&#233;ment lorsqu'il tourne, c'est-&#224;-dire lorsqu'il s'offre au dieu avide et d&#233;voreur que l'on nomme la cam&#233;ra.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les acteurs de cin&#233;ma, &#233;crit Pirandello, se sentent comme en exil. En exil non seulement de la sc&#232;ne, mais encore d'eux-m&#234;mes. Ils remarquent confus&#233;ment, avec une sensation de d&#233;pit, d'ind&#233;finissable vide et m&#234;me de faillite, que leur corps est presque subtilis&#233;, supprim&#233;, priv&#233; de sa r&#233;alit&#233;, de sa vie, de sa voix, du bruit qu'il produit en se remuant, pour devenir une image muette. La petite machine jouera devant le public avec leurs ombres, et eux, ils doivent se contenter de jouer devant elle &#187; (Pirandello cit&#233; par Walter Benjamin).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On le comprend, au d&#233;tail manquant pr&#232;s de la voix et du bruit que l'imagination de Bioy Casares a su combler, &lt;i&gt;L'invention de Morel&lt;/i&gt; peut appara&#238;tre comme le roman dans lequel la question de l'aura est pos&#233;e et avec elle la question de la nouvelle structure psychique qui appara&#238;t et s'inscrit dans l'homme au contact prolong&#233; des appareils.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1072 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L450xH675/La_invencixn_de_Morel-04ad7.jpg?1509817416' width='450' height='675' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Car l'homme sur l'&#238;le est en exil, mais il l'est doublement, car &#224; l'exil loin des hommes qu'il fuit, s'ajoute l'exil loin de celle qu'il aime et cet exil a ceci de particulier qu'il a lieu alors m&#234;me que le corps du h&#233;ros est en quelque sorte &#171; en pr&#233;sence &#187; m&#234;me de celle qu'il aime. Mais il est en pr&#233;sence d'une absente pourrait-on dire, puisqu'elle n'est qu'image projet&#233;e dans ce ciel vide des passions mortes qu'est le territoire inhospitalier de cette &#238;le abandonn&#233;e. L'aura est donc pr&#233;cis&#233;ment ce qui manque &#224; cette absente-l&#224; qui pourtant a tout, y compris la parole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il lui manque quelque chose et c'est pr&#233;cis&#233;ment non pas la vie, elle existe avec toutes les apparences de la vie dans les moments enregistr&#233;s bien s&#251;r, mais la conscience. Faustine, comme tous les autres acteurs involontaires de cette farce tragique, ne sent ni ne pense. En d'autres termes, elle ne per&#231;oit rien, ni elle-m&#234;me, ni les autres. En d'autres termes, elle est priv&#233;e de conscience, c'est-&#224;-dire qu'elle ne peut plus se projeter imaginairement dans une dur&#233;e autre que celle de son existence factuelle, celle des gestes qu'elle r&#233;p&#232;te par la gr&#226;ce des machines, &#224; l'infini et pour l'&#233;ternit&#233;. Elle a perdu son aura et est devenue une image. Mais, on le comprend &#224; la fin, elle et tous ceux qui se pavanent sur cette &#238;le sont morts. Leur mort fut m&#234;me la condition de leur acc&#232;s, involontaire de surcro&#238;,t &#224; cette &#233;ternit&#233; de l'image qui est la leur d&#233;sormais.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Peur et fascination&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La puissance des images tient en ce qu'elles rendent pr&#233;sent une absence, que ce soit un &#234;tre, une chose ou une id&#233;e. Mais leur puissance tient aussi non tant &#224; leur statut d'image qu'&#224; la fascination qu'exercent sur l'homme les appareils, en particulier ceux qui servent &#224; produire des images fixes ou mobiles. Ces appareils, des hommes les ont invent&#233;s et construits mais ils semblent avoir acquis une sorte d'autonomie r&#233;elle de fonctionnement par rapport &#224; leurs inventeurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette autonomie n'est pas non plus un &#233;l&#233;ment n&#233;gligeable dans la fascination qu'ils exercent sur les esprits et les consciences, pour ne pas dire les &#226;mes. Mais la fascination n'est jamais loin de l'horreur panique, &#224; croire m&#234;me, qu'elles habitent dans le cerveau &#224; quelques neurones de distance ! Et c'est bien entre fascination et panique que se joue l'une des sc&#232;nes les plus inqui&#233;tantes de ce roman, le moment o&#249; le h&#233;ros d&#233;couvre que les images ont une consistance mat&#233;rielle sup&#233;rieure &#224; celle de la r&#233;alit&#233; m&#234;me. &#171; J'avais fait demi-tour et avan&#231;ais les yeux baiss&#233;s. Comme je regardais le mur, j'ai eu le sentiment d'&#234;tre d&#233;sorient&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1071 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH312/INVISIBLE_SCRIPT_script1-9d4b4.jpg?1509817416' width='500' height='312' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Je cherchai la fente que j'avais faite. Elle n'y &#233;tait plus. J'ai cru que ce pouvait &#234;tre un int&#233;ressant ph&#233;nom&#232;ne d'optique et j'ai fait un pas de c&#244;t&#233;, pour voir si l'illusion persistait. J'ai tendu les bras dans un geste aveugle. J'ai palp&#233; tous les murs. J'ai ramass&#233; &#224; terre les morceaux de porcelaine et de brique que j'avais fait tomber en per&#231;ant l'ouverture. J'ai palp&#233; la muraille au m&#234;me endroit, tr&#232;s longtemps. J'ai &#233;t&#233; oblig&#233; d'admettre qu'elle s'&#233;tait reconstruite &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d'autres termes les images projet&#233;es par l'appareil invent&#233; par Morel sont indestructibles. Ou si l'on pr&#233;f&#232;re, leur aura a tout enti&#232;re &#233;t&#233; absorb&#233;e par l'image. Et c'est en cela que tient la fascination qu'exerce l'image sur l'esprit humain. &#171; J'&#233;tais boulevers&#233; par la terreur de me trouver dans un lieu enchant&#233; et par la r&#233;v&#233;lation confuse que le merveilleux se manifestait aux incr&#233;dules tels que moi, intransmissible et mortel, pour se venger &#187;. On sait le choix que va faire le h&#233;ros, le sacrifice de son corps mat&#233;riel, prix &#224; payer pour acc&#233;der &#224; l'&#233;ternit&#233; de ces images dans lesquelles il va venir se glisser afin d&#8216;y partager la vie de celle qu'il aime et qui pourtant ne le conna&#238;t pas, la belle Faustine.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Puissance magique des images&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;N'est-ce pas l&#224;, dans ce choix d&#233;lib&#233;r&#233; d'accepter de mourir pour rejoindre une sorte de paradis &#224; la fois r&#233;el et absurdement irr&#233;el, que Bioy Casares r&#233;ussit &#224; nous faire comprendre ce qu'il en est de la v&#233;ritable puissance magique des images ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle ne tient pas seulement dans le fait que &#171; cet espace-temps propre &#224; l'image n'est autre que le monde la magie &#8211; monde o&#249; tout se r&#233;p&#232;te et o&#249; toute chose participe &#224; un contexte de signification &#187; comme l'&#233;crit Vil&#233;m Flusser dans son livre &lt;i&gt;Pour une philosophie de la photographie&lt;/i&gt;, mais dans le fait &#171; les images techniques omnipr&#233;sentes autour de nous sont sur le point de restructurer magiquement notre &#171; r&#233;alit&#233; &#187; et de la transformer en un sc&#233;nario plan&#233;taire d'images &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le roman de Bioy Casares est sans aucun doute l'un de ceux qui ont le plus directement permis de percevoir ce qui &#233;tait en jeu avec l'invention des appareils et en particulier des appareils capteurs et &#233;metteurs d'images. Ce qui est enjeu, c'est bien que leur accumulation nous plonge dans un monde o&#249; la lin&#233;arit&#233; historique ne constitue plus la r&#233;f&#233;rence absolue, l'&#233;talon auquel on mesure le sens de la vie. Le monde des images met fin &#224; notre croyance dans la puissance de l'histoire. Il ouvre devant nous un autre monde, gouvern&#233; par une temporalit&#233; circulaire dans laquelle peut exister une nouvelle forme de conscience, la conscience magique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette conscience magique est celle qui gouvernait les hommes vivant avant l'invention de l'&#233;criture et de l'histoire, et celle qui s'empare de nous &#224; l'aube du troisi&#232;me mill&#233;naire au moment o&#249; &#171; l'homme oublie que c'est lui qui a cr&#233;&#233; les images afin de s'orienter gr&#226;ce &#224; elles dans le monde. Il n'est plus en mesure de le d&#233;chiffrer, il vit d&#233;sormais en fonction de ses propres images : l'imagination s'est mu&#233;e en hallucination &#187; (Vil&#233;m Flusser, op. cit.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est bien un homme hallucin&#233; que le h&#233;ros de ce roman, puisqu'il ne peut r&#233;sister &#224; l'attrait qu'exercent sur lui les images. Il est vrai, il y a parmi ces images celles d'une femme, mais elle ne l'a jamais connu, il ne la conna&#238;t que sous son statut d'image et il sait qu'elle est morte, suite &#224; la r&#233;alisation de ces images. Et apr&#232;s avoir tergivers&#233; un moment il finit par choisir. &#171; La logique nous commande de rejeter les esp&#233;rances de Morel. Les images ne viennent pas&#8230;/&#8230; Un jour on inventera un appareil plus complet&#8230;/&#8230; Alors la vie deviendra un d&#233;p&#244;t de la mort. Mais, m&#234;me &#224; ce moment-l&#224;, l'image ne vivra pas : elle n'aura pas connaissance d'objets essentiellement nouveaux. Elle conna&#238;tra seulement tout ce qu'elle a senti ou pens&#233;, ou les combinaisons ult&#233;rieures de ce qu'elle a senti ou pens&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'image pour Bioy Casares est donc du c&#244;t&#233; du pass&#233; mais sa puissance s'exerce pourtant sur l'avenir en ceci que dans un monde gouvern&#233; par la magie l'histoire et la logique n'&#233;tant plus la voix dominante permettant de s'orienter dans l'existence, il devient possible de choisir une &#233;ternit&#233; fausse, l'&#233;ternit&#233; promise par l'image, &#224; une vie r&#233;elle, vraie, mais qui ne conna&#238;t comme &#233;ternit&#233; que celle de la transmission de son aura.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le point essentiel est le suivant. Dans un monde gouvern&#233; par les images, dans un monde o&#249; leur magie est loi, c'est une autre conscience qui s'installe. Elle se distingue de la conscience historique ou de la forme historique et rationnelle de la conscience en ceci qu'elle ne s'oppose pas &#224; des strates d'inconnaissance, y compris en son propre sein, strates que l'on nomme alors l'inconscient mais qu'elle est comme divis&#233;e en deux, une partie pouvant faire quelque chose que l'autre ignore ou r&#233;prouve sans que cela l'emp&#234;che de fonctionner. Cette forme nouvelle de conscience est peut-&#234;tre aussi tr&#232;s ancienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un tel fonctionnement psychique qui caract&#233;risait les hommes vivant dans un monde gouvern&#233; par la magie, le monde d'avant l'histoire et que Julian Jaynes, dans son livre &lt;i&gt;La naissance de la conscience dans l'effondrement de l'esprit&lt;/i&gt;, caract&#233;rise comme bicam&#233;ral, c'est-&#224;-dire fonctionnant par la s&#233;paration entre les deux h&#233;misph&#232;res du cerveau, l'un disant &#224; l'autre ce qu'il doit faire, l'un &#233;tant la chambre d'&#233;cho de l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas tant dans le cerveau du h&#233;ros que cette partition se fait jour, quoiqu'elle soit effective &#224; travers cette d&#233;cision de type schizo&#239;de, de mourir pour vivre une non-vie dans une &#233;ternit&#233; &#171; d'image &#187; plut&#244;t que de vivre une vie pleine dans un monde hostile, que dans l'opposition entre deux mondes, celui de la r&#233;alit&#233; historique politique, physique, bref celui de la vie dont a &#233;t&#233; banni le h&#233;ros et le monde des images, celui o&#249; elles r&#232;gnent seules, o&#249; m&#234;me leur reproduction est assur&#233;e, l'&#238;le donc, monde dans lequel le temps n'a plus cours mais dans lequel la vie elle-m&#234;me n'est plus la valeur absolue. Et c'est bien cela la puissance des images, leur capacit&#233; &#224; s'opposer &#224; la force de la vie en nous et de nous faire pr&#233;f&#233;rer une vie &#233;ternelle sans corps, &#224; la vie dans un corps auquel n'est promis que la mort physique et une improbable r&#233;surrection.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4578 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;22&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH342/adolfo-bioy-casares-30d98.jpg?1509817416' width='500' height='342' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Aldolfo Bioy Casares
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>VI - La chambre claire de Roland Barthes </title>
		<link>http://www.tk-21.com/Seminaire-2007-2008-VI-La-chambre</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.tk-21.com/Seminaire-2007-2008-VI-La-chambre</guid>
		<dc:date>2008-03-18T18:22:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Bernard Gerboud &#8224;</dc:creator>


		<dc:subject>photographie</dc:subject>
		<dc:subject>s&#233;minaire</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Tout comme pour l'ensemble de son &#339;uvre par ailleurs vari&#233;e, ouverte et attentive &#224; de nombreux sujets, La Chambre claire, Notes sur la photographie, bien que largement nourrie de structuralisme, alors qu'il &#233;volue vers un post-structuralisme beaucoup plus souple, est un essai o&#249; Roland Barthes invente une esth&#233;tique qui lui est propre. Roland Barthes renouvela profond&#233;ment les rapports de la th&#233;orie et du romanesque.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://www.tk-21.com/2007-2008-La-Chambre-Claire" rel="directory"&gt;2007-2008 &#034;La Chambre Claire&#034;&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.tk-21.com/photographie" rel="tag"&gt;photographie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tk-21.com/seminaire" rel="tag"&gt;s&#233;minaire&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH100/arton117-bed8b.jpg?1772194118' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Tout comme pour l'ensemble de son &#339;uvre par ailleurs vari&#233;e, ouverte et attentive &#224; de nombreux sujets, La Chambre claire, Notes sur la photographie, bien que largement nourrie de structuralisme, alors qu'il &#233;volue vers un post-structuralisme beaucoup plus souple, est un essai o&#249; Roland Barthes invente une esth&#233;tique qui lui est propre. Roland Barthes renouvela profond&#233;ment les rapports de la th&#233;orie et du romanesque.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Roland Barthes est &#233;lev&#233; par sa m&#232;re. La mort de cette derni&#232;re, le 25 octobre 1977, ouvre une p&#233;riode difficile dont &lt;i&gt;La Chambre claire&lt;/i&gt;, consacr&#233; &#224; la photographie et &#224; la mort, se fait l'&#233;cho. Ecrit du 15 avril au 3 juin 1979, le livre para&#238;t en janvier 1980 et rencontre un grand succ&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il existe deux fa&#231;ons d'&#234;tre ma&#238;tre. Il y a le ma&#238;tre qui travaille en offrant sa vie et son activit&#233; comme mod&#232;les, et il y a le ma&#238;tre qui passe sa vie &#224; construire des mod&#232;les, th&#233;oriques ou exp&#233;rimentaux, &#224; appliquer. Barthes appartenait, ind&#233;niablement &#224; la premi&#232;re cat&#233;gorie. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;1. Umberto ECCO.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Roland Barthes n'a cependant pas voulu &#234;tre un ma&#238;tre &#224; penser mais il a consid&#233;rablement chang&#233; notre regard sur le monde et les &#234;tres sans imposer de dogmes mais en proposant des concepts qui continuent de mettre de l'intelligible et des structures l&#224; o&#249; il n'y avait que de l'impressionnisme. Et par ses suggestions, il nous a permis notamment de d&#233;chiffrer les syst&#232;mes de signes qui sont &#224; l'&#339;uvre dans toute manifestation du social ; de mieux comprendre ce qu'est la litt&#233;rature ; d'entrer dans le champ de l'imaginaire et d'y voir jouer les figures qui le composent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un Polaroid &#233;nigmatique de Daniel Boudinet qui ouvrait l'ouvrage de Roland Barthes sur la photographie, &lt;i&gt;La Chambre claire&lt;/i&gt; (1980) : &#171; La photographie &#8211; ma photographie &#8211;, &#233;crivait Barthes, est sans culture : lorsqu'elle est douloureuse, rien, en elle, ne peut transformer le chagrin en deuil. &#187; Aussi, l'exposition con&#231;ue par la galeriste Viviane Esders, Daniel Boudinet-Roland Barthes, pr&#233;sent&#233;e dans le cadre des dix ans du Mois de la photo, d&#233;di&#233; &#224; la m&#233;moire du philosophe, apparaissait-elle, sans aucune pr&#233;m&#233;ditation, comme le premier hommage posthume et donnait &#224; l'ensemble de la biennale une certaine gravit&#233;. D&#232;s 1977, Barthes pr&#233;sentait, dans un texte paru dans une livraison de la revue Cr&#233;atis, l'&#339;uvre de Daniel Boudinet : &#171; C'est une ligne de cr&#234;te entre deux ab&#238;mes : celui du naturalisme et de l'esth&#233;tisme [...]. Une sorte d'invitation silencieuse &#224; [...] philosopher. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1. Vertige du d&#233;placement&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Diverse dans son objet (Barthes semble parler de tout : de Sade et de Beethoven, de Racine et du bifteck-frites, du catch, du strip-tease, du lied allemand et de Brecht) ; diverse dans sa m&#233;thode (il para&#238;t changer souvent de v&#234;tements th&#233;oriques, essayant tour &#224; tour une critique th&#233;matique &#224; la Bachelard dans &lt;i&gt;Michelet par lui-m&#234;me&lt;/i&gt;, une psychanalyse ethnologique inspir&#233;e du Freud de &lt;i&gt;Totem et tabou&lt;/i&gt; dans &lt;i&gt;Sur Racine&lt;/i&gt; et un structuralisme strict dans &lt;i&gt;Syst&#232;me de la mode&lt;/i&gt;) ; diverse dans son id&#233;ologie (tenu &#224; ses d&#233;buts pour un marxiste intransigeant &#8211; parce que veillant &#224; l'orthodoxie de l'introduction en France des &#233;crits et des th&#233;ories de Brecht &#8211;, il se fait le champion d'un certain formalisme en d&#233;fendant Robbe-Grillet et le Nouveau Roman naissant et d'un certain h&#233;donisme en r&#233;habilitant, en esth&#233;tique, la valeur du plaisir), cette &#339;uvre appara&#238;t comme une s&#233;rie de blocs distincts, voire contradictoires, dont on voit mal, &#224; premi&#232;re lecture, le d&#233;nominateur commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Longtemps &#233;cart&#233; des milieux et des vogues intellectuels, des centres cl&#233;s d'&#233;dition et de pens&#233;e, il &#233;chappe aux influences et aux go&#251;ts du jour pour se forger une culture originale, des p&#244;les d'int&#233;r&#234;t sp&#233;cifiques qui le font traiter de litt&#233;rature tout aussi bien que de cin&#233;ma, de peinture et de musique, exhumer l'&#339;uvre de Michelet et revaloriser le &#171; discours amoureux &#187; &#224; un moment o&#249; la sexualit&#233; seule fait loi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Volontiers intempestif, Barthes n'a jamais ob&#233;i &#224; la mode. Bien au contraire, il l'a gouvern&#233;e (durant vingt-cinq ans, autant que Foucault ou Lacan, il a fait germer la modernit&#233;) ; mieux il l'a d&#233;jou&#233;e : d&#233;rangeant, ridiculisant ce qui va de soi, bousculant les valeurs f&#233;tiches, il a toujours et partout op&#233;r&#233; des &#171; d&#233;placements &#187;. Et, dans son texte m&#234;me, il rejette l'acquis, la r&#233;p&#233;tition, la th&#232;se, bref l'autorit&#233;, au gr&#233; de brisures, de zigzags, de fuites en avant. Son apparent &#233;clectisme n'est que le fruit d'une strat&#233;gie concert&#233;e. A y regarder d'un peu pr&#232;s, l'essentiel de sa recherche, en fait, est programm&#233; d&#232;s ses premiers ouvrages.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;2. Le champ de la signification&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Que ce soit avec &lt;i&gt;Mythologies&lt;/i&gt; &#8211; suite d'analyses sarcastiques de quelques repr&#233;sentations de l'id&#233;ologie petite-bourgeoise (faits divers, photos, articles de presse...) &#8211; ou avec &lt;i&gt;Le Degr&#233; z&#233;ro de l'&#233;criture&lt;/i&gt;, &#171; histoire du langage litt&#233;raire qui ne [serait] ni l'histoire de la langue, ni celle des styles, mais seulement l'histoire des Signes de la Litt&#233;rature &#187;, l'&#339;uvre de Barthes se propose d'embl&#233;e comme une critique de la signification. Signification et non pas &#171; sens &#187; ; non pas les syst&#232;mes arbitraires de communication, les langages par lesquels les hommes codifient les rapports entre le monde et eux ou entre eux-m&#234;mes, mais les syst&#232;mes annexes, seconds, par lesquels, &#224; travers les langages, ils &#233;mettent indirectement des valeurs. Ainsi la phrase &#171; quia ego nominor leo &#187; a un sens propre, traduisible en fran&#231;ais ; elle a aussi pour signification d'&#234;tre simplement un exemple de grammaire. Dans une pi&#232;ce de Racine, le mot &#171; flamme &#187; veut dire amour ; c'est aussi un simple signe permettant de reconna&#238;tre l'univers de la trag&#233;die classique. Un bifteck-frites a des qualit&#233;s sp&#233;cifiques ; c'est aussi le symbole d'une certaine francit&#233;. Bref, tout objet de discours, outre son message direct, sa d&#233;notation, sa r&#233;f&#233;rence au r&#233;el, peut recevoir des &#171; connotations &#187; suffisantes pour entrer dans le domaine de la signification, dans le champ des valeurs. Tout peut devenir signe, tout peut &#234;tre mythe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi donc une critique du mythe (et plus globalement du signe, de la signification) ? D'abord parce que celui-ci est parasite : forme sans contenu, il ne cr&#233;e pas de langages, mais les vole, les d&#233;tourne, les exploite &#224; son profit pour, en un m&#233;talangage, faire parler obliquement les choses. Ensuite parce qu'il est frauduleux : masquant les traces de sa fabrication, l'historicit&#233; de sa production, il se donne hypocritement comme allant de soi ; l'id&#233;ologie bourgeoise se constitue en pseudo-Nature, le st&#233;r&#233;otype en &#233;vidence et la Doxa (&#171; c'est l'Opinion publique, l'Esprit majoritaire, le Consensus petit-bourgeois, la Voix du Naturel, la Violence du Pr&#233;jug&#233; &#187;) en v&#233;rit&#233; &#233;ternelle. Enfin parce qu'il est pullulant : il y a trop de signes et trop de signes exag&#233;r&#233;s, bouffis, malades ; la signification pl&#233;thorique non seulement prolif&#232;re mais encore en rajoute, jusqu'&#224; l'&#233;c&#339;urement et la naus&#233;e (&#171; Combien, dit Barthes, dans une journ&#233;e, de champs v&#233;ritablement insignifiants parcourons-nous ? Bien peu, parfois aucun. &#187; Que l'on songe &#224; la surcharge agressive des affiches, des slogans, des images publicitaires, des gros titres). Et Barthes de r&#234;ver du degr&#233; z&#233;ro de l'&#233;criture (cette &#233;criture blanche de Blanchot, de Robbe-Grillet, de L'Etranger de Camus), des interpr&#233;tations sobres d'un Lipatti ou d'un Panz&#233;ra, des photos d&#233;pouill&#233;es d'Agn&#232;s Varda, de mat&#233;riaux mats et frais, comme le bois...&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;3. La s&#233;miologie, &#171; un r&#234;ve euphorique de la scientificit&#233; &#187;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Montrer le d&#233;bo&#238;tement, la duplicit&#233; du mythe par rapport au langage, en r&#233;v&#233;ler les &#233;tapes de constitution, les m&#233;canismes, les fonctionnements, en freiner, si possible, l'activit&#233; &#233;hont&#233;e et superf&#233;tatoire, voil&#224; le projet barthien tout trac&#233;. Encore faut-il passer d'analyses plus ou moins impressionnistes &#224; une formalisation plus pouss&#233;e. A cet &#233;gard, &#171; Le Mythe, aujourd'hui &#187;, synth&#232;se et condensation th&#233;orique des tableautins narquois de &lt;i&gt;Mythologies&lt;/i&gt;, pose les premiers jalons et commence &#224; mettre les codes &#171; ventre &#224; l'air &#187;. Mais Barthes, bien vite, va beaucoup plus loin et se propose, tout bonnement, de tenter de construire la s&#233;miologie, &#171; science qui &#233;tudierait la vie des signes au sein de la vie sociale &#187; telle que, d&#232;s 1910, Saussure l'avait postul&#233;e dans son &lt;i&gt;Cours de linguistique g&#233;n&#233;rale&lt;/i&gt;. C'est ce &#224; quoi s'emploient &lt;i&gt;Syst&#232;me de la mode&lt;/i&gt; et surtout &lt;i&gt;&#201;l&#233;ments de s&#233;miologie&lt;/i&gt;. Barthes, d'embl&#233;e, y retourne l'hypoth&#232;se saussurienne. Saussure, en effet, pensait que la linguistique proprement dite serait appel&#233;e &#224; se fondre dans une science g&#233;n&#233;rale des signes. Barthes d&#233;montre le contraire : la signification passant toujours par le langage, la s&#233;miologie ne sera qu'une sp&#233;cification et non une extension de la linguistique : &#171; La s&#233;miologie n'a eu jusqu'ici &#224; traiter que de codes d'int&#233;r&#234;t d&#233;risoire, tel le code routier ; d&#232;s que l'on passe &#224; des ensembles dou&#233;s d'une v&#233;ritable profondeur sociale, on rencontre de nouveau le langage &#187; (la mode, en particulier, n'a de syst&#232;me qu'en tant qu'elle est &#233;crite, c'est-&#224;-dire repr&#233;sent&#233;e et appuy&#233;e de l&#233;gendes). Mani&#232;re de dire, Benveniste le montrera, que le langage, c'est le social m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si donc la s&#233;miologie rel&#232;ve de la linguistique, l'affaire devient relativement simple. Il suffit d'emprunter &#224; la linguistique sa rigueur de m&#233;thode et ses concepts les plus op&#233;ratoires (principalement ces couples fondamentaux que sont : langue/parole, signifiant/signifi&#233;, syntagme/paradigme, d&#233;notation/connotation), de prendre pour mod&#232;le le syst&#232;me langagier avec ses principes sp&#233;cifiques d'articulation et de combinaison, pour pouvoir d&#232;s lors constituer et analyser en syst&#232;me tout champ social important et traiter en s&#233;miotiques particuli&#232;res les discours litt&#233;raire, cin&#233;matographique, musical, voire alimentaire ou vestimentaire. Simple compilation linguistique et pr&#233;paratoire, contest&#233;e du reste par certains linguistes, plus suggestive que profonde, &#201;l&#233;ments de s&#233;miologie, pour ce qu'il engendre de recherches multiformes toujours actuelles (les travaux de Julia Kristeva pour la litt&#233;rature ou de Christian Metz pour le cin&#233;ma en sont en grande partie issus), demeure quand m&#234;me un texte cl&#233; de notre temps. Il n'en est que plus surprenant de voir Barthes, bien loin de le d&#233;velopper et de le d&#233;passer, l'abdiquer superbement, passer rapidement &#224; tout autre chose (ce qui deviendra une coutume chez lui) et en finir avec ce qu'il appellera &#171; un r&#234;ve euphorique de la scientificit&#233; &#187; &#8211; laissant &#224; d'autres les destin&#233;es de la s&#233;miologie comme science.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;4. Litt&#233;rature, critique, lecture : vers le &#171; plaisir du texte &#187;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Parall&#232;lement &#224; son entreprise s&#233;miologique, Barthes porte &#224; la litt&#233;rature une attention continue, une pr&#233;dilection particuli&#232;re qui ne se d&#233;mentira pas (son premier article, dat&#233; de 1942, est, significativement, consacr&#233; au Journal de Gide). Que ce soit avec &lt;i&gt;Michelet par lui-m&#234;me&lt;/i&gt;, o&#249; il se livre, chez cet auteur, &#224; une surprenante analyse des r&#234;veries substantielles, des euphories/dysphories mat&#233;rielles l&#224; o&#249; on attendrait une classique &#233;tude historique ou id&#233;ologique. Avec &lt;i&gt;Sur Racine&lt;/i&gt;, o&#249; il exp&#233;rimente sur l'auteur de Ph&#232;dre une lecture psychanalytique assez novatrice qui fera grincer des dents aux sorbonnards &#233;lev&#233;s dans la stricte m&#233;thode de Lanson &#8211; respect des vraisemblances historiques, biographiques, psychologiques (cet ouvrage lancera une querelle d&#233;j&#224; ancienne, mais fameuse, autour de ce qu'on a appel&#233; la &#171; nouvelle critique &#187;, dans laquelle Barthes exacerbera les passions et se fera nomm&#233;ment attaquer par un pamphlet de Raymond Picard auquel il r&#233;pondra par &lt;i&gt;Critique et v&#233;rit&#233;&lt;/i&gt;, merveille d'intelligence et de libert&#233; critiques). Ou encore avec &lt;i&gt;Essais critiques&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Nouveaux Essais critiques&lt;/i&gt;, o&#249;, en des articles devenus canoniques, il parle indiff&#233;remment de La Rochefoucauld, de Brecht, de La Bruy&#232;re, de Robbe-Grillet, de Loti, de Bataille, de Voltaire, de Proust, de Flaubert, de Queneau, de Tacite, de Fromentin ou de Kafka &#8211;, Barthes, ne parlant pas d'un lieu officiel d'&#233;nonciation, se souciant peu de traditions commentatives et d'&#233;rudition livresque (la litt&#233;rature, il ne l'enseigne pas), Barthes se veut libre lecteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ob&#233;issant apparemment &#224; la recherche s&#233;miologique de Barthes dans son ensemble (&#224; tout prendre, la litt&#233;rature est, des champs de signification, le plus riche et le mieux organis&#233; : qu'est-ce que la rh&#233;torique sinon l'ensemble des connotations qui font dire &#224; une page, en sus de son message propre : &#171; je suis une page de litt&#233;rature &#187; ?), le travail de lecture en dirige en fait l'&#233;volution et y op&#232;re des d&#233;placements consid&#233;rables. S'il songe bien pendant un temps, dans l'euphorie de la th&#233;orisation, &#224; traiter de la litt&#233;rature comme d'un syst&#232;me (ce dont t&#233;moigne &#171; Introduction &#224; l'analyse structurale des r&#233;cits &#187; o&#249;, sur les traces de Propp et de Br&#233;mond, il tente de r&#233;duire le r&#233;cit &#224; une suite de fonctions &#233;l&#233;mentaires &#8211; projet que les premi&#232;res lignes de &lt;i&gt;S/Z&lt;/i&gt; tourneront en d&#233;rision), Barthes met vite fin &#224; ce projet et du m&#234;me coup &#224; une scientificit&#233; trop assertive, autoritaire et incompatible avec l'objet litt&#233;raire tel qu'il commence &#224; le concevoir. Plus attentif d&#233;sormais, en effet, aux proc&#232;s de structuration qu'&#224; la structure elle-m&#234;me, aux mouvances et aux pluralit&#233;s du sens qu'&#224; son organisation, il polarise autour de la notion de Texte, comme l'avait fait la notion de signe, l'essentiel de son activit&#233;. Ce qui explique l'importante modification que, dans son principe, son objet et son &#233;criture, enregistre son &#339;uvre &#224; la fin des ann&#233;es 1960, sans du reste rien renier d'elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que ce soit avec &lt;i&gt;Sade, Fourier, Loyola&lt;/i&gt; o&#249; il se livre &#224; une magistrale d&#233;construction/reconstruction des figures de la rh&#233;torique sadienne au gr&#233; d'un montage de s&#233;quences commentatives ; avec &lt;i&gt;S/Z&lt;/i&gt; o&#249; il fait &#233;clater en cinq cents lexies (ou unit&#233;s de lecture) une nouvelle de Balzac dont il r&#233;encha&#238;ne les grains aux codes de la narration classique ; et surtout avec &lt;i&gt;Le Plaisir du texte&lt;/i&gt; &#8211; &#233;tonnant recueil de bulles aphoristiques, de petites bouff&#233;es de babil &#8211; Barthes nous d&#233;crit le texte (et non plus l'&#339;uvre), con&#231;u comme un entrelacs de discours et de codes sociaux (son intertextualit&#233;), comme tissu de voix (son dialogisme), comme &#233;toilement et migration de sens (son pluriel), comme variation d'impulsions et d'intensit&#233;s (son grain). Con&#231;u surtout comme g&#233;n&#233;rateur de plaisir dans la mesure o&#249; il n'a de fonctionnement que dans le d&#233;ploiement d'un &#171; pour-moi &#187;, que dans la r&#233;alisation d'un rapport d'interpellation, d'interlocution avec un lecteur non pas r&#233;cepteur passif mais scripteur effectif : &#171; Sur la sc&#232;ne du texte, pas de rampe : il n'y a pas derri&#232;re le texte quelqu'un d'actif (l'&#233;crivain) et devant lui quelqu'un de passif (le lecteur) : il n'y a pas un sujet et un objet. Le texte p&#233;rime les attitudes grammaticales. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;5. Barthes par Barthes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;On comprendra que le texte ne se pr&#233;sente pas comme objet de discours scientifique et de th&#233;orie (comme l'&#233;tait auparavant le signe), mais bien plut&#244;t comme le g&#233;n&#233;rateur d'un discours m&#233;taphorique et subjectif, bref d'une &#233;criture. &#171; La pratique d'une &#233;criture textuelle, dit Barthes, est la v&#233;ritable assomption de la th&#233;orie du texte. &#187; Entendons qu'il d&#233;signe ainsi la mutation personnelle qui l'a chang&#233; d'un simple &#171; intellectuel &#187; en un des &#171; &#233;crivains &#187; les plus &#233;tonnants et les plus originaux de notre temps. Cette mutation est apparente d&#232;s 1970, avec &lt;i&gt;L'Empire des signes&lt;/i&gt;, carnets d'explorateur issus des voyages que Barthes fit au Japon. Pris de passion pour ce pays qui le fascinait par l'&#233;l&#233;gance de sa sensualit&#233;, il s'attache, bien que n'en connaissant ni la langue, ni la culture, &#224; lire celui-ci comme un texte et &#224; analyser, avec le regard d'un ethnologue, les syst&#232;mes de signes qu'il y per&#231;oit dans chaque spectacle du quotidien. Ce livre marque un tournant important dans l'&#339;uvre de Barthes. On y voit en effet l'&#233;crivain se d&#233;gager des appuis &#171; scientifiques &#187; auxquels il avait jusqu'alors recours (le marxisme, la linguistique ou la psychanalyse), abandonner le discours construit et continu de la dissertation pour un texte fragment&#233; et, pla&#231;ant le sujet &#233;crivant sur le devant de la sc&#232;ne, se mettre pour la premi&#232;re fois &#224; dire &#171; je &#187;. On comprend que Barthes ait pu dire que c'&#233;tait l&#224; son ouvrage le plus &#171; heureusement &#233;crit &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce retour de l'auteur s'affirme encore davantage lorsque, en 1971, les &#233;ditions du Seuil proposent &#224; Barthes, comme une gageure, d'&#233;crire pour la collection &#201;crivains de toujours, dans laquelle, vingt ans plus t&#244;t, il avait publi&#233; Michelet, un &#171; &lt;i&gt;Roland Barthes par lui-m&#234;me&lt;/i&gt; &#187;. Cette offre s&#233;duit Barthes parce qu'elle correspond &#224; sa recherche nouvelle qui est de mettre en sc&#232;ne le &#171; sujet &#187;, d'&#233;tudier comment s'&#233;tablissent ses go&#251;ts et ses d&#233;go&#251;ts, ses pulsions et ses r&#233;pulsions, comment se met en &#339;uvre une fantasmatique. Roland Barthes par Roland Barthes n'est pas &#224; proprement parler une autobiographie. Si l'auteur y parle de lui, il le fait avec une authenticit&#233; retorse qui se d&#233;joue elle-m&#234;me, beaucoup d'ironie et surtout une distance constante qui le fait se d&#233;signer tour &#224; tour sous la forme du &#171; je &#187;, du &#171; il &#187;, du &#171; vous &#187; ou de ses initiales &#171; R.B. &#187;. Barthes nous en pr&#233;vient d'embl&#233;e, en exergue : &#171; Tout ceci doit &#234;tre consid&#233;r&#233; comme dit par un personnage de roman. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#233;nonciation romanesque, qui permet d'entrer dans ce champ de l'imaginaire dont Barthes fait d&#233;sormais le centre de sa r&#233;flexion, se poursuit en 1977 avec &lt;i&gt;Fragments d'un discours amoureux&lt;/i&gt; o&#249;, cette fois, c'est &#171; un amoureux qui parle et qui dit &#187;. Autour des &lt;i&gt;Souffrances du jeune Werther&lt;/i&gt; de Goethe qui sert de texte-tuteur, Barthes encha&#238;ne par ordre alphab&#233;tique, sous forme de glossaire, les figures, les &#171; &#233;pisodes de langage qui tournent dans la t&#234;te du sujet &#233;namour&#233; &#187;. Il n'&#233;crit pas un livre sur le discours amoureux, mais simule et met en sc&#232;ne le discours d'un sujet amoureux qui est en partie lui-m&#234;me, en partie tout le monde, et dans lequel chacun peut se reconna&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette possibilit&#233; d'identification explique sans doute le grand succ&#232;s de librairie que l'ouvrage rencontre, &#224; la surprise de son auteur, d&#232;s sa parution. Certes, la prestation de Barthes chez Bernard Pivot, &#224; &#171; Apostrophes &#187;, en compagnie de Fran&#231;oise Sagan, y a contribu&#233;. Mais le fait essentiel est que, tout au long de ces ann&#233;es 1970, ce ne sont pas seulement les th&#232;mes d'analyse et l'&#233;criture de Barthes qui ont chang&#233;, mais aussi son statut social : il est devenu un penseur et un &#233;crivain &#224; la mode.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On le sollicite de toutes parts pour des pr&#233;faces ou des conf&#233;rences (on sait qu'&#224; de tr&#232;s rares exceptions pr&#232;s il a toujours &#233;crit ses textes sur commande). Il d&#238;ne en ville et m&#234;me chez Edgar Faure avec le pr&#233;sident Giscard d'Estaing, ce que les intellectuels de gauche lui reprocheront. On l'entend sur France-Culture et sur France-Musique o&#249; le grain tr&#232;s s&#233;duisant de sa voix passe &#224; merveille. Le s&#233;minaire qu'il anime aux Hautes &#201;tudes devient le club le plus recherch&#233; de Paris. Tous les journaux veulent l'interviewer. Lui-m&#234;me, pendant quelques mois donne des chroniques au Nouvel Observateur. De nombreux ouvrages paraissent sur son &#339;uvre. En l977, Cerisy, haut lieu de la pens&#233;e d'avant-garde, lui consacre un de ses colloques. Il n'est pas jusqu'au cin&#233;ma o&#249; on ne le voie appara&#238;tre : dans &lt;i&gt;Les S&#339;urs Bront&#235;&lt;/i&gt; d'Andr&#233; T&#233;chin&#233;, il incarne William Thackeray.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette c&#233;l&#233;brit&#233; grandissante ne laisse pas Barthes insensible. Il a connu assez d'ann&#233;es difficiles pour appr&#233;cier cette cons&#233;cration dont il assume les cons&#233;quences : &#171; Par le fait m&#234;me d'avoir abandonn&#233; un statut scientifique, voire un statut strictement intellectuel, je suis forc&#233;ment travaill&#233; par les r&#233;ponses affectives d'un certain public &#187;, dit-il. Mais en m&#234;me temps, ce ph&#233;nom&#232;ne de mode qui s'empare de sa personne le perturbe parce qu'il est plus naturellement enclin &#224; une vie un peu secr&#232;te qu'&#224; une exposition m&#233;diatique. Sa r&#233;flexion, en tout cas, ne perd ni de son exigence ni de sa hauteur. L'assistance mondaine qui se presse &#224; sa le&#231;on inaugurale au Coll&#232;ge de France et qui s'attend sans doute &#224; une aimable causerie y entendra, m&#233;dus&#233;e, un Barthes hi&#233;ratique et vaticinant : &#171; La langue, comme performance de tout langage, n'est ni r&#233;actionnaire, ni progressiste ; elle est tout simplement : fasciste, car le fascisme ce n'est pas d'emp&#234;cher de dire, c'est d'obliger &#224; dire. [...] &#192; nous qui ne sommes ni des chevaliers de la foi ni des surhommes, il ne reste qu'&#224; tricher avec la langue, qu'&#224; tricher la langue. Cette tricherie salutaire, cette esquive, ce leurre magnifique qui permet d'entendre la langue hors pouvoir, dans la splendeur d'une r&#233;volution permanente du langage, je l'appelle pour ma part : litt&#233;rature. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
En 1980, poursuivant son exploration de l'imaginaire, Barthes publie &lt;i&gt;La Chambre claire&lt;/i&gt;, note sur la photographie. S'il s'est toujours int&#233;ress&#233; aux images en g&#233;n&#233;ral, au cin&#233;ma et surtout &#224; la peinture, il a pour la photographie une attirance particuli&#232;re (c'est sur un petit album de photos d'enfance et de jeunesse l&#233;gend&#233;es que s'ouvre Roland Barthes par Roland Barthes) ; mais il n'en a encore jamais fait un objet de r&#233;flexion. La Chambre claire toutefois n'est ni une sociologie, ni une esth&#233;tique, ni une histoire de la photo, mais une ph&#233;nom&#233;nologie de celle-ci. Se prenant lui-m&#234;me comme mesure du &#171; savoir photographique &#187;, Barthes s'interroge sur l'int&#233;r&#234;t particulier qui le porte vers certaines photos et y distingue la pr&#233;sence de deux &#233;l&#233;ments : le studium qui est la part de l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral, culturel et le punctum qui est celle du go&#251;t personnel, de la pulsion.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est donc &#224; un discours purement affectif qu'il se livre en ne s'appuyant que sur des photos qui le touchent profond&#233;ment. Parmi celles-ci, il y a celles de sa m&#232;re, Henriette, que Barthes avait perdue deux ans auparavant. Depuis que, quand il avait un an, son p&#232;re, officier de marine, &#233;tait tomb&#233; au champ d'honneur, il avait toujours v&#233;cu avec elle, et sa disparition avait &#233;videmment provoqu&#233; un bouleversement de tout son &#234;tre. En la &#171; reconnaissant &#187; dans ses portraits, dans l'&#233;mergence d'un &#171; &#231;a a &#233;t&#233; &#187; et l'illusion d'une r&#233;surrection, il entraper&#231;oit alors dans la photo &#171; la folie qui menace sans cesse d'exploser au visage de qui la regarde &#187; et nous livre sans doute les pages les plus intimes et les plus bouleversantes qu'il ait &#233;crites. &#171; J'entrais follement dans le spectacle, dans l'image, entourant de mes bras ce qui est mort, ce qui va mourir, comme le fit Nietzsche, lorsque le 3 janvier 1889, il se jeta au cou d'un cheval martyris&#233; : devenu fou pour cause de Piti&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi, lorsqu'on &#233;crit si directement &#224; partir de soi-m&#234;me, ne pas passer carr&#233;ment de l'essai au roman ? Telle est la question que l'on pose alors &#224; Barthes. Il y r&#233;pond de mani&#232;re &#233;vasive (&#171; un vrai roman ? Cela viendra peut-&#234;tre. Je flirte depuis longtemps avec cette id&#233;e-l&#224; &#187;), mais exprime tr&#232;s nettement son d&#233;sir de faire une grande &#339;uvre continue et non plus fragmentaire. Une fois encore, il para&#238;t &#234;tre &#224; la veille d'une nouvelle m&#233;tamorphose. &#192; l'instar de Michelet, &#224; la fin de sa vie, il r&#234;ve lui aussi d'une &#171; vita nova &#187;. Il relit les classiques. &lt;i&gt;Les M&#233;moires d'outre-tombe&lt;/i&gt; sont son livre de chevet. &#192; New York, il donne une conf&#233;rence sur &lt;i&gt;&#192; la Recherche du temps perdu&lt;/i&gt; : &#171; Proust et moi &#187;. Il note sur des fiches les sc&#232;nes de son quotidien. Va-t-il lui aussi faire de sa vie le point de d&#233;part d'une &#339;uvre ? Nul ne saura jamais le dire. Le 25 f&#233;vrier 1980, &#224; Paris, alors qu'il revient de d&#233;jeuner avec Fran&#231;ois Mitterrand, une camionnette le renverse rue des &#201;coles. Sur le moment on ne croit pas l'accident s&#233;rieux. Mais c'est sans compter avec les insuffisances pulmonaires de cet ancien tuberculeux et sans doute avec le fait que, depuis le d&#233;c&#232;s de sa m&#232;re, quelque chose en lui &#233;tait bris&#233;. Il meurt le 26 mars, quelques jours avant Jean-Paul Sartre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le texte de Barthes propose un angle &#224; l'analyse de la photographie, &#339;uvrant suivant le sch&#233;ma suivant :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; la Photographie peut-elle ressusciter ma m&#232;re disparue ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; cette photographie-l&#224; le peut, donc elle contient l'essence de la Photographie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; voil&#224; donc ses caract&#233;ristiques (et celle de La Photographie, pour moi).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; voil&#224; en quoi je reste frustr&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette d&#233;marche induit deux sortes de limites : des limites inh&#233;rentes &#224; la fa&#231;on de poser la question, des limites inh&#233;rentes au champ de la question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Limites tenant &#224; la fa&#231;on de poser la question&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les limites de l'analyse tiennent pour l'essentiel &#224; la fa&#231;on dont, au d&#233;part, la question a &#233;t&#233; pos&#233;e :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; le point de vue est celui du spectator uniquement, c'est-&#224;-dire de la personne qui re&#231;oit l'image (temp&#233;rons la critique : en tant que photographe-lecteur du texte l'obligation de passer par ce point de&lt;br class='autobr' /&gt;
vue peut nous aider &#224; sortir heureusement de nous-m&#234;me).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; l'analyse est tr&#232;s r&#233;ductrice concernant le r&#244;le du photographe. Ce dernier est instrumentalis&#233;. Son seul m&#233;rite est surtout de se trouver l&#224;, et la bonne photo se fait souvent sans lui &#8211; et m&#234;me parfois en d&#233;pit de lui, si on suit Barthes. Qu'elle &#233;chappe &#224; la volont&#233; du photographe am&#233;liore l'authenticit&#233; du transfert du r&#233;el, selon le point de vue de l'auteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; La photographie est pr&#233;sent&#233;e, dans le contexte de la disparition de la m&#232;re de l'auteur, avant tout comme un travail sur le temps. Deux tentatives coexistent pour la faire revivre &#224; nouveau : revenir au moment o&#249; elle &#233;tait vivante ou lui redonner substance dans le pr&#233;sent. Ces caract&#233;ristiques vont &#234;tre attribu&#233;es comme pouvoir &#224; la Photographie. Le retour est autrement impossible&#8230; Notons que cela limite a priori le champ des pouvoirs possibles de la Photographie &#224; celui de la repr&#233;sentation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Devant l'impossibilit&#233; de mener &#224; bien la transsubstantiation au niveau de la pure image, malgr&#233; les pouvoirs accord&#233;s &#224; la photographie, Barthes va porter le combat au niveau moral en amalgamant la recherche de l'essence de la m&#232;re et celle de l'essence de la photographie : si je trouve l'une, je trouve l'autre. Ainsi &#171; l'air &#187; de la m&#232;re est-il pos&#233; comme une incarnation des valeurs morales de la disparue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le texte de Barthes abondent les th&#232;mes religieux : r&#233;surrection, transsubstantation (jusqu'au lien physique et chimique avec le sujet ayant pos&#233;) et, en d&#233;finitive m&#234;me un &#171; &#231;a a &#233;t&#233; &#187; qui prend des allures de jugement dernier : le sujet est condamn&#233; et nous, nous le savons d&#233;j&#224; (photo de Payne). Voil&#224; la photographie pos&#233;e comme medium r&#233;v&#233;lateur de l'essence divine des choses visibles. Ce jeu sur les essences vole providentiellement au secours d'une ressemblance trop difficile &#224; &#233;tablir.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Hors-champs&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans la mesure o&#249; le combat s'est focalis&#233; sur la r&#233;surrection de la m&#232;re, un certain nombre de hors-champs font l'objet de propos embarrass&#233;s et peu convaincants :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; le paysage, par exemple, a bien du mal &#224; &#234;tre photographique, puisqu'il ne peut ressusciter personne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Erreur ! un discours un peu confus permet de l'assimiler heureusement au ventre de la m&#232;re, dans lequel nous souhaitons forc&#233;ment r&#233;habiter. Le voil&#224; sauv&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; le pornographique est trait&#233; dans la premi&#232;re partie de &lt;i&gt;La Chambre Claire&lt;/i&gt; (Studium et Punctum), partie concernant le d&#233;sir, et condamn&#233; moralement. Or il pourrait tout aussi bien &#234;tre plac&#233; dans le champ de la dialectique vie/mort, ce qui expliquerait autrement la fascination qu'il exerce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; cherchant l'essence de la Photographie dans les photographies priv&#233;es, l'auteur oppose (p. 154) les Images (de la sph&#232;re publique) et les photos (de la sph&#232;re priv&#233;e) : &#171; d'un c&#244;t&#233; les Images, de l'autre les photos ; d'un c&#244;t&#233; la nonchalance, le glissement, le bruit, l'inessentiel, (m&#234;me si j'en suis abusivement abasourdi) ; de l'autre, le br&#251;lant, le bless&#233; &#187; et ceci : &#171; D'ordinaire, l'amateur est d&#233;fini comme une immaturation de l'artiste : quelqu'un qui ne peut &#8211; ou ne veut &#8211; se hausser &#224; la ma&#238;trise d'une profession. Mais dans le champ de la pratique photographique, c'est l'amateur, au contraire qui est l'assomption du professionnel : car c'est lui qui se tient au plus pr&#232;s m&#234;me de la photographie &#187;. La cr&#233;ation, en tant qu'intervention sur l'image par un professionnel, devient dangereuse parce qu'elle se pr&#233;sente comme une att&#233;nuation de la capacit&#233; &#224; t&#233;moigner directement du &#171; r&#233;el &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; les possibilit&#233;s de traitement de l'Image sont de la m&#234;me fa&#231;on d&#233;nonc&#233;s un peu vite comme de mis&#233;rables &#171; trucages &#187; de la &#171; photographie laborieuse qui triche &#187;. Il s'agit bien entendu pour Barthes de border absolument la photographie au lit du &#171; &#231;a a &#233;t&#233; &#187; en pla&#231;ant en hors-champ des pratiques qui ont pourtant exist&#233; d&#232;s l'origine de la photographie. La technique n'est ainsi prise en compte qu'en ce qu'elle garantit le lien absolu au r&#233;el : la photographie &#233;tant pos&#233;e comme une invention de chimistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or le num&#233;rique aggrave aujourd'hui l'&#233;cart entre la photographie et le r&#233;el en soi. Il d&#233;cuple les possibilit&#233;s de cr&#233;ation de l'image &#224; c&#244;t&#233; des probl&#232;mes de ressemblance.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Un texte d'amour&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;finitive, l'analyse que Barthes fait de la Photographie est d&#232;s le d&#233;part subjective. Circonstanci&#233;e &#224; un &#233;v&#233;nement majeur pour la vie de l'auteur, la disparition de sa m&#232;re, la critique porte exclusivement sur le rapport de la photographie au r&#233;el dans la possibilit&#233; qu'elle offre de rappeler les &#234;tres &#224; la vie. De ce point de vue, elle &#339;uvre avec une grande clart&#233;&#8230; pourtant elle reste enti&#232;rement prisonni&#232;re et d&#233;termin&#233;e par ces m&#234;mes circonstances.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi Barthes oriente la Photographie vers le &#171; &#231;a a &#233;t&#233; &#187; plus que vers la cr&#233;ation de l'Image qui rendrait impossible tout rendez-vous avec la m&#232;re disparue. D'o&#249; l'obligation de fermer la photographie au photographe, aux modifications possibles et de limiter l'interpr&#233;tation au rapport au temps.&lt;br class='autobr' /&gt;
Avant donc que d'&#234;tre un texte valeureux mais tr&#232;s orient&#233; sur un certain type de photographie, le texte de Barthes reste surtout une tentative immense, merveilleuse et&#8230; d&#233;sesp&#233;r&#233;e de faire revenir l'&#234;tre disparu. A ce titre c'est sans aucun doute un tr&#232;s grand texte sur l'Amour, l'absence, le Temps et le postulat que l'essence des choses serait d'ordre moral.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;2. &#171; Peut-&#234;tre l'air est-il en d&#233;finitive quelque chose de moral, amenant (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela &#224; soi seul justifie qu'on le lise encore.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;1. Umberto ECCO.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;2. &#171; Peut-&#234;tre l'air est-il en d&#233;finitive quelque chose de moral, amenant myst&#233;rieusement au visage le reflet d'une valeur de vie ? &#187; (&#8230;) &#171; C'est par cet ombilic t&#233;nu que le photographe donne vie ; s'il ne sait pas, soit manque de talent, soit mauvais hasard, donner &#224; l'&#226;me transparente son ombre claire, le sujet meurt &#224; jamais. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title> V - La chambre claire de Roland Barthes</title>
		<link>http://www.tk-21.com/Seminaire-2007-2008-V-La-chambre</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.tk-21.com/Seminaire-2007-2008-V-La-chambre</guid>
		<dc:date>2008-02-05T18:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Louis Poitevin</dc:creator>


		<dc:subject>photographie</dc:subject>
		<dc:subject>conf&#233;rence </dc:subject>
		<dc:subject>s&#233;minaire</dc:subject>
		<dc:subject>amour</dc:subject>
		<dc:subject>Intime</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Nous entrons donc dans la palinodie, dans ce nouveau chant qui va &#224; la fois contredire ou s'opposer en partie au premier chant, mais qui va en reprendre les principales articulations pour mieux les d&#233;placer.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://www.tk-21.com/2007-2008-La-Chambre-Claire" rel="directory"&gt;2007-2008 &#034;La Chambre Claire&#034;&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.tk-21.com/photographie" rel="tag"&gt;photographie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tk-21.com/conference" rel="tag"&gt;conf&#233;rence &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tk-21.com/seminaire" rel="tag"&gt;s&#233;minaire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tk-21.com/amour" rel="tag"&gt;amour&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tk-21.com/Intime" rel="tag"&gt;Intime&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH100/arton415-ba041.jpg?1772194118' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Nous entrons donc dans la palinodie, dans ce nouveau chant qui va &#224; la fois contredire ou s'opposer en partie au premier chant, mais qui va en reprendre les principales articulations pour mieux les d&#233;placer.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Introduction&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous entrons donc dans la palinodie, dans ce nouveau chant qui va &#224; la fois contredire ou s'opposer en partie au premier chant, mais qui va en reprendre les principales articulations pour mieux les d&#233;placer. Il faut &#234;tre attentif &#224; ce point dans la mesure o&#249; nous poursuivons une lecture pas &#224; pas du texte. Mais d'autre part nous allons plonger dans une nouvelle dimension, celle de l'affect, ou plus exactement cette palinodie va voir l'affect investir le champ de la r&#233;flexion et en devenir le guide, voire le principe organisateur.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais ce &#224; quoi nous allons assister c'est aussi et surtout &#224; ce processus de confirmation non pas des hypoth&#232;ses mais des axiomes. Mais au lieu de rester dans une sorte d'ext&#233;riorit&#233; par rapport &#224; l'image ou plut&#244;t &#224; l'effet de l'image sur le spectator, nous allons p&#233;n&#233;trer dans la fabrique m&#234;me de l'image agissante pour le spectator, de l'image mentale, de l'image psychique, faudrait-il dire, si l'on ne veut pas se limiter &#224; la d&#233;finition d'image mentale que donne Changeux dans &lt;i&gt;L'homme neuronal&lt;/i&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
En fait je voudrais rappeler les trois niveaux qu'il distingue, car il me semble que c'est un peu &#224; une tentative philosophique et ph&#233;nom&#233;nologique de saisie de ce fonctionnement psychique auquel nous assistons, tentative qui a pour effet de constituer la photographie comme objet magique dans une pratique de d&#233;votion tout &#224; fait singuli&#232;re, &#224; la fois la plus priv&#233;e et qui appara&#238;tra comme remettant en cause les liens entre priv&#233; et public. En fait, la photographie rend possible et est rendue possible par les d&#233;couvertes de cette &#233;poque qu'est le XIXe si&#232;cle, et en ce sens elle accompagne, enregistre, mais est aussi l'un des acteurs essentiels de cette mutation qui prendra &#224; la fin du XXe si&#232;cle toute son ampleur comme nous le savons.&lt;br class='autobr' /&gt;
Changeux dit que l'image en tant que telle n'existe pas, qu'il existe des objets mentaux. Il distingue en effet :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Le percept primaire, objet mental dont le graphe et l'activit&#233; sont d&#233;termin&#233;s par l'interaction avec le monde ext&#233;rieur.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; L'image est un objet de m&#233;moire autonome et fugace dont l'&#233;vocation ne requiert pas une interaction directe avec l'environnement.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Le concept est, comme l'image, un objet de m&#233;moire mais ne poss&#232;de qu'une faible composante sensorielle, voire pas du tout du fait qu'il r&#233;sulte du recrutement de neurones dans des aires multiples.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Le passage de l'image au concept suit deux voies distinctes mais compl&#233;mentaires : l'&#233;lagage de la composante sensorielle et l'enrichissement d&#251; aux combinaisons qui r&#233;sultent du mode d'encha&#238;nement des objets mentaux &#187; ( p. 174-15).&lt;br class='autobr' /&gt;
Si je rappelle ces points, c'est qu'ils me semblent pouvoir &#234;tre mis en relation directe avec la th&#233;orie des inf&#233;rences que nous avons &#233;voqu&#233;e, et en particulier la question des inf&#233;rences en relation avec l'existence du cadavre et enfin avec ce que j'ai trouv&#233; dans un texte intitul&#233; &lt;i&gt;L'autre corps de l'empereur dieu&lt;/i&gt; dans lequel Florence Dupont parle de l'imago qui va servir de second corps &#224; l'empereur afin qu'il soit divinis&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
En fait nous verrons cela au fur et &#224; mesure du d&#233;veloppement du texte.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5955 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L450xH262/niepce-fnl-e77a2.jpg?1509817416' width='450' height='262' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Paragraphe 25&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La palinodie s'ouvre sur cette &#233;vocation de la m&#232;re disparue depuis peu et sur ce constat d&#233;sabus&#233;, cette fatalit&#233; non tant de l'absence que de l'impossibilit&#233; de pouvoir voir se constituer (en soi-m&#234;me et pour soi-m&#234;me) un souvenir qui rappelle l'absent ou l'absente, ses traits. Ce rappel ou plut&#244;t cet appel impossible des traits (les appeler tout entier &#224; moi (p. 99), nous donne en fait la structure m&#234;me qui gouverne cette partie du texte.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'enjeu est le suivant : est-il possible de mettre en &#339;uvre un tel appel &#171; pour &#187; qu'il y ait ou &#171; et &#187; qu'il y ait une r&#233;ponse, un retour, bref un signe plein de la part de l'absent, satisfaisant l'appel, c'est-&#224;-dire l'attente de celui qui est l&#224; qui est rest&#233; l&#224;, vivant ? Il ne faut pas s'y tromper, nous sommes au c&#339;ur de la structure comportementale magico-religieuse qui gouverne les relations que les hommes entretiennent avec les dieux. Le dieu ou les dieux sont ces p&#244;les imaginaires auxquels nous nous adressons en esp&#233;rant ou en vue d'obtenir d'eux des r&#233;ponses quant aux attitudes &#224; avoir afin de s'orienter dans l'existence de la mani&#232;re la plus ad&#233;quate possible &#224; la situation particuli&#232;re ou g&#233;n&#233;rale &#224; laquelle on est confront&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
On retrouve l&#224; un des niveaux de la lecture que je propose de ce texte, &#224; savoir que nous avons affaire &#224; la mise en &#339;uvre du cadre g&#233;n&#233;ral qui rend possible l'existence d'une r&#233;ponse &#224; l'appel. Il n'est pas pour nous &#233;tonner que la possibilit&#233; d'un tel retour magique soit li&#233; &#224; l'image. Mais il est rare de pouvoir le voir mis en &#339;uvre textuellement si l'on peut dire, de pouvoir le d&#233;crypter en suivant pas &#224; pas la mani&#232;re dont il est construit et instaur&#233;, invent&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi l'absence est une question priv&#233;e qui doit trouver une r&#233;ponse d'ordre priv&#233; et &#224; ce titre les photographies de la m&#232;re rel&#232;vent de cette sph&#232;re. Retenons ce point car ce n'est qu'en toute fin de texte que la question essentielle en effet de ce qui est priv&#233; et public sera pos&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
On se trouve donc en ce d&#233;but de seconde partie face &#224; une &#171; image impossible &#187; ou plut&#244;t face &#224; des images qui restent sans effet ni studium ni punctum au mieux une sorte de glacis indiff&#233;renci&#233; de photos, mais qui justement ne parlent pas, pas plus &#224; l'auteur qu'&#224; ses amis.&lt;br class='autobr' /&gt;
On le devine l'enjeu est donc de voir s'il existe et mieux encore de &#171; faire exister &#187; une image qui lui parle, qui lui r&#233;ponde, qui r&#233;ponde &#224; son attente, qui comble les projections mises en &#339;uvre par son syst&#232;me d'inf&#233;rence.&lt;br class='autobr' /&gt;
Alors ne perdons pas de vue le statut des images mentales : peu de dur&#233;e de vie autonome, mais une possibilit&#233; &#224; &#234;tre rappel&#233;e dans certaines conditions.&lt;br class='autobr' /&gt;
Alors d&#233;crivons avant d'aller plus loin un syst&#232;me possible, un sch&#233;ma possible de fonctionnement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a l'objet visible et vivant, ici sa m&#232;re. Tant qu'elle vit, elle est pr&#233;sente et ses traits, m&#234;me s'ils se modifient, sont actuels, c'est-&#224;-dire le r&#233;sultat d'un percept constamment r&#233;actualis&#233;. Puis vient sa disparition. Les photos jouent alors un r&#244;le ambigu. Elles sont bien des images de sa m&#232;re, mais elles ne peuvent &#234;tre prises pour sa m&#232;re. Barthes n'est pas fou et en ce sens nous ne le sommes pas de croire que quelqu'un serait l&#224; parce que l'on regarderait son image. Mais on ne peut s'emp&#234;cher de chercher dans sa m&#233;moire le souvenir de l'absent et de tenter de le faire revenir. Nous sommes l&#224; dans la pure dimension affective hors raison, juste dans le d&#233;sir dans ce qu'il a de plus intraitable comme le dit Barthes lui-m&#234;me.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais d'un autre c&#244;t&#233; les photos sont bien non seulement des rappels de sa m&#232;re, mais encore des percepts, tout ce qu'il y a d'actuel. C'est un peu cela qu'on ne dit pas sur la photographie et qui est au c&#339;ur du processus barth&#232;sien de reconnaissance, &#224; savoir qu'il y a un percept qui fonctionne avec l'image et qu'il vient heurter quelque chose qui n'est ni un percept ni m&#234;me UNE image m&#233;morielle, mais bien L'image qui serait la somme de tous les percepts, bref une sorte de concept, un objet mental compos&#233; de toutes les qualit&#233;s de sa m&#232;re ou qui les ferait revenir comme si elle &#233;tait non pas l&#224; pr&#233;sente mais l&#224; vivante dans l'esprit.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais le d&#233;calage est absolument insupportable en fait, car sa m&#232;re n'est pas un concept, ne peut pas le devenir et les percepts r&#233;actualis&#233;s par les photos ne produisent pas l'effet escompt&#233; et m&#234;me plut&#244;t un effet contraire. Elles la rendent m&#234;me imperceptible, non rappelable, l'&#233;loignent, brouillent les &#171; vrais &#187; souvenirs. LA question est donc de savoir si l'image peut &#224; la fois &#233;chapper au concept et au percept, &#234;tre &#224; la fois plus qu'un percept li&#233; &#224; la r&#233;alit&#233; d'une situation et plus qu'un concept puisqu'elle r&#233;pondrait &#224; l'attente. On comprend que l'enjeu va recouper les probl&#233;matiques li&#233;es &#224; l'image et au texte mais aussi &#224; cette tentative singuli&#232;re de Barthes de se risquer dans le champ philosophique en acceptant d'inclure la dimension au demeurant pr&#233;sente aux origines qui serait celle du magique et que le da&#239;mon de Socrate incarne ou de l'inspiration divine qui pousse Socrate &#224; faire sa palinodie dans le &lt;i&gt;Ph&#232;dre&lt;/i&gt;. Il vise &#224; &#233;tablir une pens&#233;e paradoxale, et si certes j'&#233;cris cela apr&#232;s avoir lu l'ensemble du texte, je crois que d'avoir cela en t&#234;te va faciliter la lecture du texte et rendre perceptible sa construction. Cela va aussi plus nous poser de probl&#232;mes qu'apporter de r&#233;ponses, mais aussi nous permettre de mieux comprendre notre situation face aux images.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5957 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH421/victoria-fnl-a9b7d.jpg?1509817416' width='500' height='421' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Paragraphe 26&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;investissement de la question par des concepts importants va donc commencer avec celui d'histoire. Mais comme le montre la premi&#232;re phrase on en trouve d'entr&#233;e, ou plut&#244;t encore, et de mani&#232;re r&#233;solue cette fois, dans le domaine &#171; priv&#233; &#187; individuel, personnel, singulier. On philosophe &#224; partir de sa singularit&#233; absolue. C'est moi la mesure de toutes choses, moi, forme conscience, moi comme individu qui en ce sens repr&#233;sente tous les autres puisqu'il dit comment &#231;a se passe en lui et que l'on suppose non pas une identit&#233; de contenu des pens&#233;es, mais bien une similitude de fonctionnement de l'esprit. En tout cas c'est le pari qui est fait ici.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'histoire comme ce temps o&#249; nous n'&#233;tions pas n&#233;s sonne comme un &#233;cho &#224; ce texte de Husserl qui a pour titre &lt;i&gt;L'arche originaire terre ne se meut pas&lt;/i&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sans se lancer dans l'explication de ce texte tardif de Husserl constatons qu'il affirme de mani&#232;re &#233;vidente la pr&#233;gnance d&#233;terminante du v&#233;cu originaire dans la constitution de notre image du monde et en faisant ressortir les traits essentiels de cette perception originaire, il se voit conduit &#224; accepter l'historicit&#233; absolue de l'ego et le fait que ses perceptions originaires, pour le dire vite, ne correspondent en rien &#224; ce qu'il va finir par construire comme id&#233;e du monde. En d'autres termes, la terre n'est pas un corps, mais un sol, une arche originaire et seuls les apprentissages divers vont nous conduire &#224; inventer une terre qui soit un corps dans l'espace par exemple.&lt;br class='autobr' /&gt;
Voici quelques citations qui nous permettrons rapidement de saisir de quoi il retourne et la mani&#232;re dont Husserl positionne l'ego comme structure d&#233;terminante de la saisie du monde, structure qui ne peut pas &#234;tre effac&#233;e d'une certaine mani&#232;re. Barthes a recours &#224; cela d'une mani&#232;re &#224; la fois provocatrice et ph&#233;nom&#233;nologiquement &#171; juste &#187;. Il radicalise les enjeux et les subjectivise, mais cela fonctionne vu les limites de son sujet.&lt;br class='autobr' /&gt;
Revenons au texte. L'histoire est donc pr&#233;sent&#233;e en relation &#224; lui-m&#234;me et &#224; sa m&#232;re, &#224; son corps et au corps qui lui a donn&#233; vie et qui est devenu cadavre. En fait ce passage consiste en une premi&#232;re forme de rem&#233;moration, une sorte de premi&#232;re recollection d'&#233;l&#233;ments disparates li&#233;s &#224; l'objet de la qu&#234;te.&lt;br class='autobr' /&gt;
En fait nous sommes dans un moment o&#249; les photographies sont en tout &#233;gales &#224; des images au sens de Changeux, d'objets de m&#233;moire autonome et fugace.&lt;br class='autobr' /&gt;
La recollection des &#233;l&#233;ments divers, glan&#233;s ici et l&#224; sur les photos, on le comprend vite, ne va pas permettre de recomposer UNE image, l'image une, (rappeler le unaire de la premi&#232;re partie avec un sens autre).&lt;br class='autobr' /&gt;
Et ces photos ont besoin des objets r&#233;els pour &#234;tre confirm&#233;s dans leur fonction m&#233;morielle. (p. 101)&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais Barthes, par une de ces phrases dont il a le secret comme on dit, raccorde le singulier au g&#233;n&#233;ral, et en fait conf&#232;re &#224; son sujet, pour qu'il prenne de la consistance, une dimension extr&#234;mement vaste. En fait il proc&#232;de par analogies improbables. Ici le lien entre histoire et hyst&#233;rie &#224; partir de la constitution m&#234;me du moi comme structure d&#233;sirante. Mais l'enjeu est immense. C'est ici que se constitue l'espace dans lequel la suite du texte va venir se glisser. L'histoire est hyst&#233;rique : elle ne se constitue que si on la regarde &#8211; et pour la regarder, il faut en &#234;tre exclu (p. 102). C'est un peu un de ces paradoxes qu'aime la pens&#233;e chinoise, voir la montagne suppose qu'on n'est pas &#171; en &#187; elle, et lorsqu'on est &#171; en &#187; elle on ne la voit plus&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais il y a plus dans la mesure o&#249; il d&#233;finit ainsi une rupture temporelle, avant sa naissance, mais apr&#232;s la naissance de sa m&#232;re dans ce temps o&#249; elle existe qui le concevra et o&#249; lui qui sera connu par elle n'existe pas encore. La conception chr&#233;tienne de ce temps qui s&#233;pare de la parousie qui pourtant a d&#233;j&#224; commenc&#233; n'est pas loin, et on verra qu'elle irrigue ce texte profond&#233;ment &#224; travers cette figure de la m&#232;re et de la question de l'enfantement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette rupture est aussi pens&#233;e comme le paradigme de toutes les ruptures temporelles et de toute pens&#233;e de l'histoire et donc du temps.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais l'enjeu r&#233;el, concret est celui de la possibilit&#233; d'une anamn&#232;se. Elle semble interdite. Et ainsi le deuil serait donc irr&#233;versible irr&#233;m&#233;diable. Elle semble interdite en ceci qu'il n'est possible de faire revenir en soi, &#224; partir de soi, dans ce lien &#224; l'exp&#233;rience directe &#224; une perception originaire au sens de Husserl, que ce que l'on a v&#233;cu. Or cela n'est pas possible de faire revenir sa m&#232;re &#224; partir du temps d'avant le temps de sa naissance &#224; lui, de son exp&#233;rience propre de la vie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Comment faire pour que cela soit possible, une telle anamn&#232;se. On le sait, c'est &#224; cela que va servir la photographie &#224; combler ce trou, ce vide, cette impossibilit&#233; &#224; faire en sorte que cela puisse avoir lieu ? Quoi ? L'&#233;ternit&#233;&#8230; Le lien entre avant et apr&#232;s&#8230; Avant la vie et apr&#232;s la mort&#8230; Avant sa vie et apr&#232;s sa mort&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Paragraphe 27&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de la reconnaissance qui est abord&#233;e ici montre bien que l'on se situe en quelque sorte dans une sorte de tentative d'approche du fonctionnement mental r&#233;el. L'honn&#234;tet&#233; de la d&#233;marche tient en cela, &#234;tre au plus pr&#232;s de ce qui est senti et le penser, et non pas projeter une pens&#233;e sur du v&#233;cu. Mais on voit alors que le psychisme fonctionne par des projections ou des inf&#233;rences et il se pourrait que la pens&#233;e soit une sorte de tentative de description de ce fonctionnement qui ne peut se r&#233;aliser cependant que prise dans les filets des sch&#232;mes culturels de l'individu de son temps de sa culture.&lt;br class='autobr' /&gt;
Donc une reconnaissance fragmentaire ou fragment&#233;e, pas de recollection, c'est-&#224;-dire pas de synth&#232;se possible. Mais un rappel, celui de la qu&#234;te proprement dite de l'essence de la photographie, associ&#233; donc &#224; celle de l'essence de l'identit&#233; de sa m&#232;re, entendons de ce qui faisait sa m&#232;re pour lui, d'une sorte de synth&#232;se de ses qualit&#233;s (et non pas de ce qu'est la m&#232;re comme concept).&lt;br class='autobr' /&gt;
On passe du fragment au presque au ratage et au r&#234;ve comme savoir, mais pas comme voir. En effet, dans la mesure o&#249; ce texte cherche l'essence de la photographie &#224; partir du point de vue du spectateur, il ne peut donc que se concevoir comme un questionnement sur le regard. Voir suppose un regard, quelqu'un qui regarde, et quelqu'un qui voit, et quelqu'un qui est vu, qui peut ou doit l'&#234;tre, car seul l'&#233;change des regards peut confirmer, l&#233;gitimer et confirmer l'existence de l'un comme de l'autre. C'est vers une telle double reconnaissance que l'on tend ici.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais c'est surtout encore une fois l'aveu d'un &#233;chec remonter, redescendre, remonter&#8230; sans l'avoir vue... quoi l'essence (p.104).&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais cet &#233;chec n'est pas total. Il y a quelque chose sur quoi construire la suite, un &#233;l&#233;ment qui tient plus que les autres dans cette tentative de constituer, reconstituer l'image de sa m&#232;re : ses yeux, la clart&#233; de ses yeux, autrement dit son regard. Ici ce regard ne regarde encore personne et de fait pas l'auteur, mais ce regard qui est lumi&#232;re, comprenons pos&#233; comme &#233;chappant &#224; la mat&#233;rialit&#233;, ce regard appara&#238;t comme un chemin, un signe et un chemin, il conduit vers&#8230; Le message messianique est l&#224;, et bien l&#224; en tout cas le fait que quelque chose guide, le guide vers sa m&#232;re, le guide vers l'essence&#8230; celle cherch&#233;e de la photographie. En tout cas ce n'est pas faire un faux proc&#232;s &#224; Barthes que de noter la pr&#233;sence de ce discours implicitement chr&#233;tien, qui on le verra nous conduira &#224; la question de l'image ache&#239;ropoi&#232;te.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le second paragraphe repasse par un moment que l'on a d&#233;j&#224; vu dans la premi&#232;re partie (c'&#233;tait le long &#167; 5), la question de la pose et du fait de s'offrir ou non &#224; &#231;&#224; l'objectif, mais cette fois pas de long d&#233;bat. Au contraire, une soustraction, celle du sujet M&#232;re des photographies d'elle. On lib&#232;re ainsi, comme on l'a fait pour l'immacul&#233;e conception, le p&#233;ch&#233; du corps maternel ou plut&#244;t le corps maternel du p&#233;ch&#233;, la chair de la lourdeur. Le corps de la m&#232;re est pr&#233;sent&#233; d'une mani&#232;re qui le rend susceptible de se transformer en autre chose de changer d'&#233;tat&#8230; L'op&#233;ration magico-alchimique se poursuit.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5948 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L419xH550/desbordes-fnl-234bd.jpg?1509817416' width='419' height='550' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Paragraphe 28&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est donc le chapitre de la d&#233;couverte de la photo qui va lui rendre la v&#233;rit&#233; du visage aim&#233;. Il faut garder en t&#234;te le fait que c'est dans cet appartement que sa m&#232;re est morte il y a peu, et que donc nous nous situons dans la perspective d'une relation directe entre l'image et le cadavre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Remonter le temps et atteindre, &#224; travers une photo de sa m&#232;re enfant, la v&#233;rit&#233; de son visage, de son &#234;tre. La possibilit&#233; de dire l'essence de la photographie va &#234;tre conditionn&#233;e par la possibilit&#233; d'avoir retrouv&#233; au moins une photographie qui puisse dire une &#171; essence singuli&#232;re &#187; si l'on peut s'exprimer ainsi. Pouvant le faire pour une personne, pouvant dire la v&#233;rit&#233; d'un visage alors la photo pourra &#234;tre d&#233;clar&#233;e porteuse d'un message.&lt;br class='autobr' /&gt;
Deux choses concourent &#224; la saisie de cette &#171; essence singuli&#232;re &#187;, le fait qu'il doit faire un effort pour reconstituer sa m&#232;re &#224; partir d'une image o&#249; tout d'elle est pr&#233;sent, mais encore &#224; l'&#233;tat latent puisqu'elle est enfant. Il charge donc ce portrait de l'avenir m&#234;me de la personne qui est sur la photo, il inscrit dans le pass&#233; de cette image le devenir m&#234;me de la personne telle que lui l'a connue.&lt;br class='autobr' /&gt;
On assiste &#224; un effet de correspondance image juste sentiment aussi s&#251;r que le souvenir. On le comprend, il existe un support capable de faire revenir l'&#234;tre disparu dans sa v&#233;rit&#233;. Il existe une image dont la perception en acte (sensation ou percept) r&#233;actualise &#224; la fois l'ensemble des souvenirs (images m&#233;morielles instables) et la v&#233;rit&#233; de la personne (concept singulier si l&#224; encore une telle expression a un sens ou image juste qui dit donc la justesse, l'accord parfait entre l'attente et la r&#233;ponse, entre l'absence et la pr&#233;sence).&lt;br class='autobr' /&gt;
Le conflit image texte se poursuit. Les mots ne permettraient d'atteindre cette v&#233;rit&#233; que par une suite infinie d'adjectifs&#8230; infinie&#8230; Le texte suit la ligne du temps, le ressouvenir des &#233;v&#233;nements prend le m&#234;me temps que les &#233;v&#233;nements m&#234;me comme le montre si bien Borg&#232;s dans &lt;i&gt;Funes ou la m&#233;moire&lt;/i&gt;. Ici donc &#224; la fois une assomption temporelle et une rupture avec l'ordre implacable du temps qui d&#233;sormais efface les souvenirs puisqu'elle n'est plus rappelable dans la r&#233;alit&#233; de sa pr&#233;sence, puisqu'elle est morte.&lt;br class='autobr' /&gt;
On voit bien qu'entre la science impossible de l'&#234;tre unique et la photographie unaire, il n'y a qu'un cheveu&#8230; L'une est du c&#244;t&#233; de la forclusion m&#233;diatis&#233;e par les r&#233;flexes culturels. L'autre est du c&#244;t&#233; de la singularit&#233; et surtout de l'affect ou de l'affectif pur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Paragraphe 29&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Remonter le temps, qu'est-ce &#224; dire ? On le comprend cela dit le fait qu'il a regard&#233; les photographies de sa m&#232;re en partant des derni&#232;res pour remonter &#224; celles o&#249; elle &#233;tait enfant.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette page 111 est importante. Elle inscrit dans le texte l'existence de deux corps, non seulement le corps vivant dans son opposition au cadavre mais surtout le fait qu'il y a deux corps de sa m&#232;re qui s'opposent en tout et se rejoignent en lui, la m&#232;re enfant et la m&#232;re mourante. Remonter de l'une &#224; l'autre, remonter le temps, c'est donc &#224; la fois &#234;tre dans un processus de &#171; d&#233;ni &#187; de la mort et dans un processus d'anamn&#232;se de quelque chose qui ne part pas de soi et qui pourtant y trouve sa source.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi comprend-on la charge philosophique qui fait de l'enfance le souverain bien, qui est chez Aristote comme chez Platon ce qu'il faut d&#233;sirer, ce qu'il faut viser, ce &#224; quoi il faut tendre dans sa vie ce vers quoi il faut tendre sa vie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le renversement de perspective va donc jusqu'&#224; faire dire &#224; Barthes que sa m&#232;re devient sa fille &#224; la fin de sa vie et que par cela il &#171; r&#233;sout la mort &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
On a d&#233;j&#224; not&#233; le th&#232;me r&#233;current de la mort et le fait que l'on passe sans cesse de la mort au singulier, si je puis dire, &#224; la mort envisag&#233;e d'un point de vue plus sociologique. Mais c'est pr&#233;cis&#233;ment le hiatus entre ces deux &#171; visions &#187; de la mort qui constitue l'espace m&#234;me dans lequel la r&#233;flexion se glisse, le singulier d&#8216;une part et le collectif d'autre part. C'est bien ce saut, cette articulation qu'il lui faut tenter d'instaurer et cela depuis le d&#233;but. Il y a eu le parti pris du point de vue du spectator et maintenant le parti pris du point de vue de l'&#234;tre singulier. L'enjeu reste le m&#234;me, fonder un discours &#171; vrai &#187; sur ce qui passe pour &#234;tre &#224; l'oppos&#233; du vrai, l'affect, le sentiment, le d&#233;sir, la forme du moi.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quant &#224; la fin du paragraphe page 113, on ne peut qu'y voir une sorte d'annonce pr&#233;monitoire de sa fin qui arriva si rapidement apr&#232;s celle de sa m&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5947 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L440xH550/clifford-fnl-d0d90.jpg?1509817416' width='440' height='550' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Paragraphe 30&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la th&#233;orie du punctum et du studium a &#233;t&#233; sortie de lui comme sujet singulier, c'est donc de mani&#232;re &#233;quivalente (on est et on reste dans une logique du double ou plut&#244;t du redoublement) d'une photographie unique qu'il d&#233;cide de faire sortir l'essence de la photographie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce chapitre nous fait passer du premier monde, o&#249; le plaisir pouvait &#234;tre un guide (en ce sens o&#249; le plaisir est la forme de ce qui r&#233;siste dans le sujet &#224; tous les discours ou les exc&#232;de) au second monde celui de l'affect pur ou de ces affects essentiels que sont chez Aristote la terreur et la piti&#233;, et qui sont ici l'amour et la mort, et celui o&#249; c'est &#224; partir de cette affectivit&#233; que l'on va tenter d'&#233;tablir la pens&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
On est proche de la probl&#233;matique husserlienne en ceci que Barthes se refuse &#224; partir des crit&#232;res communs qui incluent des donn&#233;es qui ne rel&#232;vent pas directement de l'exp&#233;rience &#171; pure &#187; de l'ego. Ici l'ego c'est le sujet affectif.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais c'est le passage qui importe, l'articulation, le fil qui le tire vers la photographie qui reste l'enjeu profond, car il s'agit n&#233;anmoins non pas d'&#233;crire un livre sur sa m&#232;re mais bien de tenter de trouver l'essence de la photographie.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'enjeu pour nous c'est de tenter de voir si cette approche est juste, si oui en quoi, si non en quoi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Paragraphe 31&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le processus de descente en soi-m&#234;me se fait par &#233;pluchage par d&#233;shabillage. On enl&#232;ve les couches relevant de l'apprentissage pour tenter de remonter vers le singulier.&lt;br class='autobr' /&gt;
La famille et la m&#232;re sont les formes sociales et culturelles, les cat&#233;gories dans lesquelles semblent entrer les figures de son propos. Il faut les en d&#233;gager. Et cela passe par la r&#233;introduction de l'affectif dans le discours sociologique ou scientifique.&lt;br class='autobr' /&gt;
On peut m&#234;me dire qu'il s'amuse &#224; inverser le point de vue habituel sur le savoir ou la connaissance. La richesse est dans la singularit&#233; et pas dans la connaissance toujours g&#233;n&#233;rale, car elle &#233;crase, r&#233;duit et finalement d&#233;vitalise ses objets.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi on enl&#232;ve donc le v&#234;tement de la science, de la psychologie, de la religion, de la culture chr&#233;tienne pour mieux comprendre en quoi ils sont d&#233;terminants et l'on d&#233;couvre en fait un &#233;tat d'un genre particulier, une sorte de blocage de fixation, de stupeur radicale incompressible qui est celle du deuil et de l'affect li&#233;s &#224; une personne particuli&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt;
La dimension culturelle des comportements communicables et partageables ne joue qu'un r&#244;le de masque de recouvrement. Dessous, juste derri&#232;re cette surface, autre chose est v&#233;cu, un autre temps s'est mis en place, un temps fig&#233;, un suspens radical, une &lt;i&gt;&#233;poch&#233;&lt;/i&gt; psychique et affective. Rien ne tient face &#224; ce deuil qui a tout emport&#233; de l'essentiel au singulier comme singulier de l'essentiel dans ce qu'il a de singulier, dans sa puissance, sa capacit&#233; &#224; affecter.&lt;br class='autobr' /&gt;
Figure, &#234;tre, qualit&#233; irrempla&#231;able, inqualifiable... la chute est sans appel. Il ne reste rien&#8230; C'est &#224; partir de ce rien que va &#234;tre possible la remont&#233;e vers l'essence. (Mais c'est un rien plein de ce tout qu'est l'autre plein de la v&#233;rit&#233; enfin atteinte par une image.)&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5954 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L413xH550/nadar-wife-fnl-73d3b.jpg?1509817416' width='413' height='550' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Paragraphe 32&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes l&#224; dans un chapitre tr&#232;s important puisqu'il s'agit du moment o&#249; Barthes va refonder (on est toujours dans cette palinodie dans cette reprise r&#233;p&#233;tition et d&#233;placement de point de vue) ou plut&#244;t r&#233;assurer l'axiome qui est le sien au sujet de la photographie &#224; savoir qu'elle est co-naturelle &#224; son r&#233;f&#233;rent (p. 119). Ainsi cette palinodie est en fait une tentative de lien entre deux mondes, celui de la banalit&#233; et celui de la singularit&#233;, celui que tout le monde conna&#238;t, et celui l'&#233;motion qui n'appartient qu'&#224; moi. En d'autres termes, nous sommes dans un sch&#233;ma que l'on pourrait dire chr&#233;tien o&#249; la forme de l'id&#233;e attend d'&#234;tre remplie par la &#171; mat&#233;rialit&#233; imaginaire &#187; de la chair&#8230; (nous y reviendrons). Mais si l'on reprend un autre vocabulaire, ce qui est en jeu ici, c'est bien une d&#233;finition de l'image, une pr&#233;sentation de son statut. Elle rel&#232;ve d'une part d'un &#233;tat du &#171; savoir &#187; commun sur l'image, de la doxa si l'on veut. En ce sens l'image est un objet mental partag&#233;, un concept donc, mais ent&#233; sur un percept, mais sur un percept g&#233;n&#233;ral si l'on peut dire au sens o&#249; il serait model&#233; et mod&#233;lis&#233; par le savoir, par des attentes de type purement culturelles. Ici, l'image rel&#232;ve du syst&#232;me d'inf&#233;rence qui voit dans les formes de l'attente la r&#233;plication de ce qui est commun &#224; un moment de l'histoire &#224; ceux qui vivent ensemble. Mais d'autre part, l'image est li&#233;e &#224; un ou des souvenirs qui cherchent &#224; se r&#233;actualiser et qui vont trouver dans l'image, une image, le vecteur de leur singularit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Faire fonctionner ce projet, car c'est un projet, dire l'essence de la photographie implique de revenir sur les diff&#233;rentes sortes de repr&#233;sentations dans leur relation au r&#233;f&#233;rent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et en effet, pour Barthes, un point saillant appara&#238;t, le fait que n&#233;cessairement ce qui a &#233;t&#233; photographi&#233; s'est trouv&#233; devant l'objectif&#8230; la chose n&#233;cessairement r&#233;elle qui a &#233;t&#233; plac&#233;e devant l'objectif faute de quoi il n'y aurait pas de photographie&#8230; (p. 120)&lt;br class='autobr' /&gt;
Et imm&#233;diatement en fait c'est la diff&#233;rence &#233;criture photographie qui est convoqu&#233;e. La succession des mots est m&#234;l&#233;e d'imaginaire. Paradoxalement, l'image photographique est assourdie de r&#233;alit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
On le comprend, ce qui revient, c'est l'id&#233;e que la photographie permet un percept originaire ou &#224; un percept de type originaire d'avoir lieu et m&#234;me &#224; un percept plus originaire que les perceptions r&#233;elles dans la mesure o&#249;, livrant une v&#233;rit&#233; de ou sur quelqu'un ou quelque chose et au moins cette v&#233;rit&#233; sur son existence, elle &#171; est &#187; la chose m&#234;me. La photographie a une fonction ontologique essentielle, elle dit l'existence m&#234;me, l'existence pure, le fait m&#234;me d'exister&#8230; ou plut&#244;t d'avoir exister. Elle dit l'&#234;tre, certes &#224; travers un d&#233;calage mais c'est bien l'&#234;tre qu'elle dit, dont elle manifeste la r&#233;alit&#233; dans le fait de certifier un avoir &#233;t&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et, en effet, Barthes a raison. Si l'on accepte de croire &#224; cette pr&#233;sence, &#224; la n&#233;cessit&#233; de ce r&#233;f&#233;rent, alors on se trouve devant quelque chose qui est sp&#233;cifique &#224; la photographie qui lui est en m&#234;me temps essentiel et qui est un lien entre contingence et n&#233;cessit&#233;, car il s'agit &#224; chaque fois d'une chose diff&#233;rente, mais &#224; chaque fois cette chose doit avoir &#233;t&#233; l&#224;. On comprend l'effet de redondance qui autorise ce lien.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le corps vivant a &#233;t&#233; l&#224;, il n'est plus l&#224; et le syst&#232;me d'inf&#233;rence entre deuil et d&#233;sir, entre trace et effacement, entre m&#233;moire incertaine et rem&#233;moration improbable va donc utiliser TOUTES les ressources &#224; sa disposition pour tenter de combler le vide, de faire le lien, d'assurer la coh&#233;rence entre ce qui dispara&#238;t et ce qui &#171; doit &#187; donc de nouveau appara&#238;tre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Revenons un instant sur le c&#233;l&#232;bre &#171; &#231;a a &#233;t&#233; &#187;. No&#232;me de la photographie, le &#171; &#231;a a &#233;t&#233; &#187; serait donc en tant qu'objet intentionnel des actes de conscience selon Husserl ce qui d&#233;finit l'essence de la photographie en tant qu'elle serait donc cette chose qui convoque la pr&#233;sence dans le diff&#233;r&#233; (p. 121). Objet de conscience, le &#171; &#231;a a &#233;t&#233; &#187; est bien celui de la conscience du spectator. C'est lui qui investit l'image de ses attentes et qui en la posant sur l'horizon de son attente, la transforme en une entit&#233; susceptible de lui r&#233;pondre ou plut&#244;t dont il attend qu'elle lui r&#233;ponde. Elle le fait sur un mode particulier, celui de l'&#233;cart entre pr&#233;sence et absence. Le &#171; &#231;a a &#233;t&#233; dit &#187; instaure le lien, cr&#233;e le lien entre ces deux rives en g&#233;n&#233;ral injoignables dans une perspective temporelle historique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le v&#233;cu contredit la connaissance.&lt;br class='autobr' /&gt;
En fait la magie est cette tentative effr&#233;n&#233;e du cerveau humain de contredire ce qui est, ici le fait que sa m&#232;re est morte, pour faire exister ce qui pour lui comme syst&#232;me affectif devrait &#234;tre le fait qu'il ne veut pas perdre sa m&#232;re au sens de l'oubli, de ne plus pouvoir se souvenir d'elle, la rappeler, la faire revenir en lui comme objet comblant dans son esprit.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un syst&#232;me d'inf&#233;rence est en fait une structure d'appel. Ce qui est vis&#233; est pris dans cette injonction de devoir r&#233;pondre&#8230; au moins un peu. Ainsi la question de l'image est prise dans la question du fonctionnement intime de la conscience qui est divis&#233;e, non par un d&#233;cret divin ni par une loi mauvaise, mais par la structure m&#234;me du cerveau qui est double.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et ce que visent ces efforts, c'est toujours &#224; combler cet espace celui de la division quelle que soit la forme dans laquelle on la pense. Ou celui de l'oubli.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ici l'espace est inscrit dans une formule temporelle qui pourtant &#233;chappe au temps lin&#233;aire. Elle a m&#234;me pour fonction de le contredire, on vient de le voir.&lt;br class='autobr' /&gt;
La mani&#232;re dont cela est possible, dont se met en place l'effet magique est donc le suivant, une confusion que seul le fonctionnement affectif autorise, entre v&#233;rit&#233; et r&#233;alit&#233;, entre v&#233;rit&#233; de l'image et r&#233;alit&#233; de son origine&#8230; (p. 121) Remarquons au passage le &#171; j'avais induit&#8230; d&#251; &#224; une intensit&#233; affective &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi on ne sort pas de ce que disait d&#233;j&#224; Nietzsche de la conscience dans la g&#233;n&#233;alogie de la morale. Rappelons ce passage c&#233;l&#232;bre du paragraphe 3 &#224; propos de l'instinct dominant de l'homme souverain : &#171; sa conscience ? On peut deviner &#224; l'avance que le concept de conscience dont nous rencontrons ici la forme la plus haute presque d&#233;concertante a d&#233;j&#224; une longue histoire, une longue suite de m&#233;tamorphoses derri&#232;re lui&#8230;/&#8230; Comment former dans l'animal homme une m&#233;moire ? Comment imprimer quelque chose d'ineffa&#231;able &#224; cet entendement du moment pr&#233;sent &#224; la fois &#233;tourdi et obtus &#224; cet oubli incarn&#233; ?&#8230;/&#8230; On grave quelque chose au fer rouge pour le fixer dans la m&#233;moire : seul ce qui ne cesse de faire mal est conserv&#233; par la m&#233;moire. Voil&#224; une loi fondamentale de la plus ancienne psychologie sur terre &#187; (&lt;i&gt;G&#233;n&#233;alogie de la morale&lt;/i&gt;, &#167; 3 p. 254).&lt;br class='autobr' /&gt;
M&#234;me si en effet on se trouve non pas du c&#244;t&#233; de la volont&#233; collective et historique mais bien d'une conscience individuelle qui cherche &#224; effectuer une op&#233;ration particuli&#232;re qui consiste &#224; recouvrir une douleur par le rappel d'un bonheur, &#224; faire exister un affect par le truchement d'un objet m&#233;moriel, une image.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est ce d&#233;calage entre r&#233;alit&#233; et pass&#233;, ce lien intime, mais lien dans un &#233;cart n&#233;cessaire qui va devenir l'espace propre &#224; la pens&#233;e de la photographie. (intersum, p. 121)&lt;br class='autobr' /&gt;
En fait l'image photographique r&#233;ussit ce tour de magie de faire croire &#224; la r&#233;alit&#233;, de prot&#233;ger le sujet, l'individu, la conscience contre les assauts de l'imaginaire qui sont en fait bas&#233;s sur une reconfiguration des images mn&#233;siques, des images telles qu'elles existent dans le cerveau. Elle permet de faire durer ce qui s'efface dans un mixte singulier de douleur et de joie, o&#249; la joie, le bonheur r&#233;ussit &#224; recouvrir la douleur. On peut m&#234;me dire que cela va &#234;tre sa fonction principale, faire oublier la douleur en assurant le retour de ce qui est la cause de la douleur, sur un autre mode. Faire passer le corps absent, mort de l'&#233;tat d'absent &#224; un nouvel &#233;tat, celui d'image effectivement agissante, comblante.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5953 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L442xH550/mondrian-fnl-9cc89.jpg?1509817417' width='442' height='550' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Paragraphe 33&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut cependant encore une fois revenir sur l'image pour l&#233;gitimer l'axiome. C'est cette insistance qui est &#171; suspecte &#187; au sens o&#249; sans elle il se pourrait que la preuve de l'ancrage de la photographie dans le r&#233;f&#233;rent ne soit pas si indubitable.&lt;br class='autobr' /&gt;
Encore une fois on reste du c&#244;t&#233; du spectator. S'il y a intention, c'est une intention de lecture. La projection, l'attente, sont du c&#244;t&#233; du spectateur.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et l'on en arrive &#224; partir des remarques sur la pose &#224; la remarque essentielle : dans la photographie, la pr&#233;sence de la chose n'est jamais m&#233;taphorique. (p. 123)&lt;br class='autobr' /&gt;
Et c'est dans ce deuxi&#232;me paragraphe que Barthes op&#232;re par substitution et renversement le glissement qui conf&#232;re &#224; la photographie sa dimension ontologique irr&#233;futable tout en permettant &#224; la figure du cadavre de signifier le contraire de ce qu'il signifie, la vie &#224; la place de la mort.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et en fait c'est par association et confusion entre des niveaux diff&#233;rents que s'op&#232;re le renversement. Vivant et r&#233;el, vivant &#233;gal r&#233;el. Barthes remarque que nous sommes les jouets d'un leurre, c'est-&#224;-dire d'une illusion, d'une erreur de jugement qui est en fait une projection, une inf&#233;rence pure, le fait d'accorder au r&#233;el, dit-il, une valeur sup&#233;rieure et de prendre l'immobilit&#233; de la photo pour un signe d'&#233;ternit&#233;&#8230; en attestant que l'objet a &#233;t&#233; r&#233;el, elle induit subrepticement &#224; croire qu'il est vivant&#8230;(p. 123)&lt;br class='autobr' /&gt;
En fait la relation est m&#233;taphorique, de l'image photographique &#224; la fonction qu'on lui accorde, dire le &#171; &#231;a a &#233;t&#233; &#187; et faire croire que ce qui est sur l'image est vivant encore, pourrait-on ajouter, alors que la tentative de Barthes est de montrer qu'elle est m&#233;tonymique. Mais ce qui est pos&#233; comme m&#233;tonymique, c'est la relation entre l'image et son r&#233;f&#233;rent, et cette m&#233;tonymie suppos&#233;e ne l'est que pour contrer, faire oublier ou effacer si l'on pr&#233;f&#232;re, la dimension m&#233;taphorique qui induit &#224; voir dans l'immobilit&#233; de l'image ou &#224; en tirer une forme d'&#233;ternit&#233; et de reverser cette &#233;ternit&#233; &#224; ce qui est l'objet de l'image, l'objet ou la personne r&#233;elle qui a pos&#233; ou &#233;t&#233; pos&#233; devant l'objectif.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi se d&#233;gage le plan de consistance propre &#224; l'image photographique pour Barthes, ce &#171; &#231;a a &#233;t&#233; &#187; qui est dot&#233; donc d'un pouvoir de certification, d'authentification.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est ici qu'appara&#238;t la premi&#232;re r&#233;f&#233;rence directe au champ chr&#233;tien, au syndrome de Saint Thomas, &#224; la n&#233;cessit&#233; de la preuve pour pouvoir croire, pour pouvoir s'autoriser &#224; croire.&lt;br class='autobr' /&gt;
On voit donc se dessiner une fonction de l'image photographique qui est d'&#234;tre un proc&#233;d&#233; (une proc&#233;dure) d'autorisation. Toucher pour croire ! Comme ce qui est sur l&#8216;image a &#233;t&#233; comme touch&#233; par l'objet ou la personne, voir l'image c'est pouvoir croire que l'objet ou la personne ont r&#233;ellement et vraiment exist&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'image perd ici son statut de m&#233;dia ou m&#233;dium pour acc&#233;der au statut de chose m&#234;me (fin &#167; p. 125).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Paragraphe 34&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce chapitre nous redit des choses connues. On voit que Barthes est tout &#224; fait conscient du r&#244;le de la chimie dans l'invention de la photographie, mais il en tire une conclusion oppos&#233;e &#224; celle que tire Flusser. Il n'y voit pas un programme et un code m&#233;diatisant la capture du r&#233;el ou s'interposant entre le r&#233;el suppos&#233; et l'image &#224; venir, mais bien la preuve de son axiome &#224; savoir que &#171; la photographie est litt&#233;ralement une &#233;manation du r&#233;f&#233;rent &#187;(p. 126).&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce chapitre nous plonge au c&#339;ur de la m&#233;canique de la croyance en l'indicialit&#233; et de la croyance tout court, le passage essentiel est bas&#233; sur la double m&#233;taphore de la lumi&#232;re et de la chair. Lien ombilical, lumi&#232;re comme milieu charnel, rien ne manque pour faire passer l'instant de la prise de vue et la mat&#233;rialit&#233; pour le moins fragile de la photographie du c&#244;t&#233; de l'&#233;ternit&#233;. Barthes relaie tout simplement la croyance que la photo &#233;ternise. Qu'elle offre &#224; ce qui a disparu un second corps, un nouveau corps imp&#233;rissable&#8230; &#171; le corps aim&#233; est immortalis&#233; par la m&#233;diation d'un m&#233;tal pr&#233;cieux&#8230; et vivant&#8230; &#187; (p. 127).&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est l&#224; qu'a lieu l'op&#233;ration de retournement, une op&#233;ration alchimique (qui sera bient&#244;t magique) qui fait de la photographie un corps &#233;metteur.&lt;br class='autobr' /&gt;
De capt&#233;, captur&#233;, le corps devient &#233;metteur de rayon de ses propres rayons, l'image est donc enfin le &#171; lieu &#187; du propre. (p. 128)&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5950 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L431xH550/kertesz-fnl-07664.jpg?1509817417' width='431' height='550' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Paragraphe 35&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce chapitre nous plonge pour la seconde fois, mais de mani&#232;re plus directe dans le corpus chr&#233;tien et nous renvoie donc aux conceptions chr&#233;tiennes de l'image, ou plut&#244;t &#224; la th&#233;orie la plus singuli&#232;re issue du christianisme celle de l'image ache&#239;ropoi&#232;te.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce n'est pas le suaire de Turin qui est &#224; l'origine de la l&#233;gende ni m&#234;me le linge de V&#233;ronique, l&#233;gende plut&#244;t tardive, mais l'histoire de roi d'&#201;desse.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette tradition tout &#224; fait singuli&#232;re appara&#238;t comme fondatrice de l'ic&#244;ne (encore qu'elle ait eu des ant&#233;c&#233;dents grecs avec l'Art&#233;mis d'&#201;ph&#232;se dit-on), celle de l'image ache&#239;ropoi&#232;te, l'image non faite de main d&#8216;homme. Il ne faudra pas moins de quelques si&#232;cles de r&#233;flexion et d'un si&#232;cle de guerre entre iconoclastes et iconodoules, pour que la question soit finalement th&#233;ologiquement r&#233;gl&#233;e. Elle a &#233;t&#233; r&#233;gl&#233;e en particulier par une s&#233;rie de d&#233;placements de sens, mais surtout par l'interposition de cette image dont le statut est unique, l'image originelle du Christ, en fait l'impression que son visage aurait laiss&#233; sur un linge avec lequel il se serait essuy&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Il s'agit d'une l&#233;gende attest&#233;e par Eus&#232;be de C&#233;sar&#233;e. D'apr&#232;s lui la premi&#232;re repr&#233;sentation du visage du Christ fut laiss&#233;e sur un linge destin&#233; au roi d'&#201;desse, Abgar. Malade ce roi avait demand&#233; que J&#233;sus vienne pour le gu&#233;rir. Il avait envoy&#233; son intendant pour l'inviter, Ananias, qui avait pour consigne en cas de refus de r&#233;aliser un portrait du sauveur. J&#233;sus montant &#224; J&#233;rusalem pour sa passion ne pouvait se rendre &#224; &#201;desse et Ananias tenta de faire son image, mais il ne le put &#233;bloui par le rayonnement intense qui se d&#233;gageait de sa face. Alors le sauveur prenant un linge imprima ses traits, constituant ainsi l'image non faite de main d'homme qui fut conserv&#233;e jusqu'au sac de Constantinople par les Crois&#233;s en 1204. Cach&#233; un moment le linge avait &#233;t&#233; pos&#233; sur une tuile keramyon qui se trouva impressionn&#233;e constituant ainsi la premi&#232;re r&#233;plique et en m&#234;me temps l'affirmation implicite de l'utilisabilit&#233; iconique (r&#233;p&#233;titivit&#233; de cette trace) Mandylion (image sur le linge) et Keramyon sont le fondement de la &#171; ressemblance &#187; chr&#233;tienne dans l'image et donc de toute ic&#244;ne. &#187; (Philippe Sers, p. 48, &lt;i&gt;Ic&#244;nes et saintes images&lt;/i&gt;)&lt;br class='autobr' /&gt;
On voit donc qu'il rattache la photo &#224; cette tradition qui remonte donc &#224; l'ic&#244;ne et &#224; son origine ach&#233;&#239;ropoi&#232;te dont la fonction est essentielle, on l'a compris, est de certifier, de t&#233;moigner du fait que le Christ a bien &#233;t&#233; l&#224; pr&#233;sent sur terre, vivant, que tout cela n'est pas un r&#234;ve, un produit de l'imagination, un fantasme et un fant&#244;me, bref un morceau de la Maya&#8230; comme le dit Barthes lui-m&#234;me. De la m&#234;me mani&#232;re la photo certifie qu'ils &#233;taient l&#224; (p. 130).&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce qui pour nous importe, c'est le lien qui est fait entre ces deux univers, l'un technique et scientifique et l'autre bas&#233; sur la croyance sur ce syst&#232;me d'inf&#233;rence qui nous fait esp&#233;rer pouvoir renverser le cours des choses, inverser le cours du temps ou du moins le suspendre r&#233;ellement. La photo vient se glisser comme un moyen de maintenir vivant cette croyance, sa possibilit&#233;. C'est pr&#233;cis&#233;ment ce que Barthes accomplit, une sorte de l&#233;gitimation culturelle de la croyance en la r&#233;actualisant &#224; travers son exp&#233;rience propre qui est d'une certaine mani&#232;re une sorte de concentr&#233; de l'exp&#233;rience humaine profonde dans sa relation &#224; ce qui lui &#233;chappe et au cadavre en particulier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Paragraphe 36&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On comprend ici pourquoi d'une certaine mani&#232;re la fonction du photographe est ici de moindre importance dans la donation du sens. Il ne fait rien qu'&#234;tre l&#224; au bon moment, il est ce par quoi &#231;a passe et &#231;a se passe, mais l'appareil est ici dot&#233; d'une fonction semblable &#224; celle de la tuile du Keramyon, il enregistre et certifie. Et donc c'est l'image qui importe, pas le reste. Ce qui est visible est constitu&#233; comme une chose, comme une pr&#233;sence r&#233;elle, pas comme un double mais bien comme un &#233;quivalent de ce qui a &#233;t&#233;. Il faut donc encore une fois r&#233;p&#233;ter marteler l'axiome : &#171; l'essence de la photographie est de ratifier ce qu'elle repr&#233;sente. &#187; (p. 133)&lt;br class='autobr' /&gt;
Et in&#233;vitablement comme une rengaine, nous retrouvons dans ce chapitre l'opposition entre image et texte, entre m&#233;taphore et m&#233;tonymie. Le langage est par nature fictionnel (p. 134)&#8230; La photographie l'authentification m&#234;me (p. 1. 35).&lt;br class='autobr' /&gt;
En &#233;voquant la premi&#232;re photo de Ni&#232;pce, Barthes parle d'objet rencontr&#233; hors de toute analogie de r&#233;el qu'on ne peut toucher&#8230; (p. 136). Mais ce qui est plus troublant c'est l'aveu de cette foi dans la photographie qui lui fait dire que le pass&#233; est devenu aussi s&#251;r que le pr&#233;sent. Ainsi la photo serait &#224; l'origine d'une coupure &#233;pist&#233;mologique profonde, qui affecte donc notre perception du temps et donc de l'histoire. Mais c'est aussi dans ce chapitre que vient l'aveu, si l'on peut dire, de ce que la photo a &#224; voir avec la magie et m&#234;me qu'elle est une magie non un art (p. 138). &lt;br class='autobr' /&gt;
Alors &#233;coutons Florence Dupont : page 318 l'imago, pages 326, 330-331, 33-334, 343.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce que nous d&#233;couvrons donc, c'est en relation avec la mort et un processus qui appara&#238;t dans la Rome imp&#233;riale du IIe si&#232;cle, un processus complexe qui met en jeu la notion qui donne son origine au mot image.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais c'est surtout cette opposition entre image et texte qui importe ici au sens o&#249; l'image est du c&#244;t&#233; de la magie, c'est-&#224;-dire de quelque chose qui plonge la pens&#233;e dans un fonctionnement non ratio&#239;de, non lin&#233;aire, qui replonge la conscience dans un &#233;tat plus ancien dans cette fascination dont elle s'est d&#233;gag&#233;e pour devenir conscience, mais qui la hante comme le cadavre hante les vivants et dans cette dissociation qui, dit-on, est signe de psychose.&lt;br class='autobr' /&gt;
Boyer p. 320, 321, 322, 327, 326, pour finir&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5956 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L383xH550/sander-fnl-7fd05.jpg?1509817417' width='383' height='550' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Paragraphe 37&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut revenir encore et encore sur les diff&#233;rences entre texte et image dans la puissance d'impact sur l'esprit, sur la pens&#233;e, sur le psychisme en g&#233;n&#233;ral.&lt;br class='autobr' /&gt;
Citant Sartre, Barthes remarque que la lecture n'entra&#238;ne qu'une production faible d'images mentales et le cin&#233;ma, plein de failles entre les images, pourrait-on dire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Int&#233;grit&#233; de l'image pl&#233;nitude, on ne peut rien y ajouter, dit Barthes, l'image sature donc le visible, capture le regard et sature l'espace. Elle prend toute la place.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais ce qui importe ici, c'est le mot spectre et le fait qu'une photo rompt le cours du temps et entra&#238;ne ailleurs dans un temps propre &#224; l'image. Ce point Flusser le d&#233;veloppe, pas Barthes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Barthes va plut&#244;t d&#233;velopper l'aspect singulier de l'exp&#233;rience face &#224; la photo du jardin d'hiver et constater que rien ne change en lui, avec, ou gr&#226;ce &#224; la photo.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est cette situation qui lui semble remarquable et qui lui permet d'avancer dans sa d&#233;finition. En effet, la photo se trouve prise dans un r&#233;seau de relations qui en fait apparemment le support du souvenir et qui bloque le m&#233;canisme m&#234;me du souvenir. Elle s'interpose et emp&#234;che paradoxalement l'anamn&#232;se parce qu'elle emplit de force la vue (p. 143).&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette violence de la photo est donc bien ce qui la caract&#233;rise en ceci qu'elle impose une vision absolue, fascin&#233;e en s'imposant au regard et qu'elle capture, captive. Elle est du c&#244;t&#233; du cerveau gauche, mais sa pr&#233;sence bloque en effet le fonctionnement du cerveau droit, elle l'annihile, le cloue dans sa propension discursive.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'image est en ceci plus puissante que le texte, nous le savons, qu'elle nous sort du temps lin&#233;aire qui n'est pas seulement celui de l'histoire, mais bien celui du texte de la raison et de la conscience.&lt;br class='autobr' /&gt;
En ce point, la r&#233;flexion de Barthes va rebasculer hors de la sph&#232;re priv&#233;e pr&#233;cis&#233;ment pour penser la dimension sociologique de la photo &#224; partir d'une r&#233;flexion sur la mort et sur l'articulation entre priv&#233; et public que son existence a profond&#233;ment particip&#233; &#224; transformer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Paragraphe 38&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est sans doute le paragraphe le plus &#233;trange. Il op&#232;re un glissement qui nous fait passer d'un socle tout &#224; fait singulier et priv&#233; &#224; un socle sociologique qui concerne l'&#233;poque tout enti&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt;
La difficult&#233; en effet persiste de remonter des zones intimes de la psych&#233; &#224; la surface sociale et aux enjeux communs &#224; tous.&lt;br class='autobr' /&gt;
Barthes pourtant se d&#233;fie d'accomplir un tel d&#233;placement pr&#233;f&#233;rant parler de lien anthropologique que de probl&#232;me sociologique, entre la mort et l'image photographique. Mais ce qui appara&#238;t, c'est une approche soudainement simple pour ne pas dire simpliste.&lt;br class='autobr' /&gt;
En tout cas on quitte la photo comme surface signifiante pour la consid&#233;rer dans sa mat&#233;rialit&#233; d'objet, feuille de papier, soumise aux al&#233;as du temps qui passe.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce sont plut&#244;t des clich&#233;s qu'il nous livre maintenant, sur la vie, la mort, le d&#233;clic&#8230; (p. 144-145)&lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a une dimension presque na&#239;ve &#224; parler de la photo comme d'un organisme vivant, &#224; parler de la photo comme si elle ne pouvait malgr&#233; tout lutter contre le grand mouvement destructeur du temps.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais ce qui importe ici, c'est en effet la remarque qui concerne la photographie et le monument, et cet interstice que constitue la dur&#233;e et la perception de la dur&#233;e. Mais s'il est vrai que l'op&#233;ration consistant &#224; inventer l'essence de l'image &#224; partir des formes de la subjectivit&#233; radicale, il est moins pertinent de tenter de tirer de sa fragilit&#233; une le&#231;on au sujet de l'histoire. Ce qui importe ici, en effet c'est un paradoxe. L'imm&#233;diatet&#233; de l'image photographique s'oppose encore une fois &#224; la discursivit&#233; fictionnelle de l'histoire, mais ni l'une ni l'autre ne peuvent pr&#233;tendre saisir, &#233;terniser ce qui dans le v&#233;cu importe le plus, l'amour, la revendication hyst&#233;rique d'&#234;tre ou d'avoir &#233;t&#233; aim&#233;, malgr&#233; la r&#233;f&#233;rence &#224; Michelet.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quelque chose &#233;chappe &#224; Barthes en cet instant, et c'est l'autre conflit qui traverse l'image, et que Flusser lui met en sc&#232;ne, celui qui oppose les possibilit&#233;s infinies de l'appareil et les intentions de l'operator.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5949 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH348/hinefnl-15947.jpg?1772194119' width='500' height='348' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Paragraphe 39&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On entre dans la phase de synth&#232;se et de conclusion de ce livre. Il rassemble les &#233;l&#233;ments et les replace dans un nouvel &#233;clairage, non plus celui de l'intime mais celui du communicable et du soci&#233;tal.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il donne au &#171; &#231;a a &#233;t&#233; &#187; une place dans le sch&#233;ma g&#233;n&#233;ral qui opposait studium &#224; punctum et qui inscrivait l'image dans sa relation au temps et non plus seulement &#224; l'espace. Intensit&#233; contre forme dit Barthes (p. 148), mais en fait il s'agit d'un conflit entre forme du souvenir et fonctionnement de la m&#233;moire, entre fixation d'un souvenir qui peut faire office de souvenir &#233;cran et entaille dans la chair m&#234;me du souvenir qui rouvre la possibilit&#233; de voir surgir des souvenirs nouveaux.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est la forme de cette d&#233;chirure qui int&#233;resse Barthes. Elle est la forme synth&#233;tique de l'ambigu&#239;t&#233; de la photographie qui tient en ceci que ce qu'elle autorise, une saisie imm&#233;diate d'un fragment de r&#233;alit&#233;, saisie bas&#233;e sur la croyance en un lien m&#233;tonymique entre l'objet r&#233;el et l'objet repr&#233;sent&#233;, et dans le m&#234;me instant interdit la saisie de cet objet comme porteur d'une puissance m&#233;taphorique et discursive, ratio&#239;de mais qui est toujours &#224; construire &#224; inventer.&lt;br class='autobr' /&gt;
En &#233;voquant cette photo de Gardner, le portrait du condamn&#233; &#224; mort Lewis Payne, Barthes r&#233;v&#232;le ce que l'on pourrait appeler le pli photographique, ou plut&#244;t son cercle vicieux, l'accollement de trois temps celui du spectator, celui de ma dimension culturelle et historique du sujet photographi&#233; et celui de l'operator. Moi le temps du Christ et celui du photographe dit-il page 151.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais ce qu'il ne d&#233;veloppe pas c'est la forme de ce temps pli&#233; ou de cercle vicieux qui fait que l'on s'y trouve comme pi&#233;g&#233; en effet, et qui est la forme du temps propre &#224; la photographie, celui de l'&#233;ternel retour comme dit Flusser. La photo agit sur la conscience comme agit le cadavre, en ceci qu'elle dissocie le pr&#233;sent de l'avoir &#233;t&#233;, mais elle agit aussi sur la conscience en bloquant la raison dans sa capacit&#233; &#224; r&#233;organiser logiquement les &#233;l&#233;ments qui ne cessent de se renvoyer la balle du possible dans l'image m&#234;me. Mais qu'est cette catastrophe qui a d&#233;j&#224; eu lieu, dont parle Winnicott, toujours d&#233;j&#224; eu lieu, sinon &#8211; et ce n'est pas tout &#224; fait un hasard si c'est du temps du Christ dont il est question ici malgr&#233; tout, comme s'il s'agissait d'un lapsus culturel &#8211; sinon donc celle qui inhibe la possibilit&#233; d'agir, qui inhibe jusqu'&#224; la n&#233;cessit&#233; m&#234;me d'agir sur le r&#233;el pour le modifier puisqu'il est possible par contre de modifier sans fin la signification des images. Ce qui devient sensible en ce point, c'est bien quelque chose qui a &#224; voir avec l'&#233;conomie g&#233;n&#233;rale de l'image telle que le christianisme l'a pens&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Qui refuse l'image refuse l'&#233;conomie c'est-&#224;-dire la totalit&#233; du plan providentiel de la r&#233;demption par le sacrifice de celui qui &#233;tant image a sauv&#233; l'image en sauvant l'humanit&#233;, l'image r&#233;dim&#233;e (metamorphosis) justifie la transfiguration et le rachat de tout ce qui lui sera semblable. &#202;tre sauv&#233;, c'est imiter &#187; (M. J. Mondzain, &lt;i&gt;Similitude et &#233;conomie dans l'ic&#244;ne byzantine durant la crise de l'iconoclasme&lt;/i&gt;).&lt;br class='autobr' /&gt;
Barthes ne va pas trouver la r&#233;demption dans une perspective temporelle, mais bien dans cette racine (p. 151), cet affect pur qui est la b&#233;ance qui se r&#233;v&#232;le entre le corps absent et l'image &#224; jamais &#171; impr&#233;sente &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5951 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH353/klein-fnl-3d8d1.jpg?1772194119' width='500' height='353' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Paragraphe 40&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet on comprend mieux de quoi il &#233;tait question dans le chapitre 38, &#224; savoir de la possibilit&#233; ou non de se sauver. C'est ce qui revient ici dans &#171; ce signe imp&#233;rieux de ma mort future &#187;, c'est &#224; partir de l'exp&#233;rience du fait de regarder la photographie qui s'impose comme un acte intime, la reformulation d'un partage ancien, la red&#233;finition de la fronti&#232;re entre public et priv&#233;. Entre l'&#233;conomie g&#233;n&#233;rale du salut impliqu&#233;e dans l'existence des images dans le monde chr&#233;tien (qui revient ici &#224; travers la figure de la pri&#232;re p. 152) et l'impossibilit&#233; raisonnable de penser un salut individuel aujourd'hui, la photographie vient &#224; la fois rappeler l'existence de l'un, ce projet ancien, le revivifier d'une certaine mani&#232;re en d&#233;clenchant des processus de croyance magique et en montrer l'impossibilit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi les images fonctionnent-elles sur deux plans. Comme il y a finalement deux punctum, celui du d&#233;tail et celui du no&#232;me, il y a deux images, celles qui sont communiqu&#233;es &#224; tous, et celles qui rel&#232;vent de la sph&#232;re de l'intime. C'est dans cette sph&#232;re qu'a eu lieu la r&#233;v&#233;lation du no&#232;me, par le r&#233;veil de la blessure, par la captation de l'affect pur et cette sph&#232;re, ce qui s'y passe est incommunicable en tant que tel m&#234;me s'il est partageable potentiellement par chacun.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est bien en effet une limite entre visible et dicible qui est r&#233;v&#233;l&#233;e ici, et qui est r&#233;v&#233;l&#233;e comme susceptible d'&#234;tre franchie en permanence dans le fait que l'on exhibe devant tout le monde des images qui rel&#232;vent de la vie priv&#233;e de chacun. Plut&#244;t qu'un brouillage de fronti&#232;re, on assiste &#224; jeu de glissement o&#249; une part du priv&#233; appara&#238;t dans la sph&#232;re publique, et o&#249; une part de ce qui est public se trouve occult&#233; par cet aveu-souvenir-&#233;cran.&lt;br class='autobr' /&gt;
On sait aussi que c'est dans ce chapitre que Barthes &#233;nonce une de ses id&#233;es qui fera flor&#232;s sur le fait que l'amateur est en ce domaine sup&#233;rieur &#224; l'artiste en ceci qu'il se situe au plus pr&#232;s de l'essence, du no&#232;me, du &#171; &#231;a a &#233;t&#233; &#187; de son v&#233;cu qui trouve dans l'image r&#233;alis&#233;e sa confirmation, sa l&#233;gitimation et comme apr&#232;s-coup son autorisation.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5945 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L443xH550/02-avedon-fnl-9e467.jpg?1509817417' width='443' height='550' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Paragraphe 41&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le chapitre de la tentative de comprendre le m&#233;canisme mental, psychique par lequel UNE image se constitue dans l'esprit. Agrandir le d&#233;tail, zoomer, plonger dans l'image, s'approcher de celui qui est visible sur la surface, prendre le temps de savoir enfin (p. 155), voil&#224; ce qui se passe, mais rien n'a lieu que la confirmation de l'avoir eu lieu, de l'avoir &#233;t&#233;. Rien d'autre la promesse de salut est confirm&#233;e dans l'impossibilit&#233; m&#234;me de savoir en quoi il consiste, de savoir la v&#233;rit&#233;. Les deux registres (savoir et affectivit&#233;) restent s&#233;par&#233;s, ils ne communiquent pas ou si mal, et s'opposent en tout.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et c'est bien toujours le hiatus entre visible et dicible que l'on retrouve : &#171; telle est la photo elle ne sait dire ce qu'elle donne &#224; voir &#187; (p. 156).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Paragraphe 42&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In&#233;vitablement revient en &#233;cho au questionnement de la premi&#232;re partie, la question de la ressemblance.&lt;br class='autobr' /&gt;
En effet, de quoi est-il question dans la photo ? M&#233;taphore ou m&#233;tonymie toujours la question. En fait, il y a l'aveu &#233;trange de l'incompossibilit&#233; de l'image et de son objet, de leur absence absolue d'ad&#233;quation comme si Barthes laissait &#233;chapper ici un doute radical, sur la possibilit&#233; m&#234;me de la m&#233;tonymie, de ce lien organique-magique entre la photo et son objet.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle capture bien quelque chose mais qui ne ressemble pas &#224; ce qui est irrepr&#233;sentable. La vraie ressemblance n'est donc pas li&#233;e au percept, mais bien &#224; la possibilit&#233; offerte par un objet, ici une image en effet qui t&#233;moigne de l'avoir &#233;t&#233; de son objet, de mettre en marche un processus d'anamn&#232;se particulier qui permet &#224; l'esprit de former une image juste de cet &#171; objet &#187; surtout s'il s'agit d'une personne, la chose la plus compliqu&#233;e &#224; envisager (cf. Boyer).&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5946 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH513/avedon-fnl-0be36.jpg?1772194119' width='500' height='513' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Paragraphe 43&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce processus de formation d'une image mentale juste se fait donc &#224; la fois par le rep&#233;rage d'&#233;l&#233;ments flottants, de signifiants parcellaires qui passent d'une personne &#224; l'autre, de ces traits qui sautent d'une personne &#224; l'autre dans la famille et que la photo permet de rep&#233;rer. Mais l&#224; encore on en reste &#224; la surface de l'image, au jeu entre les informations qu'elle contient, et &#224; la lecture qu'on en fait, mais on n'arrive pas &#224; ce satori de l'image juste qui emplit tout et &#171; sauve &#187; ce qu'il y a &#224; sauver, la forme de tout souvenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Paragraphe 44&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir donc trouv&#233; le no&#232;me de la photographie, Barthes est contraint de constater qu'il n'y a aucune possibilit&#233; de fonder sur la photographie un quelconque salut en ceci que, comme le dit Blanchot cit&#233; ici, pages 64-165, &#171; l'essence de l'image est d'&#234;tre toute dehors, sans intimit&#233;, et cependant plus inaccessible et myst&#233;rieuse que la pens&#233;e du for int&#233;rieur&#8230; &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais cette nouvelle essence de l'image risque de faire basculer la croyance m&#234;me en la puissance de la photo. Il faut donc sauver sinon la lisibilit&#233; de l'image du moins son no&#232;me. Et ce chapitre vient d&#233;signer le point aveugle de la th&#233;orie m&#234;me qui a &#233;t&#233; &#233;labor&#233;e &#224; grand frais en ceci que Barthes est contraint litt&#233;ralement d'affirmer que ce qu'il dit de la photo est et n'est qu'une croyance (p. 165), et que comme toute croyance, il n'est en rien possible de dire sur le fait que l'on croie. Une croyance se marque de ce qu'elle a &#224; sa source un point aveugle et muet &#224; partir duquel se d&#233;ploie l'infini d'une r&#233;p&#233;tition qui est celle m&#234;me de l'affirmation de son existence et de rien d'autre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous atteignons ici la zone o&#249; la trame de l'inconscient pointe sous les &#233;vidences de la reconnaissance et o&#249; la connaissance montre ses liens avec le doute, l&#224; o&#249; la reconnaissance ne se satisfait que de la v&#233;rit&#233;. La v&#233;rit&#233; se retrouve du c&#244;t&#233; de l'affect et non du c&#244;t&#233; du savoir.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5952 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH500/mapplethorpe-fnl-7f26f.jpg?1509817417' width='500' height='500' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Paragraphe 45&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais Barthes persiste. Il veut pouvoir faire de ce support du souvenir le moyen de l'anamn&#232;se, m&#234;me s'il a constat&#233; que ce n'&#233;tait pas le cas. Il tente donc une derni&#232;re fois de fonder l'anamn&#232;se dans la r&#233;alit&#233; et pour cela il doit DOTER la photo d'une &#226;me. En fait nous nous trouvons en cette fin de parcours au point essentiel sans lequel la m&#233;canique de la croyance ne fonctionnerait pas, en ce point o&#249; il est n&#233;cessaire d'op&#233;rer un transfert, de projeter une &#226;me dans le corps absent et qui pourtant est pr&#233;sent &#171; r&#233;ellement &#187;, m&#233;tonymiquement dans ou sur la photographie.&lt;br class='autobr' /&gt;
On se trouve dans une sorte de reprise de ce qui s'est pass&#233; pour l'ic&#244;ne, c'est un raccourci du trajet psychique qui conduit &#224; doter le mort d'une vie propre sur le mod&#232;le de la n&#244;tre mais avec des diff&#233;rences, suffisamment de diff&#233;rences parce qu'on sait bien qu'il est mort et suffisamment de ressemblance pour qu'on puisse continuer de croire qu'il y a de la vie en lui, qu'il est donc l&#224; avec nous, continue de nous parler et qui sait, sinon de nous voir, du moins de nous regarder.&lt;br class='autobr' /&gt;
La th&#233;orie de l'air, autant dire une sorte de reprise l&#224; aussi de l'aura sous un autre mode, cette th&#233;orie de l'air inscrit ce texte dans la cat&#233;gorie des textes religieux. Il s'agit tout simplement d'op&#233;rer un transfert, une induction du corps &#224; l'&#226;me, et une fois l'&#226;me suppos&#233;e exister, animer ce corps &#171; mort &#187; de la photo alors tout redevient possible ou presque en tout cas, de retrouver ce qui est perdu, le &#171; c'est &#231;a &#187; (p. 167) comme le fait de savoir avec certitude ce qu'il en est de l'&#234;tre d'une personne en voyant sa photo. Une sorte de savoir existe donc, li&#233; &#224; cette op&#233;ration magique, le savoir que chacun a une &#226;me, un air et que si le photographe, enfin il revient acteur d&#233;cisif de cette aventure, si donc il sait capturer cet air, alors il rendra la personne vivante ou plut&#244;t il donnera vie &#224; la photo.&lt;br class='autobr' /&gt;
En ce point, l'intention du spectator retrouve celle potentielle de l'operator, et la connaissance ne fait qu'un avec la reconnaissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Paragraphe 46&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il manquait une op&#233;ration que l'on attend depuis longtemps, celle qui consiste &#224; faire en sorte que l'image me regarde. Si le photographe a capt&#233; l'air ou l'&#226;me de la personne, si donc elle est en quelque sorte vivante alors elle peut donc regarder et me regarder.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ici, c'est sans aucun doute le moment le plus sublime de ce texte dans la mesure o&#249; il appara&#238;t tr&#232;s vite qu'un regard qui ne verrait rien serait comme vide de sens. Il s'agit donc de finir par supposer que le regard visible sur une photo est effectivement un vrai regard et qu'il peut voir. Mais que voit-il ? Il voit &#224; la mesure de ce qu'il regarde, et pour pouvoir devenir cet absent ou ce mort qui regarde, pour &#234;tre le regard qui r&#233;v&#232;le un air, une &#226;me, il doit &#234;tre un regard int&#233;rieur. C'est pourquoi tout en me regardant, il ne ME regarde pas comme me regarderait un vrai vivant, c'est-&#224;-dire avec intention (p. 172) mais il retient, dit Barthes, son amour, sa peur. (p. 175)&lt;br class='autobr' /&gt;
Le lien est op&#233;r&#233; avec l'affectif pur, avec l'irrepr&#233;sentable et c'est en quelque sorte l'irrepr&#233;sentable qui se trouve repr&#233;sent&#233; avec l'air et avec ce regard qui voit sans voir et regarde sans regarder.&lt;br class='autobr' /&gt;
En &#233;crivant que le destin de la photographie est de me donner &#224; croire et d'accomplir la confusion inou&#239;e de la r&#233;alit&#233; et de la v&#233;rit&#233; (p. 175-176), Barthes tente &#224; la fois une op&#233;ration de la derni&#232;re chance qui consiste &#224; accueillir l'affectif comme socle de la v&#233;rit&#233;. Mais il s'agit bien d'une hallucination et il en conviendra dans le chapitre suivant.&lt;br class='autobr' /&gt;
N&#233;anmoins cet aveu est aussi &#171; salutaire &#187; en ceci qu'il d&#233;fend une position courageuse, celle de la reconnaissance du non ratio&#239;de comme &#233;l&#233;ment d&#233;terminant dans les processus de connaissance et donc dans ce que nous tenons pour vrai. (La v&#233;rit&#233; folle, p. 176)&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5958 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L406xH550/wessing-fnl-ca4f8.jpg?1509817417' width='406' height='550' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Paragraphe 47&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La photo est donc une nouvelle forme d'hallucination en ceci qu'elle existe sur une ligne de faille &#171; fausse au niveau de la perception, vraie au niveau du temps&#8230; &#187; (p. 177), ce qui signifie qu'elle transforme les conditions m&#234;me de la pens&#233;e puisqu'elle introduit dans le champ de la perception une faille radicale qui passe entre percept et concept, et les dissocie tout en montrant que ce qui les relie est de l'ordre, et ne peut qu'&#234;tre de l'ordre de la &#171; folie &#187;, du croire. Car &#224; l'&#233;vidence il n'y a pas de corps dans l'effigie et donc tout ce qu'il a dit rel&#232;ve de la folie de l'hallucination.&lt;br class='autobr' /&gt;
En convenir ne change rien au probl&#232;me sinon &#224; glisser vers la question de la piti&#233; comme forme absolue de l'abandon de soi &#224; sa folie&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Il faut l&#224; aussi &#233;voquer une derni&#232;re fois la folie sacr&#233;e qui s'empare de Socrate lorsqu'il fait sa palinodie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Paragraphe 48&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors comment &#233;chapper &#224; la folie ? Comment la soci&#233;t&#233; peut-elle &#233;chapper &#224; cette part divine, &#224; ce d&#233;mon qui habite la photographie ou du moins qu'elle est susceptible de r&#233;veiller en nous ? Comment calmer le jeu ou plut&#244;t att&#233;nuer les signes, les marques de la folie ? Comment faire que la conscience, que le ratio&#239;de, s'y retrouve ou du moins ne s'y perde pas ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Par l'art, forme exacerb&#233;e de la victoire sur la folie depuis la renaissance ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Par la banalisation d'un imaginaire comme forme du bien commun.&lt;br class='autobr' /&gt;
La fin de ce livre nous renvoie &#224; cette question que nous avons rencontr&#233;e avec Flusser d&#232;s le d&#233;but et qui est le lot de notre existence et ce que nous tentons de penser et sur laquelle il nous faudra revenir, celle de l'hallucination g&#233;n&#233;ralis&#233;e engendr&#233;e par les images &#224; cause de leur prolif&#233;ration.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les images ont remplac&#233; les croyances&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Et l'image sage est partageable ou folle, incommunicable en &#233;tant ce qui me met hors de moi, me plonge dans l'extase&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
On voit bien que nous sommes face &#224; la n&#233;cessit&#233; de reprendre la question autrement si nous voulons r&#233;ussir &#224; comprendre ce qui est en jeu dans cette hallucination devenue collective.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>IV - La chambre claire de Roland Barthes</title>
		<link>http://www.tk-21.com/Seminaire-2007-2008-IV-La-chambre</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.tk-21.com/Seminaire-2007-2008-IV-La-chambre</guid>
		<dc:date>2008-01-08T18:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Louis Poitevin</dc:creator>


		<dc:subject>photographie</dc:subject>
		<dc:subject>s&#233;minaire</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Reprenons le texte dans sa continuit&#233;, ce qui reste la meilleure mani&#232;re de saisir comment fonctionne le syst&#232;me d'inf&#233;rence. Nous allons donc ici entrer dans le long d&#233;veloppement sur le studium.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://www.tk-21.com/2007-2008-La-Chambre-Claire" rel="directory"&gt;2007-2008 &#034;La Chambre Claire&#034;&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.tk-21.com/photographie" rel="tag"&gt;photographie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tk-21.com/seminaire" rel="tag"&gt;s&#233;minaire&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH106/arton414-9931a.jpg?1772194119' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='106' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Reprenons le texte dans sa continuit&#233;, ce qui reste la meilleure mani&#232;re de saisir comment fonctionne le syst&#232;me d'inf&#233;rence. Nous allons donc ici entrer dans le long d&#233;veloppement sur le studium.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La th&#233;orie des inf&#233;rences&lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_3351 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH217/01-couv-barthes-6412a.jpg?1509817417' width='150' height='217' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;0000-00-00 00:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Paragraphe - 11&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reprenons le texte dans sa continuit&#233;, ce qui reste la meilleure mani&#232;re de saisir comment fonctionne le syst&#232;me d'inf&#233;rence. Nous allons donc ici entrer dans le long d&#233;veloppement sur le &lt;i&gt;studium&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &lt;i&gt;studium&lt;/i&gt;, c'est ce qui enveloppe la photographie en l'absence de &lt;i&gt;punctum&lt;/i&gt;. Cette distinction est aussi une opposition, opposition de niveau perceptif qui entra&#238;ne une diff&#233;rence radicale de saisie no&#233;tique. En fait, ce qui distingue vraiment le &lt;i&gt;studium&lt;/i&gt; du &lt;i&gt;punctum&lt;/i&gt;, du moins dans cette premi&#232;re partie du livre, c'est le fait que le &lt;i&gt;studium&lt;/i&gt; est li&#233; &#224; ce qui est hors de &#171; moi &#187;, &#224; l'enveloppe culturelle et sociale, &#224; la structure d'intentionnalit&#233; du dehors, celle du photographe comme celle du cadre social, alors que le &lt;i&gt;punctum&lt;/i&gt; sera la trace de ce qui du dehors de l'image vient me toucher moi ou plut&#244;t vient toucher en moi quelque chose, une zone sensible, l'&#233;veiller, la r&#233;veiller, la rendre vivante, l'exciter.&lt;br class='autobr' /&gt;
Barthes en profite en passant pour &#233;voquer la question du go&#251;t. Il y a deux niveaux en effet dans l'amour, celui, social, du balancement entre deux p&#244;les, et celui, univoque ou du moins cibl&#233;, du &#171; pour moi &#187;. Le &lt;i&gt;like&lt;/i&gt; et le &lt;i&gt;love&lt;/i&gt; que l'anglais permet de distinguer et pas le fran&#231;ais. L'objet qu'il faut aimer au sens de &lt;i&gt;like&lt;/i&gt; ne m'est pas destin&#233;, c'est mon moi social et culturel qui le choisit en fonction de mes appartenances, l'objet que j'aime au sens de &lt;i&gt;love&lt;/i&gt; est celui qui m'est destin&#233; ou auquel je me voue.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le go&#251;t est donc social pris dans le balancement ind&#233;cis de l'int&#233;r&#234;t vague, du d&#233;sir nonchalant, il refl&#232;te un jugement qui pr&#233;c&#232;de mon jugement dans lequel le &#171; mien &#187; se glisse et qui donc n'est pas &#171; mien &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le go&#251;t rel&#232;ve donc du &lt;i&gt;studium&lt;/i&gt; qui d'un autre c&#244;t&#233; porte ou apporte avec lui l'ensemble du cadre socio-culturel duquel rel&#232;ve chaque photographie. On est en fait ici au c&#339;ur du syst&#232;me d'inf&#233;rence li&#233; &#224; ce qui est commun &#224; tous, li&#233; donc &#224; la doxa.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il faut cependant relever tout de suite que ce que fait Barthes va &#234;tre de d&#233;placer le champ de la doxa, mais sa pens&#233;e va aussit&#244;t venir se glisser dans ce champ comme une pens&#233;e doxologique du moins en ceci qu'elle va permettre &#224; tout un syst&#232;me d'attentes de trouver une sorte de &#171; r&#233;ponse &#187; (c'est l'enjeu de ce commentaire que de montrer cela).&lt;br class='autobr' /&gt;
Tout le paragraphe 11 passe donc en revue les diff&#233;rents aspects qui constituent la doxa : le go&#251;t donc, et l'ensemble des intentions li&#233;es &#224; celui ou ceux qui FONT les photographies. Ainsi la photographie de ce point de vue est une sorte de reflet ou de miroir de la soci&#233;t&#233;. Informer, repr&#233;senter, surprendre, faire signifier et donner envie, dit Barthes, telles sont les fonctions de la photographie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais encore une fois il s'agit d'une question de point de vue. Celui de Barthes n'est pas celui de la sociologie. Mais on le comprend, le &lt;i&gt;studium&lt;/i&gt; est compos&#233; de l'ensemble des &#233;l&#233;ments discursifs qui permettent de d&#233;chiffrer ces diff&#233;rentes strates de significations. C'est la photographie du point de vue de l'&lt;i&gt;Operator&lt;/i&gt;, et c'est pr&#233;cis&#233;ment contre ce point de vue que se dresse Barthes. L'enjeu n'est pas de viser, on le devine une fois de plus, mais d'&#234;tre vis&#233;&#8230; saisi, touch&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3352 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L130xH208/01-camera_obscura-cb065.jpg?1509817417' width='130' height='208' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;0000-00-00 00:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Paragraphe - 12&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, il s'agit pour Barthes de l&#233;gitimer son point de vue et pour cela il est n&#233;cessaire de d&#233;ployer l'ensemble des strates qui constituent le &lt;i&gt;studium&lt;/i&gt;. Ce sera surtout l'occasion de r&#233;affirmer de mani&#232;re directe quelques &#233;l&#233;ments fondamentaux concernant la photographie et l'image.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans ce chapitre, et c'est bien le CREDO que nous tentons de critiquer, est r&#233;affirm&#233; comme allant de soi que &#171; la photographie est contingence pure et peut-&#234;tre en cela, c'est toujours quelque chose qui est repr&#233;sent&#233; &#187; (p. 52).&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais lisons la suite. Barthes oppose la photographie au texte. Nous retrouvons l&#224; une distinction que Flusser a travaill&#233; &#224; sa mani&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt;
Qu'en dit Barthes ? Il oppose l'imm&#233;diatet&#233; de l'image &#224; la m&#233;diation du texte. Tout est l&#224; d'un coup dans l'image, le texte lui a besoin au moins d'un relais pour faire basculer la description en r&#233;flexion. &lt;br class='autobr' /&gt;
La photographie est paradoxalement &#224; la fois toute et fragmentaire, f&#233;tichiste puisque ne livrant pas de totalit&#233;. Elle est une non-synth&#232;se que seul le texte rend possible en articulant le changement de strate, de plan en passant de la description &#224; la r&#233;flexion.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais apparemment Barthes ne &#171; voit &#187; pas le pi&#232;ge de l'image r&#233;v&#233;l&#233; par Flusser, &#224; savoir que le regard erre sans fin sur l'image qu'il recompose sans fin puisqu'il n'y a pas d'ordre de lecture. On comprend donc &#224; quoi va servir le &lt;i&gt;punctum&lt;/i&gt; : &#224; SORTIR du pi&#232;ge de l'&#233;ternel retour dans lequel l'image pi&#232;ge le regard.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3353 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L400xH273/02-klein-moscow-aebee.jpg?1509817417' width='400' height='273' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;0000-00-00 00:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Paragraphe - 13&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce chapitre &#233;tait in&#233;vitable. La distinction entre peinture et photographie qui a hant&#233; le XIXe doit &#234;tre &#233;voqu&#233;e. Barthes prend ici une position singuli&#232;re en affirmant l'identit&#233; formelle entre les deux causes, et en r&#233;duisant la peinture &#224; cette cause ou chose, de la perspective (m&#234;me s'il reconna&#238;t dans une parenth&#232;se l'importance majeure au fond, de la chimie dans l'invention de la photographie, il repousse cependant ce qui constitue pour Flusser la base de sa r&#233;flexion sur le programme &#224; partir du programme chimique).&lt;br class='autobr' /&gt;
On est donc ici dans un parall&#233;lisme qui tient du leurre car le point de vue est &#171; eid&#233;tique &#187;. Nous avons quitt&#233; l'opposition &lt;i&gt;studium/punctum&lt;/i&gt; pour passer sur un autre plan, essentiel au propos de Barthes comme &#224; notre analyse, un plan que je ne sais v&#233;ritablement comment nommer, sinon comme le plan affectif ontologique, ou si l'on veut le plan existentiel.&lt;br class='autobr' /&gt;
En effet en associant photographie, th&#233;&#226;tre et mort, Barthes fait un saut qui a pourtant d&#233;j&#224; &#233;t&#233; pr&#233;par&#233; au chapitre 5, on s'en souvient, lorsqu'il voyait dans le tout image la mort en personne. &#192; ce moment il s'agissait de la d&#233;propriation de soi par le geste du photographe, il s'agit maintenant d'une dimension qui serait propre &#224; la photographie, &#224; l'image photographique, cette fois contre ou par opposition &#224; la peinture, &#224; savoir qu'elle saisit le vif pour le transformer en mort, ou plut&#244;t saisit le mort sous le vif, instaurant ainsi un &#233;cart qui est &#224; la fois celui de sa puissance d'illusion (l'obsession &#224; faire vrai et vivant) et celui de son efficacit&#233; (capter le regard).&lt;br class='autobr' /&gt;
Il faut simplement ici relever le passage par le th&#232;me de la mort qui est central parce qu'il permet &#224; Barthes d'articuler ces deux niveaux h&#233;t&#233;rog&#232;nes que sont le savoir culturel et le &#171; savoir &#187; intime, la connaissance et l'affect. Mais le mot qui est absent est celui de reconnaissance, c'est-&#224;-dire ce m&#233;canisme interne &#224; la perception, &#224; ce jeu complexe entre appr&#233;hension de l'inconnu et acceptation de cet inconnu transform&#233; en quelque chose d'acceptable. Et l&#224;, l'inacceptable absolu en quelque sorte, &#224; savoir, pour nous, la mort, est embarqu&#233; dans une r&#233;flexion qui porte sur un autre sujet, le statut de l'image photographique. La fonction pivot de la mort jouera, on le sait, &#224; travers la m&#232;re morte, un r&#244;le essentiel.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3354 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L250xH203/03-cameralucida-f529a.jpg?1509817417' width='250' height='203' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;0000-00-00 00:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Paragraphe - 14&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puisque nous sommes dans le plan du &lt;i&gt;studium&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire dans celui de l'ext&#233;riorit&#233; par rapport &#224; l'int&#233;riorit&#233; de r&#233;f&#233;rence qui est celle du &lt;i&gt;Spectator&lt;/i&gt;, il appara&#238;t in&#233;vitable &#224; ce moment d'inventorier le champ du point de vue de cette ext&#233;riorit&#233; constitu&#233;e par le regard de celui qui fait la photographie, de l'&lt;i&gt;Operator&lt;/i&gt; donc. Ce regard constitue la structure intentionnelle. Le photographe se doit de chercher &#224; produire un effet, &#224; toucher et il pense cette action, ce projet en fonction de la donne, non pas de chaque individu, ce serait &#233;videmment impossible, mais des codes &#224; l'&#339;uvre dans le champ culturel et social. Il tente donc de r&#233;pondre de mani&#232;re implicite ou explicite aux attentes des spectateurs, mais ces attentes sont, si l'on peut dire, &#171; attendues &#187;, pr&#233;visibles. Elles visent &#224; remplir une attente, &#224; la combler, et ce comblement psychique est de fait ce qui fait que la photographie remplit, recouvre, enferme la perception dans le jeu des r&#233;f&#233;rences et du r&#233;f&#233;rent du &lt;i&gt;studium&lt;/i&gt; et interdit &#224; l'affect de se manifester, lui ferme la porte en tout cas.&lt;br class='autobr' /&gt;
Rappelons rapidement les cinq surprises, le rare, le geste suspendu, la prouesse, les contorsions techniques, la trouvaille.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce que remarque Barthes, c'est que ce point de vue est le m&#234;me que celui qui pr&#233;valait pour le go&#251;t. On pense qu'il s'agit de valeurs mais il s'agit au mieux de valences ou de coefficients et ce qui montre qu'ils ne sont pas des valeurs, c'est leur r&#233;versibilit&#233;. De surprendre le notable, on peut passer vite &#224; : le notable est ce qui est surpris (p. 60).&lt;br class='autobr' /&gt;
On est au m&#234;me niveau que le &#171; j'aime, j'aime pas &#187; de tout &#224; l'heure, dans la contingence pure.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3355 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L365xH522/03-nadar-d63bc.jpg?1509817418' width='365' height='522' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;0000-00-00 00:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Paragraphe - 15&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la question de la contingence qui ouvre ce nouveau chapitre. Ce chapitre reprend en la d&#233;pla&#231;ant vers la question du masque, la r&#233;flexion du chapitre 13 sur le th&#233;&#226;tre et la mort.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais il faut revenir sur la premi&#232;re phrase car elle r&#233;p&#232;te &#224; l'envi ce qu'il faudrait d&#233;montrer et qui est en fait ici un axiome, la contingence de la photographie, le fait qu'elle est li&#233;e de mani&#232;re ontologique &#224; son r&#233;f&#233;rent et que ce r&#233;f&#233;rent EST individuel, singulier, donc nu, ni g&#233;n&#233;ral ni universel. Et c'est bien en r&#233;ussissant &#224; introduire le singulier et l'individuel dans la photographie que Barthes va arriver &#224; ses fins. Il y a l&#224; un tour de passe-passe qui consiste &#224; pr&#233;parer le terrain d'une attente &#224; la fois commune &#224; tous et l&#233;g&#232;rement d&#233;cal&#233;e, et &#224; montrer comment on va pr&#233;cis&#233;ment, &#224; partir du terrain commun, la remplir, mais sur un plan nouveau simplement l&#233;g&#232;rement d&#233;cal&#233;, celui de l'individuel et du singulier qui se r&#233;v&#233;lera &#234;tre la base commune &#224; tous et qui sera pos&#233; comme l'universel de la photographie ou du moins permettra de le d&#233;finir et de le poser.&lt;br class='autobr' /&gt;
Donc la contingence de la photographie fait qu'elle ne peut saisir une essence, mais au mieux des classes qui du point de vue du visible sont pens&#233;es par Barthes comme des masques, c'est-&#224;-dire la part commune et communicable ou rep&#233;rable en chacun, en chaque individu qui le lie &#224; un groupe ou un ensemble social &#233;conomique et culturel.&lt;br class='autobr' /&gt;
En montrant ici les limites de l'objectivit&#233; critique de la photographie pr&#233;cis&#233;ment parce qu'elle ne touche en nous que ce qui est commun donc ATTENDU par nous, Barthes tente aussi de d&#233;gager ce terrain qui permettra de d&#233;finir cette essence de la photographie du c&#244;t&#233; de ce qui ne prend pas, ne limite pas, ne fige pas, ne tue pas : la photographie induisant vaguement &#224; penser, ouvre un espace qui n'est ni de la pens&#233;e pure, ni de la sensation pure.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3356 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://www.tk-21.com/IMG/jpg/04-camera.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH183/04-camera-7e7fc.jpg?1509817418' width='500' height='183' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;0000-00-00 00:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Paragraphe - 16&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce chapitre constitue un chapitre de transition. Il est &#224; la fois po&#233;tique et l&#233;ger, subjectif et singulier. En fait il r&#233;pond &#224; la n&#233;cessit&#233; de rendre possible le passage du champ du &lt;i&gt;studium&lt;/i&gt; &#224; celui du &lt;i&gt;punctum&lt;/i&gt; et donc de r&#233;introduire la dimension individuelle et singuli&#232;re dans la r&#233;flexion en cours.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il s'agit l&#224; d'un exemple de photographie pensive, c'est-&#224;-dire qui &#233;veille une pens&#233;e vague et douce chez le spectateur. On glisse ainsi du point de vue de l'&lt;i&gt;Operator&lt;/i&gt;, qui &#233;tait le point de vue de ces derniers chapitres, &#224; celui du &lt;i&gt;Spectator&lt;/i&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'image &#233;veille un d&#233;sir vague et pr&#233;cis &#224; la fois, d&#233;sir d'habitation, dit Barthes, d&#233;sir qui renvoie &#224; cet autre motif rest&#233; discret jusqu'ici, celui de la m&#232;re. La m&#232;re est ici pr&#233;sent&#233;e non pas comme une personne - la m&#232;re de Barthes- mais comme le corps originaire ou si l'on veut le lieu originaire. C'est une double figure qui se dessine ici, celle du lieu dans son articulation au temps, ou du moins &#224; l'un des modes temporels, au pass&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce que Barthes r&#233;alise dans ce petit chapitre de transition n'est rien moins que l'annonce de ce qui va devenir le th&#232;me de la seconde partie, l'anamn&#232;se comme modalit&#233; de la saisie de l'insaisissable qu'est le pass&#233; pr&#233;sent&#233; comme un temps hors temps et pouvant constituer non pas une forme du futur ou de l'avenir, mais une force qui fait na&#238;tre le mouvement m&#234;me vers l'avenir comme vers quelque chose qui aurait toujours d&#233;j&#224; exist&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est ce que j'appellerais le pli du temps barthien, un geste qui, pliant le pr&#233;sent sur un pass&#233; imm&#233;morial, ouvre ainsi le devenir &#224; un futur ressemblant &#224; ce pass&#233; qui se trouve alors r&#233;v&#233;l&#233; dans sa fonction m&#234;me de &#171; lieu &#187;, &#233;chappant ainsi &#224; la ligne du temps et &#224; sa puissance de destruction ou d'oubli. Ce pli du temps est celui que forme dans la conscience le mouvement m&#234;me de l'anamn&#232;se, mouvement qui constitue l'espace propre de la photographie comme double de la figure maternelle, comme &lt;i&gt;heimlich&lt;/i&gt;, le contraire donc de l'&lt;i&gt;unheimlich&lt;/i&gt; freudien, le propre, le chez soi, la patrie, ou faudrait-il dire la &#171; matrie &#187;. (p. 68)&lt;br class='autobr' /&gt;
En fait comme dans le po&#232;me de Baudelaire, la vie est suspendue et le mouvement m&#234;me de la pens&#233;e consiste &#224; creuser le temps comme s'il s'agissait de l'espace. Le pli du temps est ce qui permet de constituer la photographie comme espace habitable et non plus comme surface signifiante comme disait Flusser. La sortie hors du &lt;i&gt;studium&lt;/i&gt; se pr&#233;pare donc. Mais on est encore loin de l'anamn&#232;se.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3357 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH622/05-payne-photo-b16d8.jpg?1509817418' width='500' height='622' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;0000-00-00 00:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Paragraphe - 17&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La photographie unaire est donc bien cette photographie qui est pure surface qui ne m&#233;nage aucun espace, aucune profondeur, faudrait-il dire ici, mais qui est seulement constitu&#233;e de signes.&lt;br class='autobr' /&gt;
En fait la dimension unaire de la photographie est d'une certaine mani&#232;re son essence ou plut&#244;t sa r&#233;alit&#233;, sa consistance, d&#232;s lors que l'on s'accorde &#224; voir en elle l'acte de la saisie d'un r&#233;f&#233;rent et rien que cela (page 69, la photographie est unaire lorsqu'elle transforme emphatiquement la r&#233;alit&#233; sans la d&#233;doubler, la faire vaciller.).&lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi voit-on se dessiner l'espace de la photographie unaire, d'une part la saisie de la r&#233;alit&#233; telle qu'elle est, la lettre du r&#233;el pourrait-on dire, et d'autre part la saisie de la chose telle qu'elle est, LA CHOSE &#233;tant on le sait le sexe dans sa m&#233;canique, Barthes a beau jeu de choisir comme exemple la photographie pornographique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tout ce qui DANS l'image va venir contredire la pr&#233;sence pure du r&#233;f&#233;rent, son occupation sans partage de l'espace bidimensionnel, pourra &#234;tre compris comme &lt;i&gt;punctum&lt;/i&gt; potentiel, c'est-&#224;-dire &#233;l&#233;ment qui attire le regard, on pourrait presque dire &#171; hors &#187; de l'image, qui nous lib&#232;re de son pi&#232;ge unaire pour nous faire appr&#233;hender l'&#233;cart m&#234;me qui est celui du souffle de la respiration, de la vie, de l'&#233;motion, de l'affect.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3358 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH677/06-wessing-nicaragua-ba560.jpg?1509817418' width='500' height='677' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;0000-00-00 00:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Paragraphe - 18&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir de ce chapitre, c'est vers une d&#233;finition du &lt;i&gt;punctum&lt;/i&gt; que s'avance le texte de Barthes. Il est important de garder &#224; l'esprit que cela ne va pas lui permettre d'atteindre son but, et que donc tout ce qui est &#233;crit dans ces pages sert de repoussoir de vraie/fausse d&#233;finition (comme le fait Socrate dans le &lt;i&gt;Ph&#232;dre&lt;/i&gt;) qui seule permettra d'ouvrir ensuite une autre voie.&lt;br class='autobr' /&gt;
On quitte avec le &lt;i&gt;punctum&lt;/i&gt; le champ de la valence pour celui de la valeur, en tout cas d'une certaine forme de valeur. Et en m&#234;me temps on quitte l'image comme totalit&#233; (le choc qui fait entrer dans le champ de vision un fragment de r&#233;alit&#233;, mais qui s'impose comme totalitaire) pour entrer dans l'image comme puissance d'affecter par un d&#233;tail le sujet regardant.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais ce qui importe, et c'est bien l&#224; que se joue toute la structure du livre c'est la phrase suivante pages 71-72 : il n'est pas possible de poser une r&#232;gle de liaison entre le &lt;i&gt;studium&lt;/i&gt; et le &lt;i&gt;punctum&lt;/i&gt; (quand il se trouve l&#224;).&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette co-pr&#233;sence de deux &#233;l&#233;ments distincts, en gros un fond culturel et sociologique et un &#233;l&#233;ment marquant, ressemble &#224; la &lt;i&gt;tuch&#233;&lt;/i&gt; du d&#233;but au paragraphe 2, &#224; cette chance qui ouvre quelque chose, qui rend possible quelque chose.&lt;br class='autobr' /&gt;
Page 72, Barthes d'ailleurs pr&#233;cise : le d&#233;tail est donn&#233; par chance, pour rien.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce qui importe cependant c'est la fin, c'est la m&#233;taphore qui pr&#233;side &#224; ce chapitre, celle du surgissement hors de l'image de quelque chose qui va venir toucher le spectateur, qui va litt&#233;ralement lui sauter &#224; la figure&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce surgissement ici est encore et toujours m&#233;diatis&#233; par les signes et les codes culturels m&#234;me si le &lt;i&gt;punctum&lt;/i&gt; est pr&#233;cis&#233;ment ce qui d&#233;tache la photographie d'elle-m&#234;me dans la perception du spectateur, et si donc il ouvre, il taille, il cr&#233;e un &#233;cart entre l'image et son r&#233;f&#233;rent. Le &lt;i&gt;punctum&lt;/i&gt; est ce qui pointe le spectateur, contre toute attente, contre tout jeu r&#233;gl&#233; des signes et des codes socio-culturels, et ainsi ce qui ouvre en lui, le spectateur, la platitude unaire de la pl&#233;nitude de l'image en faisant non pas qu'elle renvoie &#224; quelque chose d'autre, mais que quelque chose qui est dans l'image en SORTE. Cette sortie hors du cadre ouvre la platitude, creuse pour ainsi dire la surface et y fait percevoir autre chose, deux autres dimensions, celle de l'&#233;cart m&#234;me entre l'image et son r&#233;f&#233;rent, et celle du souvenir. En fait, l'&#233;cart appara&#238;t comme la condition de possibilit&#233; de la survenue du souvenir qui litt&#233;ralement va surgir de la surface lib&#233;r&#233;e de son ancrage (du fait qu'il y colle) dans le r&#233;f&#233;rent.&lt;br class='autobr' /&gt;
On pourrait parler ici d'une sorte de contradiction dans le propos de Barthes, au sens o&#249; il projette sur l'image quelque chose qui n'y est pas, mais pr&#233;cis&#233;ment il s'agit de montrer que cela s'y trouve, que notre attente est &#224; la fois d&#233;jou&#233;e et confirm&#233;e mais sur un autre plan (jeu de croyance).&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3359 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH376/07-stieglitz_terminal-ef0a9.jpg?1772194119' width='500' height='376' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;0000-00-00 00:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Paragraphe - 19&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le &lt;i&gt;punctum&lt;/i&gt; ne fait pas le lien entre la dimension culturelle, les r&#233;f&#233;rences auxquelles sont li&#233;s les r&#233;f&#233;rents, il le fait par contre avec la part non dicible du sujet percevant, du &lt;i&gt;Spectator&lt;/i&gt;. En fait il ouvre la porte sur la subjectivit&#233; dans ce qu'elle a non plus de socialement rep&#233;rable dans ses formes st&#233;r&#233;otyp&#233;es, mais dans ce qu'elle a d'impartageable et pourtant sans doute de commun &#224; tous, le fonctionnement psychique lui-m&#234;me auquel la palinodie va nous donner acc&#232;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le &lt;i&gt;punctum&lt;/i&gt; est un d&#233;tail qui livre des choses sur celui qui les r&#233;v&#232;le. Le &lt;i&gt;punctum&lt;/i&gt; parle du &lt;i&gt;Spectator&lt;/i&gt;, de ce qui le point, lui. L'enjeu va &#234;tre, on le comprend vite, d'&#233;chapper &#224; ce pi&#232;ge, car la subjectivit&#233;, il va falloir la d&#233;gager de sa gangue socio-culturelle qui se r&#233;sume au j'aime/je n'aime pas, au jeu de valences qui se retournent. Barthes ne le redit pas, mais il cherche l'essence de la photographie, certes &#224; partir du sujet percevant, mais pas &#224; partir du sujet individuel. Il va donc falloir gommer le particulier pour trouver le singulier commun, faudrait-il dire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce chapitre nous en approche.&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#233;tail, objet partiel, le &lt;i&gt;punctum&lt;/i&gt; se r&#233;v&#232;le &#234;tre hors cat&#233;gorie au sens fort du mot, hors classification. Il est caract&#233;ris&#233; par contre comme &#171; un suppl&#233;ment de vue &#187; (p. 74). Le creusement de l'image se poursuit ici, elle s'accro&#238;t de propri&#233;t&#233;s nouvelles qui la font &#233;chapper &#224; elle-m&#234;me, sortir d'elle-m&#234;me, de ce qu'elle est, &#224; savoir un pi&#232;ge UNAIRE.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais surtout nous touchons un point essentiel pour la compr&#233;hension de ce qui nous int&#233;resse. Lorsque Barthes note que la force d'expansion du &lt;i&gt;punctum&lt;/i&gt; est souvent m&#233;tonymique, il indique donc que l'enjeu avec la photographie est bien de d&#233;terminer ce qui s'oppose &#224; la m&#233;tonymie et ce n'est autre chose que la m&#233;taphore.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; La diff&#233;rence la plus notable tient au fait que l'expression m&#233;tonymique est construite &#224; l'int&#233;rieur d'un m&#234;me domaine de connaissance alors que la m&#233;taphore est la projection d'un domaine de connaissance sur un autre domaine &#187; (Thierry Baccino, Laboratoire de psychologie exp&#233;rimentale et quantitative de Nice in &lt;i&gt;M&#233;tonymie versus m&#233;taphore, une histoire de contexte&lt;/i&gt;).&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais le probl&#232;me est plus d&#233;licat lorsque l'on parle de l'image. Barthes sait de quoi il parle, et s'il &#233;voque la m&#233;tonymie c'est bien que pour lui la photographie est fondamentalement indicielle. C'est bien une partie de la r&#233;alit&#233; qui est captur&#233;e par l'image photographique et c'est en cela que l'on ne sort pas d'un domaine pour passer dans un autre mais que l'on se trouve prisonnier d'un seul domaine. C'est aussi pour cela qu'il faut tenter d'&#233;tablir une relation interne &#224; l'image qui permette de sortir de ce pi&#232;ge unaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette puissance d'expansion de la m&#233;tonymie se joue donc sur le sch&#233;ma suivant, perception reconnaissance, une reconnaissance de tout mon corps, dit-il page 77. Ou encore sur le sch&#233;ma envahissement de l'espace mental par le d&#233;tail. &#192; l'assomption f&#233;tichiste involontaire r&#233;pond le d&#233;bordement concret du d&#233;tail qui, d'une certaine mani&#232;re, recouvre alors la r&#233;alit&#233; comme totalit&#233; ou globalit&#233; et prend sa place massivement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais il y a comme une ambigu&#239;t&#233;, ici la parenth&#232;se page 77 dit &#224; la fois trop et pas assez. Elle dit &#224; la fois que la photographie est un signe ou un ensemble d'informations, dirait Flusser, et qu'elle &#171; est &#187; la chose m&#234;me en tant qu'elle envahit l'esprit de celui qui regarde plus et mieux que ne peut le faire la r&#233;alit&#233; elle-m&#234;me, toujours contextualis&#233;e. La photographie extrait le visible du v&#233;cu pour le donner &#224; percevoir comme pur v&#233;cu hors contexte. Mais elle reste image malgr&#233; tout.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'enjeu va &#234;tre de &#171; r&#233;soudre &#187; cette contradiction, de la lever ou de la d&#233;passer, ou encore de l'&#233;vacuer.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3360 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH328/06-barthes-edccb.jpg?1772194119' width='500' height='328' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;0000-00-00 00:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Paragraphe - 20&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La photographie est donc bien un espace conflictuel. Le conflit se joue entre les formes du remplissage de l'attente implicite du spectateur par le jeu des intentions du photographe et les attentes d'un autre genre qui pourraient advenir au spectateur sans qu'elles aient &#233;t&#233; voulues ou pens&#233;es par l'&lt;i&gt;Operator&lt;/i&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Barthes joue donc ici &#224; relever les pi&#232;ges du premier type, les pi&#232;ges supra culturels tendus par les photographes, c'est-&#224;-dire les r&#233;seaux d'intentions effectifs manifestes dans certaines images, bref l'ensemble des artifices plus ou moins subtils utilis&#233;s par les photographes pour produire du &lt;i&gt;punctum&lt;/i&gt; alors qu'ils ne font que produire du choc, de l'&#233;motion fausse parce que remplissant une attente de type culturel et social.&lt;br class='autobr' /&gt;
Donc ce qui va rendre compte de l'essence de la photographie devra relever de quelque chose qui &#233;chappe &#224; l'intention, c'est l&#224; le paradoxe absolu auquel ce texte nous confronte.&lt;br class='autobr' /&gt;
La forme de ce chapitre est &#233;trange. Barthes oppose le fait d'&#234;tre l&#224; du photographe au fait de se retourner, de convoquer le pass&#233; en quelque sorte. Cela, ce n'est pas au photographe de le faire, mais &#224; ce qui advient, l'aventure m&#234;me du spectateur, comme on le verra.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi le lien entre objet partiel et objet total, entre sujet et contexte, pourrait-on dire, est bien le pi&#232;ge m&#234;me qu'est la photographie. Li&#233;e &#224; son r&#233;f&#233;rent, elle ne peut se d&#233;faire de lui, et lui de son contexte, et le mieux est donc de laisser ce jeu avoir lieu, car c'est en lui, dans cette relation interne m&#233;tonymique, donc comme &#233;tant aussi ce qui d&#233;finit la photographie, que se d&#233;ploie cette relation qui, si elle ne fonde pas le sens de l'image, rend possible son fonctionnement comme articulation entre deux plans h&#233;t&#233;rog&#232;nes reli&#233;s par le r&#233;el, le plan du &lt;i&gt;studium&lt;/i&gt; et celui du &lt;i&gt;punctum&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3361 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L220xH247/02-camera-70c08.png?1509817418' width='220' height='247' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;0000-00-00 00:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Paragraphe - 21&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce chapitre est singulier. Il indique ce qui va venir, la mutation attendue appel&#233;e et qui se manifeste ici pour la premi&#232;re fois en acte. C'est un chapitre d'&#233;criture pure en quelque sorte. Le texte est port&#233; par l'affect, par un aveu d'affect, par un d&#233;sir d'affect. L'affect est &#224; la fois pr&#233;sent et absent ou plut&#244;t non encore pr&#233;sent, au sens o&#249; il est appel&#233;, mais pas encore v&#233;cu, ou sur un mode th&#233;&#226;tralis&#233;. Il raconte ce qui devrait ou pourrait avoir lieu SI un affect venait l'emporter. &lt;br class='autobr' /&gt;
Alors oui, il y a bien quelque chose, et c'est le &lt;i&gt;punctum&lt;/i&gt;, mais en fait ce &lt;i&gt;punctum&lt;/i&gt;, qui pourrait appara&#238;tre comme une assomption du sens, se d&#233;finit comme autre chose, un suspens, une sorte d'&lt;i&gt;&#233;poch&#233;&lt;/i&gt; perceptuelle de mise en suspens de tout afin que soit comme ressaisi l'essentiel, la blessure pure, le &lt;i&gt;satori&lt;/i&gt;, bref l'&#233;motion.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce suspens se marque &#224; la derni&#232;re phrase, je cong&#233;die tout savoir, toute culture, je m'abstiens d'h&#233;riter d'un autre regard, ce qui est en quelque sorte impossible puisque sur une image il y a pr&#233;sent le regard de l'autre, du photographe, mais l&#224; o&#249; il se pr&#233;pare &#224; passer dans le domaine subjectif du spectateur.&lt;br class='autobr' /&gt;
Barthes pr&#233;pare donc le v&#233;ritable &lt;i&gt;satori&lt;/i&gt; qui sera l'ouverture de la seconde partie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le &lt;i&gt;punctum&lt;/i&gt; est donc moins quelque chose que la limite de toute approche de la photographie comme surface signifiante. L'enjeu est d'en faire une surface &#233;motionnelle, ou plut&#244;t la source d'une &#233;motion.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il s'agira de doter l'image d'une puissance magique, celle de venir, de surgir, de sauter &#224; la gorge de celui qui regarde pour le transformer en&#8230; en quoi ? L&#224; est la question.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3364 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L310xH400/09-kertesz-86b62.jpg?1509817418' width='310' height='400' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;0000-00-00 00:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Paragraphe - 22&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce chapitre nous donne &#171; enfin &#187; la d&#233;finition du &lt;i&gt;punctum&lt;/i&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Ce que je ne peux nommer ne peut r&#233;ellement me poindre. L'impuissance &#224; nommer est un bon sympt&#244;me de trouble &#187; (p. 84).&lt;br class='autobr' /&gt;
En fait, on se trouve ici au c&#339;ur de la probl&#233;matique qui oppose &#233;criture et image.&lt;br class='autobr' /&gt;
On sait que Barthes voue &#224; la langue non pas une haine farouche, il a pass&#233; sa vie en elle, pourrait-on dire, mais du moins une m&#233;fiance radicale, m&#234;me si elle est paradoxale. On se souvient de ce qu'il &#233;crivit dans sa conf&#233;rence inaugurale au Coll&#232;ge de France : &#171; La langue comme performance de tout langage n'est ni r&#233;actionnaire ni progressiste ; elle est tout simplement : fasciste ; car le fascisme, ce n'est pas d'emp&#234;cher de dire, c'est d'obliger &#224; dire. &#187; (p. 18)&lt;br class='autobr' /&gt;
Barthes est s&#233;miologue. Rappelons ici ce qu'il disait sur la s&#233;miologie dans cette m&#234;me le&#231;on inaugurale. Nous verrons en quoi ce passage trouve dans le chapitre que nous &#233;tudions un &#233;cho certain. (p. 58)&lt;br class='autobr' /&gt;
Le signe qui lui saute au visage, n'est-il pas semblable &#224; ce &lt;i&gt;punctum&lt;/i&gt; qui lui aussi lui saute au visage ?&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est pourquoi le &lt;i&gt;punctum&lt;/i&gt; est ambigu. Il n'est ni ceci ni cela, ni fixe ni mobile, ou plut&#244;t il est ambivalent car il est mouvement et suspens, un &#233;clair qui flotte (p. 87).&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais le &lt;i&gt;punctum&lt;/i&gt; est dot&#233; d'une autre vertu essentielle. Il provoque un processus psychique qu'est l'anamn&#232;se. Il ouvre un espace/temps psychique particulier puisqu'il rend possible un travail de la trace, qu'il est dans un autre temps que le moment fascin&#233; du regard direct pr&#233;sent port&#233; sur la photographie, dans un apr&#232;s-coup qui permet une sorte d'ajustement entre le &lt;i&gt;punctum&lt;/i&gt; de l'image et la sensation-affect du spectateur ou si l'on veut de mise au point.&lt;br class='autobr' /&gt;
Voil&#224;, on se trouve au c&#339;ur de l'&lt;i&gt;&#233;poch&#233;&lt;/i&gt;, qui est en m&#234;me temps anamn&#232;se (page 82) : ne rien dire, fermer les yeux, laisser le d&#233;tail remonter seul &#224; la conscience affective.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a bien une seconde conscience, un second plan qui n'est pas celui de la connaissance, ni celui de la reconnaissance des signes et des codes, mais qui, transversal aux deux, un plan de coupe en quelque sorte donc, est de l'ordre de la conscience sans la connaissance et du savoir sans les signes. Car ce qui remonte alors n'est pas le &lt;i&gt;punctum&lt;/i&gt; mais l'affect &#171; pur &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3363 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L397xH584/02-barthes-f1388.jpg?1509817418' width='397' height='584' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;0000-00-00 00:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Paragraphe - 23&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &lt;i&gt;punctum&lt;/i&gt; cr&#233;e donc un espace mental psychique, une &#233;paisseur, une spatialisation, une sorte de dimension transversale justement. Le &lt;i&gt;punctum&lt;/i&gt; est ce qui &#233;carte la perception de l'image, de l'image elle-m&#234;me, ce qui disjoint le &lt;i&gt;fascinum&lt;/i&gt; de son objet, le regard fascin&#233; de l'image et permet de le &#171; voir &#187;, de le penser, mais sur un mode particulier. Quoi LE ? L'&#233;cart lui-m&#234;me, cet espace sans mat&#233;rialit&#233; sans lequel, pourtant, on meurt justement enfonc&#233; dans l'image.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi Barthes en profite-t-il pour mettre en sc&#232;ne la diff&#233;rence entre photographie et cin&#233;ma autour de la question d'un &#171; champ aveugle &#187; en reprenant l'expression de Bazin.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi d&#233;finit-il a contrario la photographie comme ce pi&#232;ge qu'&#233;voque Flusser, auquel le regard ne peut &#233;chapper, &#224; ceci pr&#232;s que Barthes dramatise le hors-champ. Il &#233;voque &#224; nouveau la mort &#224; la fois pour dire qu'il n'y a pas de vie hors de l'image, (alors que c'est le cas au cin&#233;ma, le personnage continue &#224; vivre hors-champ, et souvent en effet on le voit, il y revient dans le champ) et pour dire que tout ce qui est dans l'image est aussi mort, ou du moins fig&#233;, &#233;pingl&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Alors le &lt;i&gt;punctum&lt;/i&gt; est donc ce qui cr&#233;e un champ aveugle, ce qui permet donc &#224; de la vie de p&#233;n&#233;trer dans le champ mortel, morbide de l'image. On voit encore une fois combien cette affaire est importante, il ouvre la possibilit&#233; de cet espace mental sans lequel le surgissement &#224; venir ne serait pas possible. Certes, c'est faire une lecture r&#233;troactive, mais c'est bien l&#224; le fonctionnement psychique qui est &#224; la source de la croyance dans le syst&#232;me d'inf&#233;rence.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et pour m&#233;nager la possibilit&#233; de ce surgissement, il ne suffit pas de faire du hors-champ de l'image celui de la vie, mais bien un champ aveugle, un espace &#224; la fois r&#233;el et non r&#233;el, une zone sombre, noire, d'o&#249; en effet quelque chose pourra surgir, d'o&#249; l'inattendu, ce qui fait peur, fascine et fait du bien peut advenir, la zone m&#234;me de l'aventure.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le retour &#224; la distinction &#233;rotique pornographique permet &#224; Barthes de mettre la derni&#232;re touche &#224; la d&#233;finition de son &lt;i&gt;punctum&lt;/i&gt; et surtout de donner &#224; cet espace sans espace, &#224; ce champ aveugle, la puissance m&#234;me du surgissement.&lt;br class='autobr' /&gt;
La m&#233;taphore spatialisante est encore pr&#233;sente et active, il s'agit d'aller au-del&#224; du visible page 93 &#171; comme si l'image lan&#231;ait le d&#233;sir au-del&#224; de ce qu'elle donne &#224; voir&#8230; vers l'excellence absolue d'un &#234;tre, &#226;me et corps m&#234;l&#233;s &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
En fait, ce qui est rendu possible par le &lt;i&gt;punctum&lt;/i&gt; c'est une sorte de processus de recomposition, de reconnaissance sur un autre plan, de reconnaissance ontologique, faudrait-il dire, de reconnaissance affective et ontologique, et non pas de reconnaissance des signes et des codes &#224; travers le jeu r&#233;gl&#233; des signes et des codes.&lt;br class='autobr' /&gt;
La rh&#233;torique du d&#233;sir est ici seconde sauf &#224; d&#233;signer en effet une sorte d'accomplissement qui est &#224; la fois mouvement et suspens, v&#233;rit&#233; et sensation, confirmation ontologique et confirmation affective.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3362 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH667/08-boudinet-f45c8.jpg?1509817418' width='500' height='667' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;0000-00-00 00:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Paragraphe - 24&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce tr&#232;s court chapitre de transition annonce en fait que ce qui a &#233;t&#233; &#233;nonc&#233; n'a pas eu lieu, qu'il faut donc passer de la description des conditions de possibilit&#233;s &#224; leur mise en &#339;uvre. Or, cela ne se peut pr&#233;voir. Mais cela pourtant peut avoir lieu, non, cela peut avoir eu lieu. Nous y sommes. La seule possibilit&#233; de saisie de ce &lt;i&gt;kairos&lt;/i&gt; est en effet, avant m&#234;me qu'il ne s'&#233;nonce, d'avoir &#233;t&#233; la co&#239;ncidence de la trace et de la saisie, de la reconnaissance et de la connaissance.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est en effet de l'universel singulier qu'il faut partir pour saisir ce qui reste l'objet de cette qu&#234;te, l'&lt;i&gt;e&#239;dos&lt;/i&gt; de la photographie, c'est-&#224;-dire ce qui en elle &#233;chappe &#224; toute corruption.&lt;br class='autobr' /&gt;
La palinodie est en fait un texte qui accomplit l'avoir eu lieu qui a &#233;t&#233; d&#233;sign&#233; et manqu&#233;, c'est la tentative effr&#233;n&#233;e de combler un manque.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce sera pour la prochaine fois.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>III - La chambre claire de Roland Barthes, pr&#233;sentation </title>
		<link>http://www.tk-21.com/Seminaire-2007-2008-III-La-chambre</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.tk-21.com/Seminaire-2007-2008-III-La-chambre</guid>
		<dc:date>2007-12-04T18:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Bernard Gerboud &#8224; et Jean-Louis Poitevin</dc:creator>


		<dc:subject>photographie</dc:subject>
		<dc:subject>s&#233;minaire</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Roland Barthes aimait raconter cette petite blague &#224; ses &#233;tudiants : un infirme se plonge dans l'eau de Lourdes pour que sa situation s'am&#233;liore et en ressort avec une chaise roulante toute neuve.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://www.tk-21.com/2007-2008-La-Chambre-Claire" rel="directory"&gt;2007-2008 &#034;La Chambre Claire&#034;&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.tk-21.com/photographie" rel="tag"&gt;photographie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tk-21.com/seminaire" rel="tag"&gt;s&#233;minaire&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH118/arton79-f7c9f.jpg?1772194119' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='118' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Roland Barthes aimait raconter cette petite blague &#224; ses &#233;tudiants : un infirme se plonge dans l'eau de Lourdes pour que sa situation s'am&#233;liore et en ressort avec une chaise roulante toute neuve.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Roland Barthes aimait raconter cette petite blague &#224; ses &#233;tudiants : un infirme se plonge dans l'eau de Lourdes pour que sa situation s'am&#233;liore et en ressort avec une chaise roulante toute neuve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pass&#233; ma&#238;tre dans les discours aux multiples sens, qu'il s'amusera &#224; d&#233;mystifier, Roland Barthes accouche en 1968 de cet article bizarre qu'est La mort de l'auteur. Conjugu&#233; &#224; la conf&#233;rence de Michel Foucault sous le titre Qu'est-ce qu'un auteur ?, l'article de Barthes a l'effet d'une bombe. Jusqu'&#224; leurs parutions, bien plus tard et dans des recueils posthumes, ces deux textes furent longtemps tr&#232;s photocopi&#233;s par les &#233;tudiants et utilis&#233;s par les enseignants, devenant en quelque sorte le credo du post-structuralisme fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux textes gagn&#232;rent cette popularit&#233; surtout par leur opposition &#224; Lanson et &#224; Sainte-Beuve, critiques dominants dans les &#233;tudes litt&#233;raires fran&#231;aises, qui attachent une grande importance &#224; la connaissance de l'auteur dans le jugement d'une &#339;uvre. Or, pour Barthes, &#171; l'auteur est mort &#187; : il affirme que &#171; la naissance du lecteur doit se payer de la mort de l'auteur &#187;. En effet, son id&#233;e est que l'auteur doit c&#233;der sa place au lecteur, qui r&#233;&#233;crit le texte pour lui-m&#234;me (on dit volontiers depuis qu'il en poss&#232;de sa propre lecture (expression que d&#233;nonce d'ailleurs Thierry Maulnier) : l'auteur n'est donc plus le seul garant du sens de son &#339;uvre. D'autre part Barthes souligne que l'approche traditionnelle de la critique litt&#233;raire soul&#232;ve un probl&#232;me complexe : comment peut-on conna&#238;tre pr&#233;cis&#233;ment l'intention de l'auteur ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sa r&#233;ponse est qu'on ne le peut pas. Il donne comme exemple Sarrasine d'Honor&#233; de Balzac texte dans lequel un homme prend un castrat pour une femme et tombe amoureux d'elle. Quand le personnage (Sarrasine) d&#233;lire sur celle qu'il croit &#234;tre l'image m&#234;me de la f&#233;minit&#233;, Barthes d&#233;fie les lecteurs de trouver qui parle et de quoi : Balzac ou son personnage ? Autrefois, lorsqu'un auteur &#233;tait &#171; consacr&#233; &#187;, tous ses &#233;crits devenaient automatiquement &#339;uvre, y compris la correspondance, les brouillons, etc. Maintenant que l'auteur est mort, un &#233;crit devient &#339;uvre (ou &#171; texte &#187; dans notre cas) si son contenu est conforme &#224; l'id&#233;e que l'on se fait de l'auteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nombreux ex&#233;cuteurs testamentaires ont d&#251; br&#251;ler la correspondance d'&#233;crivains c&#233;l&#232;bres au motif qu'elles pouvaient ternir l'image du disparu, soit de leur propre chef, soit &#224; la demande de l'auteur. Si demain on d&#233;couvrait un manuscrit &#233;crit de la main de Roland Barthes (l'homme) mais ne correspondant pas au style de Barthes (l'&#233;crivain) pourrait-il &#234;tre d&#233;lib&#233;r&#233;ment omis de ses &#339;uvres compl&#232;tes (qui pour le coup ne le seraient plus) ? Ce n'est pas impossible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le nom de l'auteur sert somme toute de d&#233;signateur &#224; son travail. Dire avoir &#171; lu tout Roland Barthes &#187; signifie avoir lu ses &#339;uvres, non l'homme. De m&#234;me, d&#233;couvrir que La mort de l'auteur est de la main d'un autre changerait la conception de Barthes-&#233;crivain, mais pas de Barthes-l'homme. L'auteur est donc construit &#224; partir de ses &#233;crits, et non l'inverse. L'auteur n'est plus &#224; l'origine du texte ; celui-ci provient du langage lui-m&#234;me. Le &#171; je &#187; qui s'exprime, c'est le langage, pas l'auteur. L'&#233;nonciation est ici une fonction du langage.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>II - La chambre claire de Roland Barthes</title>
		<link>http://www.tk-21.com/La-chambre-claire-de-Roland</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.tk-21.com/La-chambre-claire-de-Roland</guid>
		<dc:date>2007-12-04T18:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Louis Poitevin</dc:creator>


		<dc:subject>photographie</dc:subject>
		<dc:subject>s&#233;minaire</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Ce livre est le dernier de Roland Barthes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il se situe dans la lign&#233;e de la position barthienne post-structuraliste. Il prolonge par exemple un livre comme &lt;i&gt;Le plaisir du texte&lt;/i&gt; de 1973. Il constitue cependant une plong&#233;e radicale dans la mise en &#339;uvre d'une pens&#233;e subjective ou de la pens&#233;e comme exercice de la subjectivit&#233;.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://www.tk-21.com/2007-2008-La-Chambre-Claire" rel="directory"&gt;2007-2008 &#034;La Chambre Claire&#034;&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.tk-21.com/photographie" rel="tag"&gt;photographie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tk-21.com/seminaire" rel="tag"&gt;s&#233;minaire&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH86/arton657-927ac.jpg?1772194119' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='86' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ce livre est le dernier de Roland Barthes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il se situe dans la lign&#233;e de la position barthienne post-structuraliste. Il prolonge par exemple un livre comme &lt;i&gt;Le plaisir du texte&lt;/i&gt; de 1973. Il constitue cependant une plong&#233;e radicale dans la mise en &#339;uvre d'une pens&#233;e subjective ou de la pens&#233;e comme exercice de la subjectivit&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Introduction&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La chambre claire&lt;/i&gt; reprend des th&#232;mes et des sujets, des obsessions chers &#224; l'auteur et qui traversent toute son &#339;uvre. La mort de sa m&#232;re va lui permettre de catalyser cela et d'une certaine mani&#232;re de radicaliser un propos et une posture d&#233;j&#224; anciens.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5694 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH397/2-12-fb58e.jpg?1509817418' width='500' height='397' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La chambre claire&lt;/i&gt; est un livre qui a marqu&#233; la pens&#233;e fran&#231;aise sur la photographie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re chose qu'il faut remarquer, c'est ce que l'on pourrait appeler le point de vue &#224; partir duquel ce livre est &#233;crit. Ce point de vue est celui du spectateur et c'est le choix de ce point de vue qui permet &#224; Roland Barthes d'inscrire son travail dans le champ de la ph&#233;nom&#233;nologie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faudrait dire en quelques mots ce qu'est la ph&#233;nom&#233;nologie, &#224; savoir une pens&#233;e qui ne dissocie pas l'objet de la conscience qui pense et le pense. Il appara&#238;t qu'il est bien possible de penser l'objet mais on ne peut le faire que par un syst&#232;me complexe de projections, d'aller-retours entre cet objet et cette conscience, entre cet objet et l'ego qui le pense, aller-retours au terme desquels on peut s'interroger sur ceci : que la conscience fonctionnerait comme un syst&#232;me d'inf&#233;rence.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;[Husserl publie &lt;i&gt;Recherches logiques&lt;/i&gt;, ouvrage dans lequel il expose ses th&#233;ories ph&#233;nom&#233;nologiques notamment en ce qui concerne les math&#233;matiques. Selon lui, les structures logiques ne peuvent pas se r&#233;duire uniquement aux fonctionnements de la pens&#233;e. Edmund Husserl soutiendra par la suite qu'il est impossible de dissocier l'objet et la conscience, car cette derni&#232;re est toujours &#171; conscience de quelque chose &#187;. Il se plaira alors &#224; analyser la relation entre ces deux entit&#233;s. Ainsi, l'objet ne provoque pas une simple repr&#233;sentation imaginaire dans la conscience, mais y fait bel et bien surgir toute une subjectivit&#233; li&#233;e &#224; un v&#233;cu, &#224; une exp&#233;rience. Par la suite, le philosophe poursuivra ses analyses et fera &#233;voluer ses conceptions de la ph&#233;nom&#233;nologie, notamment dans &lt;i&gt;Id&#233;es directrices pour la ph&#233;nom&#233;nologie pure (Ideen I)&lt;/i&gt; (1913) et dans &lt;i&gt;Logique formelle et logique transcendantale&lt;/i&gt; (1929).]&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;C'est bien ce ph&#233;nom&#232;ne de retour ou de choc psychique &#233;motionnel et affectif &#224; partir d'un objet &#224; la fois concret, multiple, unique dans chacune de ses occurrences, que Roland Barthes met en place dans ce livre. Ainsi on passera en permanence de la question d'ordre g&#233;n&#233;ral : qu'est-ce que la photographie &#224; une autre : qu'est-ce que cette photographie me fait. On a d'ailleurs l&#224; la structure de ce livre compos&#233; de deux parties &#224; peu pr&#232;s &#233;gales, l'une constituant la palinodie de l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5708 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH688/17-6-5a806.jpg?1772194119' width='500' height='688' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;[Une palinodie (du grec &lt;i&gt;palin&lt;/i&gt;, de nouveau, et &lt;i&gt;&#244;d&#234;&lt;/i&gt;, chant) est un texte dans lequel on contredit ce que l'on avait affirm&#233; auparavant. Par extension, faire une palinodie c'est se contredire volontairement &#8212; ce qui suppose en principe une intention didactique. Voir dans le &lt;i&gt;Ph&#232;dre&lt;/i&gt; de Platon la c&#233;l&#232;bre &lt;i&gt;palinodie&lt;/i&gt; de Socrate.]&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Nous reviendrons sur ce point au moment voulu, mais il est important d'avoir &#224; l'esprit qu'il va y avoir dans ce texte un retournement, une sorte de second plan de la pens&#233;e qui va se d&#233;gager &#224; partir du premier, mais contre le premier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous vous souviendrez que nous passerons ainsi de la distinction analytique entre &lt;i&gt;studium&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;punctum&lt;/i&gt; qui gouverne la premi&#232;re partie, &#224; la saisie du no&#232;me de la photographie, le &#171; &#231;a a &#233;t&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais repartons de ce point essentiel et d&#233;terminant &#224; savoir la position du spectateur. Elle est &#224; rapprocher chez Roland Barthes de la position du lecteur qui &#233;tait celle &#224; partir de laquelle il positionnait la nouvelle critique litt&#233;raire. Entre la logique de l'&#339;uvre et la biographie de l'auteur, il y avait place pour une &#233;motion particuli&#232;re qui d&#233;terminait le sens m&#234;me de l'&#339;uvre, l'&#233;motion du lecteur. Sans elle, pas de devenir de l'&#339;uvre dans le temps, dans l'histoire. On est proche alors de la position de Marcel Duchamp sur le regardeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voyons ce qu'il &#233;crit dans &lt;i&gt;Le plaisir du texte&lt;/i&gt;, p. 22 &#224; 25.&lt;br class='autobr' /&gt;
On voit d&#233;j&#224; le type de partage entre ces deux positions, plaisir et jouissance, et on peut imm&#233;diatement faire le parall&#232;le avec &lt;i&gt;studium&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;punctum&lt;/i&gt;. On peut alors commencer d&#233;j&#224; &#224; esquisser ce que sera la plong&#233;e de la seconde partie, la palinodie, le mouvement de descente vers une sorte de v&#233;rit&#233; absolue ou en tout cas plus essentielle encore, car &#233;chappant au pi&#232;ge que constituent chaque posture s&#233;par&#233;ment et leur jeu r&#233;ciproque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, je crois que ce livre, si on accepte de l'&#233;tudier en d&#233;tail, va nous en apprendre beaucoup sur une chose essentielle : la mani&#232;re dont la pens&#233;e fonctionne, la mani&#232;re dont se met en place, par un jeu de projection et de r&#233;fraction, un syst&#232;me d'inf&#233;rences, une sorte d'auto-l&#233;gitimation du sujet pensant &#224; travers la justification de l'objet que cherche &#224; saisir la pens&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5706 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH590/15-12-5b931.jpg?1509817419' width='500' height='590' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En deux mots, on peut dire que ce que le sujet retrouve au terme de ce parcours, c'est lui-m&#234;me, mais un soi qui aurait &#233;chapp&#233; aux cat&#233;gories habituelles, sociologiques et psychologiques, pour dire vite, et qui serait rendu manifeste dans ce qu'il a &#224; la fois de propre, de singulier et de communicable, ce qui ne veut pas dire universel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est donc la mani&#232;re dont se met en place la croyance en l'indicialit&#233; de l'image photographique que nous allons tenter de rep&#233;rer. En effet, il y a des choses qui sont questionn&#233;es et d'autres qui sont affirm&#233;es, avec d&#233;licatesse, r&#233;serve, puis par ce jeu de reprises et de retours, avec force comme des &#233;vidences et c'est sur ces &#233;vidences que se construisent la posture et la position th&#233;orique sur la photographie. Position qui sera reprise par la suite comme un dogme, on le sait par tant de gens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais encore une fois, s'il y a croyance, c'est bien parce que Roland Barthes tente une approche de l'image &#224; partir du fonctionnement psychique du sujet et non par rapport &#224; une prise en compte globale du syst&#232;me g&#233;n&#233;ral de significations dans lequel l'image est prise. (ce que fait, lui, Vil&#232;m Flusser et que Roland Barthes, apr&#232;s l'avoir repouss&#233;, fait rapidement &#224; la fin de l'ouvrage comme pour se justifier).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mieux est donc de prendre le livre chapitre par chapitre, de prendre le temps de regarder comment les choses se mettent en place.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5703 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH323/13-11-e79de.jpg?1772194119' width='500' height='323' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#167;. 1&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En gros il y a une id&#233;e par chapitre, disons un &#233;l&#233;ment plus ou moins important mais nouveau, c'est-&#224;-dire qui permet d'avancer dans la d&#233;marche.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le point important est l'&#233;tonnement devant une photographie. L'&#233;tonnement est l'une des &#171; sources &#187; de la philosophie pour les grecs. Il met en place une sorte d'&#233;cart, de distance entre soi et soi, entre une &#233;motion et la pens&#233;e. C'est l&#224; l'annonce de la dimension subjective du texte aussit&#244;t oubli&#233;e. C'est la base du &lt;i&gt;punctum&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis vient la dimension sociologique et culturelle. Une approche de la photographie par rapport &#224; cet autre m&#233;dia qu'est le cin&#233;ma. Ensuite est pr&#233;sent&#233; le moteur de la recherche, la question qui insiste, le d&#233;sir de savoir, un d&#233;sir fortement culturel puisqu'il s'agit de savoir ce qu'est la photographie &#171; en soi &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enjeu est donc bien celui-l&#224;, dire quelque chose comme une essence de la photographie. Mais en m&#234;me temps rien ne vient assurer qu'une telle question EST l&#233;gitime. Le texte va avoir pour fonction de l&#233;gitimer cet appel, cette question qui est en fait un appel culturel fait au sujet, une mani&#232;re pour le sujet de r&#233;pondre &#224; des questions induites par la soci&#233;t&#233;, la pr&#233;sence et le r&#244;le de la photographie dans la vie des hommes &#224; la fin du XXe si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5696 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH333/4-12-a87f8.jpg?1509817419' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#167;. 2&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut donc avancer mais sur deux pattes, celle de la probl&#233;matique culturelle et celle de la probl&#233;matique subjective. Les partages ne donnent rien de convaincant. Et d'entr&#233;e, on tombe sur les &#233;l&#233;ments essentiels, mais dits de mani&#232;re l&#233;g&#232;re, effleur&#233;s en quelque sorte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reproduction &#224; l'infini mais de quelque chose qui a lieu une fois.&lt;br class='autobr' /&gt;
Distinction entre le plan existentiel et le plan ontologique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Affirmation de la pr&#233;sence r&#233;elle du corps (objet) que l'on voit sur la photographie &#224; travers la notion de tuch&#233;. La photographie est ici pens&#233;e sur le mode de ce qui surgit, de ce qui arrive du hasard mais du bon hasard, de la bonne rencontre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Ici, il faut aussit&#244;t sauter au d&#233;but de la seconde partie. La palinodie tiendrait en ceci que jusqu'alors Roland Barthes n'&#233;tait parti que d'un partage de type intellectuel et qu'il n'avait pas laiss&#233; advenir, dans le texte m&#234;me, le surgissement. Il y avait r&#233;flexion, mais il n'avait pas encore &#171; rencontr&#233; &#187; une image qui fut UNE rencontre, LA rencontre, qui soit le Particulier absolu dont il est question, et ce sera une image de sa m&#232;re).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, &lt;i&gt;Tuch&#233;&lt;/i&gt; :&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans la mythologie, &lt;strong&gt;Tych&#233;&lt;/strong&gt; (en grec ancien &#932;&#973;&#967;&#951; / &lt;i&gt;T&#250;ch&#234;&lt;/i&gt;, &#171; chance &#187;) est la divinit&#233; tut&#233;laire de la fortune, de la prosp&#233;rit&#233; et de la destin&#233;e d'une cit&#233; ou d'un &#201;tat. Son &#233;quivalent romain est Fortuna et son &#233;quivalent germanique, le Salut, ou &lt;i&gt;Heil&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tych&#233; d&#233;cide du destin des mortels, comme jouant avec une balle, rebondissant, de bas en haut, symbolisant l'ins&#233;curit&#233; de leurs d&#233;cisions. Nul ne doit donc se vanter de sa bonne fortune ou n&#233;gliger d'en remercier les dieux, autrement cela m&#232;ne &#224; l'intervention de N&#233;m&#233;sis.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle est associ&#233;e &#224; N&#233;m&#233;sis et &#224; Agathodaemon (&#171; bon esprit &#187;). Tych&#233; Agatha est l'&#233;pouse de Agathodaemon. Comme d'autres &#171; abstractions personnifi&#233;es &#187;, elle est &#233;galement rang&#233;e parmi les Oc&#233;anides dans l'&lt;i&gt;Hymne hom&#233;rique &#224; D&#233;m&#233;ter&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On le comprend, le mouvement du texte sera d'avancer vers cette rencontre sans pouvoir la d&#233;terminer, la pr&#233;voir, dire qu'elle aura lieu. Et le texte trouvera sa v&#233;rit&#233; &#224; partir du moment o&#249; une telle rencontre aura eu lieu. La structure g&#233;n&#233;rale du texte appara&#238;t donc d'entr&#233;e de jeu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me suis pench&#233; aussi sur un texte d'Alain Harly sur le site &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;http://www.ecolpsy-co.com/Htmpub/ColloquesHas_Retour.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;de l'association lacanienne internationale&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;. En voici un extrait : &#171; Dans la conduite de la cure du n&#233;vros&#233; l'&#233;vocation si fr&#233;quente du hasard par le patient r&#233;clame aussi un examen, de m&#234;me que cette sorte d'automatisme mental de l'analyste qui le porte &#224; la suspicion quand un tel recours est fait. L'usage dogmatique de la suggestion freudienne de ne croire qu'au hasard ext&#233;rieur et en aucune mani&#232;re au hasard int&#233;rieur peut ne pas conduire n&#233;cessairement le patient &#224; retrouver le chemin de ce qui le cause. Il y a de purs accidents, comme la chute des cierges et l'incendie qui se d&#233;clare dans la chambre mortuaire de l'enfant mort. Ce qui ne l'est pas, c'est la formulation du r&#234;ve pour le p&#232;re &#224; son r&#233;veil : l&#224;, la r&#233;p&#233;tition engage ses effets.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5705 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH373/14-10-90e08.jpg?1509817419' width='500' height='373' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'est ce qui nous conduit &#224; poser l'articulation de la &lt;i&gt;tuch&#233;&lt;/i&gt; et de l'&lt;i&gt;automaton&lt;/i&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le recours au &#171; comme par hasard &#187; n'est certes pas univoque, et l'analyste ne s'y laisse pas en principe duper. Cependant le refus de principe de tout al&#233;a viendrait ent&#233;riner un pur &lt;i&gt;automaton&lt;/i&gt; et &#224; se tenir &#224; l'abri de toute &lt;i&gt;tuch&#233;&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire de toute rencontre du r&#233;el. L'abolition de tout hasard conduit &#224; une tentative de forclusion de la dimension Autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'effet imm&#233;diat de la &lt;i&gt;tuch&#233;&lt;/i&gt; est le plus souvent celui d'un &#233;vanouissement subjectif. La clinique du traumatisme de ce point de vue nous est pr&#233;cieuse. C'est d'abord une mauvaise rencontre, un instant de pur non-sens. Ce n'est que dans un deuxi&#232;me temps qu'il devient possible d'en ressaisir quelque chose, c'est-&#224;-dire autre chose : C'est l'articulation entre la &lt;i&gt;tuch&#233;&lt;/i&gt; et l'&lt;i&gt;automaton&lt;/i&gt; qui r&#233;introduit la possibilit&#233; de la m&#233;taphore. Encore faut-il appr&#233;cier &#224; quel type de causalit&#233; il est fait alors appel. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ce qui nous int&#233;resse c'est cet &#233;vanouissement subjectif. Il va falloir aller jusqu'&#224; ce point de non-retour subjectif, seule mani&#232;re d'attester, sinon LA v&#233;rit&#233; des assertions, du moins leur validit&#233; et offrir au lecteur du livre un &#233;quivalent de ce que vit le spectateur de la photographie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le paragraphe 2 est long et il joue un autre r&#244;le, celui de donner la tonalit&#233; g&#233;n&#233;rale du texte, d'installer la croyance sur laquelle il se fonde :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dimension d&#233;&#239;ctique de la photographie, le ceci qu'elle d&#233;signe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'affirmation que le r&#233;f&#233;rent &#171; est &#187;, sinon l'image, du moins &#224; coup s&#251;r sur l'image.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est la seule certitude ! (ici est l'axiome, ici est le point qu'il ne faudra pas remettre en cause sous peine de voir le ch&#226;teau de cartes s'&#233;crouler).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La dimension tautologique.&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Page 17, la photographie emporte toujours son r&#233;f&#233;rent avec elle ! Elle est li&#233;e par son immobilit&#233; au cadavre et &#224; la mort, elle est coll&#233;e &#224; son r&#233;f&#233;rent. On est l&#224; dans la dimension du mythe, sorte d'arri&#232;re-plan que Roland Barthes a analys&#233; dans ses &lt;i&gt;Mythologies&lt;/i&gt; et dont on peut lire ceci dans Wikip&#233;dia :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5693 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH500/1-11-55c6f.jpg?1509817419' width='500' height='500' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le mythe&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Au cours des ann&#233;es 60, dans &lt;i&gt;Mythologies&lt;/i&gt; (Seuil, 1957), Roland Barthes s'exclamait : &#171; [...] une de nos servitudes majeures : le divorce accablant de la mythologie et de la connaissance. La science va vite et droit en son chemin ; mais les repr&#233;sentations collectives ne suivent pas, elles sont des si&#232;cles en arri&#232;re, maintenues stagnantes dans l'erreur par le pouvoir, la grande presse et les valeurs d'ordre. &#187; (Roland Barthes, 1957, p. 72-73) Dans ce livre majeur, il d&#233;crit des mythes aussi divers que la Citro&#235;n DS, le catch, le vin et le visage de Greta Garbo. Mais il analyse &#233;galement le ph&#233;nom&#232;ne m&#234;me du mythe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mythe pour Roland Barthes est un outil de l'id&#233;ologie, il r&#233;alise les croyances, dont la &lt;i&gt;doxa&lt;/i&gt; est le syst&#232;me, dans le discours : le mythe est un signe. Son signifi&#233; est un id&#233;olog&#232;me, son signifiant peut &#234;tre n'importe quoi : &#171; Chaque objet du monde peut passer d'une existence ferm&#233;e, muette, &#224; un &#233;tat oral, ouvert &#224; l'appropriation de la soci&#233;t&#233;. &#187; (Roland Barthes 1957, p. 216)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le mythe, &#233;crit Barthes, la cha&#238;ne s&#233;miologique &#171; signifiant/signifi&#233; = signe &#187; est doubl&#233;e. Le mythe se constitue &#224; partir d'une cha&#238;ne pr&#233;-existante : le signe de la premi&#232;re CHA&#206;NE devient le signifiant du second. Roland Barthes donne l'exemple d'une phrase figurant comme exemple dans une grammaire : c'est un signe compos&#233; de signifiant et signifi&#233;, mais qui devient dans son contexte de grammaire un nouveau signifiant dont le signifi&#233; est &#171; je suis ici comme exemple d'une r&#232;gle grammaticale &#187; (Roland Barthes, 1957, p. 222-223). Nouvel &lt;i&gt;emprunt&lt;/i&gt; &#8212; toujours non cr&#233;dit&#233; &#8212; &#224; Paul Val&#233;ry, qui avait pr&#233;cis&#233; dans ce m&#234;me &lt;i&gt;Tel quel&lt;/i&gt; que &#171; &lt;i&gt;Quia nominor leo&lt;/i&gt; &#187; signifiait en fait &#171; Je suis une r&#232;gle de grammaire &#187;. Mais ne dit-on pas que l'imitation est la forme la plus sinc&#232;re de flatterie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un exemple purement id&#233;ologique dans ce recueil est la photographie d'un soldat noir regardant le drapeau national, o&#249; le signe dans son ensemble devient le signifiant du mythe de l'adh&#233;sion des populations colonis&#233;es &#224; l'Empire fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En derni&#232;re analyse, la &lt;i&gt;doxa&lt;/i&gt; propag&#233;e par le mythe, pour Roland Barthes, est l'image que la bourgeoisie se fait du monde et qu'elle impose au monde. La strat&#233;gie bourgeoise est de remplir le monde entier de sa culture et de sa morale, en faisant oublier son propre statut de classe historique : &#171; Le statut de la bourgeoisie est particulier, historique : l'homme qu'elle repr&#233;sente sera universel, &#233;ternel ; [...] Enfin, l'id&#233;e premi&#232;re du monde perfectible, mobile, produira l'image renvers&#233;e d'une humanit&#233; immuable, d&#233;finie par une identit&#233; infiniment recommenc&#233;e. &#187; (Roland Barthes, 1957, p. 250-251).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Deux points sont essentiels.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il voit la crise un peu comme Vil&#232;m Flusser, comme une discr&#233;pance entre connaissances r&#233;elles disponibles et images du monde. En ce sens le mythe est li&#233; &#224; la &lt;i&gt;doxa&lt;/i&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais la &lt;i&gt;doxa&lt;/i&gt; est li&#233;e, elle, &#224; la norme et fonctionne comme un obstacle &#224; la subjectivit&#233;, &#224; la manifestation des affects comme source de la v&#233;rit&#233; ou du moins d'une v&#233;rit&#233; possible.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le second moment de ce paragraphe 2 conduit Roland Barthes &#224; poser l'inclassabilit&#233; de la photographie et donc de l'exclure du champ des recherches de type sociologique et partant de l'offrir comme terrain pour l'exp&#233;rience de type ph&#233;nom&#233;nologico-subjective.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;[FATALIT&#201; ADH&#201;RENCE du r&#233;f&#233;rent &#224; la photo&lt;br class='autobr' /&gt;
Ces deux points lui permettent de repousser d'un geste les discours habituels sur la photographie (voir p. 19).&lt;br class='autobr' /&gt;
Donc les discours classificateurs comme purement subjectifs, au sens de priv&#233;s et familiaux, forment les deux bornes de l'espace dans lequel appara&#238;t la photographie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il Y A UNE VOIX, la plus forte, qui l'interpelle (p. 20).]&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;La voix de l'inclassable, du d&#233;sir d'&#234;tre inclassable, mais qui passe par l'acceptation d'une forme de doute radical, &#234;tre d&#233;muni par une perte de rep&#232;res. Il va donc falloir s'orienter par soi-m&#234;me c'est-&#224;-dire assurer soi-m&#234;me la mise en place de la carte d'orientation.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5698 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://www.tk-21.com/IMG/jpg/7-10.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH644/7-10-95381.jpg?1509817419' width='500' height='644' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#167;. 3&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On remarquera en passant que l'on se trouve toujours dans une opposition classique entre ordre et d&#233;sordre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Affirmation du Je comme ballott&#233; entre deux langages expressifs et critiques et le refus de tout syst&#232;me r&#233;ducteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une opposition &#224; la &lt;i&gt;doxa&lt;/i&gt;, au mythe, aux formes de classement (oubli, n&#233;gation, d&#233;n&#233;gation, aveuglement) de l'irr&#233;ductible qu'est l'affect.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc, partir de SOI non pas comme sujet th&#233;orique mais comme instance qui aime, n'aime pas telle ou telle photographie (on rassemble d&#233;j&#224; les premiers &#233;l&#233;ments en une synth&#232;se).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mas il y a l&#224; un d&#233;placement singulier qu'il faut relever.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a vu passer l'affirmation du lien photographie r&#233;f&#233;rent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit se mettre en place le lien photographie / sujet qui suppose que la photographie s'adresse au sujet, que telle ou telle image s'adresse &#224; celui qui la regarde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'il est en quelque sorte &#233;lu par cette image, l'&#233;lu de cette image.&lt;br class='autobr' /&gt;
On le voit l&#224; pointer son nez sur un fond protestant dont Roland Barthes a h&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Appel&#233;, &#233;lu, par cette VOIX &#233;trange qui est celle de l'affect en tant qu'il serait pr&#233;sent (cach&#233; mais l&#224;) dans telle ou telle image, il accepte de l'&#234;tre par cet affect plus g&#233;n&#233;ral, d'&#234;tre celui qui va analyser, d&#233;chiffrer ce que dit cette voix, et donc ce qu'est la photographie, mais &#224; partir de ce point d'ancrage-l&#224;. (op. cit., p. 21).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il EST le m&#233;diateur de TOUTE la photographie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit bien ici la mani&#232;re de faire le balancement constant entre les deux p&#244;les culturel et subjectif.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5701 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH343/11-15-997b0.jpg?1772194119' width='500' height='343' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#167;. 4&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ayant l&#233;gitim&#233; son cadre th&#233;orique, il peut reprendre le travail. Il part, donc revient au champ sociologique, &#224; la photographie en g&#233;n&#233;ral puisqu'il sait qu'il s'est autoris&#233; &#224; y aller &#224; partir de lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il reste &#224; la place qu'il a choisie, celle de SPECTATOR contre celle de l'OPERATOR.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La cible, l'&lt;i&gt;eidolon&lt;/i&gt; &#233;mis par l'objet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reconnaissance de la chimie comme nouveaut&#233; r&#233;elle par rapport &#224; l'optique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit ici que ce qu'il d&#233;crit est une l&#233;gitimation du pr&#233;suppos&#233;, il explique ce qu'il a admis sans preuve par croyance pure &#224; savoir que le r&#233;f&#233;rent est dans l'image.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'absence de l'essentiel de l'essence se manifeste d&#233;j&#224; : l'&#233;motion n'est pas l&#224;. On va donc partir &#224; sa recherche.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5697 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH432/5-12-36415.jpg?1509817420' width='500' height='432' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#167;. 5&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enjeu est de taille : qui regarde qui ou quoi, pourquoi et comment ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et l&#224; un aveu.&lt;br class='autobr' /&gt;
Page 24, prendre pour guide la conscience de mon &#233;moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On est au c&#339;ur de la m&#233;canique amoureuse, celle de Stendhal par exemple, du voir sans &#234;tre vu qui permet &#224; l'amoureux de savoir s'il est aim&#233; ou de voir l'objet de son amour et de lire sur son visage ses pens&#233;es telles qu'elles sont, non pas voyeurisme, mais &#233;preuve de v&#233;rification de v&#233;rit&#233; m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tr&#232;s long chapitre important.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit en effet d'inscrire le propos dans un nouveau rapport, celui qu'entretient le corps avec la mort. Voir page 25, la photographie cr&#233;e mon corps ou le mortifie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Poser : faire face &#224; l'angoisse du &#171; est-ce bien moi &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Remarquer l'absence de co&#239;ncidence entre moi et mon image ( ce qui ne veut pas dire entre la photographie et son r&#233;f&#233;rent, car c'est bien de moi qu'il s'agit, mais pas de moi comme je me per&#231;ois ou voudrais &#234;tre per&#231;u !).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On retrouve l'id&#233;al du neutre qu'il avait d&#233;j&#224; &#233;nonc&#233; dans son premier livre, &lt;i&gt;Le degr&#233; z&#233;ro de l'&#233;criture&lt;/i&gt;, mais il est l&#224; impossible ou plut&#244;t c'est contre le neutre qu'il &#233;crit maintenant en vue de l'&#233;motion de l'affect, de sa convocation (et il ne peut que venir surgir, appara&#238;tre &#224; l'improviste, &#234;tre une &lt;i&gt;tuch&#233;&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a bien une saisie de l'indiff&#233;rence mais que nous aurions tendance &#224; attribuer &#224; l'appareil et qu'il attribue &#224; l'image, et c'est contre cela qu'il s'&#233;l&#232;ve en effet, mais du point de vue du spectateur encore une fois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi l'image est lourde de coller &#224; son r&#233;f&#233;rent et de rater l'essentiel qui n'est pas en elle mais qui seul peut l'all&#233;ger, la rendre vecteur d'affect : l'amour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait donc d&#233;j&#224; ce qui est attendu. Il faudra que l'amour surgisse d'une photographie POUR QUE la photographie puisse &#234;tre per&#231;ue dans son essence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'&#233;l&#233;ment le plus important, c'est qu'il ne parle que de photographies o&#249; l'on voit des gens et o&#249; l'on a affaire &#224; des REGARDS tourn&#233;s vers l'objectif, qui plus ou moins regardent celui qui les regarde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cadre de r&#233;ciprocit&#233; se met en place. Ici, il est en train d'annoncer que la photographie porte en elle un REGARD adress&#233; &#224; celui qui la regarde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On est de fait dans une structure intentionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a les quatre imaginaires (page 29) et surtout le mouvement par lequel je deviens objet et vis une micro exp&#233;rience de la mort !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La photographie arr&#234;te, embaume, tue parce que l'image EST son r&#233;f&#233;rent, elle est lourde de cela, elle est tautologique et elle est en cela mortelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;TOUTE IMAGE est une expression parfaite (page 31), c'est-&#224;-dire la mort en personne. On ne peut plus &#233;chapper &#224; soi-m&#234;me et c'est tout soi et rien que soi qui est sur l'image. Comment quelque chose d'autre va-t-il pouvoir se glisser l&#224;-dedans ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dimension de la circulation de la photographie est ici &#233;voqu&#233;e, elle &#233;loigne toujours plus de cette part affective, lui interdit de se manifester. Comment y revenir ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le dernier paragraphe est &#233;trange. Encore une fois il s'agit de ce fonctionnement singulier de la pens&#233;e qui fait que l'on impute &#224; l'objet ce que l'on cherche pour mieux pouvoir le retrouver.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, avant d'&#234;tre spectateur et n'&#233;tant pas op&#233;rateur, on peut &#234;tre sujet de la photographie, mod&#232;le, et le fait de s'offrir &#224; l'image est de l'ordre de l'intention.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On comprend que ce qui a lieu ici, c'est la charge de l'image par l'intention. Celui qui est pris en photographie &#171; veut &#187; &#234;tre l'objet m&#234;me si c'est &#224; son insu qu'il est photographi&#233;, il l'est comme objet dans une structure intentionnelle, car comme objet r&#233;el il regarde l'objectif, et puisque ce sont les rayons &#233;mis par son corps qui vont se loger dans la bo&#238;te noire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le passage sur le doigt et le bois laisse r&#234;veur (voir p. 32-33). C'est le th&#232;me du temps qui appara&#238;t &#224; pattes de colombe.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5699 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH317/8-10-1f975.jpg?1772194119' width='500' height='317' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#167;. 6&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le texte avance par vague et revient sur lui-m&#234;me comme une toupie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Retour, donc, au d&#233;sordre &#224; un niveau pas encore &#233;voqu&#233;, sinon en passant par celui de certaines images concr&#232;tes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que faire face &#224; tant d'images ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment trier ? L&#224; est la vraie question si l'on cherche pourtant l'essence de la photographie. Faut-il trouver quelque chose qui satisfasse toutes les cat&#233;gories d'images ? Ou alors tenter de retrouver le chemin de l'affect.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la seconde solution qui sera retenue &#233;videmment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On repart donc de la subjectivit&#233; et de ce qui la caract&#233;rise, son refus de toute classification qui &#233;crase.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On part de la base pos&#233;e non comme une question de go&#251;t mais comme un balancement qui permet de lib&#233;rer un espace pour l'argumentation : j'aime, j'aime pas.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5704 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH500/10-14-e7866.jpg?1509817420' width='500' height='500' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#167;. 7&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore et toujours avancer dans la nuit comme Dante aux enfers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le guide : pas le go&#251;t mais l'attrait, c'est-&#224;-dire la puissance &#171; magique &#187; d'une image &#224; me saisir et me retenir en elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment appeler cet attrait ? Fascination non ! Int&#233;r&#234;t non ! Aventure ! c'est-&#224;-dire &lt;i&gt;tuch&#233;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une animation, entendons un processus par lequel la photographie en retour me parle, vient &#224; moi, me saisit : la photographie est transform&#233;e en une sorte de PERSONNE qui me regarde m&#234;me si elle ne me voit pas et qui s'adresse &#224; moi, elle m'interpelle, m'appelle, me parle, bref elle a quelque chose &#224; me dire !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y aura les niveaux de discours partie I et, avec la palinodie, la plong&#233;e dans ce que me dit toute photographie qui me touche, LA photographie, celle-l&#224;, celle qui parlera pour toutes les autres comme pouvant me toucher potentiellement, au niveau de la perception d'un point de vue ph&#233;nom&#233;nologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Page 39, elle m'anime, ce que fait toute aventure !&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5702 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH332/12-11-5e15e.jpg?1509817420' width='500' height='332' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#167;. 8&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chapitre de synth&#232;se transitoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout est r&#233;sum&#233; l&#224; : y est dit le mouvement de la recherche comme recherche ph&#233;nom&#233;nologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chercher une essence de la photographie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une science eid&#233;tique c'est-&#224;-dire qui d&#233;gage, &#224; travers toutes les variations dont un objet est capable d'&#234;tre, le noyau invariant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui caract&#233;rise la ph&#233;nom&#233;nologie, c'est que l'&lt;i&gt;eidos&lt;/i&gt;, aspect ou forme comme mod&#232;le &#233;ternel de l'exp&#233;rience au sens platonicien dont il est question, n'est pas un mod&#232;le &#233;ternel existant en dehors des choses mais l'essence id&#233;ale invariable &#224; laquelle les objets sont conformes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais comment faire face &#224; cette contingence, cette singularit&#233; de la photographie ? Contre sa banalit&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En appeler alors &#224; l'affect, &#224; la force de l'affect irr&#233;ductible et &#224; quoi il fait r&#233;duire donc la photographie, (voir page 41).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce chapitre d&#233;gage donc le plan de l'affect. Il n'est ni historique ni sociologique, ni individuel, ni ontologique, il ne rel&#232;ve pas de la question mais du pathos de la blessure, de ce qui interpelle comme sensation pure en un sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec le lien remarquer, regarder, penser, c'est la mani&#232;re m&#234;me d'avancer de Roland Barthes qui est ici d&#233;voil&#233;e, la &#171; logique &#187; de sa lecture de la photographie jusqu'au moment du surgissement du &#231;a a &#233;t&#233; !.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5700 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://www.tk-21.com/IMG/jpg/9-9.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH687/9-9-27ec9.jpg?1509817420' width='500' height='687' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#167;. 9&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'aventure que proposent certaines images est en fait culturelle. Ce qui appara&#238;t se donne &#224; lire, &#224; d&#233;chiffrer, c'est un jeu entre des signes de niveaux diff&#233;rents rassembl&#233;s par hasard (encore la &lt;i&gt;tuch&#233;&lt;/i&gt;) sur l'image.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elles touchent, ces images, mais par le biais de m&#233;diations, de codes appris et ce sont les codes, ou &#224; partir de ces codes, que l'on d&#233;chiffre, par de l'affect pur, de l'&#233;motion pure, de la sensation pure.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5707 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH545/16-6-14ad7.jpg?1509817420' width='500' height='545' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#167;. 10&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi appara&#238;t la premi&#232;re version de la th&#233;orie de l'affect ou permettant d'inclure la dimension affective dans l'approche de la photographie, la c&#233;l&#232;bre th&#233;orie du &lt;i&gt;studium&lt;/i&gt; et du &lt;i&gt;punctum&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce chapitre est essentiel puisqu'il d&#233;termine le moment o&#249; le point sans lequel rien ne tiendrait va &#234;tre acquis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &lt;i&gt;studium&lt;/i&gt; est un champ &#233;largi, il est culturel et permet de regarder l'image par rapport aux codes socio-&#233;conomiques, culturels et personnels, &#233;thiques et implicites &#224; chacun. En d'autres termes, ce qui caract&#233;rise le &lt;i&gt;studium&lt;/i&gt; est le fait que c'est le spectateur qui projette sa culture sur l'image et qui l'y d&#233;chiffre, ou plut&#244;t qu'il la d&#233;chiffre en fonction de ce qu'il sait. Il est affect&#233; mais en tant qu'&#234;tre socio-culturel. C'est le fait de lire l'image comme syst&#232;me de codes. On y retrouve ce que l'on y met, ou plut&#244;t on y voit ce que l'on doit y voir, ce qui est le fruit d'une intentionnalit&#233;, celle, disons, du r&#233;el m&#233;diatis&#233; par le photographe. Ces photographies sont comme brouill&#233;es par les codes, voil&#233;es par les codes, lisibles autant que visibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et il y a le &lt;i&gt;punctum&lt;/i&gt;. Il casse, scande le &lt;i&gt;studium&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et l&#224; est le passage essentiel (page 48-49) : cette fois, ce n'est pas moi qui vais le chercher [...] c'est lui qui part de la sc&#232;ne et comme une fl&#232;che vient me percer. Cela semble anodin ou disons &#233;vident. Et c'est bien cela qu'il faut interroger maintenant sans plus attendre, &#224; savoir le fait qu'il est possible de supposer que quelque chose peut sortir de l'image et venir nous interpeller. C'est bien l&#224; la dimension magique de l'image dont parlait Vil&#232;m Flusser. Et elle n'est pas tant dans l'image que dans le processus mental d'inf&#233;rence qui fait que l'on attribue &#224; l'image une puissance semblable &#224; l'humain, &#224; la puissance du regard humain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#233;taphore est efficace, la fl&#232;che blesse et la blessure est ce que l'on attendait, on l'a dit tout &#224; l'heure. Elle est l&#224;, possible, active, r&#233;elle, pr&#233;suppos&#233;e et pr&#233;sente, en tout cas acceptable et reconnaissable. L'affect a n&#233;anmoins son cadre. Celui d'une &lt;i&gt;tuch&#233;&lt;/i&gt; reconnaissable et que l'on peut accueillir sans qu'elle tue vraiment. Elle ne fait QUE blesser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On est l&#224;, en fait, au c&#339;ur de la m&#233;canique des inf&#233;rences.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>I - G&#252;nther Anders </title>
		<link>http://www.tk-21.com/Seminaire-2007-2008-I-Gunther</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.tk-21.com/Seminaire-2007-2008-I-Gunther</guid>
		<dc:date>2007-10-02T17:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Louis Poitevin</dc:creator>


		<dc:subject>s&#233;minaire</dc:subject>
		<dc:subject>catastrophe</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;C'est un participant, Chong Jae-Kyoo, qui l'autre jour a dit en lan&#231;ant sur la table le petit livre qui nous occupe aujourd'hui, Le temps de la fin de G&#252;nther Anders : &#171; c'est bien, mais il faudrait en tirer une esth&#233;tique ! &#187;. Il n'a sans doute pas dit &#171; une &#187; esth&#233;tique mais quelque chose qui nous permette d'avancer dans ce domaine.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et je me suis dit que c'&#233;tait l&#224; une bonne question, surtout lorsqu'il s'agit d'un texte comme celui-ci qui n'a, on le comprend bien en le lisant, pas grand-chose &#224; voir avec les questions d'esth&#233;tique.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://www.tk-21.com/2007-2008-La-Chambre-Claire" rel="directory"&gt;2007-2008 &#034;La Chambre Claire&#034;&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.tk-21.com/seminaire" rel="tag"&gt;s&#233;minaire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tk-21.com/catastrophe" rel="tag"&gt;catastrophe&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH85/arton197-515f8.jpg?1772194119' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='85' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;C'est un participant, &lt;a href=&#034;http://www.tk-21.com/Chong-Jae-Kyoo-%EC%A0%95-%EC%9E%AC%EA%B7%9C&#034;&gt;Chong Jae-Kyoo&lt;/a&gt;, qui l'autre jour a dit en lan&#231;ant sur la table le petit livre qui nous occupe aujourd'hui, Le temps de la fin de G&#252;nther Anders : &#171; c'est bien, mais il faudrait en tirer une esth&#233;tique ! &#187;. Il n'a sans doute pas dit &#171; une &#187; esth&#233;tique mais quelque chose qui nous permette d'avancer dans ce domaine.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et je me suis dit que c'&#233;tait l&#224; une bonne question, surtout lorsqu'il s'agit d'un texte comme celui-ci qui n'a, on le comprend bien en le lisant, pas grand-chose &#224; voir avec les questions d'esth&#233;tique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_984 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L259xH194/images-3-297a5.jpg?1509817421' width='259' height='194' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.tk-21.com/Chong-Jae-Kyoo-%EC%A0%95-%EC%9E%AC%EA%B7%9C&#034;&gt;Chong Jae-Kyoo&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Que faire ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Donc plut&#244;t que d'avancer dans une pr&#233;sentation classique, je vais essayer d'orienter la lecture de ce texte &#224; partir de cette question, aussi l&#233;gitime qu'absurde ! Mais c'est pr&#233;cis&#233;ment son aspect d&#233;cal&#233; qui en fait la pertinence. En tout cas, cela indique aussi dans quelle direction nous pouvons avancer ici, en essayant de r&#233;fl&#233;chir de mani&#232;re peut-&#234;tre plus concr&#232;te maintenant que nous avons acquis un certain nombre de bases de r&#233;flexion sur l'image. Alors pourquoi ne pas tenter de faire de ces r&#233;flexions sur la post-histoire un endroit o&#249; l'on se poserait la question des d&#233;finitions de ce qui serait ou ne serait pas possible de faire aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_981 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L272xH475/9782851976789FS-58a41.gif?1509817421' width='272' height='475' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Car c'est bien la question que nous renvoie ce texte. Non pas un &#171; Que faire ? &#187; &#224; la mani&#232;re de L&#233;nine, mais qu'est-il donc ENCORE possible de faire puisque tout est et pour tout le temps qui reste, le n&#244;tre et celui de l'humanit&#233; enti&#232;re, litt&#233;ralement bouch&#233; ou du moins suspendu &#224; cette menace que fait planer sur nos t&#234;tes l'existence d'arsenaux de bombes nucl&#233;aires sans parler du reste, des centrales, et des autres armes et que l'on passe notre temps &#224; tenter d'oublier cette menace ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autrement dit y a-t-il une esth&#233;tique possible, sinon de l'apocalypse, car dans ce cas l'esth&#233;tique de l'apocalypse ne peut &#234;tre autre que l'apocalypse elle-m&#234;me, mais de ce temps de la fin dans lequel nous nous trouvons ? Ou si l'on pr&#233;f&#232;re, y a-t-il une esth&#233;tique qui serait efficace face &#224; la menace de l'apocalypse et &#224; la n&#233;cessit&#233; o&#249; l'on se trouve de devoir jusqu'&#224; la fin du temps tenter de l'&#233;viter ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela nous renvoie &#224; la question de la promesse en effet et &#224; celle de la d&#233;ception, mais aussi &#224; celle de la m&#233;taphore ou plus exactement &#224; la possibilit&#233; aujourd'hui de recourir &#224; des m&#233;taphores, c'est-&#224;-dire de penser comme on l'a toujours fait depuis des si&#232;cles en produisant des m&#233;taphores.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nous accorderons, je crois ais&#233;ment, &#224; consid&#233;rer ce texte comme essentiel &#224; la fois par la mani&#232;re qu'il a de d&#233;rouler ses arguments et par le fait qu'il repr&#233;sente une sorte de coin fich&#233; dans notre m&#233;moire que pourtant nous voulons oublier &#224; tout prix.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_982 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH369/9782903656751_2-0d571.jpg?1509817421' width='500' height='369' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;New deal&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;C'est d'ailleurs l&#224; sans doute le point le plus important de ce livre le fait qu'il nous dise, et pour nous, nous rappelle que nous sommes encore et toujours sous cette menace m&#234;me si nous faisons semblant d'avoir appris &#224; vivre avec. En fait, ce new deal factuel, l'invention et l'usage et l'existence de bombes atomiques et d'ailleurs d'autres armes de destruction massive aujourd'hui, a pour cons&#233;quence un new deal non seulement dans la pens&#233;e mais dans la structure psychique de l'humanit&#233; et de chacun de nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi, si l'on veut &#233;voquer ce que peut ou pourrait &#234;tre une esth&#233;tique aujourd'hui, il nous faut en effet prendre en compte cette situation dans la pens&#233;e. Il me semble en fait que c'est d&#233;j&#224; sur cette voie que la r&#233;flexion &#224; partir de Vil&#233;m Flusser nous a conduit. Le texte de G&#252;nthers Anders donne &#224; ces r&#233;flexions sur la post-histoire une dimension &#224; la fois plus large et plus radicale, il les encadre et, en effet, il peut &#234;tre int&#233;ressant d'essayer de voir comment les concepts les valeurs les enjeux qui nous semblent &#224; nous qui affectons de croire encore &#224; l'histoire peuvent r&#233;sister face &#224; cette radicalit&#233; dans la pens&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_983 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L450xH450/new_deal100-f286b.jpg?1509817421' width='450' height='450' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Mais il faut bien insister sur ce point, la radicalit&#233; est celle de notre situation et notre situation dans la pens&#233;e est celle d'un aveuglement volontaire puisque nous consid&#233;rons ces donn&#233;es comme des donn&#233;es parmi d'autres alors quelles sont absolument et radicalement nouvelles et qu'elles ne peuvent &#234;tre abolies. Elles ne peuvent qu'&#234;tre oubli&#233;es et c'est bien de cet oubli qu'il faut partir ou plut&#244;t de cet aveuglement, ou encore de cette d&#233;ception, c'est-&#224;-dire de ce mensonge dans lequel nous nous tenons vis-&#224;-vis de ce qui est, et dont nous ne nous remettons pas et que de plus nous ne pouvons plus comprendre comme mensonge puisqu'elle est devenue un gouffre dont nous fuyons la vue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, la question, peut-&#234;tre simpliste mais l&#233;gitime serait, que montrer ? que donner &#224; voir ?, qui puisse :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; ne pas &#234;tre dans l'oubli de ce gouffre,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; ne pas &#234;tre un &#233;l&#233;ment du mensonge g&#233;n&#233;ralis&#233;,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; ne pas &#234;tre un de ces masques qui servent &#224; maintenir le mensonge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, prendre en compte le discours de G&#252;nthers Anders, c'est devoir faire face &#224; cette question de la possibilit&#233; de montrer et de dire quelque chose qui ne soit pris dans le processus de minimisation dont il parle d&#232;s le d&#233;but du livre.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;D&#233;r&#233;alisation et d&#233;sontologisation&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Sans doute est-il n&#233;cessaire de rappeler bri&#232;vement le contenu du livre. Il s'agit d'une sorte de concentr&#233;, d'une lecture pourtant fluide, des r&#233;flexions men&#233;es par G&#252;nthers Anders sur la situation dans laquelle se trouve l'humanit&#233; apr&#232;s l'invention, l'utilisation et l'accumulation de bombes atomiques, c'est-&#224;-dire d'un instrument technique dont l'existence constitue une menace jusqu'ici inconnue par l'humanit&#233; celle de sa propre destruction par elle-m&#234;me, par des moyens dont elle est l'auteur, le cr&#233;ateur, l'inventeur et l'usager, c'est-&#224;-dire la victime.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_985 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH314/3200662_6864623abf_m-607b1.jpg?1509817421' width='500' height='314' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes habitu&#233;s &#224; vivre avec et &#224; ne pas y penser vraiment comme &#224; une r&#233;alit&#233;. Et pourtant cette r&#233;alit&#233; est l&#224; encore, toujours plus pr&#233;sente et toujours plus occult&#233;e. La question que pose G&#252;nthers Anders est si l'on peut dire simple : c'est qu'est-ce que &#231;a a chang&#233; dans la vie et dans la pens&#233;e ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;ponse est aussi simple : tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont en fait l'ensemble des conditions de possibilit&#233; de la pens&#233;e qui ont chang&#233; puisque les conditions m&#234;me de l'existence ont chang&#233;. Mais il ne s'agit pas d'un changement qui ressemble aux autres changements dont on a connaissance et qui ont accompagn&#233; l'&#233;volution de l'humanit&#233;, il s'agit d'un changement radical puisqu'il ne laisse rien hors de lui qui pourrait &#234;tre comme avant. Rien absolument rien. La radicalit&#233; de la r&#233;flexion de G&#252;nthers Anders est ce qui en fait la force.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tentons une sorte de listing et de r&#233;sum&#233; des points essentiels qui marquent cette brusque mutation des conditions de la pens&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-&#234;tre faut-il commencer par la fin, par l'extr&#234;me fin du texte sur la notion d'apocalypse, mais juste avant sur ce r&#233;sum&#233; de l'enjeu du pi&#232;ge vu &#224; travers la question non pas du temps mais des trois ordres du temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Partout, devant, derri&#232;re, ici, dans l'espace donc et hier demain aujourd'hui, dans le temps donc, il y a la menace de la catastrophe. Et par rapport &#224; cette menace, rien n'a de valeur, rien ne tient, mais cette id&#233;e est proprement impensable, inacceptable ou plut&#244;t irrecevable. (op. cit., p. 99)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et la pens&#233;e n'est autre chose que la possibilit&#233; de recevoir une parole autre, une autre parole ou la parole d'un autre, de l'autre. D'une certaine mani&#232;re, il n'y a plus d'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin si, mais ce sont les appareils. L'autre absolu n'est plus dieu mais cette entit&#233; invent&#233;e et produite par l'homme et qui est devenue son ennemi mortel.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_986 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH284/ai-a4a70.jpg?1509817421' width='500' height='284' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En fait, ce &#224; quoi nous confronte G&#252;nthers Anders, c'est &#224; la d&#233;r&#233;alisation g&#233;n&#233;ralis&#233;e de la r&#233;alit&#233; due &#224; ce que l'on pourrait appeler un exc&#232;s de r&#233;alit&#233;, celui de la menace nucl&#233;aire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui a lieu dans la pens&#233;e, c'est donc un r&#233;el renversement complet des valeurs ou si l'on pr&#233;f&#232;re des unit&#233;s de mesure de ces valeurs, &#224; savoir des cat&#233;gories essentielles qui fondent la pens&#233;e depuis les commencements de la philosophie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux premiers paragraphes annoncent la couleur brutalement :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le passage du genre des mortels au genre mortel est le forme concr&#232;te de ce changement de statut de l'homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;sontologisation du monde et avec elle la fin de l'histoire comme dimension dans laquelle se d&#233;ploie l'aventure de l'humanit&#233; sur la terre en sont les cons&#233;quences imm&#233;diates. &#192; la diff&#233;rence fondatrice de la philosophie entre &#234;tre et &#233;tant, se substitue une autre diff&#233;rence entre &#234;tre et non-&#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; un n&#233;ant qui est comme la forme de l'ombre que la pens&#233;e projette sur l'&#234;tre comme un des possibles pensables se substitue un n&#233;ant qui se constitue comme horizon unique du devenir de l'humanit&#233;. La formule la plus pr&#233;cise donn&#233;e par G&#252;nthers Anders est sans doute celle-ci, de l'&#233;tant est, on est pass&#233; &#224; l'&#233;tant est encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet encore, n'est pas celui de la manifestation du d&#233;sir de l'autre qui fascina Jacques Lacan, mais bien nouvelle forme du temps qu'il nommera le d&#233;lai. Nous y reviendrons, car s'il y a une prolongation de la r&#233;flexion de G&#252;nthers Anders du c&#244;t&#233; d'une esth&#233;tique possible elle passera par la clarification de la forme du temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut rappeler le moment o&#249; il montre que la notion de suicide atomique n'est pas juste, fondant sa remarque sur le fait que le suicide comporte une part de libert&#233; et que la forme de la libert&#233; est de pouvoir NE PAS faire ce que l'on fait, de pouvoir suspendre son geste, suspens qui est absolument le fondement de toute r&#233;flexion sur le pardon et la gr&#226;ce. Mais ce qui arrive c'est en fait que l'humanit&#233; se trouve dans une situation o&#249; elle est d&#233;poss&#233;d&#233;e de ses propres gestes de sa propre libert&#233; par des instruments ou des appareils dont elle a &#233;t&#233; l'inventeur.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Sensation, rationalit&#233;, pens&#233;e&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le point qui me semble essentiel arrive peu apr&#232;s lorsqu'il &#233;voque pr&#233;cis&#233;ment le caract&#232;re le plus radical de la mutation qui advient &#224; partir de l'instauration de la gouvernance du monde par la menace atomique, &#224; savoir ce que j'appellerai un changement de rationalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question est une question d'&#233;chelle, mais la nouvelle &#233;chelle qu'instaure la menace atomique transforme les fondements m&#234;mes de la pens&#233;e en ce qu'elle transforme ceux de la sensation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il y a un lien avec l'esth&#233;tique dans ce texte, il est l&#224;. En effet, l'immensit&#233; de la menace est sujette &#224; une double r&#233;action, de minimisation d'une part et d'indiff&#233;rence d'autre part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le premier cas, il s'agit de faire comme si elle n'&#233;tait pas tout &#224; fait r&#233;elle et dans le second cas il s'agit de faire comme si elle ne nous concernait pas personnellement individuellement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les deux cas ce qui est mis en &#339;uvre, c'est un processus qui ressemble &#224; une sorte de refoulement ou de d&#233;n&#233;gation, d'aveuglement volontaire pourrait-on dire et qui est en fait une r&#233;action r&#233;flexe et in&#233;vitable de protection contre quelque chose qui nous d&#233;passe absolument.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On se souvient de l'exemple de cet homme interrog&#233; dans le train qui manifeste son indiff&#233;rence &#224; la menace par un &#171; on cr&#232;vera tous ensemble &#187;. En nommant paralogisme de la sensation ce raisonnement fallacieux, G&#252;nthers Anders pointe le fait que ce qui se produit dans la pens&#233;e est en fait une sorte de d&#233;racinement radical et sans retour, une sorte de mise &#224; distance de ce qui constituait la base de toute pens&#233;e, &#224; savoir pr&#233;cis&#233;ment la sensation, l'aesth&#233;sis des grecs.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_987 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://www.tk-21.com/IMG/jpg/innocent.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH663/innocent-473a0.jpg?1772194119' width='500' height='663' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;On sait que le mot sensation est au c&#339;ur de la pens&#233;e philosophique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a pas, dit Aristote, de science de la sensation ; mais il n'y a pas non plus, ajoute-t-il, de science sans la sensation. La science traite en effet de l'universel et il n'y a pas de science du particulier ; or c'est au particulier que s'applique la sensation. Il y a science de ce qui perdure dans le changement : la substance. Mais il n'y a pas de science sans la sensation, car &#171; il est impossible d'acqu&#233;rir la science des universels autrement que par induction &#187; et &#171; induire est impossible pour qui n'a pas la sensation &#187; (&lt;i&gt;Seconds Analytiques&lt;/i&gt;, I, 18, 81ab). La sensation &#171; produit en nous l'universel &#187; (&lt;i&gt;Seconds Analytiques&lt;/i&gt;, I, 18, 100b) par une induction qui n'est pas continue mais se poursuit d'arr&#234;t en arr&#234;t : un c&#233;l&#232;bre passage des &lt;i&gt;Seconds Analytiques&lt;/i&gt; compare ce processus &#224; celui d'une arm&#233;e en d&#233;route. Si Aristote affirme qu'il y a science de la substance, il affirme aussi qu'il y a une substance sensible, et c'est un point capital de sa pens&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_988 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L289xH420/cri_150989-48e6b.jpg?1509817421' width='289' height='420' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Et qu'il est au c&#339;ur de la question de l'art.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me de la connaissance est, on l'a vu, le plus souvent celui par lequel est abord&#233; celui de la sensation. Mais, on peut aussi rappeler que, en grec, &#171; sensation &#187; se dit aisth&#232;sis, m&#234;me si ce n'est qu'apr&#232;s 1750 et Baumgarten que le mot d&#233;signe la discipline qui vise les &#339;uvres d'art. D&#233;j&#224; chez Platon, le beau est de fa&#231;on privil&#233;gi&#233;e dans l'ordre de l'aisth&#232;sis, de la sensation. C'est sur le motif d'un refus du sensible que Saint Bernard fulmine contre l'art dans les couvents dans le c&#233;l&#232;bre chapitre XII de son &lt;i&gt;Apologie&lt;/i&gt;. Il faut consentir &#224; la v&#233;rit&#233; ou &#224; la sensation. Chez Nietzsche, l'art est un dire-oui au sensible (Kunst ist Jasagen zum sinnlichen), &#224; tout ce qui n'est pas la &#171; v&#233;rit&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'art se donne dans la sensation, celle-ci peut &#234;tre aussi ce qui n'est pas donn&#233; mais que l'art vise. Ainsi Rimbaud veut-il &#234;tre le po&#232;te de la sensation, comme il le dit explicitement dans plusieurs textes (par exemple, les lettres dites du &#171; voyant &#187;, ou &#171; Alchimie du verbe &#187; dan &lt;i&gt;Une Saison en enfer&lt;/i&gt;). Ainsi encore Paul C&#233;zanne donne-t-il un statut sans pr&#233;c&#233;dent &#224; la voie de la sensation dans la peinture : ce qui fut profond&#233;ment analys&#233; par Maurice Merleau-Ponty (&#171; Le doute de C&#233;zanne &#187; dans &lt;i&gt;Sens et Non-sens&lt;/i&gt;), ou encore par Gilles Deleuze dans son livre sur Francis Bacon (Francis Bacon, &lt;i&gt;Logique de la sensation&lt;/i&gt;, en particulier le chapitre VI : &#171; Peinture et sensation &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons ce qu'&#233;crit Gilles Deleuze dans le chapitre 6 de son livre sur Francis Bacon &#224; savoir qu'il n'y a pas des sensations mais bien une sensation : &#171; Si bien qu'il n'y a pas DES sensations de diff&#233;rents ordres mais diff&#233;rents ordres d'une seule et m&#234;me sensation. Il appartient &#224; la sensation d'envelopper une diff&#233;rence de niveau constitutive, une pluralit&#233; de domaines constituants. Toute sensation, et toute figure, est d&#233;j&#224; de la sensation accumul&#233;e, coagul&#233;e, comme dans une figure de calcaire. D'o&#249; le caract&#232;re irr&#233;ductiblement synth&#233;tique de la sensation &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il &#171; appartient au peintre de faire voir une sorte d'unit&#233; originelle des sens et de faire appara&#238;tre une figure appara&#238;tre visuellement une figure multisensible &#187; ou une &#171; logique des sens &#187; comme disait Paul C&#233;zanne non-c&#233;r&#233;brale, non-rationnelle ajoute Gilles Deleuze, on pourrait &#233;largir cette d&#233;finition et dire qu'il revient &#224; l'artiste de faire percevoir en un sens plus global cette unit&#233; originelle des sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'il faut retenir en fait ici, si l'on d&#233;veloppe les implications de l'analyse de G&#252;nthers Anders, c'est que c'est la relation entre sensation et pens&#233;e qui est en quelque sorte interrompue, bris&#233;e ou interdite.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_989 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L380xH275/danse_2-080a6.jpg?1509817421' width='380' height='275' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'affaire est complexe puisqu'il s'agit ici de faire remonter la sensation non pas &#224; sa mat&#233;rialit&#233;, &#224; l'existence du corps comme simple &#234;tre vivant mais comme &#234;tre sentant parce que vivant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la sensation est synth&#232;se, c'est qu'elle est toujours d&#233;j&#224; pens&#233;e, ou si l'on pr&#233;f&#232;re articulation entre senti et sentant, entre dehors et dedans etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus pr&#233;cis&#233;ment, la pens&#233;e s'est construite &#224; partir du corps comme l'&#233;laboration ratio&#239;de des &#233;v&#233;nements physico-psychiques comme le montre tr&#232;s bien le grand livre de Onians. Et la pens&#233;e est la forme communicable de ce qui est &#233;labor&#233; par cette instance complexe que nous avons appel&#233; la conscience. Or la conscience elle-m&#234;me est le fruit de cette transformation de sensations en mots, pour le dire de mani&#232;re un peu rapide, et la connaissance n'est que mais est absolument m&#233;taphorique dans la mesure o&#249; elle prend sa source dans la traduction de ces sensations en mots.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d'autres termes ce qui arrive, nous arrive et nous ne pouvons pas ne pas &#234;tre concern&#233;s par ce que nous sentons percevons &#233;prouvons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, les hommes ont mis en place une infinit&#233; de stratag&#232;mes pour individuellement ou collectivement &#233;chapper &#224; certains effets n&#233;gatifs ou nuisibles de ce lien, de cette d&#233;pendance &#224; l'autre et au monde par la sensation, mais c'est bien par la sensation qu'ils existaient en ceci que la sensation est li&#233;e &#224; une tendance au mouvement pour ne pas dire &#224; l'action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question qui se pose est donc de savoir sur quoi baser une esth&#233;tique et plus globalement une pens&#233;e d&#232;s lors que le lien originaire et originel qui constitue la pens&#233;e comme relation &#224; l'autre par le truchement de la sensation a &#233;t&#233; d&#233;chir&#233;, ou litt&#233;ralement &#233;t&#233; rendu impossible, ou interdit d'acc&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il faut revenir une fois encore sur cette d&#233;chirure cette brisure.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La schize&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;On retrouve ainsi dans le cours du texte de G&#252;nthers Anders des remarques que nous avons faites en partant nous de notre r&#233;flexion sur les images. Outre nous confirmer dans nos intuitions que nous avons &#233;labor&#233;es &#224; partir de Vil&#233;m Flusser sur l'histoire et la post-histoire, on s'aper&#231;oit que quelque ann&#233;es plus t&#244;t pour le moins G&#252;nthers Anders avait d&#233;j&#224; largement pens&#233; l'existence de ce moment de rupture, indiqu&#233; en quoi et comment l'histoire finissait ou avait &#233;t&#233; &#224; la fois interrompue et close &#224; jamais et qu'il avait d&#233;j&#224; pos&#233; cette brisure comme &#233;tant effective aussi bien entre les hommes qu'&#224; l'int&#233;rieur du psychisme de chacun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a appel&#233; loi d'inversion ce renversement de ce qui nous unissait jusqu'ici &#224; nos actes, faudrait-il dire, ce lien entre sensation et action qu'il expose &#224; travers l'exemple de Ca&#239;n et d'Abel. &#171; Voil&#224; comment s'&#233;nonce la loi de l'innocence : plus l'effet est grand, plus petite est la m&#233;chancet&#233; requise pour le produire &#187; note Anders, page 51.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes, il faut maintenant le pr&#233;ciser au c&#339;ur de la logique m&#234;me de la sensation si l'on se r&#233;f&#232;re encore &#224; Gilles Deleuze, mais &#224; un autre texte cette fois, &lt;i&gt;Logique du sens&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais laissons Gilles Deleuze, Scott Fitzgerald et Malcolm Lowry et disons simplement ce qu'est la sensation. Elle est la mesure m&#234;me d'une diff&#233;rence d'intensit&#233; qui trouve son origine dans une diff&#233;rence de potentiel et elle est en m&#234;me temps cette diff&#233;rence en tant qu'elle est v&#233;cue par un corps et en tant qu'elle est per&#231;ue comme l'effectuation d'un &#233;v&#233;nement qui a lieu dans la pens&#233;e. La sensation est la forme du lien entre dehors et dedans le moyen de consid&#233;rer la c&#233;sure psychique comme ayant toujours &#233;t&#233; d&#233;pass&#233;e puisqu'elle est en train d'&#234;tre accomplie.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_990 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH500/ViewFotoCommunity-951863-c93de.jpg?1509817421' width='500' height='500' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il faudrait le dire ainsi : la spaltung, la faille, la c&#233;sure, la schize est originaire, mais aussi originaire que l'est dans la pens&#233;e, l'unit&#233;, le lien, l'effectuation. La vie est le mouvement de passage de l'un &#224; l'autre, d'un c&#244;t&#233; &#224; l'autre, d'un bord &#224; l'autre de la schize, le mouvement de cet l'accomplissement de son d&#233;passement et pas de sa n&#233;gation. Et c'est accomplissement consiste justement en la capacit&#233; &#224; &#233;prouver cette diff&#233;rence de potentiel &#224; la vivre comme on dit &#224; mesurer les diff&#233;rences d'intensit&#233; pour en &#233;prouver l'unit&#233; fondamentale &#224; vivre la schize pour savoir qu'elle est d&#233;passable, survolable, faudrait-il dire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'art en g&#233;n&#233;ral, l'&#233;criture plus que la peinture peut-&#234;tre et encore, consiste en cet accomplissement dont le mouvement de l'&#339;uvre constitue la trace, en cet agir qui est g&#233;n&#233;r&#233; par la sensation, par le fait de conna&#238;tre et se conna&#238;tre par et comme diff&#233;rence de potentiel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, ce que note G&#252;nther Anders c'est que ce survol en quoi consiste la pens&#233;e et l'art est devenu impossible. La schize appara&#238;t comme ind&#233;passable et elle l'est car les intensit&#233;s, les mesures sont hors de saisie par la sensation.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_991 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH315/gadget-23bba.jpg?1509817421' width='500' height='315' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Entre une vie d'ivresse et une exposition &#224; une bombe atomique on comprend bien qu'il n'y a pas de commune mesure donc pas de mesure pas de sens rien de commun rien de partageable.&lt;br class='autobr' /&gt;
Anders remarque, page 55 que &#171; ce qui reste, ce sont deux bords d'un gouffre d&#233;finitivement coup&#233;s l'un de l'autre et entre lesquels on ne peut plus jeter de pont : d'un c&#244;t&#233;, le bord de l'homme (et peut-&#234;tre pourquoi pas de l'homme bon) et de l'autre, celui des horribles effets de ses actes. &#187; Il insiste page 57 en &#233;crivant que &#171; nous avons v&#233;cu le climax de la schizophr&#233;nie morale apr&#232;s la divulgation des crimes &#8211; pr&#233;tendument ignor&#233;s - perp&#233;tr&#233;s dans les camps d'extermination d'Hitler. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette faille passe entre les hommes mais surtout en chaque homme. L'homme a &#233;t&#233; mis hors de lui-m&#234;me comme Shakespeare disait que &#171; le temps est hors de ses gonds &#187; dans Hamlet.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_992 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L448xH321/Hamlet-4ff6c.jpg?1509817421' width='448' height='321' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En d'autres termes pour parler avec G&#252;nthers Anders l'homme agit et n'a plus de rapport de relation entre son acte et ses effets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui s'est introduit l&#224; entre l'homme et l'homme, G&#252;nthers Anders est sans doute l'un des premiers &#224; l'avoir identifi&#233; avec pr&#233;cision, c'est l'appareil, cet instrument si l'on veut, que l'on ne touche qu'avec le bout des doigts et dont les &#171; actes &#187; ne nous touchent pas en retour comme la sensation nous touche en retour lorsqu'elle s'effectue dans la pens&#233;e et la pens&#233;e dans la sensation. Et l'homme qui utilise les appareils est, le mot n'est pas chez G&#252;nthers Anders mais la d&#233;finition si, un fonctionnaire, au sens de Vil&#233;m Flusser. Et c'est ce que nous sommes tous devenus, nous qui ne vivons que par le truchement des appareils.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le long chapitre, la loi d'inversion, m&#233;riterait &#224; lui seul une s&#233;ance retenons en deux choses, que la d&#233;mocratie est vid&#233;e de son sens par la soumission des hommes &#224; la loi des appareils et que les appareils sont de facto li&#233;s et ligu&#233;s contre l'homme et qu'ils composent entre eux une forme d'harmonie qui &#233;chappe aux hommes.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_993 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L450xH450/friedrich_nietzsche-b39e5.png?1509817421' width='450' height='450' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;D&#233;mocratie et harmonie deux mots qui aujourd'hui sont li&#233;s &#224; l'art le premier par la n&#233;cessit&#233; o&#249; se trouvent les gouvernants de l&#233;gitimer leur position oligarchique et l'art qui se pense ou se cherche comme un &#233;l&#233;ment d&#233;mocratique se trouve dans les faits, alli&#233; &#224; un processus oppos&#233; &#224; celui qu'il croit d&#233;fendre ou promouvoir&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le second dit que l'harmonie qui est au c&#339;ur de la d&#233;finition grecque de l'art et de la pens&#233;e ne rel&#232;ve plus de cet accord entre corps et esprit ou &#226;me pour le dire de mani&#232;re conventionnelle, mais bien de l'accord entre des appareils quand au bon d&#233;roulement du programme qu'ils ont pr&#233;vu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce double d&#233;placement rend nul et non avenu tout un pan de l'art pour ne pas dire ce qui aurait pu rester une fois la sensation d&#233;j&#224; abolie comme principe et moteur de toute esth&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une certaine mani&#232;re la r&#233;alit&#233; de la menace &#233;tablit la schize mais elle en fait une figure du destin de l'homme. Il est en cela un &#234;tre dont la main droite ne sait pas ce que fait la gauche ou pour &#234;tre plus pr&#233;cis qui ne peut ni ne veut ni ne peut vouloir savoir les cons&#233;quences de ses actes. La schize n'est plus la mesure du programme d&#233;mesur&#233; de l'accomplissement d'une &#339;uvre mais la donn&#233;e de base par rapport &#224; laquelle toute pens&#233;e doit s'&#233;laborer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce qui rend la chose complexe &#224; envisager, c'est que la base de la pens&#233;e qui est le corps et avec lui la m&#233;taphore ne sont plus valides. Que reste-t-il ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Fiction et nihilisme&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En abordant la question du nihilisme dans la pens&#233;e, G&#252;nthers Anders pose une question essentielle qui touche de tr&#232;s pr&#232;s l'art contemporain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord pr&#233;cisons une nouvelle fois qu'il parle dans le dernier quart de son livre de la notion d'apocalypse et qu'il montre comment elle traverse mais surtout fonde notre culture et d&#233;termine notre rapport au temps ou plut&#244;t la forme m&#234;me de la temporalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous nous en tenons &#224; prendre comme exemple les positions des avant-gardes au d&#233;but du si&#232;cle et celles de Dada en particulier nous avons bien affaire &#224; des positions nihilistes et m&#234;me radicalement nihilistes et nous les retrouvons d'ailleurs chez les situationnistes. Or ce nihilisme m&#234;me le plus radical reste pris dans une perspective positive et le temps est pens&#233; en fonction d'un avenir con&#231;u comme d&#233;ploiement du possible et le monde ou l'homme ou la pens&#233;e comme ces donn&#233;s qui ne peuvent &#234;tre an&#233;antis.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_994 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L328xH450/la-bombe-atomique-americaine-98110.jpg?1509817421' width='328' height='450' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Et la nouvelle donne c'est bien la possibilit&#233; de l'an&#233;antissement de tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est cette ligne qui s&#233;pare d&#233;sormais la pens&#233;e d'elle-m&#234;me ou si l'on veut la pens&#233;e du corps et le corps de la pens&#233;e en inscrivant entre eux un gouffre qui est celui de la non-responsabilit&#233; de la non-r&#233;ponse. En d'autres termes il y a art et plus globalement histoire l&#224; o&#249; &#231;a r&#233;pond, et il y a post-histoire l&#224; o&#249; &#231;a ne r&#233;pond plus, l&#224; o&#249; ce sont les appareils qui gouvernent et imposent leur loi, la loi &#224; laquelle tous les corps doivent se soumettre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nous retrouvons donc au passage que je citais au d&#233;but (op. cit., p. 99) qui marque cet effacement du temps comme d&#233;ploiement des trois extases temporelles au profit d'une sorte de non-pr&#233;sent rebondissant sur lui-m&#234;me sans jamais pouvoir sortir de lui-m&#234;me et qui est de ce fait vid&#233; de la structure m&#234;me du pr&#233;sent comme moment du possible de l'accomplissement ou qui engage le possible et l'accomplissement bref un devenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et comme le remarque G&#252;nthers Anders avec pertinence page 103 le concept d'apocalypse se r&#233;v&#232;le alors avoir &#233;t&#233; une m&#233;taphore dans le sens p&#233;joratif de ce mot ou une fiction, c'est-&#224;-dire ici quelque chose qui n'a eu aucune consistance aucune r&#233;alit&#233;. L'effet atomique si l'on peut dire est une effet de d&#233;r&#233;alisation de tout et c'est &#224; partir de cela que peut et doit &#234;tre pens&#233; toute pratique artistique aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, art et pens&#233;e sont un travail de la m&#233;taphore au sens o&#249; la m&#233;taphore est le sol m&#234;me qui constitue le langage. La m&#233;taphore est l'utilisation d'un terme d&#233;signant une chose pour en d&#233;crire une autre &#224; cause d'une sorte de similitude entre elles ou de leur rapport &#224; d'autres choses.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_995 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://www.tk-21.com/IMG/gif/Dada_SouleveA4.gif' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/gif&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH651/Dada_SouleveA4-8e77e.png?1509817422' width='500' height='651' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'est pr&#233;cis&#233;ment cette similitude qui est rendue pas improbable ou floue, mais impossible dans la mesure ou entre ce qui est mis en &#339;uvre par une machine et ce qui l'est par le corps il n'y a pas de commune mesure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or l'art est aussi une question, on le sait, de rapport et de mesure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En quelque sorte, la menace atomique et l'existence des appareils ont rendu caduque la m&#233;taphore ou si l'on pr&#233;f&#232;re la m&#233;taphorisation qui est dans le langage m&#234;me le mode d'existence de la conscience et de la pens&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Conclusion&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Politique science fiction le programme de polyptyque est en fait le constat des trois directions qui sont &#224; la fois ouvertes mais en tant que telles impraticables dans un mode de pens&#233;e historique puisque ces trois ensembles sont conditionn&#233;s par la menace comme le reste, mais ils constituent sans doute pour une pens&#233;e de la post-histoire les bases d'une r&#233;flexion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le crit&#232;re restant finalement politique au sens o&#249; il s'agit de savoir si ou plut&#244;t comment on n'oublie pas cette menace et donc si et comment on n'accepte pas ce qui constitue la base de notre aveuglement volontaire et des tyrannies actuelles pour ne pas dire de la tyrannie plan&#233;taire.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_996 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L442xH428/mayan_calendar_2-06954.gif?1509817422' width='442' height='428' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;1970-01-01 01:00:00
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Mais comment faire exister cela dans un travail artistique voil&#224; bien une question &#224; laquelle il est difficile de r&#233;pondre lorsque l'art ne peut plus &#234;tre m&#233;taphore.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
