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	<title>TK-21 </title>
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	<description>TK-21 suit les nouvelles formes que prend le conflit entre mots et images. TK-21 d&#233;crypte la r&#233;alit&#233;, les ombres, les croyances. Images, appareils, soci&#233;t&#233;, cerveau, ville sont ses cinq vecteurs d'analyse.</description>
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		<title>Ekphrasis du tableau The Feast</title>
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		<dc:creator>Jean-Louis Poitevin</dc:creator>


		<dc:subject>Art contemporain</dc:subject>
		<dc:subject>peinture</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Lecture et analyse d'une &#339;uvre ! : The feast de Mihael Milunovic&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://www.tk-21.com/peinture" rel="tag"&gt;peinture&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH99/arton2280-49229.jpg?1772188239' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='99' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Lecture et analyse d'une &#339;uvre ! : The feast de Mihael Milunovic&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;I Prol&#233;gom&#232;nes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans l'ici et maintenant, il semble n'y avoir d'autre possibilit&#233; de se manifester, pour l'imminence d'un destin, qu'&#224; accepter que se retrouvent, sans que personne pourtant n'ait semble-t-il accompli aucun geste, propuls&#233;es sur la sc&#232;ne improbable d'un th&#233;&#226;tre secret, les figures d'un drame dont le texte aurait &#233;t&#233; en grande partie occult&#233; ou d&#233;truit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la mise en sc&#232;ne ne fait aucun doute, il n'est gu&#232;re possible de trancher pour d&#233;terminer si le suspens dans lequel s'est effectu&#233; la glaciation des corps et des gestes est redevable au hasard, &#224; la malveillance d'un dramaturge acari&#226;tre ou &#224; la d&#233;faillance d'un rideau de sc&#232;ne n'ayant pu &#234;tre abaiss&#233; ou relev&#233; &#224; temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'int&#233;gralit&#233; des prol&#233;gom&#232;nes qui, du th&#233;ologeion de la sc&#232;ne th&#233;&#226;trale de la Gr&#232;ce antique &#224; la tabula supportant l'apparition myst&#233;rieuse d'un dieu sous les formes du pain et du vin, de l'irradiation au laser de foules ind&#233;cises permettant au plus lointain de les effleurer encore et encore &#224; l'ins&#233;mination constante par &#233;crans interpos&#233;s des cerveaux en qu&#234;te d'un d&#233;senclavement salvateur, ont inscrit la possibilit&#233; de la lev&#233;e du secret dans un face &#224; face sans autre que celui qui s'invite &#224; la table de l'in&#233;vitable mise en sc&#232;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Consid&#233;rer l'instant comme l'oblation n&#233;cessaire faite &#224; l'&#339;il de l'incessante cavalcade des photons sur la peau trou&#233;e du cosmos est un effet secondaire de l'excavation du ciel par la lenteur des c&#244;nes et des b&#226;tonnets &#224; convertir l'orgueil d'une possible reconnaissance en sc&#233;nario acceptable pour l'estomac.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si rien jamais ne commence sans avoir d&#233;j&#224; commenc&#233;, rien ne permet de trancher dans la viande du silence sans la transformer en sc&#233;nographie mutil&#233;e. L'inclusion des motifs incessibles dans la manifestation du possible est la voie royale permettant &#224; l'envers du d&#233;cor de s'inscrire avec force dans le jeu de cartes destinal comme une &#233;vidence partageable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lev&#233;e de l'obstacle de la connaissance pr&#233;alable de la valeur des jetons de pr&#233;sence n&#233;cessaires &#224; l'accomplissement de l'oracle assure &#224; l'immersion du souffle dans le d&#233;cor une p&#233;rennit&#233; efficace. Il n'y a pas de suture &#224; masquer qui assurerait le glissement perp&#233;tuel du regard vaquant &#224; ses occupations favorites qui sont de c&#233;der au d&#233;sir ses morceaux de choix et d'abandonner &#224; l'arri&#232;re-plan, ce royaume du papier peint, les reliques de significations obsol&#232;tes. C'est le va-et-vient de la langue avide et de ses alli&#233;es les paupi&#232;res et les pupilles, qui s'en charge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Affirmer et &#233;viter d'affirmer sont les deux parties des m&#226;choires par lesquelles une proie, toujours, est saisie avant qu'elle ne s'&#233;chappe, validant ainsi le ph&#233;nom&#232;ne qui s'en trouve par l&#224; m&#234;me garanti. Mentir ou perdre, il n'y a d'autre &#233;chappatoire que vaincre. Encore faut-il se rendre &#224; l'&#233;vidence : voir sans &#234;tre vu reste le paradigme &#8211; insu &#8211; par lequel le d&#233;sir s'agr&#232;ge &#224; lui-m&#234;me lors du d&#233;fil&#233; des fant&#244;mes. L'occultation de cette tendance ind&#233;passable incurve le psychisme jusqu'&#224; lui permettre de pr&#233;tendre remplacer l'envers du regard. Le reste forme le fer de lance d'avant-gardes toujours en retard d'un retard. La disparition d&#233;clar&#233;e de la proie du paysage de la r&#233;clame permet l'inclusion des cartes du destin dans le d&#233;cor sans que celui-ci ne s'effondre.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19462 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;69&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L338xH750/2_feast-6edbd.jpg?1685265111' width='338' height='750' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Mihael Milunovic &#8212; Feast, 210x140cm oil on canvas 2021 detail
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;II Chance&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'exception confirmant la r&#232;gle, le droit de l&#233;vitation est proportionnellement accord&#233; &#224; la pesanteur du regard lorsqu'il se porte sur la d&#233;clinaison de viandes en diverses cat&#233;gories, quoique celles-ci ne soient en rien index&#233;es sur les r&#232;gles qu'imposent des jeux de r&#244;les surann&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dire ce que l'on voit ne permet pas &#224; coup s&#251;r de voir ce que l'on dit. Ne pas le dire non plus. La chance a une chance de ne pas &#234;tre recal&#233;e si elle s'expose &#224; l'&#233;vidence : ici, quelque chose a lieu qui n'a pas de lieu. Pas de lieu autre que celui &#233;voqu&#233;, celui qui permet &#224; ce qui a lieu de n'avoir pour lieu que la chance de sa chance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'il faut donc accepter, d&#233;sormais, n'est autre que l'&#233;vidence que tout est donn&#233;, sans reste, dans ce qui a lieu, quelles que soient les circonstances, lanc&#233;es du plus profond d'un tombeau ou par un &#233;ternuement intempestif. Dans tous les cas, elles sont retomb&#233;es ici et elles doivent se faire &#224; lui, ce lieu, &#224; &#231;a, cette chance qui se donne comme chance d'ex&#233;cuter un voir sans &#234;tre vu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La chance prend la forme d&#233;sax&#233;e du r&#234;ve si l'on &#233;voque ainsi le fait qu'une s&#233;quence n'est pas un film mais une succession d'images en quelque sorte ind&#233;pendantes finissant dans cette succession m&#234;me par former pour l'esprit qui veille au grain un sc&#233;nario &#224; peu pr&#232;s acceptable par la police int&#233;rieure gouvern&#233;e et gouvernant par l'angoisse. La fusion des images en une seule est le moyen de sauter par-dessus les angles morts de l'apocalypse. Ne pas en faire une v&#233;rit&#233; ind&#233;passable est la sauvegarde de l'esprit. La libert&#233; est &#224; ce prix. Mais qui se soumet &#224; cette libert&#233;-l&#224; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, dans l'espace figural de la grande boucherie d&#233;filent des &#233;l&#233;ments disparates accueillis comme une s&#233;rie signifiante. Ce qui y contraint n'est pas une force relevant de la conscience, car il faudrait pour cela que la conscience soit ma&#238;tresse d'elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;filent sur cette sc&#232;ne, donc, de gauche &#224; droite, des femmes dont il faut invariablement se demander si elles ont r&#233;pondu une &#224; une &#224; l'appel prenant position sans y &#234;tre convi&#233;es ou si elles apparaissent conform&#233;ment au d&#233;roul&#233; d'un d&#233;fil&#233; de mode. La pr&#233;sence de crochets de boucher vides nous incite &#224; voir, dans la succession des &#233;l&#233;ments qui de la droite de la table &#224; la gauche et inversement, forment une frise digne d'un temple grec recompos&#233; dont la logique r&#233;pond &#224; un dessein visant &#224; l'immortalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Viande crue, corps f&#233;minins, viande cuite, corps suppos&#233; habill&#233; au masculin, exhibant en guise de visage une t&#234;te d'au-del&#224; de l'&#233;nigme digne d'une beaut&#233; sans nom grisaillant jusqu'&#224; l'outrage fait &#224; la beaut&#233; m&#234;me, chaque &#233;l&#233;ment a sans doute &#233;t&#233; d&#233;croch&#233; du rail sans que n'apparaisse sur lui de stigmates sanguinolents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est in&#233;vitable aussi d'envisager que, vue &#224; l'aune d'un miroir mental infini, la sc&#232;ne se d&#233;roule dans l'autre sens, faisant du quartier de viande la forme charnellement heureuse du devenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il est impossible de faire fi de l'arri&#232;re-plan, c'est que le gris du paysage qui y est inscrit convoque ce qui semble justement devoir &#234;tre r&#233;voqu&#233; et qui pourtant persiste, le devenir poussi&#232;re du d&#233;sir de construire l'objet m&#234;me du d&#233;sir et dont la ville est &#224; la fois le reflet et l'incarnation, la manifestation la plus ind&#233;cente. La quasi-fen&#234;tre donnant sur l'autre partie du monde impose de faire de la sc&#232;ne qui est offerte en arri&#232;re-plan, la mesure de celle qui d&#233;file en avant plan. Mais rien n'y fait, l'&#339;il ne se repent pas, il s'enroule avec l'avidit&#233; de la scolopendre dans la boucle spiral&#233;e d'innombrables h&#233;sitations favorables.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19463 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;69&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://www.tk-21.com/IMG/jpg/3_feast.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH479/3_feast-8ce6e.jpg?1685265111' width='500' height='479' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Mihael Milunovic &#8212; Feast, 210x140cm oil on canvas 2021 detail
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;III &#192; table !&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Quelque chose doit avoir lieu qu'aucun geste esquiss&#233; par les figurants ne permet d'identifier, sauf &#224; consid&#233;rer que le rail et les crochets sont les seuls auteurs possibles de ce festin partiellement nu quoique jamais sanguinolent. Mais quelque chose a-t-il lieu au motif qu'il y a, devant nos yeux, un ensemble d'&#233;l&#233;ments associ&#233;s figurant le d&#233;roul&#233; d'une sc&#232;ne ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Engonc&#233;e dans les rets de l'illusionnisme, cette version fantoche cens&#233;e l&#233;gitimer un questionnement ind&#233;pass&#233; sur la peinture et ses interpr&#233;tations, c'est-&#224;-dire les peintres et leur acceptation des lois implicites assurant la gouvernance de la reconnaissance et de l'attribution des bons points de la signification, s'&#233;puise d'occulter &#224; coups de pinceaux superf&#233;tatoires l'articulation des motifs, sauf &#224; ce qu'ils restent soumis &#224; la loi de l'all&#233;gorie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La jouissance, &#224; s'&#234;tre laiss&#233; indexer sur le r&#233;gime de la marchandise, a rendu vaine ou presque toute tentative de r&#233;gler son rythme cardiaque sur autre chose que la satisfaction sans &#233;clat de retrouver un sens ayant &#233;t&#233; pr&#233;alablement fix&#233;. Lors de l'examen suppos&#233; sensible et sensuel de chaque chose offerte &#224; l'exp&#233;rience, on ne voit appara&#238;tre que des r&#233;sultats rendus vrais sur le tableau g&#233;n&#233;ral de la pr&#233;varication g&#233;n&#233;ralis&#233;e. Ce qu'on appelait sens est en &#233;tat de coma d&#233;pass&#233; depuis si longtemps qu'il est difficile de faire face &#224; l'effort en vue de l'acc&#232;s &#224; d'autres modalit&#233;s comme &#224; d'autres dimensions du d&#233;sir et de la jouissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici, le long de cette cha&#238;ne de montage &#224; tendance onirique index&#233;e sur le myst&#232;re involontaire d'une r&#233;v&#233;lation possible, ce qui est offert s'exhibe sur et autour d'une table qui du tableau est moins l'all&#233;gorie ou la m&#233;taphore que l'incarnation. Ici la table &#171; fait &#187; tableau parce que le tableau s'&#233;prouve comme mise en sc&#232;ne de la tabula, ce &#171; lieu &#187; de pr&#233;sentation du possible &#224; m&#234;me la trame du r&#234;ve sous les auspices de la chair et de sa conversion potentielle en quelque chose d'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car si le regard s'appesantit sur la translation qui va de la chair &#224; l'&#339;uvre et d'une certaine forme de litt&#233;ralit&#233; &#224; une citation culturelle en passant par les excavations faciles d'un travestissement ludique invers&#233; allant de la nudit&#233; au corps couvert, quelque chose d'autre advient sur la table. Prol&#233;gom&#232;nes &#224; une op&#233;ration non conventionnelle entre les &#233;l&#233;ments, assiettes, viande, fruit, g&#226;teaux, ce qui s'y passe r&#233;pond &#224; une autre logique que celle du rail et des crochets bien qu'elle y fasse manifestement parall&#232;lement &#233;cho.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici, la table, autant dire le tableau, est, une fois encore faudrait-il dire, ou plus exactement &#224; nouveau, &#171; le lieu &#187; d'une op&#233;ration de type symbolique apparemment &#171; sans objet &#187; mais non sans enjeu. Pour nous parce que sous nos yeux, le syst&#232;me d'&#233;change all&#233;gorique &#224; r&#233;ciprocit&#233; nulle impos&#233; par la marchandise est remplac&#233; par une tension &#233;nigmatique prenant la forme d'une manifestation paranormale de la relation aux objets dans une situation structur&#233;e comme un assemblage d'&#233;l&#233;ments oniriques. Vides ou pleines, les assiettes sont les acteurs, ou au moins les supports, d'une forme de transsubstantiation.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19464 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;69&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://www.tk-21.com/IMG/jpg/4_feast.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH114/4_feast-c08d4.jpg?1772188239' width='500' height='114' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Mihael Milunovic &#8212; Feast, 210x140cm oil on canvas 2021 detail
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;IV Acosmiques nu&#233;es&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ench&#226;ss&#233;e dans l'omnipr&#233;sence et l'omnipotence de la conception chr&#233;tienne des images, la peinture ne peut &#233;chapper &#224; des lois qui la d&#233;passant et, l'englobant n&#233;anmoins, la conditionnent. Et parmi ces lois, dominante, il y a celle relative &#224; ce qu'in&#233;vitablement met en jeu et en sc&#232;ne toute peinture. Ces &#233;l&#233;ments sont au nombre de quatre : le grand dehors qu'on a pris l'habitude de nommer paysage, la chair ou si l'on veut la viande, la forme corps et ses d&#233;clinaisons infinies en particulier le visage, les objets fabriqu&#233;s par l'homme, ceux dans lesquels il s'ins&#232;re comme le v&#234;tement ou le lit et ceux qu'il ins&#232;re dans le paysage comme la maison et dont la ville est devenue le paradigme ind&#233;passable. Ils sont tous l&#224;. Sauf un le cinqui&#232;me, celui dont Baudelaire a chant&#233; maintes fois la louange, &#171; les nuages, les merveilleux nuages &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car &#224; bien y regarder, en effet, le ciel est bleu qui &#233;merge de la sc&#232;ne post-apocalyptique d'une ville d&#233;truite. Il n'y a l&#224; ni manque ni d&#233;faut, simplement peut-&#234;tre le signe que la dimension non dimensionnelle dont le nuage est &#224; la fois la manifestation, l'incarnation, aussi volatile soit-elle, et finalement le symbole, a &#233;t&#233; comme vaporis&#233;e sous la forme d'une invisible nu&#233;e &#224; travers tout le tableau. On pourrait taxer les nuages d'&#234;tre la manifestation visible d'un cosmos bienveillant hant&#233; par des divinit&#233;s bienveillantes. Sans doute sera-t-il plus incidemment efficace de voir en eux le relais acosmique d'une pens&#233;e &#224; jamais h&#233;sitant entre l'interd&#233;pendance du vrai et de la chair et l'inclinaison &#224; voir dans le n&#233;ant l'obligation faite &#224; l'esprit de croire qu'il peut s'auto-ins&#233;miner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, entre le monde du dehors, ici manifestement d&#233;truit comme l'indique le gris de ruine de l'image qui creuse l'&#233;cran du fond de sc&#232;ne, et le monde du dedans o&#249; r&#232;gne la couleur, il ne peut pas ne pas y avoir d'&#233;changes. Quoique manifestement exclu de l'attention des personnages qui lui tournent tournent le dos, comme s'il n'&#233;tait qu'un d&#233;cor angoiss&#233; par sa d&#233;chirante indiff&#233;rence, le dehors s'incruste dans le monde du transport des visions le long de la cha&#238;ne fantasmatique du possible en y faisant rayonner son gris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car grise est la t&#234;te improbable d'un homme tout aussi reconnaissable qu'improbable humain, grises ses mains exprimant le doute ou l'incompr&#233;hension, grise aussi la sculpture qui surplombe en bout de cha&#238;ne la sc&#232;ne de la transsubstantiation, pos&#233;e sur son socle l&#233;g&#232;rement en retrait de la table. Objet &#233;videmment culturel et manifestation formelle, cette sculpture &#233;lanc&#233;e, femme et oiseau autant que souffle et torsade, joue sur nos capacit&#233;s de reconnaissance et rejoue &#224; elle seule l'h&#233;sitation qui enserre entre ses griffes le secret de l'ind&#233;cence de l'esp&#233;rance de voir le beau pr&#233;tendre pouvoir se d&#233;faire de la pesanteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelque chose tente de se s&#233;parer de la cha&#238;ne des crochets, desquels, pour parvenir &#224; une destination r&#234;v&#233;e, la viande s'est d&#233;croch&#233;e. Et entre les variations autour des tons carmins de la chair, les verts acides, le bistre de la table et le bleu du ciel, le gris s'impose, l&#232;pre ind&#233;cidable et pourtant violente puisqu'elle regroupe dans une m&#234;me tonalit&#233; les accents toniques de la destruction et les &#233;lans a&#233;riens de l'audace presque sensuelle du concept.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19465 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;69&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH686/5_feast-8f7ff.jpg?1685265112' width='500' height='686' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Mihael Milunovic &#8212; Feast, 210x140cm oil on canvas 2021 detail
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;V Discontinues continuit&#233;s&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#192; force d'&#234;tre nulle part, il faut en venir &#224; penser que les nuages sont partout. Non comme entit&#233;, mais comme une vapeur non visible qui aurait &#233;t&#233; vaporis&#233;e, qui sait, par le savant chimiste au nom d&#233;sormais oubli&#233; de Satan Trism&#233;giste. Sans doute n'est-ce pas l&#224; l'essentiel dans cette visite qui nous est propos&#233;e de la cha&#238;ne de montage qui permet d'emboutir et de monter ensemble chair et pens&#233;e, image et signification, dehors et dedans, intentions et expressions, conscience indue et associations contraintes, extases insignifiantes et acosmisme efficace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est que la question hante plus encore que bien d'autres quoiqu'elle ne soit que rarement pos&#233;e. C'est celle relative &#224; la continuit&#233; ou &#224; la discontinuit&#233; des ph&#233;nom&#232;nes non pas seulement en ce qu'ils sont ou non, per&#231;us, mais en ce qu'ils rel&#232;vent ou non, dans leurs manifestations successives quoique emboit&#233;es, de la m&#234;me et unique dimension. Qu'on la nomme dieu ou nature importe peu. Qu'on la nomme peinture ou religion non plus. Car ce que la peinture accomplit, dans son histoire et en tant qu'elle est con&#231;ue comme l'atelier g&#233;n&#233;ral de la fabrication des images, n'est rien d'autre que le miracle de la foi. Il ne faut pas, ici, s'emporter et crier au blasph&#232;me invers&#233; ! Croire, c'est accomplir mentalement et psychiquement le v&#339;u que rien n'&#233;chappe aux lois de l'int&#233;gration des ph&#233;nom&#232;nes dans une continuit&#233; qui, quoique fragmentairement per&#231;ue, n'en pas moins ind&#233;fectible et sans faille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pourtant, incidente et expectative, travaill&#233;e dans l'atelier de montage du peintre, l'image ne cesse de venir buter sur le seuil de l'affirmation cens&#233;e pouvoir &#234;tre accompagn&#233;e d'un certificat de certitude, une certitude selon laquelle rien ne manque &#224; rien de ce qui se touche et que le reste est li&#233;, quoiqu'on en ait, et, plus encore, fusionne en une image une, par la main experte de la pens&#233;e subtilement agile du peintre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que ne cesse d'accomplir la peinture n'est rien d'autre que cela : la concat&#233;nation d'&#233;l&#233;ments discrets valant d&#233;monstration de leur appartenance essentielle &#224; la m&#234;me entit&#233; globale ind&#233;composable qu'on appelle selon ses v&#339;ux nature ou dieu, monde ou cosmos, attente ou r&#233;v&#233;lation. Et ce qu'elle a &#224; accomplir, elle le peut, fille de l'homme qu'elle est malgr&#233; tout, dans le d&#233;ni ou par la puissance de l'exploration, les yeux autant que possible ouverts sur l'impensable.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19466 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;69&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH674/6_feast-def38.jpg?1772188239' width='500' height='674' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Mihael Milunovic &#8212; Feast, 210x140cm oil on canvas 2021 detail
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;VI Les lignes de la peinture&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, trois lignes s'entrelacent pour &#233;tablir le registre de l'affirmation et de la question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'une s'&#233;tire le long de la cha&#238;ne o&#249; pendent les crochets et d&#233;vide ses paquets de viande au gr&#233; de variations subtilement a-logiques quoiqu'apparemment r&#233;pondant &#224; la logique du vivant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre, droite et n&#233;anmoins porteuse de soubresauts &#233;nigmatiques est celle de la table. L&#224; s'op&#232;re ou s'expose le myst&#232;re, car &#224; c&#244;t&#233; des assiettes, il y les plats sur lesquels repose la viande, jambon, ou r&#244;ti, une viande cuite offerte &#224; l'ingestion et pas tout &#224; fait au centre, moment d&#233;cal&#233; dans l'ordre de la consommation des mets, un double plateau sur lequel sont dispos&#233;s quelques g&#226;teaux cr&#233;meux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais que fait, devant cette table, un homme sans t&#234;te et donc sans bouche mais dont la forme ressemble &#224; s'y m&#233;prendre &#224; celle des tortillons de cr&#232;me qui ornent les g&#226;teaux ? Et que font ces trois femmes &#233;rotis&#233;es par leur totale ou partielle nudit&#233; et qui semblent ne pas tant &#234;tre l&#224; pour consommer, que pour assister &#224; une op&#233;ration ind&#233;cidable ? Mais toujours une petite faim tenaille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La troisi&#232;me ligne est celle du regard que nous portons sur la toile, un regard happ&#233;, embarqu&#233; dans l'in&#233;vitable loi de la perspective qui, ici, vient ouvrir la sc&#232;ne d'enfermement psychique sur un dehors tragiquement nu mais de la nudit&#233; de la destruction, ce qui la rend plus &#233;touffante encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La ligne a-logique de l'engendrement des corps, la ligne discontinue de la transsubstantiation en cours et la ligne fusionnelle de la p&#233;n&#233;tration des choses par l'&#339;il de l'esprit, toutes trois d&#233;terminent l'&#233;mergence d'un incernable &#171; motif dans le tapis &#187;, autant dire de l'image au sens de ce qui constitue, pour la peinture, &#224; la fois l'ambition, le secret, la manifestation et le but.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous embrassons d'un regard un tableau et fiers de sa puissance d&#233;voilante et absorbante, nous en induisons l'existence d'une continuit&#233; sans faille. Pourtant, insatisfaits de ne pas en voir assez de preuves formelles, nous ne cessons d'imaginer que de la chair &#224; l'image et de l'image &#224; la chair quelque chose a lieu qui n'est pas conforme &#224; la continuit&#233; et qui suppose un saut, une discontinuit&#233;, autant dire l'existence d'une entit&#233; hors sol et hors-champ porteuse du tout et non index&#233;e sur les d&#233;tails.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici, le r&#234;ve montr&#233; est compos&#233; de fragments de s&#233;quences venant d'autres r&#234;ves et la logique des apparences est port&#233;e au jour par des forces peut-&#234;tre contigu&#235;s mais pas continues. L'image rassemble des scintillements expansifs que rien ne coordonne qu'elle-m&#234;me et la peinture, comme geste de penser, les redistribue selon des agencements qui n'ont pour coh&#233;rence que celle qu'impose l'id&#233;e et l'id&#233;al d'un motif inclus dans un tapis qui se nomme tableau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La table est seuil, le seuil est ouverture, la ligne est cha&#238;ne et trame, le tableau est somme a-th&#233;ologique que porte un devenir incapable de se saisir autrement que comme image. La peinture s'accomplit lorsqu'elle parvient &#224; mettre en jeu et en sc&#232;ne, dans son propre th&#233;ologeion, fen&#234;tre avec table ou autre, les sursauts inchoatifs d'une passion qui se d&#233;couvre insatiable et qui, s'exer&#231;ant &#224; nous rappeler les jouissances ambig&#252;es de la d&#233;voration, nous incite &#224; renier le scandale de l'irruption incessante sur la sc&#232;ne de la pens&#233;e, d'une raison d&#233;faillante que soutiennent les bras accueillant d'un corps n'oubliant pas qu'il r&#234;ve.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19467 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;69&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://www.tk-21.com/IMG/jpg/7_feast.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH277/7_feast-ab1a9.jpg?1685265112' width='500' height='277' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Mihael Milunovic &#8212; Feast, 210x140cm oil on canvas 2021 detail
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Frontispice : Mihael Milunovic &#8212; Feast, 210x140cm oil on canvas 2021&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Lost in the supermarket #38</title>
		<link>http://www.tk-21.com/Lost-in-the-supermarket-38</link>
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		<dc:date>2023-05-28T08:51:35Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Aldo Caredda et Jean-Louis Poitevin</dc:creator>


		<dc:subject>mus&#233;e</dc:subject>
		<dc:subject>performance</dc:subject>
		<dc:subject>vid&#233;o</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Aldo &#224; La Fab&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://www.tk-21.com/Images" rel="directory"&gt;Images&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.tk-21.com/musee" rel="tag"&gt;mus&#233;e&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tk-21.com/performance" rel="tag"&gt;performance&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH115/arton2295-b2c40.jpg?1772187671' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='115' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Aldo &#224; La Fab&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div style=&#034;padding:73.33% 0 0 0;position:relative;&#034;&gt;&lt;iframe src=&#034;https://player.vimeo.com/video/829150389?h=22edc7f944&amp;badge=0&amp;autopause=0&amp;player_id=0&amp;app_id=58479&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;autoplay; fullscreen; picture-in-picture&#034; allowfullscreen style=&#034;position:absolute;top:0;left:0;width:100%;height:100%;&#034; title=&#034;LOST IN THE SUPER MARKET #38&#034;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/div&gt;&lt;script src=&#034;https://player.vimeo.com/api/player.js&#034;&gt;&lt;/script&gt;
&lt;p&gt;C'est que d&#233;sormais il faut pr&#233;senter &#224; la machine son ticket en vue de l'ouverture du portique de verre qui permet l'acc&#232;s &#224; la salle, pas celle des machines, celle o&#249; reposent dans le silence, des oeuvres. Ah les oeuvres !&lt;br class='autobr' /&gt;
L'oeil percutant de la cam&#233;ra les ayant aboli d'un r&#233;glage intempestif, il ne reste que du noir et du blanc, de la nuit et de l'aveuglement. Passant le portique comme on le ferait en effet pour entrer enfin dans The Super Market of Art, la masse d'un corps se d&#233;tache et avance r&#233;solument vers le blanc du fond de sc&#232;ne sans rien regarder d'autres que la lumi&#232;re aveugle. Le but est l&#224; devant, simplement. Le reste ne compte pas. D'ailleurs il n'a jamais compt&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une fois entr&#233;, il faudra faire le tour complet et sortir par la sortie et pas par l'entr&#233;e !&lt;br class='autobr' /&gt;
Cela ressemble &#224; s'y m&#233;prendre au gymkhana propos&#233; par une c&#233;l&#232;bre marque d'objets divers, dans les m&#233;andres duquel, tous rep&#232;res perdus, il n'y a plus qu'&#224; se taire, respirer, absorber et avancer en esp&#233;rant un jour trouver la sortie.&lt;br class='autobr' /&gt;
La diff&#233;rence entre art et non art a fondu comme neige au soleil. Il ne reste au mieux pour peupler l'&#233;cart entre l'aveuglement et l'oubli que quelques nuances de gris. Ah le gris ! Mais non, ce n'est pas de cela qu'il s'agit ici, mais bien d'un mouvement r&#233;solu de tout l'&#234;tre pour se rendre l&#224; o&#249; la lumi&#232;re est la plus aveuglante. derri&#232;re, l&#224;-bas au fond.&lt;br class='autobr' /&gt;
Alors s'accomplit le rituel dont nous ne pouvons pas m&#234;me deviner les gestes. Alors s'accomplit la d&#233;position de l'empreinte dont nous savons qu'elle est le but et dont nous ne pouvons, cette fois, pas m&#234;me t&#233;moigner qu'elle a bien eu lieu.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un tour pour rien ? Dernier voyage dans le super market ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Le petit bruit du portique pousse encore sa vibration dans l'air ambiant encombr&#233; par les voix du dehors quand, &#224; l'&#233;vidence, l'officiant du rituel s'est agenouill&#233;, loin l&#224;-bas derri&#232;re l'objet, une oeuvre &#233;videmment, qui pourrait &#233;voquer une croix renvers&#233;e, un tableau de Malevitch ou un d&#233;guisement cr&#233;e par Arp, Tzara ou Ball en vue d'une soir&#233;e au Cabaret voltaire ou mieux, au Lapin Agile !&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais quelque chose se produit d'inhabituel pour les aficionados de l'accomplissement du rituel de la d&#233;position de l'empreinte que nous sommes. Non seulement le corps semble avoir gliss&#233; vers le sol comme s'il s'&#233;tait d&#233;solidaris&#233; de sa croix renvers&#233;e, mais il ne r&#233;appara&#238;t pas.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; chaque d&#233;position, nous avons vu l'homme sortir du champ, du cadre, confirmant ainsi qu'il &#233;tait bien un homme. Cette fois, rien ! Juste une disparition. Sa disparition.&lt;br class='autobr' /&gt;
De l&#224; &#224; commencer &#224; penser, de l&#224; &#224; commencer &#224; croire, de l&#224; &#224; commencer &#224; pr&#233;tendre que cette disparition inexpliqu&#233;e pourrait laisser esp&#233;rer un retour tout aussi inexplicable mais qui viendrait combler d'aise l'attente ind&#233;finie dans laquelle tous nous baignons depuis que le temps est compt&#233; &#224; l'endroit, il n'y a qu'un pas.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cela n'importe plus gu&#232;re &#224; tous ceux qui, victimes expiatoires offertes par le n&#233;ant des jours au dieu marchandise, errent d&#233;sormais pour l'&#233;ternit&#233; du silence entre les portiques de la gloire. Ils n'ont plus besoin d'espoir et toute id&#233;e de r&#233;surrection leur est &#233;trang&#232;re. Oui, d&#233;sormais, pour eux l'art s'est &#233;clips&#233; dans ce qui s'exhibe entre les tourniquets qui comptabilisent les entr&#233;es et les sorties portiques qui d'ailleurs portent le nom de la marque de la fabrique &#224; laquelle ils appartiennent !&lt;br class='autobr' /&gt;
Et dans l'ombre d&#233;sol&#233;e de l'abandon, soleils noirs de l'oubli devenus porteurs d'une m&#233;moire exsangue, des centaines d'empreintes continueront &#224; briller et &#224; parler la langue qui existait avant que la fin ne soit devenue le nouveau commencement.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Fr&#233;d&#233;ric Boyer, une vie d'interpr&#233;tation 1/2, Traduire les &#201;vangiles</title>
		<link>http://www.tk-21.com/Frederic-Boyer-une-vie-d</link>
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		<dc:date>2023-05-05T10:56:52Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Herv&#233; Bernard et Jean-Louis Poitevin</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Fr&#233;d&#233;ric Boyer publie (Ed Gallimard) une nouvelle traduction des &#201;vangiles qui nous permet de rentrer, autant que faire se peut, de plain-pied dans ce monde bouillonnant des premi&#232;res ann&#233;es de notre &#232;re.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://www.tk-21.com/Entretiens" rel="directory"&gt;Entretiens&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH84/arton2274-54c76.jpg?1772188239' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Fr&#233;d&#233;ric Boyer publie (Ed Gallimard) une nouvelle traduction des &#201;vangiles qui nous permet de rentrer, autant que faire se peut, de plain-pied dans ce monde bouillonnant des premi&#232;res ann&#233;es de notre &#232;re. Il nous dit, ici, pourquoi il s'est lanc&#233; dans cette entreprise.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;iframe src=&#034;https://player.vimeo.com/video/822291848?h=9e5e2f503e&amp;badge=0&amp;autopause=0&amp;player_id=0&amp;app_id=58479&#034; width=&#034;1920&#034; height=&#034;1080&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;autoplay; fullscreen; picture-in-picture&#034; allowfullscreen title=&#034;Une vie d'interpr&amp;eacute;tation, traduire les Evangiles&#034;&gt;&lt;/iframe&gt;
&lt;p&gt;Fr&#233;d&#233;ric Boyer publie une nouvelle traduction des &#201;vangiles qui nous permet de rentrer, autant que faire se peut, de plain-pied dans ce monde bouillonnant des premi&#232;res ann&#233;es de notre &#232;re. Ce monde fut comme &#034;souffl&#233;&#034; par les actes et les interpr&#233;tations d'un &#234;tre, unique et radical, tout autant que li&#233; aux autres et compatissant. Ce rabbi nomm&#233; J&#233;sus fait partie des rares hommes n'ayant pas &#233;crit et sur les paroles et les actes duquel une tradition de sagesse et de pens&#233;e s'est constitu&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment et pourquoi &#224; partir de quatre textes parlant de la m&#234;me personne, d&#233;clinant son histoire de mani&#232;re si proche qu'il semble n'y avoir pas de diff&#233;rences, on voit s'inventer cette pratique humaine qui est en fait une dimension majeure de l'humanit&#233; en tant que telle : l'interpr&#233;tation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, interpr&#233;ter cela est pratiqu&#233; depuis qu'il y a des textes, mais avec les &#201;vangiles nous assistons &#224; un moment unique dans l'histoire, un moment fait de ces quatre r&#233;cits et de quelques autres textes &#233;crits dans un temps tr&#232;s court apr&#232;s l'&#233;v&#233;nement que fut la vie de celui qui en fait l'objet, r&#233;cits qui vont ouvrir la voie &#224; la fois &#224; une vie interpr&#233;tative infinie et donner lieu &#224; la civilisation que nous connaissons.&lt;br class='autobr' /&gt;
Plonger dans cette vie &#224; la fois psychique et &#233;motionnelle, physique et concr&#232;te qu'est une vie port&#233;e par ce d&#233;sir d'interpr&#233;tation, voil&#224; ce que nous offre, dans cet entretien, Fr&#233;d&#233;ric Boyer. La seconde partie nous conduira plus avant dans les textes m&#234;mes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le th&#233;&#226;tre aux Arm&#233;es de la Guerre de Sept Ans &#224; la R&#233;volution Fran&#231;aise</title>
		<link>http://www.tk-21.com/Le-theatre-aux-Armees-de-la-Guerre</link>
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		<dc:date>2023-05-05T10:55:17Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Herv&#233; Bernard , Jean-Louis Poitevin et Logan Connors</dc:creator>


		<dc:subject>gestes</dc:subject>
		<dc:subject>guerre</dc:subject>
		<dc:subject>litt&#233;rature </dc:subject>
		<dc:subject>repr&#233;sentation </dc:subject>
		<dc:subject>th&#233;&#226;tre</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Logan Connors est professeur de litt&#233;ratures et langues modernes &#224; l'universit&#233; de Miami. Ses domaines de recherche sont principalement focalis&#233;s sur l'histoire du th&#233;&#226;tre fran&#231;ais du XVIIe et du XVIIIe si&#232;cles et sur et les th&#233;ories de la performance.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://www.tk-21.com/Entretiens" rel="directory"&gt;Entretiens&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.tk-21.com/gestes" rel="tag"&gt;gestes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tk-21.com/guerre" rel="tag"&gt;guerre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tk-21.com/litterature" rel="tag"&gt;litt&#233;rature &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tk-21.com/representation" rel="tag"&gt;repr&#233;sentation &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tk-21.com/theatre" rel="tag"&gt;th&#233;&#226;tre&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH84/arton2272-dc312.jpg?1772188239' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Logan Connors est professeur de litt&#233;ratures et langues modernes &#224; l'universit&#233; de Miami. Ses domaines de recherche sont principalement focalis&#233;s sur l'histoire du th&#233;&#226;tre fran&#231;ais du XVIIe et du XVIIIe si&#232;cles et sur et les th&#233;ories de la performance.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pr&#233;ambule&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Logan Connors est professeur de litt&#233;ratures et langues modernes &#224; l'universit&#233; de Miami. Ses domaines de recherche sont principalement focalis&#233;s sur l'histoire du th&#233;&#226;tre fran&#231;ais du XVIIe et du XVIIIe si&#232;cles et sur et les th&#233;ories de la performance. Il a travaill&#233; notamment sur la th&#233;&#226;tralisation de la guerre entre philosophes (Voltaire, Diderot, etc.) et leurs ennemis au XVIIIe si&#232;cle (Dramatic battles in eighteenth-century France, Oxford University Studies in the Enlightenment, 2012) et sur la th&#233;orisation des &#233;motions dans les &#233;crits sur le th&#233;&#226;tre au XVIIe et XVIIIe si&#232;cle (The emergence of a theatrical science of man in France, Oxford University Studies in the Enlightenment, 2020). &#192; Miami, il enseigne la litt&#233;rature fran&#231;aise de ses &#171; origines &#187; au Moyen-&#226;ge jusqu'&#224; pr&#233;sent ainsi que les cours pluridisciplinaires sur la performance, sur les r&#233;volutions et sur la construction sociales des &#233;motions.&lt;/p&gt;
&lt;iframe src=&#034;https://player.vimeo.com/video/818336850?h=ed2fdaa92e&amp;badge=0&amp;autopause=0&amp;player_id=0&amp;app_id=58479&#034; width=&#034;1920&#034; height=&#034;1080&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;autoplay; fullscreen; picture-in-picture&#034; allowfullscreen title=&#034;theatre-et-guerre_02&#034;&gt;&lt;/iframe&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'entretien&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Son nouveau projet de recherche cible les liens entre le th&#233;&#226;tre et la guerre &#224; l'&#233;poque &#171; des R&#233;volutions &#187; (fran&#231;aise, am&#233;ricaine, ha&#239;tienne) au XVIIIe si&#232;cle. C'est une &#8216;'suite'' &#224; son &#233;dition critique du Si&#232;ge de Calais (1765), publi&#233;e, il y a environ 10 ans. Le Si&#232;ge de Calais &#233;tait pr&#233;sent&#233; par son auteur, Pierre-Laurent de Belloy, comme la &#171; premi&#232;re trag&#233;die nationale &#187; fran&#231;aise. Jou&#233;e &#224; travers la France et partout en Europe, cette pi&#232;ce a remport&#233; un grand succ&#232;s &#224; tel point que lorsqu'elle est publi&#233;e par le chef militaire du Cap-Fran&#231;ais, &#224; Saint-Domingue, quelques mois apr&#232;s sa cr&#233;ation &#224; la Com&#233;die-Fran&#231;aise, elle fut la premi&#232;re pi&#232;ce imprim&#233;e dans une colonie fran&#231;aise. Simultan&#233;ment, elle est lue dans les casernes et dans les bases militaires &#224; Lille, &#224; Versailles, &#224; Metz et ailleurs. Cette &#233;dition critique a &#233;t&#233; publi&#233;e par le MHRA (qu'est-ce que c'est) en 2014. Ensuite Logan Connors a notamment publi&#233; un livre sur le th&#233;&#226;tre et les &#233;motions. Depuis cette publication, il souhaitait revernir au Si&#232;ge de Calais et, plus g&#233;n&#233;ralement, &#224; sa capacit&#233; &#224; gagner du terrain et de l'influence (quelle influence) aupr&#232;s des militaires fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Si&#232;ge de Calais &#233;tait en fait une combinaison d'efforts de son auteur et d'interventions gouvernementales. Conceptualis&#233;e avec l'aide des cadres militaires ; la pi&#232;ce a &#233;t&#233; soutenue par le duc de Choiseul, le duc de Duras et par d'autres dirigeants militaires du pays. Comprendre les motifs d'un tel soutien est l'une des bases de cette recherche. Mais d'autres axes sont envisag&#233;s dans cette recherche :&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette pi&#232;ce et son &#8216;'impact militaire'' aussi puissant &#233;tait-elle un cas unique ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans l'ensemble, quelles &#233;taient les relations entre le th&#233;&#226;tre et l'arm&#233;e &#224; la fin du XVIIIe si&#232;cle &#8211; une p&#233;riode de changement fondamental des cultures militaires et th&#233;&#226;trales ainsi qu'une des p&#233;riodes les plus politiquement boulevers&#233;e de l'histoire europ&#233;enne ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son nouveau projet de livre, Theater, War and Revolution in Eighteenth-Century France and its Empire (&#224; para&#238;tre avec Cambridge University Press en 2024) essaie de r&#233;pondre &#224; ces questions. Le livre va traiter divers sujets y compris des pi&#232;ces th&#233;&#226;trales militaires de l'ancien r&#233;gime, les th&#233;&#226;tres militaris&#233;s de l'&#233;poque (comme le Th&#233;&#226;tre de la Marine &#224; Brest, le seul th&#233;&#226;tre construit par les militaires au XVIIIe si&#232;cle, ou la Com&#233;die du Cap-Fran&#231;ais, un th&#233;&#226;tre avec une forte pr&#233;sence militaire aux Cara&#239;bes). Il analyse aussi les repr&#233;sentations totalisantes de la R&#233;volution qui d&#233;peignent des si&#232;ges, des batailles et des assauts r&#233;publicains ainsi que l'arm&#233;e coloniale et son rapport aux spectacles et la place des femmes dans toute cette histoire militaire-th&#233;&#226;trale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce livre pr&#233;sente la militarisation des arts d'un seul pays et dans un lieu et temps sp&#233;cifique. N&#233;anmoins, la politique et la persistance de la guerre aidant, cette analyse des liens entre le th&#233;&#226;tre et l'arm&#233;e n'est pas une exception et l'on pourrait transposer son questionnement au XXe si&#232;cle avec le th&#233;&#226;tre aux arm&#233;es comme le montre la Seconde Guerre Mondiale, la Guerre de Cor&#233;e, la Guerre d'Alg&#233;rie et fort probablement la guerre en Ukraine m&#234;me si l'on dispose, pour l'instant, de peu d'informations pour cette derni&#232;re.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Faire des dieux &#8212; XI</title>
		<link>http://www.tk-21.com/Faire-des-dieux-XI</link>
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		<dc:date>2023-04-01T17:27:25Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Louis Poitevin</dc:creator>


		<dc:subject>dieu</dc:subject>
		<dc:subject>litt&#233;rature </dc:subject>
		<dc:subject>peinture</dc:subject>
		<dc:subject>Philosophie</dc:subject>
		<dc:subject>post-histoire</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;cit</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Du cut-up comme modalit&#233; de l'invention d'une litt&#233;rature a-id&#233;logique chez Burroughs &#224; l'invention d'un dieu &#224; partir d'un r&#233;seau complexe de citations entrelac&#233;s &#224; un v&#233;cu imaginal, dans les quatre &#233;vangiles canoniques.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://www.tk-21.com/2021-2022-Faire-des-Dieux" rel="directory"&gt;2021-2022 Faire des Dieux&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.tk-21.com/peinture" rel="tag"&gt;peinture&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="http://www.tk-21.com/Recit" rel="tag"&gt;R&#233;cit&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH122/arton2255-a6966.jpg?1772188239' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='122' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Du cut-up comme modalit&#233; de l'invention d'une litt&#233;rature a-id&#233;logique chez Burroughs &#224; l'invention d'un dieu &#224; partir d'un r&#233;seau complexe de citations entrelac&#233;s &#224; un v&#233;cu imaginal, dans les quatre &#233;vangiles canoniques.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La s&#233;ance pr&#233;c&#233;dente s'est arr&#234;t&#233;e avant que l'expos&#233; ne parvienne &#224; la fin qui &#233;tait pr&#233;vue et c'est en quelque sorte une chance, car les quelques remarques manquantes au sujet de projet de Burroughs, qui va de l'usage du cut-up &#224; la possibilit&#233; d'une litt&#233;rature non affid&#233;e &#224; la conscience c'est-&#224;-dire &#224; la langue comme virus ou &#224; la dimension virale de la langue, constituent, et ce n'est pas un paradoxe gratuit, une excellent introduction &#224; une lecture des &#233;vangiles canoniques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, nous avons affaire &#224; quatre textes qu'on divise en deux groupes, les trois premiers &#233;vangiles dit synoptiques qui relatent et donc fondent ce que l'on sait ou croit savoir sur la vie du Christ, ceux de Marc, Matthieu et Luc donc tous &#233;crits avant la fin du premier si&#232;cle, et l'&#233;vangile de Jean, &#233;crit apr&#232;s les trois premiers entre 90 et 110 et publi&#233; au d&#233;but donc du IIe si&#232;cle, qui lui est un &#233;vangile d'un tout autre style que l'on pourrait nomm&#233; synth&#233;tique et qui est en fait th&#233;ologique au sens o&#249; il est &#233;crit certes &#224; partir et en fonction et d'ailleurs en &#171; modifiant &#187; ou en insistant sur un certains nombre d'&#233;l&#233;ments de la vie du Christ, mais en vue d'&#233;tablir les &#233;l&#233;ments majeurs de ce qui servira de base au dogme chr&#233;tien et en particulier la doctrine trinitaire.&lt;/p&gt;
&lt;iframe src=&#034;https://player.vimeo.com/video/814057957?h=c20e27dfef&amp;badge=0&amp;autopause=0&amp;player_id=0&amp;app_id=58479&#034; width=&#034;1920&#034; height=&#034;1080&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;autoplay; fullscreen; picture-in-picture&#034; allowfullscreen title=&#034;faire-des-dieux_11.mp4&#034;&gt;&lt;/iframe&gt;
&lt;p&gt;Ces quatre ouvrages, mais celui de Jean plus que les autres sont aussi des textes qui utilisent de mani&#232;re intensive des citations provenant de quelques textes de l'ancien testament, citations qui toutes ont pour fonction de montrer que l'annonce de la venue d'un messie &#233;tait contenue dans les &#233;crits sacr&#233;s de la Thora et donc de l'ancien testament.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ce n'est pas forcer le trait que de dire en particulier pour Jean, et on le verra par la suite chez des auteurs comme Orig&#232;ne (n&#233; &#224; Alexandrie vers 185 et mort &#224; Tyr en 253) qui est le fondateur de l'ex&#233;g&#232;se biblique, que l'&#233;criture des &#233;vangiles prend appui sur une pratique &#171; citationnelle &#187; qui souvent prend la forme d'une inclusion de ces &#233;l&#233;ments dans le corps du texte nouveau et donc constitue d&#233;j&#224; une pratique qui se rapproche de celle du &#171; cut-up &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce s&#233;minaire XI va donc se d&#233;ployer en trois moments :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; une reprise du s&#233;minaire pr&#233;c&#233;dent l&#224; o&#249; il a &#233;t&#233; interrompu et une pr&#233;sentation du projet litt&#233;raire de Burroughs &#224; partir de la pratique du cut-up, projet litt&#233;raire qui vise &#224; &#233;crire des ouvrages qui vont tenter d'&#233;chapper au diktat de la conscience impuissante &#224; d&#233;cider et &#224; agir et au formatage ou &#224; la soumission de celle-ci &#224; des voix du dehors.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; une synth&#232;se absolument n&#233;cessaire des acquis de l'ensemble des s&#233;ances pass&#233;e &#224; partir de la mise en relations des p&#244;les extr&#234;mes de l'extase et de l'addiction qui permettra de dresser un sch&#233;ma g&#233;n&#233;ral du dis-fonctionnement de la conscience &#224; partir d'une prise en compte de la dimension bicam&#233;rale qui est rest&#233;e active de mani&#232;re &#224; la fois visible, manifeste, &#233;vidente, m&#234;me mais non interpr&#233;t&#233;e comme telle durant les trois ou quatre derniers mill&#233;naires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; une introduction &#224; une lecture renouvel&#233;e des &#233;vangiles &#224; partir de ces acquis. Cette lecture peut &#234;tre dite renouvel&#233;e en ceci qu'elle permettra de montrer comment fonctionnent les &#233;vangiles, &#224; savoir comme des textes largement port&#233;s par un moment intense de compr&#233;hension explicite &#224; travers la figure du Christ de la nouvelle formulation de la dimension bicam&#233;rale de la pens&#233;e dans sa relation avec l'action. Une telle approche ou une telle lecture a pour but de montrer comment fonctionne l'esprit bicam&#233;ral apr&#232;s l'&#233;poque de son remplacement par l'instance historique qu'on nomme ici conscience. on commentera pour commencer un passage de l'Evangile de Jean, le chapitre XV.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19314 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;19&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://www.tk-21.com/IMG/jpg/4_burroughs-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH375/4_burroughs-2-f9396.jpg?1680454421' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;William Burroughs
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Partie I&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'invention et le cut-up&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut se souvenir que la s&#233;ance pr&#233;c&#233;dente s'est termin&#233;e sur la lecture d'un texte de Kluge, qu'il faut donc lire &#224; nouveau maintenant. Il est extrait du volume II de &lt;i&gt;Chronique des sentiments&lt;/i&gt;, livre sous titr&#233; &lt;i&gt;Inqui&#233;tance du temps&lt;/i&gt; aux pages 212-213-214.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le renversement du renversement : la litt&#233;rature et le cut-up&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Limiter Burroughs aux avanc&#233;es analytiques auxquelles il est parvenu serait oublier l'essentiel de son &#339;uvre, ses romans, sans parler de son travail plastique en particulier. (montr&#233; actuellement dans une galerie parisienne S&#233;miose rue Quincampoix). Sans vouloir s'y aventurer en d&#233;tail, l'&#339;uvre est immense et ce serait un autre projet, il faut tenter de comprendre ce qui est en jeu dans sa cr&#233;ation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;a- La nouvelle contradiction&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Burroughs est au c&#339;ur de la contradiction nouvelle, celle inh&#233;rente &#224; la langue m&#234;me, ou plus exactement au fait que nous soyons d&#233;pendant de la langue pour exister. Cette d&#233;pendance est amplifi&#233;e au point de transformer la donne psychique de mani&#232;re tout &#224; fait consid&#233;rable par l'existence des mass media et cela d&#233;j&#224; &#224; l'&#233;poque de Burroughs. &#192; la n&#244;tre, ce sont les r&#233;seaux et la structure d'internet, mais la question est la m&#234;me celle de prendre la position du combattant sans peur contre un adversaire apparemment imbattable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La contradiction, on l'a vu, dit que d'une part on est en permanence inond&#233;s de messages et que d'autre part chacun per&#231;oit l'inanit&#233; de ceux-ci. Nous savons qu'ils ne sont plus efficaces en rien pour nous aider &#224; nous orienter dans l'existence, mais nous ne pouvons nous passer d'eux. Il reste difficile cependant de concevoir que finalement ces messages sont les pr&#233;dateurs des hommes que nous sommes et qu'ils ne sont en en rien porteurs d'un nouvel &#233;vangile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref, le langage ne sert plus &#224; rien sauf &#224; asservir les hommes &#224; les rendre chacun jour plus d&#233;pendants de cette drogue qu'est la parole, une parole r&#233;duite &#224; la transmission d'informations au demeurant fausses. Et cela a lieu de mani&#232;re si massive qu'il est quasiment impossible d'appr&#233;hender ce qui pourrait permettre d'&#233;chapper &#224; ce pi&#232;ge ou de tuer ce virus, puisque l'h&#244;te de ce virus, les hommes que nous sommes, ne peuvent concevoir leur existence sans l'usage de la parole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Burroughs est l'un des rares &#224; s'&#234;tre aventur&#233; dans cette entreprise de tenter de trouver des moyens pour en finir avec le virus, c'est-&#224;-dire pour conduire la langue sur de nouveaux chemins, de la d&#233;barrasser des oripeaux du contr&#244;le et de l'asservissement et d'en faire un moyen d'&#233;tablir de nouveaux chemins dans et pour la psych&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut consid&#233;rer que son grand &#339;uvre, ses romans donc, sont des tentatives de donner une consistance partageable &#224; ses investigations qui doivent beaucoup, comme on l'a compris, &#224; son long s&#233;jour dans le monde de la drogue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le moyen qu'il a invent&#233;, on le sait, pour accomplir cette r&#233;volution et cette guerre contre le langage comme virus, s'est appel&#233;e le cut-up. Il a &#233;t&#233; utilis&#233; dans l'&#233;criture, mais aussi dans le montage son et filmique en particulier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le bref discours d'introduction que fait un pr&#233;sentateur inconnu &#224; une conf&#233;rence de Burroughs intitul&#233;e &#171; Les quatre cavaliers de l'apocalypse &#187;, (&lt;i&gt;Essais&lt;/i&gt;, p. 389) on peut lire : &lt;i&gt;&#171; &#233;crivain il a pondu plus de quatorze livres dont&lt;/i&gt; Le festin nu, &lt;i&gt;un phare dans l'histoire litt&#233;raire ; en utilisant la technique du cut-up, une forme complexe de montage, pour briser la pr&#233;dominance de la pens&#233;e lin&#233;aire du cerveau gauche et pour faire &#233;merger des structures dont les activit&#233;s sont associ&#233;es avec la partie droite du cerveau. M. Burroughs a transform&#233; l'art du roman. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, ils ne sont pas si nombreux ceux qui ont transform&#233; l'art du roman, beaucoup moins nombreux que les grands et m&#234;me tr&#232;s grands romanciers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;b-Fonctions du cut-up&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut aussi bri&#232;vement rappeler la l&#233;gende autour du cut-up. &lt;i&gt;&#171; La m&#233;thode de cut-up a &#233;t&#233; appliqu&#233;e &#224; l'&#233;criture par Brion Gysin en 1959 ; il a alors d&#233;clar&#233; que l'&#233;criture avait cinquante ans de retard sur la peinture et a appliqu&#233; la m&#233;thode montage &#224; l'&#233;criture. De fait le montage est bien plus proche des faits de la perception que la peinture figurative. &#187;&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 303)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais en quoi consiste vraiment le cut-up ? Dans la post-face &#224; &lt;i&gt;R&#233;volution &#233;lectronique&lt;/i&gt;, Sylvie Durastanti donne quelques indications essentielles et il faut donc lire les pages 50 &#224; 52 &#224; la fin de l'ouvrage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui importe, c'est la conclusion &#224; laquelle elle parvient : &lt;i&gt;&#171; C'est ce fonds (restes d'un roman termin&#233;) qu'il retravaillait au cut-up pour le recycler. Autant dire que le cut-up ne g&#233;n&#232;re pas de texte &#224; proprement parler. &#187;&lt;/i&gt; Voil&#224; pour le mythe d'une facilit&#233; qui serait associ&#233;e au proc&#233;d&#233; qui en est un mais qui ne participe &#224; la cr&#233;ation que pour d&#233;senclaver l'auteur de son petit moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la fin de l'essai &lt;i&gt;&#199;a appartient aux concombres&lt;/i&gt;, il remarque d'ailleurs ceci : &lt;i&gt;&#171; La meilleure &#233;criture est atteinte dans un &#233;tat de perte d'ego. L'ego de l'&#233;crivain, d&#233;fensif et limit&#233;, ses &#034;propres mots&#034;, ce sont-l&#224; ses sources les moins int&#233;ressantes. &#187;&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;, p. 114)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cut-up sert donc essentiellement &#224; &#231;a : permettre de NE PAS s'enfermer &#224; nouveau dans les pi&#232;ges de la langue qui assigne &#224; l'identit&#233;, &#224; l'&#234;tre et &#224; la raison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et &#224; offrir &#224; l'imagination une infinit&#233; de variations dont il faut cependant savoir s'emparer pour produire quelque chose qui tienne. Et cela ne se peut qu'en fonction d'autres r&#232;gles qui sont bas&#233;es, si l'on veut, sur celle du hasard que le cut-up &#233;veille, r&#233;v&#232;le active, mais qui ne peuvent se r&#233;duire &#224; cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enjeu est de faire passer la langue du statut de virus &#224; celui de producteur d'images visuelles et de significations qui viennent tendre vers la fronti&#232;re o&#249; il n'y aurait plus besoin des mots pour communiquer. Burroughs porte &#224; lui seul au plus haut le paradoxe de la dimension pharmakonique de la langue puisqu'il inclut dans le processus de la cr&#233;ation et comme son but &#224; la fois souhait&#233; et inaccessible car impliquant alors un renversement du renversement, au-del&#224; de la d&#233;couverte d'associations improbables, le silence. Impossible de ne pas se rem&#233;morer ce que disait Martin Buber sur l'extase, l'impossibilit&#233; de ne pas en parler et le fait que le mieux pourtant est ou serait de parvenir &#224; NE PAS le faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cut-up, &#224; l'&#233;gal de l'extase, est bien une mani&#232;re de &#171; faire des dieux &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;c- Fonctions de la magie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Double mouvement donc, de d&#233;fense d'une part et d'attaque d'autre part, vis-&#224;-vis de la langue. La position de Burroughs est &#233;minemment combative, en ce qu'il prend sa part d'une lutte infinie contre l'ordre impos&#233; par des voix r&#233;gl&#233;es sur le canal hertzien envoyant des ordres implicites et assurant un contr&#244;le efficace des psych&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;fensif en ce qu'il faut apprendre et comprendre comment &#171; &#231;a &#187; marche, et offensif en ce qu'il faut produire soi-m&#234;me de nouveaux horizons, de nouvelles formules, de nouvelles images qui pourront en s'infiltrant dans nos esprits, nous lib&#233;rer de la gangue du pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a entre Burroughs et Philip K Dick, on l'a d&#233;j&#224; &#233;voqu&#233;, une parent&#233; forte, comme le confirme l'essai intitul&#233; &lt;i&gt;Message de l'&#233;toile du chien&lt;/i&gt;, dans lequel Burroughs montre que tout jeu est une guerre et que la seule solution est d'envisager de quitter la terre et de partir dans une exploration spatiale. Il note d'ailleurs ceci : &lt;i&gt;&#171; Il semblerait que seul un miracle pourrait forcer la plan&#232;te &#224; r&#233;aliser que le jeu nous d&#233;truira tous &#224; moins que nous cessions de la jouer. &#187;&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;, p. 253)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut bien avouer que sa position &#233;tait pour le moins &#171; visionnaire &#187;. Mais, en effet, seul un homme qui a compris dans son corps m&#234;me, le fonctionnement de la marchandise et donc du march&#233;, peut envisager que l'addiction g&#233;n&#233;rale dans laquelle l'humanit&#233; est maintenue depuis si longtemps ne pourra pas &#234;tre soign&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, et nous bouclons l&#224; la boucle en quelque sorte, Burroughs cherche &#224; parvenir &#224; des &#233;tats non plus au sens de ceux que la drogue peut produire, mais &#224; des &#233;tats au sens de portails psychiques ouvrant sur des r&#233;alit&#233;s impartageables et accept&#233;es comme telles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a quelque chose de l'initiation ici, qui commence par un s&#233;jour dans le monde de la grande froidure qu'&#233;prouve le corps de l'addiction et qui s'accomplit dans un silence v&#233;cu comme une pl&#233;nitude.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est que pour Burroughs, la langue doit retrouver les sources magiques qui cohabitaient avec elle &#224; ses commencements ou dont elle &#233;tait porteuse. Repensons encore une fois &#224; certains exemples donn&#233;s par Jaynes et &#224; la mani&#232;re dont les anc&#234;tres pouvaient parler aux vivants et &#224; travers les vivants. Ou encore &#224; ce qu'&#233;crivait Hugo Ball l'un des fondateurs du mouvement DADA de Zurich dans le journal, publi&#233; sous le titre &lt;i&gt;La fuite hors du temps&lt;/i&gt;, qu'il a tenu durant ces ann&#233;es-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi peut-on lire &#224; la date du 12 juin 1916 : &lt;i&gt;&#171; Ce que nous appelons Dada est une bouffonnerie issue du n&#233;ant et toutes les grandes questions y entrent en jeu ; un geste de gladiateur ; un jeu avec de mis&#233;rables r&#233;sidus ; une mise &#224; mort de la moralit&#233; et de l'abondance qui ne sont que postures. [...] Le dada&#239;ste sait que le monde des syst&#232;mes s'est disloqu&#233; et que l'&#233;poque, qui exige que tout soit pay&#233; comptant, a inaugur&#233; la grande braderie des philosophies priv&#233;es de Dieu. L&#224; o&#249; commencent l'effroi et la mauvaise conscience du boutiquier, commencent pour le dada&#239;ste le grand rire et une indulgence apaisante &#187;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13 Juin 1916 : &lt;i&gt;&#171; Ce qui nous caract&#233;rise, c'est l'image, nous saisissons par l'image. Quoiqu'il en soit &#8211; c'est la nuit- et entre nos mains nous ne tenons qu'une copie.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le mot et l'image ne font qu'un. Le peintre et le po&#232;te sont indissociables. Le Christ est image et verbe. Le verbe et l'image sont crucifi&#233;s. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais encore le 18 Juin 1916 : &lt;i&gt;&#171; Nous avons maintenant fait tellement &#233;voluer la plasticit&#233; du mot qu'il sera difficile d'aller encore plus loin. Nous avons obtenu ce r&#233;sultat au prix de l'abandon de la construction logique et rationnelle de la phrase et, par cons&#233;quent, nous avons aussi renonc&#233; &#224; une &#339;uvre documentaire (uniquement envisageable par un regroupement de phrases respectant l'organisation logique de la syntaxe, ce qui prend du temps). [&#8230;] Nous avons charg&#233; le mot de forces et d'&#233;nergies qui nous ont fait red&#233;couvrir le sens &#233;vang&#233;lique du &#171; verbe &#187; (logos), qui est une image magique complexe. [&#8230;] Nous avons essay&#233; de donner au vocable isol&#233; la pl&#233;nitude d'une conjuration, l'incandescence d'un astre. Et curieux : le vocable, investi de magie, a invoqu&#233; et engendr&#233; une phrase nouvelle qui n'est plus conditionn&#233;e ni li&#233;e par aucun sens conventionnel. Sugg&#233;rant mille id&#233;es &#224; la fois, sans les nommer, cette phrase a fait r&#233;sonner la nature irrationnelle originellement ludique, mais refoul&#233;e, de l'auditeur&#8230; &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hugo Ball identifie des forces &#224; l'&#339;uvre hors de la langue qui peuvent se regrouper sous le seul nom de magie. 28 f&#233;vrier 1917 : &lt;i&gt;&#171; L'ultime cons&#233;quence de l'individualisme, c'est la magie. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7 Avril : &lt;i&gt;&#171; La cr&#233;ation artistique est un processus de conjuration dont l'effet est la magie &#187;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;d- En quoi consiste la magie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans sa pr&#233;face aux &lt;i&gt;Essais&lt;/i&gt;, G.G. Lemaire remarque qu'il s'agit &#224; ce stade d'en arriver &#224; un autre usage des mots qui soit libre et qui ne soit plus du tout tributaire d'une &#233;conomie symbolique st&#233;r&#233;otyp&#233;e et cite Burroughs : &lt;i&gt;&#171; Les phrases de contr&#244;le que l'on met dans les revues, les journaux et les chansons populaires correspondent pr&#233;cis&#233;ment &#224; un langage secret d'images. Pour cette raison un certain ordre des mots est essentiel dans ces phrases de contr&#244;le. L'intention de la machine de contr&#244;le est &#233;videmment de conserver le plus grand &#233;cart possible entre le mot et la chose &#224; laquelle il se rapporte. &#187;&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Essais&lt;/i&gt;, pr&#233;face, p. 19)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est que l'on a oubli&#233; ou occult&#233; une chose majeure dans cette &#171; magie &#187; : le fait que la relation magique au monde est bas&#233;e sur l'accomplissement ou plut&#244;t l'effectuation ou encore le fait que les choses ou des choses arrivent, se produisent, bref sur le fait que quelque chose ait lieu et donc que quelque chose change.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'essai intitul&#233; &lt;i&gt;Le dernier potlach&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Essais&lt;/i&gt;, p. 139-147), Burroughs d&#233;veloppe ses positions sur le sujet. Un jour quelqu'un lui avait demand&#233; quel &#233;tait l'objet de la peinture. Il n'avait alors pas de r&#233;ponse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; J'en ai une maintenant : le but de l'&#233;criture est de faire arriver les choses.&lt;/i&gt; (p. 139) &#192; la fin de ce texte il revient sur la question apr&#232;s avoir longuement conspu&#233; les artistes et le march&#233; par des formules du type : &lt;i&gt;&#171; l'artiste est ainsi amen&#233; &#224; s'embusquer derri&#232;re son tableau comme Polichinelle et, passant le bras &#224; travers la toile, &#224; agripper un critique par le revers du veston... &#187;&lt;/i&gt; (p. 145)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il parvient alors une nouvelle fois &#224; pr&#233;ciser sa position : &lt;i&gt;&#171; L'art est redevenu litt&#233;ral et a retrouv&#233; sa fonction magique consistant &#224; faire arriver les choses, apr&#232;s un long exil dans les royaumes de l'imagination ou son app&#233;tit d'&#233;v&#233;nement s'&#233;tait &#233;gar&#233;. L'art fait soudain sa mortelle apparition dans le monde r&#233;put&#233; r&#233;el. &#201;criture et peinture ne faisaient qu'un au commencement et le mot &#233;tait une image &#233;crite. [&#8230;] La beaut&#233; tue. La beaut&#233; est l'assassin a dit Gregory Corso.&lt;/i&gt; (p. 146)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et Burroughs d'annoncer &lt;i&gt;&#171; LA CHUTE DU MOT... Ce qui survit &#224; la litt&#233;ralisation de l'art est l'intemporel et &#233;ternellement fluctuant monde de la magie saisi par le pinceau du peintre, ou par les mots de l'&#233;crivain, petits bouts de d&#233;tails vivants et &#233;vanescents. &#187;&lt;/i&gt; (p. 147)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est aussi dans ce texte important que Burroughs d&#233;clare apr&#232;s avoir critiqu&#233; &lt;i&gt;&#171; la camisole de la repr&#233;sentation s&#233;quentielle du roman &#187;&lt;/i&gt; ceci : &lt;i&gt;&#171; la conscience est un cut-up ; la vie est un cut-up. &#187;&lt;/i&gt; (p. 141) Il faut l&#224; encore renvoyer aux deux derniers livres de Lionel Naccache et ainsi tenter de mieux comprendre combien Burroughs &#233;tait comme on dit &#171; en avance &#187; sur certaines d&#233;couvertes neurologiques et cela dans la mesure o&#249; il &#233;tait capable de voyager dans la psych&#233; humaine comme rarement &#233;crivain le fut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela permet de comprendre que la dimension s&#233;quentielle du roman par exemple est une tentative de forger un cadre rassurant pour la perception, lui offrant un cadre et la possibilit&#233; de satisfaire les attentes de la conscience qui n'aime en quelque sorte que l'illusion de la continuit&#233; et qui s'est install&#233;e apr&#232;s l'effondrement de l'esprit bicam&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or il y a d'autres logiques, d'autres relations possibles avec le monde et avec soi-m&#234;me avec ce qui arrive ou pourrait arriver.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce lien entre l'&#233;criture et le fait de faire arriver les choses est puissant. Il rel&#232;ve d'une forme de bicam&#233;ralisme implicite accept&#233;, m&#234;me sans savoir le nommer. Le cut-up, et l'&#233;criture comme li&#233;e &#224; la magie permet de renouer avec ce monde de l'effectuation pour parler avec le Deleuze de &lt;i&gt;Logique du sens&lt;/i&gt;. Mais avec une lus grande puissance encore que celle du concept d'effectuation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conscience est donc l'instance qui permet &#224; l'homme de se mentir. Elle est &#224; la fois un moyen de correspondre avec le monde et les autres mais elle impose par sa structure m&#234;me de &#171; vouloir &#187; l'occultation du discontinu et de pr&#233;f&#233;rer le leurre du continu &#224; l'inconfort &#171; relatif &#187; du discontinu. Mais la forme de continu que promeut la conscience n'est pas celle qui a cours dans le monde de l'extase et des exp&#233;riences directes du dieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; l'inconscient, face aux pratiques de r&#233;v&#233;lation effectuation li&#233;es au cut-up et &#224; toutes les manipulations des mots de bandes magn&#233;tiques, d'images etc. auxquelles se livrent les artistes post-historique, il n'est plus n&#233;cessaire lui non plus. &lt;i&gt;&#171; Et le soi-disant inconscient n'est plus inconscient. &#187;&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Essais&lt;/i&gt; p. 454) On a affaire &#224; des degr&#233;s et des niveaux de conscience, &#224; des degr&#233;s et des niveaux de r&#233;alit&#233;, &#224; des degr&#233;s et des nivaux de perception, comme on a pu le voir avec Kluge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On n'a plus peur de ne pas pouvoir expliquer des choses en termes de cause et d'effet. On vient buter sur la forteresse que la conscience a &#233;lev&#233;e au moyen d'une conception biais&#233;e &#224; la raison et d'une conception ferm&#233;e de la connaissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;e- La ligne de front ou faire face au virus Raison&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On comprend donc bien o&#249; se situe la ligne de front dans le combat que m&#232;ne Burroughs contre la conscience : l&#224; o&#249; le virus impose sa loi, il faut la retourner contre lui et cela sans prendre garde ni aux atermoiements du petit je du petit moi et sans prendre garde aux raisons que la raison invoque, en assumant donc de rendre au hasard et &#224; la chance leur puissance d'effectuation trans-temporelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'essai &lt;i&gt;En toute bonne foi&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Essais&lt;/i&gt;, p. 254 et ss), Burroughs marque avec pr&#233;cision donc o&#249; se situe la ligne de front : &lt;i&gt;&#171; C'est une ligne de pens&#233;e qui va de J&#233;hovah &#224; Hiroshima et qui dit : c'est moi qui ai raison, qui suis dans mon bon droit et qui fais ce &#224; quoi le devoir m'oblige, au nom de la s&#251;ret&#233; de l'&#233;tat, de la d&#233;cence, de la morale de JC, de l'Am&#233;rique et de maman etc... &#187;&lt;/i&gt; (p. 254)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans l'essai intitul&#233; &lt;i&gt;Ses propres affaires&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Essais&lt;/i&gt;, p. 217 et ss) qu'il attaque avec le plus de virulence et de pr&#233;cision ce qu'il nomme le virus raison. Cela n'a rien &#224; voir directement la raison mais avec le fait de vouloir toujours avoir raison. Une force porte ceux qui veulent avoir raison &#224; d&#233;ployer des stratag&#232;mes pour garder le pouvoir et l'&#233;tendre sur les &#171; &#226;mes &#187;, autant dire les consciences et les corps dont ils parviennent &#224; s'emparer ou dont il parviennent &#224; prendre le contr&#244;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; La plupart des ennuis en ce monde ont &#233;t&#233; caus&#233;s par des gens qui ne peuvent pas s'occuper de leurs propres affaires, parce qu'ils n'ont pas &#224; s'occuper d'affaires qui leur soient propres, pas plus que n'en a un virus de la petite v&#233;role. Votre virus est alors un parasite cellulaire in&#233;vitable et je suis convaincu que ce qu'on appelle le mal est presque litt&#233;ralement un parasite viral. [&#8230;] Ce virus droit a tra&#238;n&#233; pas mal de temps, et peut-&#234;tre que son alli&#233; le plus d&#233;vou&#233; a &#233;t&#233; l'&#233;glise chr&#233;tienne, depuis l'inquisition jusqu'aux conquistadores, des guerres indiennes jusqu'&#224; Hiroshima ; ils ont RAISON RAISON RAISON. [&#8230;] Le crime sans raison, l'hypoth&#232;se selon laquelle ce que fait un citoyen dans le priv&#233; est n&#233;anmoins l'affaire de quelqu'un d'autre et par cons&#233;quent susceptible d'une d&#233;nonciation et d'une punition, est la sauvegarde m&#234;me du virus raison. Couper cette ligne d'air aurait la m&#234;me action qu'un anticorps qui supprime l'oxyg&#232;ne de certains type de virus. [&#8230;] Il est probable que la tactique la plus efficace est d'alt&#233;rer les conditions gr&#226;ce auxquelles le virus subsiste....&lt;/i&gt; (p. 223-227)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il ne s'agit pas seulement de bloquer ou d'enrayer la grande m&#233;canique virale. Il s'agit de cr&#233;er de nouvelles formes qui soient &#224; la fois d&#233;fensives et offensives, mais aussi, cette fois, du c&#244;t&#233; de l'invention. Le cut-up joue ce r&#244;le mais quels sont les buts &#224; atteindre s'il ne s'agit plus d'&#233;crire des romans r&#233;pondant aux sch&#233;mas de la conscience bonne ou mauvaise ne faisant pas de diff&#233;rence les deux s'&#233;paulant pour permettre aux histoires de se r&#233;p&#233;ter ind&#233;finiment ? C'est donc bien la magie qui alors va entrer en jeu et en action !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;f- Puissance de la magie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est donc la magie pour Burroughs ? Il en parle souvent dans les &lt;i&gt;Essais&lt;/i&gt;. Essayons de nous y retrouver.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Que s'est-il donc pass&#233; ? L'art est redevenu litt&#233;ral et a retrouv&#233; sa fonction magique consistant &#224; faire arriver les choses, apr&#232;s un long exil dans les royaumes de l'imagination o&#249; son app&#233;tit d'&#233;v&#233;nements s'&#233;tait &#233;gar&#233;. &#187;&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Op. cit&lt;/i&gt;, p. 145) Cela fait un &#233;cho &#224; ce qui fut sans doute le projet le plus r&#233;volutionnaire des situationnistes et qui avait pour nom et enjeu : R&#233;alisation de la philosophie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Je parlerai maintenant de la v&#233;rit&#233; magique &#224; laquelle je souscris. La magie est l'affirmation de la volont&#233;, le postulat selon lequel rien n'arrive dans cet univers que nous ne sommes en mesure de (c'est-&#224;-dire la fraction infime de l'univers que nous sommes en mesure de percevoir sans qu'une entit&#233; veuille que cela arrive. Un acte magique est toujours le triomphe ou l'&#233;chec de la volont&#233;. &#187;&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;, p. 429) On verra tout &#224; l'heure comment ces phrases font &#233;cho &#224; certaines positions de J&#233;sus dans les &#233;vangiles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car ce qui advient dans la vie n'est qu'une succession de moments discontinus que nous lissons pour ne pas avoir peur de ne retrouver en revenant ce que nous aurions laiss&#233; en partant. C'est que si les choses changent, ce n'est pas le hasard mais le fait que le monde ne cesse de parler de nous parler comme les voix inaudibles sans le magn&#233;tophone mais enregistr&#233;es pr&#233;cis&#233;ment sur les bandes de Raudive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a un signal et il y a un signe. Il s'agit de les capter de les interpr&#233;ter. Il y a en quelques sortes des niveaux de r&#233;alit&#233; qui hantent la soi-disant r&#233;alit&#233; et il s'agit de les appr&#233;hender. L'accident ne fait que synchroniser des &#233;l&#233;ments disparates, et non pas les lisser dans une formule continue. Il les rapproche jusqu'&#224; '&#233;tincelle. L'essai intitul&#233; &lt;i&gt;De la co&#239;ncidence&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;, p. 424-435) est l'un de ceux qui permettent d'approcher ce en quoi &#171; croit &#187; Burroughs, c'est-&#224;-dire comment il est possible de penser dans un cadre non uniquement rationnel et raisonnable au sens dit plus haut de ceux qui veulent &#224; tout prix avoir raison, mais magique et n&#233;anmoins ratio&#239;de. (&lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;, p. 431-432-433-434)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les vrais &#233;crivains pour Burroughs agissent dans l'univers magique. Un exemple de la relation signal-signe est par exemple la figure du clown sinistre dans &lt;i&gt;Mort &#224; Venise&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi le cut-up n'est pas un jeu banal et vide qui consisterait &#224; couper et coller. Il s'agit au contraire d'un jeu qui doit pousser &#224; voir &lt;i&gt;&#171; comment le hasard est hasardeux ? Nous savons tellement que nous ne savons pas consciemment ce que nous savons qu'il est possible que la coupe ne soit pas due au hasard. [&#8230;] Les cut-up vous mettent en relation avec ce que vous savez et ce que vous ne savez pas savoir [&#8230;] nous avons continu&#233; &#224; exploiter les virtualit&#233;s du magn&#233;tophone : cut-up, ralentir, acc&#233;l&#233;rer, rembobiner, marquer la bande, jouer plusieurs piste &#224; la fois, couper en avant en arri&#232;re sur deux magn&#233;tophones... sit&#244;t que vous le faites vous obtenez des mots nouveaux qui n'&#233;taient pas sur les enregistrements initiaux. Il y a alors de nombreux moyens pour produire des mots et des voix sur la bande... &#187;&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;, p. 94-95)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas d'exemple plus simple et plus clair de ce que peut vouloir dire &#171; faire des dieux &#187;, c'est-&#224;-dire inventer, produire des &#233;l&#233;ments qui s'opposent en tout &#224; l'entropie pour parler avec Stiegler, en vue de faire exister des &#233;l&#233;ments qui n'existaient pas auparavant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas si simple et pour toutes les pratiques engonc&#233;es dans les rets de dispositifs li&#233;s &#224; la conscience, cela ne signifie rien. Mais pour ceux qui ont compris le pi&#232;ge qu'&#233;tait la conscience, il devient possible et pensable de lui &#233;chapper, non pas en fuyant mais en construisant. M&#234;me si ce qu'on construit peut ressembler &#224; un vaisseau spatial imaginal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Burroughs est tr&#232;s pr&#233;cis sur ce point. parlant des artistes il remarque qu'ils &lt;i&gt;&#171; nous fournissent les seules cartes pour voyager dans l'espace. Nous ne sommes pas faits pour explorer des donn&#233;es statistiques et pr&#233;existantes. Nous sommes faits pour cr&#233;er des mondes nouveaux, des &#234;tres nouveaux, de nouveaux modes de conscience. [&#8230;] Ce dont vous faites l'exp&#233;rience dans les r&#234;ves et hors du voyages corporel, ce que vous entrevoyez dans l'&#339;uvre des &#233;crivains et des peintres, est la terre promise de l'espace. &#187;&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;, p. 434)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conclusion de la Partie I&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes au terme d'un voyage c'est-&#224;-dire au commencement d'un autre, selon la direction dans laquelle on regarde, mais en fait il n'y a pas de diff&#233;rence. Regarder vers l'avenir ou regarder le pass&#233; est la m&#234;me chose si on le fait avec la volont&#233; de le changer. Et changer le pass&#233; ne peut pas dire gommer l'histoire, mais tenter, par une interpr&#233;tation renouvel&#233;e, de montrer tout ce qui est rest&#233; inaccompli dans les interpr&#233;tations d&#233;j&#224; existantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a donc pas de meilleure introduction &#224; la mise en &#339;uvre d'un exemple d'interpr&#233;tation &#224; travers une relecture des &#233;vangiles &#224; partir de la nouvelle traduction de Fr&#233;d&#233;ric Boyer. On s'attachera &#224; montrer comment on a invent&#233; &#171; un dieu &#187;, comment on a &#171; fait un dieu &#187; et cela toujours en prenant en compte les avanc&#233;es que nous permet la pens&#233;e de Jaynes mais aussi tous les textes que nous avons approch&#233;s, en particulier ces quelques lignes par lequelles Burroughs cl&#244;t l'article pr&#233;c&#233;demment cit&#233; et qui s'intitule &lt;i&gt;De la co&#239;ncidence&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Au commencement &#233;tait le verbe et le verbe &#233;tait Dieu. Et qu'est-ce que cela nous fait. De nous ? des mannequins ventriloques. le temps de quitter le verbe-dieu derri&#232;re nous. &#034;Il s'atrophia et tomba hors de moi comme d'horribles et vieilles grillades&#034; rapporta un survivant. &#034;et moi je me sens mieux ainsi&#034;. &#187;&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;, p. 435)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais auparavant il importe de tenter une synth&#232;se des acquis de ces dix s&#233;minaires. Ces acquis sont en fait des &#233;l&#233;ments permettant de dessiner une nouvelle carte non pas du psychisme en tant que tel mais des relations entre forces actives dans la psych&#233; et forces actives dans la soi-disant r&#233;alit&#233;. L'&#233;criture du silence, l'abolition du temps, l'indiff&#233;rence au temps seront des &#233;l&#233;ments essentiels pour y parvenir.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19311 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;110&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://www.tk-21.com/IMG/jpg/1_lotto.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH180/1_lotto-a906e.jpg?1680454421' width='500' height='180' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Lorenzo Lotto &#8212; Fresque de la Chapelle Suardi &#8212; Trescore Balneario
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Victoire du Christ sur le mal
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Partie II&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Prol&#233;gom&#232;nes &#224; une lecture bicam&#233;rale des &#233;vangiles&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a deux volets &#224; une approche bicam&#233;rale, l'un qui conduit &#224; des propositions telles que celles faites pr&#233;c&#233;demment qui sont des tentatives de synth&#232;se de ce qui peut &#233;merger de ce l'on pourrait appeler une m&#233;thode herm&#233;neutique bicam&#233;rale. Une telle approche plut&#244;t que m&#233;thode consiste &#224; proposer des interpr&#233;tations de textes ou autres types d'&#339;uvres ou de pratiques ou d'exp&#233;riences en y rep&#233;rant comment s'inscrivent dans ces &#339;uvres et fonctionnent des &#233;l&#233;ments ou aspects qui rel&#232;vent de pr&#232;s ou de loin de la dimension bicam&#233;rale du psychisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La suite de ce projet intitul&#233; &#171; faire des dieux &#187; va consister, en avan&#231;ant d&#233;sormais en marchant sur deux pieds, &#224; inventer les &#233;l&#233;ments avec lesquels on peut construire une trame imaginale &#224; tendance philosophique permettant de passer &#224; l'acte, c'est-&#224;-dire de faire des dieux au sens de Burroughs par exemple quand il dit &lt;i&gt;&#171; le but de l'&#233;criture est de faire arriver les choses &#187;&lt;/i&gt;. Parmi ces &#233;l&#233;ments, il y a ceux que l'on peut rep&#233;rer et r&#233;v&#233;ler par l'analyse de textes y compris de textes aussi fondamentaux que le sont les &#233;vangiles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d'autres termes, il s'agit de tenter de comprendre comment certains textes, certaines &#339;uvres, certaines exp&#233;riences on en effet fait arriver des choses. On renverra ici &#224; l'exemple c&#233;l&#232;bre de l'analyse par Kleist de la fable de La Fontaine &#171; Les animaux malade de la peste &#187; dans le court texte intitul&#233; &#171; Comment les pens&#233;es viennent en parlant &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le choix des &#233;vangiles comme prochain corpus d'analyse va permettre de faire plusieurs choses &#224; la fois :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#201;tudier des textes qui constituent, au sens strict, le lieu de l'invention d'un dieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Chercher &#224; voir comment ce nouveau dieu est travers&#233; de dimensions bicam&#233;rales et comment de nouvelles dimensions s'inventent &#224; partir et avec de lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Analyser comment une telle invention va &#234;tre transform&#233;e aussit&#244;t apr&#232;s avoir &#233;t&#233; faite et chercher &#224; comprendre et pourquoi et comment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Approcher ainsi la mani&#232;re dont aujourd'hui encore et ce d'autant plus que nous vivons dans l'orbe de ce dieu, et cela ind&#233;pendamment de nos croyances, nous continuons &#224; la fois de fermer la porte en nous &#224; l'invention et n&#233;anmoins d'inventer et en particulier &#224; partir et dans ce registre particulier que nous nommons l'invention de dieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Ces dieux n'ont &#224; la fois rien de commun avec les dieux grecs ou le dieu chr&#233;tien et pourtant tout &#224; voir avec ce que nous pouvons d&#233;couvrir en les analysant &#224; partir de la dimension bicam&#233;rale de la pens&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Il y a l&#224; un pari qui pour n'&#234;tre pas pascalien n'en est pas moins gagnant-gagnant en ceci qu'il nous permet peut-&#234;tre de nous secourir nous-m&#234;mes en acceptant de convoquer dans le champ de la conscience, la bonne comme la mauvaise, le r&#233;seau des actions magiques que nous portons en nous et qui ont pour nom par exemple sentiments. (Kluge, &#171; Les sentiments peuvent d&#233;placer des montagnes &#187;, &lt;i&gt;in Utopie des sentiments&lt;/i&gt;, p. 97 &#224; 104)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Avant d'ouvrir une lecture attentive des &#233;vangiles, et pour conclure aujourd'hui et se projeter vers les s&#233;ances suivantes, il est possible de se lancer dans une lecture rapide de l'Evangile de Jean chapitre XV. Il appara&#238;t important de situer &#224; travers m&#234;me un unique exemple en quoi cette &#171; m&#233;thode bicam&#233;rale &#187; peut se distinguer d'autres approches de la question de dieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;a- Les deux dieux&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autrefois, et aujourd'hui encore sans doute, on distinguait, au moins dans le champ de la philosophie et sans doute aussi chez les th&#233;ologiens, deux dieux, entendons deux approches radicalement distinctes pour ne pas dire oppos&#233;es de dieu, le dieu des philosophes donc et celui des &#171; croyants &#187;, l'un &#233;tant au fond un concept et l'autre le vecteur, le support et l'objet d'une exp&#233;rience psychique suppos&#233;e incomparable et incommunicable. &#192; ceci pr&#232;s, on le sait que la raison a infiltr&#233; la foi d&#232;s le IIe si&#232;cle apr&#232;s le Christ si l'on s'en tient au christianisme comme exemple.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19312 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;110&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://www.tk-21.com/IMG/jpg/2_lotto.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH386/2_lotto-a7333.jpg?1772188239' width='500' height='386' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Lorenzo Lotto &#8212; Fresque de la Chapelle Suardi &#8212; Trescore Balneario
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Victoire du Christ sur le mal
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1-Le dieu bicam&#233;ral&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Le dieu bicam&#233;ral se situe en quelque sorte &#224; c&#244;t&#233; ou en retrait par rapport &#224; ces deux approches de dieu qui sont en quelque sorte li&#233;es et finalement coextensives l'une &#224; l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Le dieu bicam&#233;ral, on l'a compris, n'est ni une id&#233;e, ni une personne, ni un &#234;tre ni un concept, ni une entit&#233; ou une substance, ni une projection du psychisme humain mais une possibilit&#233; active dans le psychisme, le cerveau selon la terminologie actuelle. Il &#233;chappe aussi bien aux d&#233;finitions de la philosophie qu'&#224; celles de la th&#233;ologie. Et pourtant, probablement, il constitue le fond originaire duquel ont &#233;merg&#233; les dieux et finalement le dieu unique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Le dieu bicam&#233;ral est la puissance qui fait arriver les choses et ce qui arrive, la manifestation visuelle ou auditive d'une part et le nom donn&#233; &#224; ce qui a permis qu'un acte ait &#233;t&#233; accompli, qu'une situation ait &#233;t&#233; transform&#233;e, qu'une douleur ou une blessure ait &#233;t&#233; gu&#233;rie ou aussi qu'une destruction soit advenue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Le dieu bicam&#233;ral est le nom de ce qui a lieu dans le moment du passage entre cerveau droit et cerveau gauche et qui se propage et se manifeste n&#233;cessairement dans le champ ph&#233;nom&#233;nal, quelle que soit la forme que prenne ce ph&#233;nom&#232;ne, sensible ou imaginale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Il est l'activation et l'activit&#233;, il est la violence et le soin, il est surtout la manifestation d'un &#171; soin &#187; dirait-on aujourd'hui ou plus exactement d'une attention port&#233;e par quelque chose d'insituable, de plus grand qu'elle, &#224; la personne qui &#224; la fois existe ici et maintenant et cependant ne se per&#231;oit pas, ne se conna&#238;t pas comme personne, au sens actuel du terme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Le dieu est donc &#224; la fois le cerveau droit comme si&#232;ge potentiel identifiable apr&#232;s coup du dieu mais dans la mesure o&#249; il est en relation avec le cerveau gauche, il est la schize en tant que telle, le gouffre qui s&#233;pare ces deux &#171; entit&#233;s &#187; et ce qui, passant par elle et au-dessus d'elle, &#224; travers elle, rend possible la relation la corr&#233;lation entre des &#171; conceptions du monde &#187; ces deux &#171; entit&#233;s &#187;, ces deux fonctionnalit&#233;s distinctes apr&#232;s coup permettant aux hommes de vivre une relation moins dangereuse avec et dans l'univers qui les accueille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2- Le dieu unique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Il y a, malgr&#233; leur diff&#233;rence radicale, quelque chose de commun entre le dieu des th&#233;ologiens et celui des jud&#233;o-chr&#233;tiens, c'est le fait que ce dieu soit Un, unique et un, malgr&#233;, avec ou gr&#226;ce &#224; la multiplicit&#233; des &#233;l&#233;ments qui participent ou des noms d'entit&#233;s &#224; la fois distinctes et li&#233;es qui le composent, comme le p&#232;re, le fils et l'esprit saint, sans parler des anges et autres entit&#233;s spirituelles, des &#233;ons gnostiques par exemple, dans le christianisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Le dieu bicam&#233;ral est ind&#233;fectiblement li&#233; &#224; une situation dont la dualit&#233; constitue le fond.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Nous aurons l'occasion de d&#233;ployer une r&#233;flexion autour de ce point dans l'&#233;tude des &#233;vangiles. Rappelons simplement, &#224; travers quelques citations extraites d'un livre de l'un des deux ou trois grands philosophe fran&#231;ais vivants, &lt;i&gt;Dieu, la m&#233;moire, la techno-science et le mal&lt;/i&gt;, (Ed. LLL) de Mehdi Belhaj Kacem, comment ce dieu-un constitue encore et toujours le fond &#224; partir duquel dieu est con&#231;u, pens&#233; et pri&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; C'est bien l&#224; que se situe la singularit&#233; et la potentielle puissance heuristique du dieu bicam&#233;ral, c'est qu'il peut permettre de passer &#224; travers ou d'&#233;viter les pi&#232;ges que nous tend le dieu unique et de parvenir &#224; penser certaines des articulations conceptuelles sur lesquelles nous pensons que le monde est b&#226;ti comme transitoires et donc d'appr&#233;hender et de construire, c'est un des sens de faire des dieux, d'&#233;baucher en tout cas ce qui est peut-&#234;tre une nouvelle mani&#232;re de penser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Cette nouvelle mani&#232;re, qui existe d&#233;j&#224;, qui a des pr&#233;curseurs puissants, bien plus puissants, et sans lesquels rien de tout cela n'aurait &#233;t&#233; possible &#233;videmment, n'est pas encore parvenue &#224; s'imposer et &#224; faire exister d'une mani&#232;re plus &#233;tendue, les possibilit&#233;s dont elle est porteuse ou qui, lorsqu'on pense &#224; ces pr&#233;curseurs, n'ont pas &#233;t&#233; per&#231;u comme pouvant permettre d'inventer cette nouvelle mani&#232;re de penser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; L'enjeu est de tenter de sortir du pi&#232;ge que sont devenues pour nous la conscience et l'obsession d'une m&#233;moire int&#233;grale non en tant que telles mais en tant qu'elles ont &#233;t&#233; connect&#233;es et sont devenues les faire valoir d'obsessions paradoxales puisqu'elles allient le fantasme d'un dieu unique et tout puissant aux possibilit&#233;s non advenues de l'esprit humain qui, parce que non advenues constituent le relais de ce fantasme au point de tenter de le faire exister comme dimension nouvelle dans de la pens&#233;e, et dans ce que l'on nomme r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Un double travail s'impose, de relecture et d'invention.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Que dit ou que veut ce dieu unique &#224; l'&#233;poque qui suit sa mort annonc&#233;e et tant comment&#233;e au point qu'il nous faudrait presque croire que ces commentaires lui ont permis d'acc&#233;der &#224; une sorte de r&#233;surrection, &#224; la fois th&#233;orique et concr&#232;te socialement et plan&#233;tairement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Simplement pour ne pas perdre de vue dans quel monde nous vivons voici, sans commentaire, car nous en reparlerons dans les s&#233;ances suivantes, quelques citations extraites du livre &lt;i&gt;Dieu, la m&#233;moire, la techno-science et le mal&lt;/i&gt;, (Ed. LLL) de Mehdi Belhaj Kacem.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Ce qu'il importe de relever ici, c'est simplement le fait que cette approche de dieu rel&#232;ve int&#233;gralement du fantasme du dieu unique et tout puissant, c'est-&#224;-dire de la fiction invent&#233;e par les juifs et transform&#233;e les chr&#233;tiens, entendons par des g&#233;n&#233;rations de philosophes et th&#233;ologiens en mal de gloire th&#233;orique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Ce qu'il nous semble important de faire, c'est de partir d'une tout autre conception du dieu et dans un m&#234;me mouvement de relire et de tenter de comprendre comment le dieu unique connect&#233; &#224; la conscience a &#233;t&#233; invent&#233; et comment &#224; l'int&#233;rieur des champs infinis des commentaires et des inventions, des &#339;uvres produites par deux mill&#233;naires de culture chr&#233;tienne, on a continu&#233; de faire l'exp&#233;rience de ce dieu bicam&#233;ral, &#224; travers des manifestations incomparables, au d&#233;tour d'une extase ou d'une lecture, d'un geste ou simplement d'un chemin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Ce renversement de l'approche, du regard, du point de vue, on le dira comme on voudra, semble le seul moyen de parvenir &#224; une pens&#233;e renouvel&#233;e du dieu et cela dans la mesure o&#249; il est pens&#233; &#224; partir de notre situation actuelle, celle de la disruption analys&#233;e par Bernard Stiegler mais dans laquelle il est possible aussi de &#171; faire des dieux &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;b- Lecture du chapitre XV de l'&#201;vangile de Jean&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette r&#233;capitulation et cette synth&#232;se de ce qui a &#233;t&#233; abord&#233; depuis deux ans &#233;tait essentielle &#224; la fois pour prendre la mesure de ce qui a &#233;t&#233; acquis et pour permettre de d&#233;ployer sur un nouveau terrain une lecture renouvel&#233;e des fondements et de notre culture et de notre conception de dieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, pour le dire aujourd'hui d'un mot, nous y reviendrons en d&#233;tail la prochaine fois, si l'on veut comprendre la m&#233;connaissance ou plus exactement l'interpr&#233;tation ou la conception de dieu &#224; laquelle nous sommes attach&#233;s, croyants ou non et donc de laquelle nous sommes prisonniers, il n'y a rien de mieux que de revenir &#224; ce moment cl&#233; de notre culture pour ne pas dire de notre civilisation qu'a &#233;t&#233; la p&#233;riode pendant laquelle on a particip&#233; litt&#233;ralement &#224; l'invention d'un dieu, d'un nouveau dieu. Et sur cette invention nous avons des documents de premi&#232;res mains, les &#233;vangiles, les autres textes du nouveau testament et des textes apocryphes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et nous disposons aussi &#233;videmment d'une biblioth&#232;que quasiment infinie de textes qui ont eux &#233;t&#233; &#233;crits, par la suite, et pour un certain nombre dans les deux ou trois si&#232;cles qui ont suivi la mort du Christ et la r&#233;daction des &#233;vangiles. Ces textes nous permettent de prendre la mesure du &#171; saut quantique &#187; qui est accompli par ces penseurs philosophes et th&#233;ologiens, saut qui &#224; la fois accomplit par la parole et le texte, par le logos donc, la mutation de la posture existentielle invent&#233;e par le Christ et induit &#224; partir de cette mutation &#171; originaire &#187;, une s&#233;rie de mutations majeures, mais qui ne cesseront de s'&#233;loigner et de tenter de revenir et de s'&#233;loigner et de revenir encore &#224; la parole originaire recueillie dans ces textes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces mutations th&#233;oriques se pr&#233;sentent toutes sous la forme d'adaptations ou de transformations th&#233;ologiques cens&#233;es nous rapprocher ou nous emp&#234;cher de nous &#233;loigner voire de sauver le message et le contenu initial des paroles et des actes bref de la position existentielle du Christ. Et cependant il semblent qu'ils n'y parviennent que par l'invention de la machine de contr&#244;le des existence que va devenir l'&#233;glise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut le souligner de suite, ces textes ne cessent d'accro&#238;tre la distance qui nous s&#233;pare de l'exp&#233;rience faite non pas par les premiers chr&#233;tiens, le terme n'appara&#238;t que bien apr&#232;s la mort du Christ, mais par ceux qui ont pu accompagner le messie pendant sa vie terrestre, ou ceux qui ont &#233;t&#233; capables d'inventer une telle figure &#224; la fois novatrice dans les relations entre l'homme et son dieu, et synth&#233;tique en ce qu'elle invente une coh&#233;rence nouvelle et une posture nouvelle de l'home dans le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet &#234;tre de synth&#232;se &#224; l'aura si humaine et si puissante qu'elle semble inaccessible, cet &#234;tre qui a accompli et propos&#233; d'accomplir des exp&#233;riences hors norme et les textes qui racontent sa vie, vont servir de base pour des r&#233;flexions men&#233;es dans des communaut&#233;s en grande partie d&#233;sireuses d'une nouvelle orientation mais avant tout d&#233;sireuse de voir la promesse s'accomplir, celle de la venue imm&#233;diate d'une fin du monde tel qu'il est, tel qu'il est gouvern&#233; et celle d'un renouveau absolument complet de la structure m&#234;me de la relation homme r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les actes et les paroles d'&#234;tres d'exception, de rabbis visionnaires, d&#233;ployant des images nouvelles et puissantes, de mages comme de magiciens, comme l'&#233;poque en a fourni de nombreux auront servi de mat&#233;riaux pour cette synth&#232;se hors norme dont le destin &#233;tait plut&#244;t de finir dans l'oubli face &#224; la puissance de Rome et &#224; celle du juda&#239;sme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lecture du livre d&#233;j&#224; ancien de Jacques Lacarri&#232;re &lt;i&gt;Les hommes ivres de dieu&lt;/i&gt; suffit pour se faire une id&#233;e du bouillonnement des esprits qui vivaient &#224; cette &#233;poque autour de la Mer morte. Ce qui importe c'est de prendre acte d'une situation psychique particuli&#232;re, d'une sorte de conscience &#224; la fois aig&#252;e et confuse envahissant un grand nombre de personnes sinon tous ceux qui viennent dans cette zone au moins, d'un d&#233;sir et d'un besoin de voir &#233;merger une nouvelle approche de la situation existentielle de l'homme, celles qui existent ayant toutes fait la preuve qu'elles ne permettaient plus d'agir ou d'interagir avec les choses qui se produisent, faisant ainsi &#233;merger une appr&#233;hension insupportable du devenir humain, de leur propre devenir comme personnes, comme groupes et comme humanit&#233;. Sur tout cela nous reviendrons quand nous plongerons dans ce bassin incroyable d'id&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme &#224; chaque jour suffit sa peine, mais pour ne pas rester sans avoir ouvert une page des &#233;vangiles et afin de pr&#233;ciser &#224; grands traits la m&#233;thode de lecture bicam&#233;rale, je voudrais, aujourd'hui, simplement proposer une lecture du chapitre XV de l'Evangile de Jean et un commentaire de quelques versets qui montreront bien comment ces textes o&#249; un dieu litt&#233;ralement s'invente, sont li&#233;s et de quelle mani&#232;re au dieu ou plut&#244;t au fond psychique bicam&#233;ral qui nous int&#233;resse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1- Le chapitre 15 de l'&#201;vangile de Jean&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il importe de lire une fois au moins ce texte dans son int&#233;gralit&#233; afin d'avoir bien pr&#233;sentes &#224; l'esprits les m&#233;taphores et les all&#233;gories qui le constituent et le trament. Elles rel&#232;vent quasiment toutes d'un registre spatial, le terme spatial devant &#234;tre entendu sous plusieurs facettes et c'est pr&#233;cis&#233;ment l'articulation entre elles de ces facettes qui constitue au sens strict l'invention &#224; l'&#339;uvre dans le texte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis nous nous arr&#234;terons ensuite sur un verset le verset 24 qui a lui seul donne une indication g&#233;n&#233;rale au sujet de la lecture que nous proposerons de cet ensemble de textes. Il importe ici, de souligner que ce verset 24 peut &#234;tre reli&#233; au passage du chant IX de l'&lt;i&gt;Iliade&lt;/i&gt;, vers 312-313, vers qui permettent &#224; Platon dans son &lt;i&gt;Hippias Mineur&lt;/i&gt; de d&#233;montrer en quoi et comment la po&#233;sie est mensonge et la philosophie porteuse d'une nouvelle forme d'acc&#232;s &#224; la v&#233;rit&#233;. Le passage suivant est en 264c-264e, dans la traduction de Chambry.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;SOCRATE&lt;br class='autobr' /&gt;
IV. &#8212; C'est fort bien parler. Voyons donc : quand tu as dit qu'Achille avait &#233;t&#233; repr&#233;sent&#233; comme le meilleur, je pensais comprendre ta pens&#233;e, et de m&#234;me quand tu as dit que Nestor &#233;tait le plus sage ; mais quand tu as ajout&#233; que le po&#232;te avait repr&#233;sent&#233; Ulysse comme le plus rus&#233;, &#224; te dire la v&#233;rit&#233;, je ne comprends pas du tout ce que tu veux dire par l&#224;. Dis-moi donc, pour voir si maintenant je comprendrai mieux, si Achille n'a pas &#233;t&#233; repr&#233;sent&#233; par Hom&#232;re comme un homme rus&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;HIPPIAS&lt;br class='autobr' /&gt;
Pas du tout, Socrate, mais comme tr&#232;s simple et tr&#232;s sinc&#232;re, et la preuve, c'est que dans les Pri&#232;res, quand il les fait converser ensemble, il fait ainsi parler Achille &#224; Ulysse : &#171; Fils de La&#235;rte, issu de Zeus, ing&#233;nieux Ulysse, il faut te dire mon intention sans d&#233;tour, comme je l'ex&#233;cuterai et comme je crois qu'elle s'accomplira ; car je hais &#224; l'&#233;gal des portes d'Had&#232;s celui qui cache une chose dans son esprit et en dit une autre. Pour moi, je vais dire ce qui sera accompli. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2 - Les m&#233;taphores spatiales&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le champ, le sarment et la vigne, &#233;l&#233;ments de la r&#233;alit&#233; quotidienne sont mis en relations avec une autre dimension elle aussi spatiale, celle de l'int&#233;riorit&#233; et donc de la distinction entre une int&#233;riorit&#233; et une ext&#233;riorit&#233;. On verra aussi que cette ext&#233;riorit&#233; sera comme divis&#233;e en deux l'une qui sera le doublet de l'int&#233;riorit&#233; acquise ou trouv&#233;e en soi et l'autre qui sera appel&#233;e le monde et qui sera comme rejet&#233;e, ostracis&#233;e, bref transform&#233;e en un espace qu'il faut &#233;viter de parcourir &#224; tout prix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il y a un principe de dualit&#233; affirm&#233;e qui gouverne tout le texte et qui est contenu dans le premier verset &lt;i&gt;&#171; moi je suis la vigne, la vraie et mon p&#232;re c'est le vigneron. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et il est difficile de ne pas interpr&#233;ter ou de ne pas envisager une lecture &#171; bicam&#233;rale &#187; quand on se penche sur ces deux personnes. Cela ne signifie pas de calquer p&#232;re et fils sur cerveau droit et cerveau gauche dans une version simplifi&#233;e de la th&#232;se de Jaynes, mais bien d'entendre ce qui se dit : il y a une relation entre le Christ et une figure qu'il nomme le p&#232;re qui ressemble &#224; celle qui eut exister entre un homme bicam&#233;ral et son dieu. &#192; ceci pr&#232;s qu'il SAIT qu'il porte en lui ce dieu ou que ce dieu est en relation directe avec lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ce sch&#233;ma d&#233;coulent tous les autres, par analogie, des analogies toujours plus distendues par rapport au mod&#232;le mod&#232;le qu'il s'agit de ne jamais quitter, dont il s'agit de ne jamais s'&#233;loigner trop, car un trop grand &#233;loignement d&#233;truirait ou affaiblirait la puissance de l'analogie et ferait perdre &#224; l'interlocuteur la r&#233;v&#233;lation dont elle est porteuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3- La m&#233;taphore du sarment et l'invention de l'int&#233;riorit&#233; psychique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a donc un champ et une vigne mais avant que de d'en venir &#224; l'espace que constitue un champ et une vigne, le texte part du sarment c'est-&#224;-dire de la fonction de la vigne qui est de donner des grappes et de ce qu'elle produit aussi &#224; savoir des sarments des pousses sans fruit. Les actions du vigneron sont rapport&#233;es par analogie &#224; celle de la parole c'est-&#224;-dire &#224; la fonction &#224; la fois gnos&#233;ologique et r&#233;v&#233;latrice de la parole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On est au plus pr&#232;s de ce que Burroughs disait au sujet de la dimension magique de la parole : le but de l'&#233;criture est de faire arriver les chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce qui se produit dans ce premier moment, c'est l'&#233;tablissement d'un partage qui va &#234;tre ensuite appliqu&#233; au psychisme, un partage entre deux espaces, l'un qui sera associ&#233; &#224; l'int&#233;riorit&#233; psychique et qui est la vigne en tant qu'elle est &#224; la fois le cep et le champ qui porte des grappes et l'autre qui sera tout ce qui est hors de la vigne, espace dans lequel on jette les rebuts ou que 'on associe avec ce qui n'est pas productif de fruits, ce qui n'est pas vivant, et qui sera associ&#233; &#224; l'ext&#233;riorit&#233; psychique, qui sera appel&#233;e le monde et associ&#233;e au mal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'espace d'accueil, la vigne, l'int&#233;riorit&#233; psychique donc est cependant pr&#233;sent&#233; comme porteur d'un trouble qu'il faut &lt;i&gt;clarifier&lt;/i&gt; (3). Ainsi l'espace de la vigne et le partage entre vigne et sarment, ou bon et mauvais sarment, porteur et non porteur de fruits, est la m&#233;taphore qui permet de poser et de faire exister un partage symbolique ou abstrait qui lui concerne la psych&#233; m&#234;me, le en moi et hors de moi, par assimilation entre vigne et christ, entre espace et int&#233;riorit&#233; enveloppante fonctionnant &#224; la fois au-dessus de l'individu et en lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est cette complexit&#233; lexicale et m&#233;taphorique qui assure l'efficacit&#233; du texte et l'assimilation d&#233;cal&#233;e de (5) : &lt;i&gt;&#171; moi je suis la vigne et vous les sarments &#187;&lt;/i&gt;, distinction qui relance le partage sur un nouveau plan, celui qui d&#233;termine la relation entre le Christ et les hommes comme deux plans parall&#232;les &#224; la fois &#233;quivalents et distincts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La jeu se prolonge avec l'ajout d'une double exigence de proximit&#233; en moi, hors de moi (5) et avec moi et s&#233;par&#233; de moi (5).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le glissement propos&#233; par (6) permet d'effectuer un lien qui sera ind&#233;l&#233;bile entre le dehors et le mal &#224; travers donc l'image du terrain vivant la vigne et du terrain mort et ind&#233;fini l&#224; o&#249; l'on rejette les sarments morts pour les br&#251;ler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le texte &#233;tablit ensuite un nouveau parall&#232;le entre Christ homme vigne sarment et parole et d&#233;finit la parole retenue dans l'int&#233;riorit&#233; au plus pr&#232;s du dieu donc comme cet homme le Christ est au plus pr&#232;s du dieu comme accomplissement ou possibilit&#233; du devenir acte de ce qui sera alors formul&#233; ou demand&#233;. &#171; &lt;i&gt; oui, cela vous arrivera. &#187;&lt;/i&gt; (7)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On est au plus pr&#232;s de la parole magique vue par Burroughs et d'autres !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est bien cela qu'il s'agit de tenter de d&#233;terminer, de d&#233;finir et de comprendre, cette potentialit&#233; contenue dans la parole que ce qu'elle &#233;nonce puisse advenir. On ne peut pas s'emp&#234;cher de dire advenir dans la r&#233;alit&#233;, mais en fait on voit bien qu'il s'agit de la r&#233;alit&#233; en tant qu'elle est tress&#233;e avec la r&#233;alit&#233; psychique qui, elle, est invention verbale. Et ce n'est pas tant Ce qui peut arriver qui importe que LE FAIT QUE CELA ARRIVE ou ADVIENNE.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19313 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;110&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://www.tk-21.com/IMG/jpg/3_lotto.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH388/3_lotto-2d3cc.jpg?1772188239' width='500' height='388' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Lorenzo Lotto &#8212; Fresque de la Chapelle Suardi &#8212; Trescore Balneario
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Victoire du Christ sur le mal
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;4- Fonction de la joie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec le verset (8) on est &#224; un moment de pause dans le texte, on va changer de th&#232;me et donc on va d&#233;placer l'analogie ou la faire travailler autrement en &#233;largissant le champ, dans tous les sens du terme, ce qui va conduire &#224; pr&#233;ciser que la relation Christ-hommes se d&#233;ploie aussi par analogie dans les relations que peuvent ou doivent avoir les hommes entre eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce qui constitue le nerf de ces passages, c'est bien les pr&#233;cisions m&#233;taphoriques qui sont donn&#233;es sur l'effectuation, sur ce qui advient, sur la mani&#232;re de faire arriver les choses et sur ce que sont les choses qui arrivent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un retour sur le parall&#232;le entre la relation Christ-hommes ou hommes-Christ (rester dans mon amour) et la relation Christ-p&#232;re, donc homme dieu au sens bicam&#233;ral, va permettre d'indiquer CE QUI circule, et qui a nom ici LA JOIE. La joie, c'est la manifestation ou la r&#233;ponse imm&#233;diate &#224; une situation mondaine v&#233;cue et pens&#233;e non pas comme tragique au sens grec mais comme vou&#233;e au mal, au chaos et due la d&#233;r&#233;liction, &#224; cette solitude morale, due &#224; un sentiment d'abandon, en particulier par rapport &#224; Dieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le joie va s'imposer comme le vecteur immat&#233;riel de la relation affective r&#233;alis&#233;e, effective et efficace entre hommes et Christ, hommes et hommes, hommes et dieu. Il n'est pas interdit de voir dans cette &#171; joie &#187; une sorte de reliquat de la puissance d'efficacit&#233; du dieu bicam&#233;ral dont les interventions &#233;taient porteuses de salut, autrement dit de joie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ceci pr&#232;s que ce qui advient l'est comme traduction d'un constat de n&#233;cessit&#233; qui prend la forme d'un commandement (12), commandement qui est l'un des plus connus de ce qui deviendra le christianisme et qui appara&#238;t ici dans sa forme et sa formulation originelle et dont en g&#233;n&#233;ral on omet la partie finale : &lt;i&gt;&#171; aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aim&#233;s &#187;&lt;/i&gt; (12) Ce &#171; comme &#187; fait toute la diff&#233;rence avec la m&#234;me formulation, telle qu'on la r&#233;p&#232;te aujourd'hui &#224; l'envi et qui omet le &#171; comme &#187; ou le consid&#232;re comme allant de soi. Mais son absence dans les formulations courantes de la pastorale, indique un glissement qui se fera il est vrai plus tard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est le verset (10) qui d&#233;termine la strat&#233;gie g&#233;n&#233;rale car le comme est un comme relatif &#224; une action &#171; comme j'ai veill&#233; sur les commandements de mon p&#232;re... &#187; (10) et sur une injonction &#224; ne pas s'&#233;loigner &#224; ne pas quitter cette proximit&#233;. Et on sait que c'est sans doute la chose la plus difficile ou qui va induire l'ensemble des r&#233;flexions relatives au mal comme s'instaurant par la distance prise avec le dieu en moi, le dieu en chacun, l'&#234;tre pr&#232;s du dieu qu'a pratiqu&#233; le Christ.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;5- Proximit&#233; et distance : sur la relation dieu / homme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux m&#233;taphores spatiales li&#233;es &#224; l'espace comme dimension mat&#233;rielle et &#224; la relation int&#233;riorit&#233;-ext&#233;riorit&#233;, s'ajoute une m&#233;taphore spatiale &#233;voquant la proximit&#233; et la distance ou l'&#233;loignement, m&#233;taphore qui aura de belles heures devant elle. C'est elle qui d&#233;termine en effet la modulation des relations homme dieu ou dieu homme, puisque l'un semble chercher &#224; &#233;chapper &#224; l'autre mais que l'autre le dieu semble aussi, ce sera le cas chez Pascal, s'&#234;tre &#233;loign&#233; des hommes dans un mouvement &#233;quivalent, parall&#232;le, les deux d&#233;coulant en quelque sorte de cette m&#233;taphore originaire puisque l'on ne peut pas ignorer que ce passage autour du &lt;i&gt;&#171; aimez vous les uns les autres &#187;&lt;/i&gt; a &#233;t&#233; l'un des plus importants dans les pr&#233;ceptes diffus&#233;s par la suite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un nouveau moment appara&#238;t autour des notions d'amour et d'amiti&#233; et qui finalement d&#233;terminent les relations hommes Christ comme &#233;tant une relation de d&#233;pendance invers&#233;e qui soulage les hommes du poids du choix et de la d&#233;cision les lib&#232;re de cette responsabilit&#233; mais les enferme dans une d&#233;pendance affective forte. Cependant le verset (16) fait retour sur les m&#233;taphores du d&#233;but, celle du fruit et de la vigne et celle de l'attente implicite-explicite qui est celle des hommes face au dieu et qui quoique formul&#233;e par le th&#232;me du don est en fait une attente d'effectivit&#233;, de r&#233;alisation, en vue de l'obtention de ce qui est demand&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes encore tr&#232;s pr&#232;s du monde magico-bicam&#233;ral, des attentes comme &#233;tant des attentes de transformation ou de transmutation de soi par le dieu plus encore que d'obtention de &#171; quelque chose &#187; de concret.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est demand&#233; est implicite, mais il s'agit de la joie ou si l'on veut de la transformation hic et nunc de la relation que l'on a au monde et donc du monde. Mais on sait que cela ne peut pas &#234;tre aussi simple et que l'attente est aussi une attente d'une transformation du monde de l'injustice de ce monde et donc d'une reprise en main, par le dieu, de l'&#233;tat des choses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;6- Les dangers du &#171; comme &#187; et le risque de la connaissance&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dernier moment de ce chapitre 15 est celui qui va d&#233;finir les effets, les cons&#233;quences, pour ceux qui vont se soumettre au commandement et ces cons&#233;quences sont n&#233;gatives, voire terribles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le point de d&#233;part reste l'analogie entre ce que vont devoir accepter et vivre les hommes et ce que le Christ a v&#233;cu, analogie renforc&#233;e par celle qui est instaur&#233;e entre la relation hommes-Christ et la relation Christ-dieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On instaure ainsi, &#224; bas bruit un &#233;cart de type &#171; temporel &#187; au sens o&#249; il y a un avant, ce que le Christ a v&#233;cu et un apr&#232;s qui est &#224; la fois un maintenant et un &#224; venir dans la mesure o&#249; la venue du Christ n'a pas permis de faire advenir pour tous l'apocalypse, la r&#233;v&#233;lation, entendons la reprise en main du mal et du monde par le dieu. Cet &#233;cart constitue au sens strict la formule temporelle qui sert de fondement au futur christianisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui importe dans cette double analogie l&#233;g&#232;rement d&#233;cal&#233;e, c'est que de la m&#233;taphore esclave-ma&#238;tre on est pass&#233; &#224; la m&#233;taphore ami-(&#233;coute du) p&#232;re (15) et (20). Mais ce qui emporte le raisonnement, c'est encore et toujours la relation Christ-p&#232;re c'est-&#224;-dire homme-dieu bicam&#233;ral comme mod&#232;le ind&#233;passable. Ce qui fonde la relation c'est l'ob-audire, la capacit&#233; &#224; entendre la voix du dieu et &#224; se soumettre &#224; son message.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224; o&#249; elle &#233;tait comme non consciente &#224; l'&#233;poque bicam&#233;rale, mais consid&#233;r&#233;e comme effective et salvatrice, cette &#233;coute, cette entente est en train, sous nos yeux, de devenir consciente. Et devenir conscient signifie ou implique que l'&#233;cart entre la situation stressante et la manifestation du dieu, se transforme en &#233;cart entre une attente et une r&#233;ponse, un r&#233;sultat. Et que dans cet &#233;cart, l'homme devient &#224; la fois celui qui vit cette attente et celui qui en recevra les b&#233;n&#233;fices &#224; partir d'une soumission au dieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier point marquant c'est donc que l'inconscience ou la non-conscience est devenue un &#233;tat impossible. L'analogie hommes-Christ, christ-dieu et la relation Christ-hommes au sens des autres hommes, ceux qui ne le reconnaissent pas, prend litt&#233;ralement la place de cette inconscience en quoi consistait la r&#233;ponse du dieu &#224; l'attente du h&#233;ros.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les autres hommes sont ceux qui vont se retourner contre ceux qui entendent la parole du Christ et donc du dieu, ceux qui n'ont pas entendu cette parole, n'ont pas reconnu cette voix et se sont retourn&#233;s contre ceux qui en t&#233;moignent par leur foi parce qu'ils disposent encore de structures de pouvoir politiques ou religieuses pour faire r&#233;gner &#171; leur &#187; conception du dieu et de la relation au dieu.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19315 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;80&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://www.tk-21.com/IMG/jpg/5_lotto.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH290/5_lotto-75e4d.jpg?1680454946' width='500' height='290' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Lorenzo Lotto &#8212; Fresque de la Chapelle Suardi &#8212; Trescore Balneario
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;7- La conscience, la schize et l'angoisse&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; que dans ce texte, on parvient &#224; un &#233;nonc&#233; attribu&#233; au Christ &#224; une parole du Christ donc, et qui fonctionne, ici, comme une r&#233;v&#233;lation de ce qui constitue le fond m&#234;me sur lequel na&#238;t et va croitre ce qui deviendra le christianisme et qui n'est pour l'instant que la mise en sc&#232;ne d'une r&#233;v&#233;lation essentielle qu'il faut interpr&#233;ter comme &#233;tant celle de l'in&#233;vitable existence d&#233;sormais de quelque chose comme une distance infranchissable entre la parole &#233;mise et le parole entendue. C'est cela qui fait qu'il n'y a pas ou plus d'imm&#233;diatet&#233; au sens strict, d'absence de m&#233;diation, qui &#233;tait la seule garantie d'un acc&#232;s direct &#224; la parole du dieu en soi et &#224; la correspondance entre ce que l'on faisait de cette parole et ce qu'elle disait, c'est-&#224;-dire nous disait de faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes l&#224; face &#224; la reconnaissance de la structure de base de ce qui deviendra &#171; la conscience &#187;, structure qui va se d&#233;ployer et se construire &#224; travers les si&#232;cles mais qui se manifeste comme une donn&#233;e ind&#233;passable incontestable, et qui tient dans ces versets 22-23-24, que voici :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Si je n'&#233;tais pas venu et ne leur avais pas parl&#233; ils n'auraient pas connus de manque (p&#233;ch&#233;). Mais maintenant ils n'ont plus d'alibi &#224; leur manque (p&#233;ch&#233;). Qui me hait, hait aussi le p&#232;re. Si je n'avais pas fait parmi eux les actions que personne d'autre n'a faites, ils n'auraient pas eu de manque. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que Fr&#233;d&#233;ric Boyer traduit par manque est traduit en g&#233;n&#233;ral par p&#233;ch&#233; dans les traduction plus &#339;cum&#233;niques. Il faut cependant pousser les choses un peu plus loin et entendre dans le manque, non tant quelque chose qui tendrait &#224; asseoir la l&#233;gitimit&#233; de la psychanalyse que ce que &#224; partir de Jaynes il est devenu possible d'appeler la schize, cette structure ind&#233;passable du psychisme contre laquelle toutes les tentatives post-bicam&#233;rales ont lutt&#233; pour l'effacer, la nier, la faire dispara&#238;tre et qui ne cesse non seulement de r&#233;appara&#238;tre mais de se manifester ; c'est-&#224;-dire de montrer qu'elle n'a jamais disparu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La schize, c'est donc le nom de l'&#233;cart imprescriptible entre les deux h&#233;misph&#232;res c&#233;r&#233;braux, entre les deux grands fonctionnalit&#233;s c&#233;r&#233;brales d&#232;s lors qu'il est per&#231;u ou appr&#233;hend&#233; m&#234;me de mani&#232;re implicite. Une fois nomm&#233;, et c'est que fait ici le Christ, cet &#233;cart devient un obstacle en quelque sorte infranchissable ou qu'il faudra franchir mais dont la seule mani&#232;re de le faire sera de le faire en le niant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cela viendra juste apr&#232;s cette puissante invocation christique, car ce que dit le Christ c'est la n&#233;cessit&#233; de prendre acte de l'existence de cet &#233;cart et d'aller chercher en soi-m&#234;me dans la confiance que l'on peut et doit avoir dans le dieu le moyen de passer par-dessus lui pour acc&#233;der &#224; la r&#233;alisation de la parole &#224; la parole effective au logos qui fait advenir ce qui est dit voulu ou souhait&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce qu'il SAIT, lui le Christ et donc ce qu'il ne peut pas NE PAS ajouter, c'est que ce saut par dessus le gouffre, gouffre qui prendra la forme du doute, est aussi un saut par-dessus la faiblesse qui est en chaque homme, une sorte de &#171; manque &#224; croire &#187; pourrait-on dire. Lorsqu'il s'adresse au dieu ou cherche &#224; entendre ce qu'il lui dit et &#224; se soumettre &#224; cette voix qui doit le sauver, l'homme comprend qu'il doit effectuer un saut qui est per&#231;u comme impossible tant le gouffre est lui-m&#234;me per&#231;u comme incommensurable. et d'une certaine mani&#232;re il a peur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#202;tre conscient, c'est voir et savoir que ce que l'on esp&#232;re ou attend ou appelle de ses v&#339;ux, on doit l'accomplir, mais l'accomplissement n'est pas garanti et cette absence de garantie, cette discontinuit&#233; devenue perceptible &lt;i&gt;&#171; entre le je veux et l'accomplissement de l'acte &#187;&lt;/i&gt; comme le dira Nietzsche dans &lt;i&gt;La g&#233;n&#233;alogie de la morale&lt;/i&gt;, est le creuset de toutes les peurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pire de toutes les angoisses, pire encore de L'ANGOISSE originaire qui saisit les hommes lorsqu'ils commencent &#224; comprendre que ces dieux qui les aidaient, le faisaient parce qu'ils ne pouvaient pas, eux les hommes, intervenir eux-m&#234;mes &#224; ce moment-l&#224; pour r&#233;soudre ce probl&#232;me-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La distance entre un homme comme l'est chacun de ceux qui cherchent &#224; entrer en contact avec le dieu, et le dieu, cette distance est per&#231;ue comme une distance infranchissable. Et infranchissable, elle l'est non seulement de mani&#232;re m&#233;taphoriquement &#171; spatiale &#187; mais aussi parce que l'homme voit qu'il existe une diff&#233;rence de potentiel entre un p&#244;le positif absolu le dieu et ce qui deviendra finalement un p&#244;le n&#233;gatif, lui l'homme cet &#234;tre de chair faillible et peccable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Christ est &#224; la fois celui qui va r&#233;v&#233;ler qu'il est possible encore et toujours d'entrer en relation avec le dieu, mais aussi celui qui, au vu de la mutation psychique en cours depuis quatre ou cinq si&#232;cles, SAIT que cette relation ne peut &#234;tre &#233;tablie ou v&#233;cue que sous condition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;8- L'invention du p&#233;ch&#233; comme &#171; n&#233;gation &#187; de la schize&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui deviendra le christianisme va consister en une tentative jamais close de remplir l'&#233;cart entre le dieu et les hommes en inventant des ponts cens&#233;s permettre d'&#233;tablir un ou des passages continus entre le dieu et l'homme. Ainsi, on va assister &#224; une prolif&#233;ration d'inventions verbales, psychiques et comportementales, inventions qui vont cependant &#224; chaque fois promettre l'&#233;tablissement des ces ponts et les rendre impossibles par l'accumulation de conditions n&#233;cessaire &#224; leur franchissement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que dit le verset 24, &lt;i&gt;&#171; Si je n'avais pas fait parmi eux les actions que personne d'autre n'a faites, ils n'auraient pas eu de manque &#187;&lt;/i&gt; est &#224; la fois la chose la plus belle puisqu'elle t&#233;moigne de l'efficacit&#233; possible de la relation homme dieu, qui est comme on le verra par la suite bas&#233;e sur une confiance absolue, et la plus terrible puisqu'elle t&#233;moigne de l'impossibilit&#233; pour chacun d'acc&#233;der &#224; la puissance psychique dont, pourtant, chacun potentiellement est cens&#233; pouvoir disposer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il va rester de ce jeu analogique l'activation de la puissance psychique dans un cadre restreint mais dont la limite ne sera pas appr&#233;hend&#233;e comme telle au contraire. On en fera le cadre extensible &#224; l'infini d'une entreprise singuli&#232;re, celle qui permet de vivre COMME le Christ, de faire COMME le Christ, bref d'&#202;TRE sinon le Christ, du moins d'&#234;tre COMME le Christ, c'est-&#224;-dire &#233;lev&#233; &#224; la hauteur n&#233;cessaire pour rencontrer et entrer en contact directement avec le dieu et cela sans que soit garanti le fait de parvenir &#224; ce que cela ait lieu : cette exp&#233;rience d'une union avec le dieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tenue pour la chose la plus d&#233;sirable, cette &#171; chose &#187; sera pos&#233;e comme la plus impossible ou improbable et cette impossibilit&#233; m&#234;me servira de base &#224; l'&#233;tablissement de r&#232;gles infinies seules capables de garantir sinon l'acc&#232;s au dieu du moins l'approche du dieu. mais &#224; quel prix !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce verset 24 t&#233;moigne du niveau de conscience atteint &#224; l'&#233;poque de la r&#233;daction du texte, car il ne dit rien d'autre que si on ne savait rien ce que l'on ignore n'existerait pas mais d&#232;s lors qu'on le sait, c'est-&#224;-dire qu'on en a entendu parl&#233;, alors LA CHOSE existe et cette chose ce n'est pas dieu mais la schize, le manque, le p&#233;ch&#233; qui n'est pas d'abord le nom d'un mal inh&#233;rent mais celui d'une faille structurelle, d'une impossibilit&#233; li&#233;e au fonctionnement psychique lorsque le cerveau bicam&#233;ral a &#233;t&#233; remplac&#233; par un cerveau conscient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que nous donnent &#224; VOIR directement les &#233;vangiles et la figure du Christ, c'est le psychisme en train de muter et la mani&#232;re dont il mute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la prise de conscience si l'on veut, ou le d&#233;but d'une prise de conscience qui est &#224; la fois d&#233;j&#224; l&#224; et qui n'aboutit jamais &#224; une &#171; d&#233;cision &#187;, de ce que le pi&#232;ge, le gouffre la schize est &#171; en &#187; chacun de nous et qu'elle est le creuset de notre addiction au langage et de notre incapacit&#233; &#224; lui &#233;chapper.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Savoir qu'on sait ne prot&#232;ge de rien au contraire cela ouvre sur le gouffre et l'angoisse et oblige &#224; fuir au plus loin et le Christ est celui qui a su faire face &#224; ce gouffre et qui a su apporter une &#171; r&#233;ponse &#187; &#224; cette situation, r&#233;ponse qui se r&#233;v&#232;lera trop intenable pour &#234;tre pratiqu&#233;e mais suffisamment puissante pour inspirer dans sa dilution des inventions verbales et comportementales nombreuses jusqu'&#224; aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi &#224; partir de ce point on pourra reprendre &#224; nouveaux frais des &#233;l&#233;ments qui semblent accept&#233;s par tous comme r&#233;f&#233;rences implicites, comme le p&#233;ch&#233; originel ou la tour de Babel, et l'on verra que si on tente de les comprendre &#224; partir de cette situation d'angoisse et d'addiction &#224; la langue elles changeront de signification. Il sera alors possible peut-&#234;tre de transformer notre regard sur le mal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;9- Le coup de gr&#226;ce &#224; l'esp&#233;rance&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le coup de gr&#226;ce vient aussit&#244;t (24-25) qui fait savoir le prix &#224; payer pour acc&#233;der au dieu dans un nouveau r&#233;gime psychique, &#224; savoir d'&#234;tre ha&#239; COMME l'a &#233;t&#233; le Christ.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et le salut recouvre cette angoisse annonc&#233;e par une promesse renouvel&#233;e, celle de la possibilit&#233; de recouvrer le lien direct au dieu, &#224; dieu, au p&#232;re directement sans m&#234;me avoir &#224; passer par le fils qui accomplira la promesse et s'effa&#231;ant une fois l'acte accompli. Mais ce qu'il faut entendre se situe en-de&#231;a des m&#233;taphores p&#232;re-fils-souffle, m&#234;me si cela ne peut &#234;tre dit sans elles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce souffle que le Christ promet d'envoyer &#224; chacun ou SUR chacun n'est pas autre chose que le r&#233;tablissement d'un lien direct homme-dieu ou dieu-homme, lien direct qui &#171; t&#233;moignera pour moi &#187; dit le texte, ce qui implique que le message dont le Christ est porteur est bien celui d'une possibilit&#233; imm&#233;diate, &#224; la fois au sens d'absence de m&#233;diation et au sens d'un ici et maintenant, non pas d'entrer en relation avec le dieu comme avec une entit&#233; ext&#233;rieure, mais de vivre la pr&#233;sence ou la manifestation du dieu, d'&#234;tre donc aupr&#232;s de lui, aupr&#232;s de dieu comme le Christ ne cessera de dire et de r&#233;p&#233;ter qu'il l'est, lui aupr&#232;s de dieu ou dieu aupr&#232;s de lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En attendant ce moment, l'attente est le seul rem&#232;de, l'attente et le t&#233;moignage de cette foi que cela est possible et que cela aura lieu, l&#224; maintenant ou si bient&#244;t que ce n'est pas alors une attente mais une simple respiration entre l'annonce par lui le Christ et le devenir effectif de la parole de ce qu'elle annonce de ce dont elle est porteuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il nous est difficile de nous repr&#233;senter que cette attente &#233;tait v&#233;cue encore &#224; l'&#233;poque de la r&#233;daction de ces textes comme une simple formalit&#233; puisque l'effectuation de la promesse ne devait pas durer plus que quelques jours, mois, ann&#233;es...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait ce qu'il est advenu de cet &#233;cart, il s'est transform&#233; un gouffre temporel et psychique insurmontable. Et l'on voit bien qu'on a toujours un mal fou &#224; se remettre de cette impossibilit&#233; de le franchir m&#233;taphoriquement et par l'exp&#233;rience faudrait-il dire, m&#234;me si, depuis l'annonce, des hommes et des femmes, nombreuses et nombreux, seront parvenus &#224; faire l'exp&#233;rience d'une proximit&#233; avec le dieu, exp&#233;rience qui, pour l'&#233;glise qui sera devenue le corps de dieu, appara&#238;tra suspecte, mais qu'elle devra aussi accepter et reconna&#238;tre comme &#233;tant la preuve de ce que la parole du Christ n'&#233;tait ni mensong&#232;re, ni vaine.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19316 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;54&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://www.tk-21.com/IMG/jpg/6_lotto.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH292/6_lotto-affd9.jpg?1680454946' width='500' height='292' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Vue de la Chapelle Suardi &#8212; Trescore Balneario
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conclusion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le territoire qui s'ouvre avec le christianisme et le champ d'exp&#233;riences si diverses et si li&#233;es malgr&#233; leur diversit&#233; sont tels qu'il nous incitent &#224; accepter de repenser le dieu non pas &#224; partir des textes ou des seuls textes, mais des exp&#233;riences v&#233;cues au sujet desquelles nous avons des t&#233;moignages et des r&#233;flexions ou constructions th&#233;ologiques ou m&#233;taphysiques diverses qui toutes, parfois malgr&#233; elles et souvent sans tout &#224; fait oser aller au bout de leurs ambitions, nous permettront de voir combien cette &#171; approche bicam&#233;rale &#187; permet d'infl&#233;chir et notre conception du dieu et permet de repenser ce &#224; quoi l'injonction &#171; faire des dieux &#187; nous invite, nos capacit&#233;s d'invention.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Frontispice : Le Christ au jardin des Oliviers &#8212; Eug&#232;ne Delacroix (Petit Palais, Paris)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>Faire des dieux &#8212; X</title>
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		<dc:date>2023-03-01T11:47:45Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Louis Poitevin</dc:creator>


		<dc:subject>dieu</dc:subject>
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		<dc:subject>Philosophie</dc:subject>
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		<description>&lt;p&gt;Ce &#224; quoi nous allons faire face aujourd'hui, ce sont des exp&#233;riences extr&#234;mes qui vont nous offrir les points limites d'une possible nouvelle &#171; topique &#187; de la psych&#233;.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://www.tk-21.com/2021-2022-Faire-des-Dieux" rel="directory"&gt;2021-2022 Faire des Dieux&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.tk-21.com/dieu" rel="tag"&gt;dieu&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tk-21.com/litterature" rel="tag"&gt;litt&#233;rature &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tk-21.com/peinture" rel="tag"&gt;peinture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tk-21.com/Philosophie" rel="tag"&gt;Philosophie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tk-21.com/post-histoire" rel="tag"&gt;post-histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tk-21.com/Recit" rel="tag"&gt;R&#233;cit&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH100/arton2238-1ac22.jpg?1772188239' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ce &#224; quoi nous allons faire face aujourd'hui, ce sont des exp&#233;riences extr&#234;mes qui vont nous offrir les points limites d'une possible nouvelle &#171; topique &#187; de la psych&#233; et un renouvellement de notre approche tant des conditions de la perception que des formes de la transmission. Nos guides se nomment Martin Buber et William Burroughs.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;iframe src=&#034;https://player.vimeo.com/video/803580589?h=48f9fb09ad&#034; width=&#034;640&#034; height=&#034;360&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;autoplay; fullscreen; picture-in-picture&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Introduction&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nous arrivons au terme d'un parcours et d'une recherche qui a port&#233; sur le rep&#233;rage des figures de la schize et des dieux, de leur manifestations diverses, de Hom&#232;re &#224; aujourd'hui et nous avons pu voir comment cette schize pouvait &#234;tre active dans la pens&#233;e &#224; diff&#233;rents moments de l'histoire, et comment ces dieux s'activaient ou s'inventaient souvent avec des accents proches malgr&#233; les diff&#233;rences entre les exemples &#233;tudi&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La prochaine &#233;tape sera une plong&#233;e dans le christianisme qui constitue un excellent exemple de ce que peut vouloir dire l'expression provenant, rappelons-le, de Bergson et reprise par Stiegler, faire des dieux puisque avec ses commencements bien rep&#233;r&#233;s, nous pouvons &#233;tudier comment en Palestine, il y a deux mille ans, des groupes assez restreints de gens ont en effet &#171; invent&#233; &#187; un dieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, il importe de tenter de pr&#233;senter un peu le bilan de cette recherche et de voir ce qu'elle a pu nous apporter. Pour cela rien de mieux que de s'appuyer, comme toujours, sur des exemples pr&#233;cis d'auteurs et d'&#339;uvres qui nous ouvrent des portes sur des zones que l'on pressentait mais auxquelles nous ne savions pas toujours comment acc&#233;der.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois choses nous importent particuli&#232;rement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re c'est celle de l'exp&#233;rience. Nous l'avons &#233;voqu&#233;e, d&#232;s le s&#233;minaire II, intitul&#233; &lt;i&gt;Nous sommes tous bicam&#233;raux !&lt;/i&gt; et qui a eu lieu en novembre 2021. Voici ce qui a &#233;t&#233; relev&#233; au d&#233;but de la s&#233;ance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le livre de Jean-Claude Bologne, (qu'il soit ici salu&#233;), intitul&#233; &lt;i&gt;Une mystique sans dieu&lt;/i&gt;, &#224; la page 152, sonne et r&#233;sonne une question : &#171; C'est la question que pose l'encyclique Pascendi : si la foi doit &#234;tre fond&#233;e sur une exp&#233;rience personnelle, que se passe-t-il pour ceux qui n'en jouissent pas ? &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce que nous allons &#233;voquer aujourd'hui, &#224; travers l'examen de trois champs d'exp&#233;rience, celui de l'extase, de la drogue et de la conversation. La question de savoir ce qu'il advient de ceux qui ne parviennent pas &#224; avoir une exp&#233;rience &#171; directe &#187; du dieu, avec le dieu, mais de comprendre de plus pr&#232;s ce que cela implique pour ceux qui y parviennent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous dessinons ici un point de m&#233;thode important. Il ne faut jamais perdre de vue que l'humanit&#233; est une entit&#233; variable mais qui s'est constitu&#233;e et d&#233;ploy&#233;e &#224; partir de ce qu'il faut bien appeler la moyenne. Et une moyenne, nous le savons est un compos&#233; de choses diverses, d'exp&#233;riences diverses donc qui vont des plus simples et partag&#233;es par tout un chacun, aux choses les plus extr&#234;mes que seuls de rares individus ou groupes parviennent &#224; faire et &#224; partager. Elle est le r&#233;sultat d'un &#171; calcul &#187; implicite qui est fait par le groupe ou l'esp&#232;ce en vue de sa survie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici, nous allons mettre au c&#339;ur de nos investigations des positions extr&#234;mes, parce qu'elles seules parviennent &#224; &#233;clairer, &#224; r&#233;v&#233;ler, &#224; faire appara&#238;tre les biais, les d&#233;nis, les aveuglements divers dans lesquels nous nous tenons lorsque nous nous contentons de d'exister dans le champs des exp&#233;riences de basse intensit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre point de m&#233;thode appara&#238;t aussit&#244;t. Il concerne la possibilit&#233; ou non de communiquer ou de partager ce que l'on appelle une exp&#233;rience et donc le statut &#224; accorder &#224; la langue ou au langage. Et l'on sait que si certaines peuvent l'&#234;tre au moins partiellement, il n'en pas de m&#234;me pour les exp&#233;riences de haute intensit&#233; comme celle que vivent les mystiques par exemple. C'est donc aux portes de l'incommunicable qu'il faut venir frapper et voir &#171; qui &#187; va nous ouvrir ou &#171; ce qui &#187; va se montrer, une fois la porte entrouverte. C'est donc la fonction du langage, et surtout ses limites quant &#224; la transmission de &#171; donn&#233;es exp&#233;rimentales de haute intensit&#233; &#187; qu'il va falloir tenter de cerner ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a longuement &#233;voqu&#233; le fait qu'il existait une sorte de flou entre ce qu'&#233;tait et ce que n'&#233;tait pas la conscience. Et cela doit nous conduire &#224; tenter de revisiter, ce qui viendra par la suite esp&#233;rons-le, ce que l'on peut appeler le topos de notre psych&#233;. Mais justement en allant du c&#244;t&#233; des exp&#233;riences extr&#234;mes on parvient plus ais&#233;ment &#224; appr&#233;hender un certain nombre de points limites ou points de basculement ou encore de points de conversion ou de renversement, c'est-&#224;-dire de zones dans lesquelles certains &#171; choses &#187; peuvent soudain changer radicalement de sens, de place, de fonction etc...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous verrons &#224; travers la question de l'extase en particulier et de la drogue, mais sur d'autres plans, comment ce que nous tenons pour acquis lorsque nous utilisons des termes qui indiquent la localisation de telle ou telle fonction ou de telle ou telle exp&#233;rience justement, en &#233;voquant l'int&#233;riorit&#233; ou l'ext&#233;riorit&#233;, le dedans ou le dehors. La notion d'espace est tout sauf acquis et fixe dans ces registres comme celle de temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi, ce qui rel&#232;ve des exp&#233;riences extr&#234;mes est assez difficilement partageables, car elles ont pr&#233;cis&#233;ment pour &#171; effet &#187;, de brouiller les relations norm&#233;es au monde qui nous entoure et donc elles apparaissent comme ne relevant pas des formes habituelles de l'exp&#233;rience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut rappeler ici la formule kantienne : &#171; il y a deux formes pures de l'intuition sensible, comme principe de la connaissance &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt;, savoir : l'espace et le temps. &#187; (&lt;i&gt;Critique de la raison pure&lt;/i&gt;, p. 55.) Nous n'entrerons pas dans une pr&#233;sentation d&#233;taill&#233;e des positions kantiennes, mais &#224; la relecture il appara&#238;t que cela d&#233;termine notre appr&#233;hension de ce qui est appel&#233; ext&#233;rieur &#224; nous et int&#233;rieur &#224; nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi pouvons-nous lire p. 63. ceci :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le temps est la condition formelle a priori de tous les ph&#233;nom&#232;nes en g&#233;n&#233;ral. L'espace, en tant que forme pure de l'intuition ext&#233;rieure, est limit&#233;, comme condition a priori, simplement aux ph&#233;nom&#232;ne externes. Au contraire, comme toutes les repr&#233;sentations, qu'elles puissent avoir ou non pour objets des choses ext&#233;rieures, appartiennent, pourtant en elles-m&#234;mes, en qualit&#233; de d&#233;terminations de l'esprit, &#224; l'&#233;tat interne, et comme cet &#233;tat interne est toujours soumis &#224; la condition formelle de l'intuition int&#233;rieure et que, par suite, il appartient au temps, le temps est une condition a priori de tous les ph&#233;nom&#232;nes en g&#233;n&#233;ral et, &#224; la v&#233;rit&#233;, la condition imm&#233;diate des ph&#233;nom&#232;nes int&#233;rieurs (de notre &#226;me), et, par l&#224; m&#234;me, la condition m&#233;diate des ph&#233;nom&#232;nes ext&#233;rieurs. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Relevons simplement qu'il va de soi, ici, pour Kant, que les notions d'ext&#233;riorit&#233; et d'int&#233;riorit&#233; semblent claires et que, donc, une forme de spatialisation est &#224; l'&#339;uvre qui en effet semble &#233;chapper &#224; la notion de l'espace telle que l'exp&#233;rience nous la fait conna&#238;tre et qui cependant la conditionne et le d&#233;termine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d'autres termes plus contemporains, notre cerveau, et partant notre corps, constituent bien le domaine dans lequel ce que l'on nomme int&#233;riorit&#233; trouve &#224; se loger lors m&#234;me qu'ext&#233;riorit&#233; sert &#224; d&#233;signer ce qui est au dehors des limites de ce corps, &#224; savoir le monde des ph&#233;nom&#232;nes que l'on nomme g&#233;n&#233;ralement r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or les exp&#233;riences extr&#234;mes ne semblent pas mais pas du tout valider cette approche kantienne qui est aujourd'hui encore grosso modo la conception implicite que chacun se fait de l'int&#233;riorit&#233; et de l'ext&#233;riorit&#233;. C'est pourquoi, il faudra tenter de partir des extr&#234;mes et de ce que nous pouvons en saisir pour reconsid&#233;rer ce que nous tenons habituellement pour acquis quand nous &#233;voquons des notions comme dehors, dedans, haut, bas, loin, proche, notions qui sont r&#233;currentes lorsqu'il s'agit en particulier de cerner ce qui se passe dans une extase et de pr&#233;ciser comment conf&#233;rer &#224; une telle exp&#233;rience des rep&#232;res qui le rendent communicables &#224; qui ne l'a pas faite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le troisi&#232;me point de m&#233;thode concerne, parmi les aspects v&#233;cus d'une exp&#233;rience de type extatique en particulier, sa dur&#233;e, surtout lorsqu'elle est r&#233;currente, c'est-&#224;-dire se r&#233;p&#232;te pendant un certain temps. Cette prise en compte des dur&#233;es et la difficult&#233; &#224; en rendre compte dans le langage norm&#233; du temps ou des temporalit&#233;s reconnues par l'exp&#233;rience triviale ou les connaissances au sujet du concept de temps, vient mettre en avant la question du discontinu et du continu comme &#171; dimension &#187; active au c&#339;ur m&#234;me de la pens&#233;e et de la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut renvoyer ici aux deux derniers livres de Lionel Naccache, &lt;i&gt;Le cin&#233;ma int&#233;rieur&lt;/i&gt; paru en 2020 et &lt;i&gt;Apologie de la discr&#233;tion&lt;/i&gt;, paru en 2022 tous les deux aux &#233;ditions Odile Jacob. Mais ce n'est pas l'heure de les commenter, peut-&#234;tre seulement d'en extraire plus tard quelques citations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est tout l'&#233;difice de la raison qui alors vacille, sans pour autant s'&#233;crouler. Mais ses &#171; fondations &#187; se voient, elles aussi, largement remises en question et c'est l&#224; un point majeur qu'il faudra d&#233;velopper dans la suite de ce travail dans les prochains s&#233;minaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;sum&#233;, ce &#224; quoi nous allons faire face aujourd'hui, ce sont des exp&#233;riences extr&#234;mes qui vont nous offrir les points limites d'une possible nouvelle &#171; topique &#187; de la psych&#233; et un renouvellement de notre approche tant des conditions de la perception que des formes de la transmission. Le langage se trouve &#224; la fois &#234;tre le vecteur de la transmission et l'&#233;l&#233;ment central de blocage voire d'aveuglement et donc ce qui permet et interdit &#224; la fois (le pharmakon oubli&#233; en quelque sorte) &#224; une exp&#233;rience d'&#234;tre exprim&#233;e et communiqu&#233;e. En quoi il participe de mani&#232;re massive &#224; notre aveuglement, nous le verrons avec Burroughs en particulier ?&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19183 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L319xH499/1_buber-9aa93.jpg?1677671996' width='319' height='499' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Partie I : &#192; propos de l'extase&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. Le langage comme pharmakon&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit donc de proposer une br&#232;ve lecture de l'introduction &#233;crite par Martin Buber (Vienne 1878- 1965 J&#233;rusalem) au livre qu'il a fait para&#238;tre sous le titre de &lt;i&gt;Confessions extatiques&lt;/i&gt;, livre qui rassemble des confessions qu'il a choisies &#224; travers les cultures et &#224; travers les &#233;poques. Car dans cette introduction, le grand philosophe conteur et p&#233;dagogue autrichien puis isra&#233;lien, auteur du livre culte &lt;i&gt;Le Je et le Tu&lt;/i&gt;, concentre les &#233;l&#233;ments majeurs qui sont au c&#339;ur de notre r&#233;flexion, la question de la communicabilit&#233; d'une exp&#233;rience hors norme et a priori incommunicable, le fait que l'extase est hors temps et hors espace et que ce qui se passe dans l'&#226;me ou pour la personne qui la vit se voit entra&#238;n&#233;e au-del&#224; ou en-de&#231;a des formes habituelles de la perception comme de celles qui gouvernent le maniement des concepts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tentons donc d'esquisser ce nouveau topos &#224; partir de ce qui justement &#233;chappe &#224; toute formulation mais qui, puisque cela arrive &#224; des &#234;tres humains vivants, &#224; des &#234;tres parlant, se trouve au c&#339;ur des contradictions inh&#233;rentes au fait de parler que nous avons une forte tendance &#224; ignorer, que ce soit dans la vie quotidienne ou dans la vie intellectuelle, comme dans la cr&#233;ation litt&#233;raire d'ailleurs !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Commen&#231;ons donc par la fin ou presque de ce texte. Buber, &#233;voque d'abord le fait qu'il est quasiment impossible pour un &#234;tre humain ayant v&#233;cu l'extase de NE PAS ext&#233;rioriser ce qu'il a v&#233;cu : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Le contenu de la confession de l'extatique doit para&#238;tre plus arbitraire encore &#224; celui qui n'a pas endur&#233; en son &#226;me la m&#234;me trag&#233;die qui r&#233;sulte de la rencontre entre, d'une part le besoin d'ext&#233;rioriser ce qu'il y a de plus intime, de plus personnel et, d'autre part, le langage humain traditionnel : c'est le combat de l'irrationnel contre le rationnel, qui s'ach&#232;ve sans victoire ni d&#233;faite, par une feuille de papier couverte d'&#233;criture portant pour l'&#339;il qui sait voir le sceau d'une grade souffrance. &#187; (Martin Buber, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 23)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;a- Imperfection du langage, m&#233;canisme et unit&#233;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le langage et le fait de recourir &#224; une langue pour exprimer ce qui est litt&#233;ralement inexprimable appara&#238;t d'entr&#233;e dans sa double fonction de moyen de transcrire et donc potentiellement de transmettre ce qui a &#233;t&#233; v&#233;cu par une personne aux autres, de communiquer donc pour parler la langue d'aujourd'hui, et en m&#234;me temps d'obstacle le plus ind&#233;passable &#224; la transmission de quelque chose qui en effet &#233;chappe absolument &#224; toute transcription. Le langage est, il faut le rappeler, un ensemble de signes limit&#233;s ne permettant pas, ou tr&#232;s imparfaitement, de rendre compte de l'infinit&#233; des exp&#233;riences (et pas seulement extatiques) et donc ce moyen est non seulement incapable de permettre &#224; d'autres d'acc&#233;der &#224; ce qui fait le c&#339;ur battant d'une exp&#233;rience par d&#233;finition incommunicable mais il emp&#234;che &#224; jamais cette transmission de se faire par les mots.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'accumulation des mots depuis que l'homme parle, des textes et m&#234;me des confessions d'extatiques par exemple n'a jamais permis &#224; autre chose qu'&#224; la connaissance de se d&#233;velopper dans les cerveaux humains, mais sinon jamais du moins tr&#232;s rarement, sauf dans des temps tr&#232;s recul&#233;s sans doute, &#224; d&#233;clencher directement chez tel ou telle une explosion psychique telle qu'elle se rapprocherait ou serait semblable &#224; celles v&#233;cues par les extatiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Buber d&#232;s la premi&#232;re ligne du texte utilise le terme de &lt;i&gt;m&#233;canisme&lt;/i&gt; pour d&#233;signer ce qui occupe et d&#233;termine la globalit&#233; de nos vies et qu'il d&#233;finit ainsi :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Le m&#233;canisme me procure les objets et les id&#233;es qui vont avec mais pas l'unit&#233;. &#187; (&lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;, p. 15).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entendons ici que l'unit&#233; est le mot qu'utilise Buber pour synth&#233;tiser l'exp&#233;rience extatique, et le m&#233;canisme la vie qui est celle de chaque homme qui ne parvient pas &#224; &#233;chapper aux r&#232;gles g&#233;n&#233;rales du comportement, et qui, de plus, emp&#234;che ou restreint l'acc&#232;s ceux qui pourraient le d&#233;sirer, de parvenir &#224; des exp&#233;riences v&#233;cues limites, extatiques ou autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revenons donc &#224; ce point majeur du langage comme &lt;i&gt;pharmakon&lt;/i&gt;. Buber &#233;crit peu apr&#232;s le passage cit&#233; pr&#233;c&#233;demment ceci :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Une contradiction (pr&#233;sent&#233;e peu avant &#224; travers une citation de Bossuet qui remarque que les extatiques doivent en passer par le langage lors m&#234;me qu'il veulent exprimer quelque chose qui est sans image sans mot ou au-del&#224; d'eux) est en effet d&#233;nonc&#233;e. Mais que signifie-t-elle pour juger des hommes qui passent leur vie dans la douleur d'une formidable contradiction : celle qui existe entre le v&#233;cu et le m&#233;canisme, &#224; laquelle ils s'arrachent, mais pour y retomber sans cesse ? C'est la contradiction entre l'extase qui n'entre pas dans la m&#233;moire et le d&#233;sir de sauver cette extase pour la m&#233;moire sous forme d'images de discours, de confession. &#187; (&lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;, p. 23)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;b- Une contradiction&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On remarquera en passant la mani&#232;re dont Buber met en sc&#232;ne la contradiction : entre absence de m&#233;moire li&#233;e &#224; l'extase, &#224; l'exp&#233;rience, donc, et n&#233;cessit&#233; de forger une m&#233;moire qui est la seule mani&#232;re de rendre possible une forme de transmission. On remarquera surtout donc que cette contradiction est ind&#233;passable du moins jusqu'&#224; ce jour parce que le langage est &#224; la fois porte qui peut ouvrir et mur qui emp&#234;che de passer de l'autre c&#244;t&#233;. Le langage permet de dire, et donc si l'on veut, l'apr&#232;s de l'exp&#233;rience passe PAR lui, mais comme m&#233;diation pour quelque chose qui doit &#234;tre v&#233;cu directement, sans m&#233;diation, il interdit ou emp&#234;che l'exp&#233;rience en tant que telle de passer &#192; TRAVERS lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas ind&#233;cent, bien au contraire, de rappeler ici une citation du cher Marquis de Sade qui fait dire &#224; Dolmanc&#233; alors qu'il s'adresse &#224; la jeune Eug&#233;nie qu'il va pervertir en un tour de main avec l'aide de son amie madame de Saint-Ange : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Belle Euge&#769;nie, j'aimerais cent fois mieux vous voir e&#769;prouver tout ce que je voudrais faire, que de vous raconter ce que j'ai fait. &#187; (&lt;i&gt;La philosophie dans le boudoir&lt;/i&gt;, dialogue III)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car m&#234;me si l'exp&#233;rience ne semble pas du m&#234;me ordre, ce que vit la jeune et vierge Eug&#233;nie est bien une exp&#233;rience au sens strict, une transformation de son &#233;tat, un changement de ou dans son &#234;tre, le v&#233;cu de quelque chose qui rel&#232;ve du non r&#233;versible et qui va avoir des cons&#233;quences sur toute sa vie. Et si l'extase n'est pas mystique pour les raisons que l'on devine, elle est pour le moins physique et psychique et s'approche par bien des points de ceux dont parlent les mystiques, m&#234;me si en effet l'unit&#233; entre le moi et le dieu n'est pas ici chez Sade l'enjeu, mais celle entre un corps sensible et un esprit dot&#233; de volont&#233;, fonctionnant de concert en vue d'acc&#233;der &#224; des sensations intenses, sexuelles et qui sont une des formes possibles de l'extase.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19186 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;17&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH659/4_alpais-7ac58.jpg?1772188239' width='500' height='659' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Alpais de Cudot
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. Sp&#233;cificit&#233;s de l'extase&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;a- Le paradoxe de l'extase : l'exemple d'Alpais de Cudot&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revenons donc &#224; Buber et &#224; la question de l'extase. C'est quelque chose qui d&#233;passe litt&#233;ralement l'entendement que de vivre une ou des extases et qui est &#224; la fois associ&#233; au ravissement et &#224; la souffrance. Que veut dire extase ? Ekstasis en grec veut dire (entre autres choses) sortie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le terme m&#234;me signale le paradoxe de l'extase qui est une exp&#233;rience qui conjugue les extr&#234;mes et qui en effet rend impossible toute description pr&#233;cise puisque le langage ne permet en rien de dire &#224; la fois la richesse et la complexit&#233; de ces moments, de ces &#233;tats. Car l'extase est un &#233;tat et Musil s'en souviendra qui rendra &#224; ce mot toute sa puissance en inscrivant la qu&#234;te d'Ulrich et d'Agathe sous le terme de recherche de &#171; l'autre &#233;tat &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il ne faut jamais oublier donc que le vocabulaire de la description de l'extase est d'abord pris dans la langue et donc port&#233; par la grande machine &#224; m&#233;taphores qui est le c&#339;ur battant de toute langue (et non pas tant ou pas seulement le fait d'&#234;tre un moyen de communiquer) et ensuite qu'elle est conditionn&#233;e par l'&#233;poque, le cadre ou le milieu dans lequel l'extatique vit, celui-ci pouvant &#234;tre souvent un milieu li&#233; &#224; une religion, mais pouvant &#234;tre aussi v&#233;cu &#224; la marge de tels groupes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un seul exemple permettra de rendre cela plus &#233;vident. Le mieux est de se reporter &#224; l'un des textes rassembl&#233;s par Martin Buber, un texte d'une fran&#231;aise, Alpais de Cudot, &#224; la vie &#233;difiante, malade, l&#233;preuse, que sa famille veut laisser mourir tant elle est comme en &#233;tat de putr&#233;faction et qui va recevoir une vision de la vierge qui va lui donner, en retour, le don de faire des miracles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son corps ne sent plus mauvais, mais elle reste recluse plus de quarante ans se nourrissant exclusivement d'hosties. Elle aura r&#233;guli&#232;rement des visions et des extases et son culte sera accept&#233; par Pie IX en 1874.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un long passage, cit&#233; par Martin Buber est une r&#233;ponse &#224; des questions d'un saint homme pour savoir si elle avait des visions dans son corps ou hors de son corps ou si elle &#233;tait ravie en esprit ou non. (&lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;, p. 65-66-67-68, extraits choisis).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire ces quelques passages, c'est approcher directement les &#171; contradictions &#187; qui se mesurent &#224; l'aune de la logique de la langue et surtout approcher un &#233;tat qui semble nous projeter dans le monde d'avant la conscience ou d'au-del&#224; de la conscience et qui est n&#233;anmoins v&#233;cu, per&#231;u, et dont ceux ou celles qui le vivent gardent suffisamment de souvenirs pour tenter de la pr&#233;ciser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus que d'autres, ce texte met en sc&#232;ne les questions qui nous int&#233;ressent, et en particulier, celle de l'approche en termes de spatialisation de l'exp&#233;rience qui se r&#233;v&#232;le impossible. On est au c&#339;ur de la question de la relation &#224; la fois in&#233;vitable et impossible entre v&#233;cu et narration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tentons un bref r&#233;sum&#233; des questions et des enjeux qui apparaissent si clairement dans ce texte :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; les visions dont je vous parle je les vois se produire ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; quoiqu'il en soit de la v&#233;rit&#233; de ces choses, je sais que je ne suis pas tromp&#233;e et ne trompe, car ce que je dis je le vois comme je le dis et je le dis comme je le vois ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; c'est ainsi, me semble-t-il, que mon &#226;me est sortie soudain de mon corps sans que je m'en aper&#231;oive ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; on ne peut trouver dans le monde entier, d'objet &#224; l'image duquel la forme ou la nature de l'&#226;me pourrait &#234;tre repr&#233;sent&#233;e ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; ce qu'elle entend, elle l'entend enti&#232;rement et se souvient enti&#232;rement des sons (idem pour la vue le toucher le go&#251;t : le corps est donc enti&#232;rement mobilis&#233;) ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; l'&#226;me n'est contenue en aucun lieu, car elle n'est pas localis&#233;e, elle n'est limit&#233;e par aucun espace car elle n'a pas d'extension, n'est born&#233;e par aucun membre car elle n'est pas corporelle. Elle est toute enti&#232;re pr&#233;sente en chaque parcelle du corps.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; de m&#234;me que dieu est partout, l'&#226;me est partout forte dans le corps comme dans son monde &#224; elle qu'elle anime, meut, r&#233;git ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Et de m&#234;me que le dieu est dans son monde au-dedans et au-dehors, en haut en bas, de m&#234;me l'&#226;me dans son corps le r&#233;git en haut le porte en bas, l'emplit au dedans et l'entoure au-dehors. De sorte qu'elle est dedans et dehors, qu'elle entoure comme elle p&#233;n&#232;tre, qu'elle dirige comme elle porte, et porte comme elle dirige ; et de m&#234;me que dieu ne cro&#238;t pas dans la croissance des cr&#233;atures ni ne diminue avec leur diminution, de m&#234;me l'&#226;me n'est pas amoindrie par l'amoindrissement des membres ni augment&#233;e par leur augmentation. &#187;(Alpais de Cudot, &lt;i&gt;in Op. cit.&lt;/i&gt;, p. 65-66-67-68)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;b- Les extatiques, des bicam&#233;raux tardifs&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit donc ici quelque chose d'essentiel pour nous. On pourrait dire par un raccourci peut-&#234;tre utile, que les extatiques sont des bicam&#233;raux tardifs mais d'un bicam&#233;ralisme puissant, et en tout cas qu'ils nous conduisent dans des zones et des &#233;tats du psychisme qui n'ont gu&#232;re &#224; voir avec la conscience quel que soit le sens que l'on donne &#224; ce mot m&#234;me si de facto elle n'est pas absente des confessions puisque celles-ci sont faites lors du retour &#224; l'&#233;tat &#171; normal &#187; de extatiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait dire aussi que le dieu qui les assaille et avec lequel ces extatiques vivent une forme d'unit&#233; ou d'union surpuissante, ressemble plus au dieu des bicam&#233;raux qu'au dieu chr&#233;tien. M&#234;me si la plupart des extatiques choisis par Buber le sont, d'autres ne le sont pas et des t&#233;moignages proviennent de toutes les &#233;poques et de tous les groupes sociaux ou religieux, confirment cet aspect des choses. Nous faisons donc ici un pas pour nous approcher au plus pr&#232;s de ce qu'a pu &#234;tre et peut encore &#234;tre une mani&#232;re pr&#233;cise de &#171; faire des dieux &#187;, ou plus exactement de faire ou le plus souvent de &#171; subir &#187; la venue d'un dieu en tout cas de montrer &#224; la fois ce qui se produit et comment cela se fait et surtout comment cela modifie la psych&#233; au moins pendant l'extase.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas de dehors, pas de dedans, pas de temps, pas de raison rationnelle, pas de communication, pas de langage possible ni d'ailleurs n&#233;cessaire et sans ces &#233;l&#233;ments qui constituent nos existences qui les balisent et sans lesquels nous n'imaginons pas pouvoir vivre quelque chose a lieu qui d&#233;passe l'entendement mais qui pourtant est ind&#233;niable, m&#234;me si l'on n'a d'autre choix que de &#171; croire &#187; ce que nous disent ces confessions, &#233;videmment. Mais nous n'avons pas non plus de raison de penser que ces t&#233;moignages ne sont que des tentatives pour nous tromper comme le disait si bien Alpais de Cudot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;c- Les deux mondes&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a donc deux mondes qui cohabitent parfois en certains &#234;tres mais la plupart du temps nous n'en connaissons qu'un, le monde du m&#233;canisme, de la connaissance de la raison et du langage. L'autre, le monde de l'extase, est celui qui parfois surgit et emporte tout ce que nous connaissions et nous-m&#234;mes si loin de nous que rien ne reste, au point que tout pourrait sembler perdu puisque tout serait m&#233;tamorphos&#233; et pass&#233; dans une dimension sans dimension. Reste &#224; chacun &#224; d&#233;couvrir la capacit&#233; qu'il a de se projeter dans un autre &#233;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier monde est toujours gouvern&#233; par le langage. Buber dit &#224; propos des dieux et on pourrait m&#234;me dire de dieu qu'il ont &#233;t&#233; cr&#233;&#233; par l'&#226;me en tant qu'elle est prise dans les filets du langage qui a &#171; suivi la formation de l'&#226;me humaine par des chemins toujours plus secrets, qui a fa&#231;onn&#233; des noms, qui a escalad&#233; l'Olympe de l'esprit humain, qui a cr&#233;&#233; cet Olympe en entassant m&#233;taphore sur m&#233;taphore jusqu'&#224; ce qu'il ait pu traduire par le verbe les cimes les plus inaccessibles de la pens&#233;e, mais la multiplicit&#233; de ce Moi cr&#233;atrice de signe fait qu'il ne p&#233;n&#233;trera jamais dans le royaume de l'extase qui est le royaume de l'unit&#233;. &#187;(&lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;, p. 19-20)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette limite de l'emprise du langage sur nos existences, nos pens&#233;es et nos capacit&#233;s de penser et d'agir autrement qu'en &#233;tant soumis au joug du logos conduit &#224; nommer ce qui en constitue la point la plus globalement intenable : le silence. Il faut noter ici que cette question du silence on la retrouvera aussi chez Burroughs. Et le silence sera aussi pour lui ce &#224; quoi il faudrait parvenir &#224; se tenir pour &#233;chapper &#224; l'emprise n&#233;gative des voix du dehors et du filet du langage. &#171; Le silence est notre symbole contre les dieux et les anges du m&#233;canisme ; ce qui nous garde de ses erreurs, ce qui nous purifie de son impuret&#233;. &#187; &#233;crit encore Buber (&lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;, p. 21)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;d- Deux dieux&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux &#171; dieux &#187;, deux approches du dieu plus exactement, ne cessent de se faire face et dans ce texte et souvent au c&#339;ur m&#234;me des religions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La schize bicam&#233;rale ne cesse de hanter les religions, celles du Livre en particulier, mais pas seulement, et surtout faire peur &#224; leur clerg&#233;. Buber prend ici le parti de &#171; croire &#187; ces extatiques, c'est-&#224;-dire qu'il accepte de prendre en charge leur message si apparemment &#171; irrationnel &#187; et de le consid&#233;rer comme fiable et surtout digne d'&#234;tre accepter et au moins inclus dans l'espace mental et th&#233;orique qui est le n&#244;tre. Musil ne fera pas autre chose &#224; la fin de sa vie lorsqu'il se plongera sans r&#233;serve dans l'histoire entre Ulrich et Agathe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Buber cite un texte d'un certain Hierotheos, sans dire de quand date le texte qui nous indique le point extr&#234;me qu'implique l'extase et qui est en quelque sorte une sorte de renoncement &#224; la vie pour poursuivre l'autre vie, celle qui a lieu dans l'autre &#233;tat, dans l'extase.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il me semble convenable d'exprimer sans parole et de comprendre sans reconnaissance ce qui est au-del&#224; des paroles et de la reconnaissance ; je n'entends par l&#224; rien d'autre que le silence secret et le repos mystique qui d&#233;truit la conscience et dissout les formes. Cherche donc, dans le silence et le secret cette union parfaite et originelle avec le bien primitif essentiel. &#187; (&lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;, p. 20)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une part on peut ais&#233;ment comprendre que ce &#224; quoi il fait allusion est proche de ce que Jaynes propose avec sa th&#232;se sur la bicam&#233;ralit&#233;, m&#234;me si c'est fait ici &#224; partir de la seule exp&#233;rience mystique et de cette esp&#233;rance de re-trouver ce qui a &#233;t&#233; en quelque sorte perdu &#224; savoir l'unit&#233; du psychisme et du dieu. Nous pouvons conjecturer que le monde bicam&#233;ral permettait d'appr&#233;hender un dieu pr&#233;sent en chacun, ce qui n'impliquait pas que chaque vie ait &#233;t&#233; mystique. Simplement, chaque homme pouvait plus facilement faire une exp&#233;rience de type &#171; paradoxal &#187; et pouvait saisir non pas que le dieu &#233;tait en lui, mais qu'il &#233;tait au moins pr&#232;s de lui et susceptible de l'aider.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut aussi comprendre en quoi la conscience est d&#233;j&#224; donc un obstacle plut&#244;t qu'une aide, m&#234;me si l&#224; encore, ce qui est propos&#233;, ici, c'est l'extr&#234;me comme &#171; mesure &#187; et non comme limite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car c'est la conscience qui est form&#233;e par le langage, plus que l'inconscient qui lui s&#251;rement ne l'est gu&#232;re finalement, et form&#233;e par le langage ou &#224; travers lui comme instrument permettant de surmonter la crise longue que conna&#238;t le psychisme suite &#224; la fin du r&#232;gne du dieu bicam&#233;ral, et de le faire au moyen ou gr&#226;ce au langage, au logos, au verbe, &#224; la raison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce silence est donc un paradoxe puisqu'il est comme une sorte d'abandon ou d'abolition du monde et du moi, mais au profit d'une exp&#233;rience prolong&#233;e, illimit&#233;e en quelque sorte, qui surpasse toute les autres exp&#233;riences et qu'il est le seul moyen de la conserver, cette exp&#233;rience dans sa puret&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Buber ajoutera d'ailleurs ceci : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Je crois aux extases qu'aucun son n'a effleur&#233; comme &#224; un tr&#233;sor invisible de l'humanit&#233;. &#187; (&lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;, p. 21)&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19185 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;31&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH672/3_martin_buber-c7b37.jpg?1677671996' width='500' height='672' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Martin Buber &#8212; Portrait
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3. Extase et temps&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;a- Le temps qui n'existe pas&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autre aspect qui concerne les extases dans leurs confrontations avec les exp&#233;riences ne relevant que de la vie courant aussi excessives soient-elles, est la question du temps. Mais en fait le mot ne r&#233;pond &#224; rien de ce qui est v&#233;cu par les extatiques. Le temps n'existe pas, pour eux du moins pendant l'extase. Apr&#232;s l'espace on vient ici buter sur le second point de rupture avec les exp&#233;riences qui n'&#233;chappent ni au langage ni &#224; une certaine forme de rationalit&#233; aussi extr&#234;mes puissent-elles &#234;tre, c'est-&#224;-dire sur la question de la dur&#233;e des extases et de leur impact sur la vie de ceux et celles qui les ont connues, v&#233;cues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce second point extr&#234;me qu'il faut prendre en compte et l'installer au c&#339;ur m&#234;me de notre pens&#233;e si l'on veut non seulement comprendre un peu ce qui est en jeu avec l'extase mais aussi ce qui nous est en quelque sorte interdit d&#232;s lors que nous nous contentons des r&#232;gles de la raison commune ou scientifique d'ailleurs pour penser et le moi et le monde et surtout au-del&#224; du moi et du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La schize bicam&#233;rale qui est au c&#339;ur de cette exp&#233;rience de l'extase est une schize &#224; caract&#232;re &#171; temporel &#187; en ceci qu'elle abolit le temps au sens strict ou du moins en retire la perception, ou vu sous un autre angle, si l'on prend en compte les souffrances que peuvent avoir v&#233;cues certains ou certaines extatiques, la dur&#233;e dans laquelle s'est inscrite leur exp&#233;rience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Buber est tr&#232;s insistant sur le fait que, m&#234;me si il est impossible &#224; beaucoup d'extatiques de garder le silence sur ce qu'ils vivent ou ont v&#233;cu &#224; cause de ce qu'il en est du besoin d'ext&#233;rioriser et donc de raconter et donc d'inscrire dans la dur&#233;e d'une narration qui est celle du logos ou du verbe, le mieux serait de se taire. Mais l'homme veut &#171; se &#187; comprendre et pour cela il est en quelque sorte pr&#234;t &#224; tout et surtout &#224; parler, pensant qu'aini il comprendra mieux ce qui lui est arriv&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Car il ne se comprend pas ; et cependant le d&#233;sir de se comprendre, qu'avait &#233;teint l'extase, s'est r&#233;veill&#233; en lui. Il dit les formes et les sons et remarque qu'il ne dit rien de l'&#233;v&#233;nement, rien du fond, rien de l'unit&#233;... Car le verbe br&#251;le en lui. L'extase est morte assassin&#233;e dans le dos par le Temps qui n'accepte pas qu'on se raille de lui. Mais en mourant elle (l'extase) a jet&#233; le Verbe en lui et le Verbe le br&#251;le... Telle est l'exaltatio de celui qui est rentr&#233; dans le m&#233;canisme et ne peut s'en satisfaire ; telle est son &#233;l&#233;vation : celle d'un homme qui discourt, apparent&#233;e &#224; celle du po&#232;te... &#187; (&lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;, p. 24)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit que cette tentative d'approcher un peu la question de l'extase et du v&#233;cu de l'extase, de l'exp&#233;rience de l'extase, nous renvoie &#224; celle pos&#233;e au d&#233;but sur ce qui se passe dans la vie de ceux qui ne connaissent pas de telles exp&#233;riences limites, de telles extases, c'est-&#224;-dire l'immense majorit&#233; des humains. Il y a une antinomie, une s&#233;paration radicale entre ces deux types de vie. Mais cette exp&#233;rience est v&#233;cue, nul ne peut le contester. Il n'est possible que de la rejeter comme irrationnelle. Il est in&#233;vitable d'accepter qu'elle existe pour certains &#234;tres qui vivent bien aussi dans le m&#234;me monde que les autres et alors de faire le pari de s'int&#233;resser &#224; ce que l'extase nous apporte comme &#233;l&#233;ments de connaissance sur l'homme. C'est en particulier le choix que font et Burroughs et Musil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'extase est donc un ph&#233;nom&#232;ne globalement incommunicable, qui perd ce qu'elle a de plus indicible et qui est aussi ce qu'elle de plus extraordinaire, &#224; &#234;tre transmise par les mots. Par elle se r&#233;v&#232;le l'existence d'une scission profonde entre deux mondes qui ne sont pas compatibles, sauf &#224; accepter que la rationalit&#233; ne soit pas la seule instance capable de mesurer ce qu'il est en est de la vie ou du v&#233;cu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;b- Le temps comme question du continu et du discontinu&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On d&#233;couvre, ici que la question du temps ou de la temporalit&#233; pos&#233;e par l'existence des extases et des extatiques nous entra&#238;ne non pas dans des consid&#233;rations sur le temps mais sur deux points essentiels largement oubli&#233;s dans tous les discours qui touchent au temps :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; la possibilit&#233; de vivre quelque chose qui &#233;chappe &#224; toutes les formes connues de temps ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; la situation de la question du temps non comme li&#233;e &#224; la temporalit&#233;, mais comme pont dans le psychisme entre les deux h&#233;misph&#232;res, ou si l'on veut entre deux p&#244;les d'activit&#233;s psychiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question du temps est d'abord li&#233;e &#224; la question que nous pose l'existence, dans la vie psychique en particulier, d'un double r&#233;gime d'activit&#233;s qui sont per&#231;ues ou comprises comme &#233;tant soit continues soit discontinues. On le sait le discontinu est autrement nomm&#233; en math&#233;matiques. On l'appelle le discret.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lionel Naccache le montre avec pr&#233;cision dans ses deux derniers livres, mais il &#233;tait possible &#233;videmment de rep&#233;rer cette vibration interne au psychisme dans des activit&#233;s li&#233;es &#224; la pens&#233;e. Si nous ne voyons pas dans cette distinction un moteur majeur de tout ce qui est, de toutes nos activit&#233;s, et donc de la pens&#233;e m&#234;me, c'est que nous pr&#233;f&#233;rons nous en tenir &#224; l'&#233;vidence partag&#233;e que notre vie, nos vies, sont prises dans l'&#233;vidence de la continuit&#233; construite, seul moyen il est vrai pour ne pas sombrer dans un doute existentiel profond.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce que vivent les extatiques est, le plus souvent, quelque chose qui, &#233;chappant au temps, semble traduire une exp&#233;rience de continuit&#233; radicale plus spatiale que temporelle d'ailleurs, parce qu'elle est, cette exp&#233;rience de fusion entre le dieu et le moi jusqu'&#224; l'indistinction des deux. Ce n'est qu'apr&#232;s coup qu'il faut, en passant par le langage, tenter de rendre compte de ce qui s'est pass&#233; et donc se soumettre ou accepter d'&#234;tre soumis &#224; la logique du discontinu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On comprend que Naccache en bon scientifique de tr&#232;s haut niveau qui d&#233;montre que le substrat de notre vie psychique est compos&#233; d'un infinit&#233; de moments discontinus ou discrets se range du c&#244;t&#233; de la conscience comme activit&#233; cens&#233;e assurer le lien entre ces moments discontinus pour la plupart non perceptibles puisque de l'ordre du milli&#232;me de seconde ou un peu plus ou un peu moins, selon, et comme instance de la formation de la &#171; sensation &#187; ou de l'id&#233;e de la continuit&#233; de notre vie que nous forgeons par-del&#224; cette infinit&#233; de moments discrets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il prend donc parti plut&#244;t &#171; contre &#187; le continu, surtout lorsqu'il est revendiqu&#233; comme une mani&#232;re de faire un avec... que ce soit un dieu ou un autre, ou simplement l'univers ! Quoique prenant en charge la m&#233;canique du discontinu dans le psychisme, il ne semble pas accorder de valeur &#224; l'appel du continu et encore moins aux exp&#233;riences du continu dont il ne nie pas l'existence mais qu'il reconduit &#224; leur statut de voile port&#233; sur la structure discontinue du psychisme. Suivons le dans ce qu'il &#233;crit. Il commence par citer un passage de &lt;i&gt;L'idiot&lt;/i&gt; de Dosto&#239;evski, le discours du prince Mychkine, et poursuit en prenant position.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Mais qu'est-ce que &#231;a peut faire que ce soit une tension anormale, si le r&#233;sultat lui-m&#234;me, si la minute de sensation, quand on se souvient d'elle et qu'on l'examine en pleine sant&#233;, est au degr&#233; ultime de l'harmonie, de la beaut&#233;, et si elle vous donne un sentiment de pl&#233;nitude invraisemblable, insoup&#231;onn&#233;e, un sentiment de mesure, d'apaisement, celui de se fonder, en pri&#232;re extatique, dans la synth&#232;se sup&#233;rieure de la vie. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et il poursuit donc ainsi :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Bref, les auras &#233;pileptiques extatiques procurent un cadre d'exp&#233;riences subjectives d'apparence continue (et non discr&#232;te) au monde. Leurs r&#233;percussions culturelles &#224; travers la litt&#233;rature, et plus largement dans les pens&#233;es religieuses, mystiques et plus largement spirituelles, participent probablement &#224; l'&#233;clipse de la discr&#233;tion au profit du rayonnement cosmique du bienheureux sentiment de continuit&#233;. Presque une b&#233;atitude. &#187; (&lt;i&gt;Apologie de la discr&#233;tion&lt;/i&gt;, p. 59)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait dire simplement : no comment ! Pourtant il faut ajouter autre chose, et c'est pr&#233;cis&#233;ment de d&#233;terminer ce qui est en jeu ici, &#224; savoir l'&#233;ternel &#171; m&#233;pris &#187;, m&#234;me relatif, de ce que sont et de ceux qui font ces exp&#233;riences et de ce qu'elles traduisent : une exp&#233;rience v&#233;cue ind&#233;niable. Et c'est aussi de ne pas voir, bien qu'il ait le nez dedans si l'on peut dire, ou de ne pas prendre en compte le fait que le cerveau puisse &#234;tre porteur de cette fonction, de cette dimension, de cette puissance capable de produire de tels effets, et que Jaynes nomme le dieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour nous ce qui importe c'est ceci : il est imp&#233;ratif de tenter de prendre en compte le fait que de telles exp&#233;riences non seulement remettent en cause l'&#233;vidence du temps et de l'espace, mais plus encore de nous approprier ces positions, ces effets de l'extase, pour - si l'on admet qu'ils sont des effets du cerveau bicam&#233;ral qui vient encore en nous et donc des confirmations de ce que le dieu est potentiellement toujours actif ou activable - transformer notre mani&#232;re de penser et partir de ce que nous enseignent ces positions extr&#234;mes pour modifier ce que nous tenons pour vrai et donc ce &#224; quoi nous croyons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi nous devons aborder les questions relatives &#224; l'espace &#224; partir d'une gen&#232;se de la spatialit&#233; et non faire comme si l'espace &#233;tait donn&#233;. Idem pour le temps. Nous verrons comment tenter de formuler les effets d'une compr&#233;hension m&#234;me lointaine et m&#233;diate de l'extase sur la pens&#233;e, sur notre pens&#233;e aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19184 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;19&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH700/2_burroughs-684a0.jpg?1677671996' width='500' height='700' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;William Burroughs
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;II. L'addiction comme extase n&#233;gative&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. L'addiction entre ob&#233;issance, soumission et r&#233;v&#233;lation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parler de l'&#339;uvre de William Burroughs demanderait un nombre cons&#233;quent de s&#233;ances et ce n'est pas notre objectif aujourd'hui. L'enjeu est de voir comment cet homme hors norme et &#224; la vie pour le moins compliqu&#233;e est parvenu &#224; la compr&#233;hension de ph&#233;nom&#232;nes que d'une certaine mani&#232;re seuls les extatiques ont approch&#233;s sinon compris mais qu'ils nous ont permis d'approcher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;a- D&#233;pendance&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour cela il faut commencer par le presque commencement son premier livre &lt;i&gt;Le festin nu&lt;/i&gt;, &#233;crit avant l'invention du cut-up que nous allons aborder par sa pr&#233;face qui est l'un des textes les plus pr&#233;cis sur notre situation existentielle actuelle, car en effet qui de plus proche que la drogue sinon la marchandise et sinon quoi de plus commun &#224; tous les humains sinon le langage, cette drogue si bien connue comme moyen de communication et ignor&#233;e pour ce qu'elle est, un virus pour Burroughs et partant une entit&#233; capable de loger en nous sans nous l&#226;cher de nous envahir et de nous bouffer la moelle !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'int&#233;resser de pr&#232;s &#224; la pr&#233;face de Burroughs &#224; son premier livre, c'est plonger &#224; la source, la double source si l'on veut de son &#339;uvre, dans la mesure o&#249; il n'y aurait pas eu la r&#233;v&#233;lation de la duplicit&#233; de la langue sans la conscience de la forme de la servitude induite par la consommation pendant plus de 15 ans de drogues diverses et il n'y aurait pas eu non plus de livres sans le fond de v&#233;cu servant de base aux r&#233;cits ni de capacit&#233; &#224; d&#233;couvrir avec le cut-up un principe de transmutation de l'&#233;criture et donc de la langue pour tenter d'&#233;chapper au pi&#232;ge dans lequel sinon elle tient chacun de nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien de mieux que de lire int&#233;gralement les trois premi&#232;res pages de cette introduction au &lt;i&gt;festin nu&lt;/i&gt;, c'est la seule mani&#232;re pour qui n'est pas familier avec l'auteur et avec l'addiction, de prendre la mesure de la pens&#233;e de Burroughs. Car, point essentiel il nomme la drogue virus et il fera de m&#234;me pour le langage. Il sera plus ais&#233; de voir comment il op&#232;re pour mettre en relation la ligne de la came et celle du langage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois points majeurs doivent retenir notre attention : les trois principes de base du monopole, la came comme produit id&#233;al et le cam&#233; comme facteur irrempla&#231;able dans l'&#233;quation de la drogue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il faut revenir sur un autre point avant tout, le fait que Burroughs distingue deux types de drogues, celles qui asservissent et celles qui font voir dieu. Et de celle-l&#224; il ne semble pas se servir. Il est lui, de l'autre c&#244;t&#233; du monde, dans la maison du diable si l'on veut. C'est ce qu'il importe de prendre en compte. Car tout ce qu'il va parvenir &#224; construire se fait &#224; partir de l&#224;, en fonction de ce voyage initiatique dans les bas-fonds et dans la zone d'influence de la mort et du mal. Mais c'est cela qui va lui permettre de retourner comme un gant l'&#233;vidence apparente de la relation &#224; la drogue comme &#233;tant une sorte de d&#233;viance et d'exc&#232;s lors m&#234;me qu'elle appara&#238;t comme le mod&#232;le m&#234;me des transactions qui sont au c&#339;ur de la soci&#233;t&#233;, et en tout cas de la soci&#233;t&#233; qui est en train de na&#238;tre ou qui a commenc&#233; &#224; s'implanter depuis le d&#233;but du XXe si&#232;cle et qui se d&#233;ploie alors de la mani&#232;re la plus s&#233;duisante en recouvrant le monde qu'elle impose d'un voile de s&#233;duction, donc lors m&#234;me qu'elle est en train d'inventer une d&#233;pendance dramatique et une transformation du monde en une sorte d'enfer joyeusement irresponsable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes donc dix ans avant l'&#233;criture de &lt;i&gt;La soci&#233;t&#233; du spectacle&lt;/i&gt; pas plus, et en fait &#224; peu pr&#232;s &#224; l'&#233;poque des d&#233;buts de l'IS, soit entre 57 et 60. Il n'en reste pas moins que le portrait de la soci&#233;t&#233; &#224; la fois existante et &#224; venir puisque les trente glorieuses ne font que d&#233;buter en Europe, que Burroughs dresse dans cette pr&#233;face est largement aussi implacable que celui que dressera Debord. Il en tireront les m&#234;mes conclusions sur la mani&#232;re possible de se d&#233;faire de cette emprise, &#224; savoir qu'il ne s'agit pas comme le dit Burroughs de tenter de couper la t&#234;te des r&#233;seaux mais bien de rendre pr&#233;f&#233;rable une autre relation au monde que celle induite par la d&#233;pendance. On sait aussi que de telles id&#233;es pour justes qu'elles soient sont sans avenir. On sait aussi cependant qu'elles d&#233;crivent avec pr&#233;cision la loi du monde qui est encore celle qui gouverne notre monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;b- Les trois principes&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que les trois principes mettent en sc&#232;ne, c'est la situation d'ob&#233;issance qui pr&#233;vaut dans la relation de l'homme &#224; toute substance qui lui est propos&#233;e du dehors et qui est injectable ou ing&#233;rable par lui. Si la drogue est quelque chose de concret de mat&#233;riel de palpable, il y a d'autres &#233;l&#233;ments qui tout en l'&#233;tant moins peuvent aussi venir s'installer dans l'esprit de ceux &#224; qui ont les impose, comme les images, les mots et avant tout les voix. On voit aussit&#244;t pourquoi Burroughs a trouv&#233; en Jaynes un alli&#233; intellectuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Point 1 : L'argent est au c&#339;ur de tout partage de toute relation de tout &#233;change &#171; humain &#187;. Il y a donc une m&#233;diation qui est &#224; la fois ind&#233;passable et impossible &#224; occulter. L'argent constitue en quelque sorte la &#171; v&#233;rit&#233; &#187; ultime sur les relations entretenues par ceux qui &#233;changent dans le champs &#233;largi de la drogue. Il suffit de remplacer drogue par marchandise et le tour est jou&#233;. Nous savons alors ce que nous sommes comment nous vivons et pourquoi nous vivons. En passant on peut interroger &#224; partir de ce point l'usage de l'argent dans la relation qu'entretiennent analys&#233; et analysant dans l'analyse !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Point 2 : C'est donc celui qui dispose (pas poss&#232;de dispose car ceux qui poss&#232;dent ne sont jamais les acteurs des relations directes) de la marchandise qui est en mesure de cr&#233;er le vide, entendons l'interruption ou plus exactement le suspens dans la relation entre acheteur et vendeur, suspens qui permet que s'op&#232;re le renversement complet de la situation faisant en sorte que celui qui en fait ach&#232;te devienne celui demande. Le mot attente est ici le plus important puisqu'il s'agit en quelque sorte d'une sorte de concentr&#233; temporel de forme en raccourci de ce qui est au c&#339;ur de la promesse au moins dans la relation chr&#233;tienne qui est d'attendre le retour du messie, et peut-&#234;tre en fait de toute forme de promesse. L'attente est au centre de toutes les religions qui toutes, d'une mani&#232;re ou d'une autre, projettent dans un avenir ind&#233;fini une lib&#233;ration suppos&#233;e apporter une forme ou une autre de bonheur. Et ici le paradoxe c'est qu'en effet la rencontre &#224; venir entre cam&#233; et pourvoyeur va permettre au cam&#233; de voir l'attente combl&#233;e. &#192; ceci pr&#232;s que le produit lui-m&#234;me est porteur de la m&#234;me structure, celle du manque qui est le nom de la forme physique que prend l'attente pour le corps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Point 3 : L'enjeu est plus que de faire savoir ou faire sentir, de concr&#233;tiser le pouvoir du vendeur sur le consommateur lorsque cela est possible afin d'imprimer en lui la reconnaissance par lui ou plut&#244;t l'acceptation de sa soumission. La mat&#233;rialisation du manque, l'ouverture de l'attente sur un temps devenant &#171; infini &#187; puisque n'ayant plus de limite par la disparition du pourvoyeur, suite &#224; la rupture de la relation, font de la relation entre cam&#233; et pourvoyeur un &#233;quivalent de la relation de type amoureux. La mise en sc&#232;ne de l'absence comme d&#233;finitive, l'inscription du manque dans l'irr&#233;versibilit&#233;, induisent chez le cam&#233; un renforcement de la demande et de la soumission face aux menaces &#224; venir de nouvelles ruptures. Car qui finalement n'est pas pr&#234;t &#224; se prosterner pour qu'il revienne. Qui ? le porteur de la bonne nouvelle, le messager, l'&#233;vang&#233;liste aux mains pleines...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;c- L'&#233;quation&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi que Burroughs parvient &#224; ce rapprochement &#224; cette &#233;quivalence entre drogue et marchandise, entendons &#224; voir dans la drogue le mod&#232;le, la matrice de toute forme de marchandise en tant que la marchandise est bien quelque chose qui nous est impos&#233; du dehors et dont la fonction est de parvenir &#224; nous s&#233;duire de mani&#232;re telle que les signes dont elles sont porteuses s'inscrivent dans notre psych&#233;. La marchandise est un langage !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Burroughs parvient alors &#224; produire l'&#233;quation la plus radicale que nous avons feint de d&#233;couvrir lors de ce moment de t&#233;l&#233;vision impromptu o&#249; le patron de TF1 a &#233;voqu&#233; les minutes de cerveaux disponibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#233;quation est simple : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Le trafiquant ne vend pas son produit au consommateur, il vend le consommateur &#224; son produit. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#233;quation se double d'une formule magique : &#171; &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; La drogue rec&#232;le la formule du virus &#034;diabolique&#034; : l'Alg&#232;bre du Besoin. et le visage du diable est toujours celui du besoin absolu. &#187; (Burroughs, &lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;, p. 3)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Finalement Burroughs parvient &#224; constat implacable : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Car le cam&#233; du trottoir - celui qui a besoin de came pour pouvoir se maintenir en vie - est le seul facteur irrempla&#231;able dans l'&#233;quation de la drogue. &#187; (&lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;, p. 4)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une mani&#232;re de constater que nous sommes potentiellement tous des cam&#233;s du trottoir, et donc que les lois qu'il d&#233;crit s'appliquent &#224; nous tous &#224; la fois dans notre relation aux autres et &#224; la marchandise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit donc que la drogue est le prototype de la relation d&#233;terminant les modalit&#233;s profondes des &#233;changes entre les hommes dans le cadre marchand. Mais il n'y a pas &#224; pousser beaucoup plus loin le curseur pour voir se dessiner une sorte de r&#232;gle g&#233;n&#233;rale des &#233;changes entre les hommes qui ressemblerait beaucoup &#224; celle que r&#233;v&#232;le l'&#233;change entre drogu&#233; et pourvoyeur. Pour parvenir &#224; ce &#171; saut quantique &#187; ou plus exactement &#224; prouver cette analogie, il va falloir identifier l'&#233;l&#233;ment central qui est au c&#339;ur de tous les &#233;changes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et on le sait ce sera le langage, et avec le langage, l'impossibilit&#233; pour les hommes de NE PAS parler ! En partant en quelque sorte du p&#244;le oppos&#233; de l'exc&#232;s, la drogue face &#224; l'extase, on se retrouve cependant &#224; peu pr&#232;s au m&#234;me &#171; endroit &#187; dans l'organigramme des fonctions psychiques d&#233;terminantes. D'un c&#244;t&#233; comme de l'autre, le point d'achoppement est bien ce besoin de s'exprimer qui est la manifestation de l'existence pour chacun la plus commune, vitale et n&#233;cessaire.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19211 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L447xH650/5_burroughs-d4123.jpg?1677671996' width='447' height='650' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. Le langage comme virus&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pr&#233;face aux &lt;i&gt;Essais&lt;/i&gt; par G.G. Lemaire est tout &#224; fait bien venue pour comprendre comment Burroughs parvient dans sa r&#233;flexion &#224; appr&#233;hender la question du langage &#224; la fois comme un &#233;quivalent d'une drogue et en relation avec les th&#232;ses de Jaynes, auteur qu'il cite &#224; plusieurs reprises au cours des ann&#233;es sans qu'on puisse savoir quand il l'a lu, les textes des essais n'&#233;tant pas dat&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;a- La question du verbe&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le langage, il faut l'entendre ici au sens large, c'est &#224; la fois &#233;videmment la langue que nous parlons, les signes que nous &#233;changeons, mais c'est aussi et surtout le Verbe, celui qui nous vient de la bible et avec lui le logos et donc une certaine forme de raison. Il y a &#224; la fois une fascination pour ce verbe et un d&#233;go&#251;t une r&#233;pulsion. Toute l'entreprise cr&#233;atrice de Burroughs va consister &#224; d&#233;gager du langage des possibilit&#233;s expressives qui tout en y &#233;tant contenues sont comme tenues prisonni&#232;res dans les filets qui enserrent le langage et lui assurent sa l&#233;gitimit&#233; : le langage m&#234;me, le moi qui se sert du langage, la raison qui organise toute pens&#233;e s'exprimant par le langage. On le sait cela passera par l'invention du cut-up mais il faut remarquer que &lt;i&gt;Le festin nu&lt;/i&gt; est &#233;crit plus de deux ans avant cette invention &#224; Paris avec Brion Gysing en 1959, dans une chambre d'un h&#244;tel de la rue G&#238;-le-c&#339;ur comme le dit la l&#233;gende.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Burroughs est dot&#233; d'un v&#233;cu dont peu d'hommes disposent, d'une intelligence certaine, d'une imagination efficace et surtout d'un sens aigu de tout ce qui ressort de la logique profonde dont il a pris connaissance dans le monde de la drogue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un paradoxe sans doute que G.G. Lemaire rappelle d'entr&#233;e dans sa pr&#233;face, le fait que cette position pour le moins critique vis-&#224;-vis du langage trouve l'une de ses racines, la plus proche de nous finalement si l'on se r&#233;f&#232;re au monde des commencements de la conscience, dans le nouveau testament.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a &#233;videmment l'ouverture de l'&lt;i&gt;&#233;vangile de Jean&lt;/i&gt; qui sonne ainsi dans la nouvelle traduction de Fr&#233;d&#233;ric Boyer : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Au commencement &#233;tait le Verbe parole /et le verbe parole &#233;tait pour le dieu./ Oui Dieu &#233;tait le Verbe parole. Lui qui &#233;tait au commencement pour le Dieu. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre traduction dans la &lt;i&gt;Bible de Jerusalem&lt;/i&gt; nous donne une version plus proche de ce que nous sommes habitu&#233;s &#224; entendre : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Au commencement &#233;tait le Verbe et le Verbe &#233;tait aupr&#232;s de dieu et le Verbe &#233;tait Dieu. Il &#233;tait au commencement aupr&#232;s de Dieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Burroughs, en rage contre le temps et l'id&#233;e d'un mouvement vers la paix universelle alors que l'histoire nous montre le contraire n'h&#233;sitera pas &#224; &#233;crire : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Au commencement &#233;tait le verbe. Et le verbe &#233;tait de la merde ! &#187; (&lt;i&gt;Essais&lt;/i&gt;, pr&#233;face, p. 14)&lt;br class='autobr' /&gt;
Et un peu moins connu il y a dans le chapitre 3 intitul&#233; &lt;i&gt;Contre l'intemp&#233;rance du langage&lt;/i&gt;, dans l'&lt;i&gt;&#233;pitre de Jacques&lt;/i&gt;, des phrases incisives qui elles parlent du langage qu'il faut &#233;videmment distinguer du verbe mais qui t&#233;moignent d'une conscience aig&#252;e des probl&#232;mes pos&#233;s par le langage relativement au activit&#233;s humaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Si un homme ne commet pas d'&#233;cart de paroles, c'est un homme parfait, il est capable de r&#233;fr&#233;ner tout son corps / La langue est un membre minuscule et elle peut glorifier de grandes choses ! Voyez quel petit feu embrase une immense for&#234;t : la langue aussi est un feu. c'est le monde du mal cette langue plac&#233;e parmi nos membres ; elle souille tout le corps ; elle enflamme le cycle de la cr&#233;ation, enflamm&#233;e qu'elle est par la G&#233;henne. / La langue personne ne peut la dompter : c'est un fl&#233;au sans repos. Elle est pleine d'un venin mortel. Par elle nous b&#233;nissons le Seigneur et P&#232;re, et par elle nous maudissons les hommes faits &#224; l'image de dieu. De m&#234;me de la bouche sort la b&#233;n&#233;diction et la mal&#233;diction.... &#187; (&lt;i&gt;Bible de J&#233;rusalem&lt;/i&gt;, p. 2031)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que ces &#233;l&#233;ments r&#233;v&#232;lent, c'est que la langue est per&#231;ue par Burroughs comme un instrument de coercition, une machine de contr&#244;le ou pire encore comme une maladie contagieuse h&#233;r&#233;ditaire au fondement de notre culture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;b- Localiser le dieu&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'&#233;vidence, c'est &#224; partir de ses propres exp&#233;riences qu'il parvient &#224; cette constatation, mais il est &#233;vident que la lecture de Jaynes ne peut que le confirmer dans ses analyses. Jaynes n'est pas seulement celui qui a su montrer que le dieu est une entit&#233; qui loge dans le psychisme de chaque homme, mais il a aussi montr&#233; que cette entit&#233; n'&#233;tait ni fixe, ni &#233;ternelle, encore moins une &#171; r&#233;alit&#233; &#187; toute puissante qui habiterait en chacun, mais un processus psychique &#171; invent&#233; &#187; par les humains ou existant en eux mais ne se d&#233;clenchant qu'en fonction des situations pour permettre de faire face &#224; des d&#233;fis apparemment insurmontables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est aussi et il faudrait dire surtout, celui qui a r&#233;v&#233;l&#233; comment la voix ou les voix &#233;taient (avec les hallucinations visuelles) le vecteur privil&#233;gi&#233; de la transmission des informations c'est-&#224;-dire des injonctions ou encore des ordres entre le cerveau droit et le gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les voix, les sons, les bruits, sont les ph&#233;nom&#232;nes les plus difficiles &#224; situer dans l'espace. Notre cerveau n'est pas capable de d&#233;terminer avec pr&#233;cision la provenance d'un son, d'une voix pas m&#234;me de dire si cette voix provient de &#171; l'int&#233;rieur &#187;, c'est-&#224;-dire de son cr&#226;ne, de son propre corps ou du dehors et dans ce dehors si elle provient d'&#224;-c&#244;t&#233; ou de loin, des arbres ou du ciel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux choses participent &#224; cela en plus de cette faiblesse constitutive, le fait qu'il faudra bien des si&#232;cles pour que le corps soit per&#231;u par chaque homme comme l'unit&#233; d'une complexit&#233; de fonctions et que soit attribu&#233; &#224; chaque partie du corps la fonction juste qui est la sienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le magnifique livre de Richard Broxton Onians, &lt;i&gt;Les origines de le pens&#233;e europ&#233;enne&lt;/i&gt;, montre, entre autres choses, de mani&#232;re d&#233;finitive &#224; travers l'&#233;tude de l'&#233;volution sur quelques si&#232;cles entre l'&#233;poque de l'&lt;i&gt;Iliade&lt;/i&gt; et celle de la fin de Rome, des d&#233;nominations des parties du corps et des fonctions qui leur sont attribu&#233;es, le lent processus de correction constant auquel cela a donn&#233; lieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En renfor&#231;ant l'id&#233;e de la difficult&#233; voire de l'impossibilit&#233; de situer une voix ou des voix dans l'espace, cela confirme bien la multiplicit&#233; des approches et des r&#233;actions individuelles ou collectives sur cette question et leurs variations. Et on l'a vu cela avec &lt;i&gt;les confessions extatiques&lt;/i&gt;, par l'intensit&#233; des exp&#233;riences qu'elles narrent, elles confirment cette impossibilit&#233; de localisation et l'h&#233;sitation constante entre un dedans flou dans lequel elles sont insituables mais qui est situ&#233; plus ou moins quelque part &#171; en &#187; l'individu affect&#233;, et un dehors infini d&#233;sign&#233; &#233;videmment par le mot ciel, mais qui pr&#233;cis&#233;ment n'indique rien de pr&#233;cis.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19212 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;19&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://www.tk-21.com/IMG/jpg/6_burroughs.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH337/6_burroughs-a2c98.jpg?1677671996' width='500' height='337' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;William Burroughs
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;c- Prendre la place des voix divines&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autre point que Burroughs trouve ou retrouve chez Jaynes et que nous avons effleur&#233; en passant avec Kluge qui lui aussi l'a bien compris, c'est que cette &#171; impossibilit&#233; de situer des voix &#187;, va &#234;tre utilis&#233;e tr&#232;s vite dans l'histoire des hommes, - et sans doute cela remonte-t-il &#224; des temps imm&#233;moriaux, ceux o&#249; dominait la puissance de certaines voix humaines, des chefs de hordes pour le dire vite -, pour prendre le contr&#244;le sur les individus et des groupes humains. Ces voix du dehors, cette fois de mani&#232;re claire puisque ce sont les voix d'autres hommes ou les sons &#233;mis par des hommes, chefs, pr&#234;tre ou autres, ces voix vont prendre la place des voix divines en tout cas les recourir et le remplacer, avec plus ou moins de succ&#232;s, dans la t&#234;te des masses humaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le meilleur exemple de ce remplacement est pr&#233;sent&#233; par Alexander Kluge dans quelques pages de sa &lt;i&gt;Chronique des sentiments, II, Inqui&#233;tance du temps&lt;/i&gt;, il pr&#233;cise ce point en faisant r&#233;f&#233;rence &#224; Jaynes en passant. C'est p. 213-214.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;d- La traque des voix&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Burroughs, lui, va litt&#233;ralement traquer les voix, c'est-&#224;-dire plonger au c&#339;ur de la contradiction inh&#233;rente au langage et &#224; ce que l'on pourrait appeler la situation post-historique de l'homme dans laquelle le langage voit ses fonctions changer radicalement et r&#233;v&#233;ler combien il est un &lt;i&gt;pharmakon&lt;/i&gt; puisqu'il a pu &#234;tre utile et salvateur et qu'il a pu devenir destructeur ou virus vivant sur le dos de l'&#234;tre qui l'a accueilli. Dans ces relations de symbiose, on sait bien que le virus, comme pour la drogue, a besoin &#224; la fois que son h&#244;te ne meure pas, mais il doit aussi rester suffisamment faible pour que sa soumission et sa d&#233;pendance ne soient pas impact&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En quoi consiste ce changement de fonction relatif au langage ? En ce que les mots, le langage, en particulier &#224; partir de l'invention finale de l'alphabet et voyelles au VIIe avant notre &#232;re, qui s'est impos&#233; comme une aide permettant aux hommes de faire face &#224; la nouvelle situation psychique qui &#233;tait la leur, celle de la lente invention de la conscience comme moyen de surpasser l'affaiblissement du dieu dans la structure psychique bicam&#233;rale, que le langage donc est devenu, en bon &lt;i&gt;pharmakon&lt;/i&gt;, un obstacle au d&#233;veloppement psychique de l'homme voire m&#234;me son meilleur pr&#233;dateur en ceci qu'il ne sert plus les desseins de l'homme mais l'emp&#234;che de les atteindre. G.G. Lemaire cite alors cette phrase de Burroughs :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Le cerveau-outil est muni d'un m&#233;canisme propre qui l'emp&#234;che les probl&#232;mes et ce m&#233;canisme est LE MOT. Le Cerveau ne peut que produire plus d'outils de survie qui produisent encore plus de probl&#232;mes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il d&#233;gage l&#224; de mani&#232;re claire ce que Medhi Belhadj Kacem va d&#233;velopper dans son &lt;i&gt;Syst&#232;me du pl&#233;onectique&lt;/i&gt;, mais &#224; partir de la langue, certes comme outil ou instrument technique, &#224; savoir que l'homme se trouve embarqu&#233; dans un mouvement qui le conduit &#224; r&#233;pondre &#224; ses probl&#232;me en produisant toujours plus, et donc toujours plus de probl&#232;mes croyant cependant travailler &#224; des solutions, et qu'il est incapable de suspendre ce mouvement destructeur, de NE PAS poursuivre dans une voie qu'il sait lui &#234;tre fatale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui appara&#238;t &#224; des lecteurs de Jaynes donc, et c'est aussi ceci, que ce que pointe Burroughs, fait appara&#238;tre notre situation existentielle dans une parent&#233; extr&#234;me avec celle que nous avons pu identifier dans le long passage du monde bicam&#233;ral au monde de la conscience. Avec l'expression &lt;i&gt;En finir avec la conscience&lt;/i&gt;, on ne vise &#224; rien d'autre qu'&#224; faire appara&#238;tre cela de mani&#232;re indubitable. Conscience et langage sont en quelque sorte sinon synonymes du moins des &#233;quivalents ou des doubles.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19213 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L463xH700/7_burroughs-dd31a.jpg?1677671996' width='463' height='700' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;e- Identifications des m&#233;canismes du virus&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Esprit attentif et toujours &#224; l'aff&#251;t de ce qui pouvait lui permettre de d&#233;couvrir des &#233;l&#233;ments pouvant lui permettre de d&#233;ployer ses id&#233;es, Burroughs va s'int&#233;resser de pr&#232;s &#224; un grand nombre de ph&#233;nom&#232;nes intrigants, para-normaux au sens strict, au sens o&#249; ils d&#233;fient en effet les lois de la raison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'un d'eux auquel il consacre de nombreuses pages sont les enregistrements effectu&#233;s par un certain Raudive avec des magn&#233;tophones install&#233;s dans des studios insonoris&#233;s. La surprise &#224; l'&#233;coute de bandes qui auraient dues &#234;tre vierges de tout son, c'est qu'on pouvait y entendre non pas des bruits mais des voix. Il en parle dans &lt;i&gt;R&#233;volution &#233;lectronique&lt;/i&gt; et dans un essai intitul&#233; &lt;i&gt;&#199;a appartient aux concombres &#224; propos des voix enregistr&#233;es de Raudive&lt;/i&gt;. Burroughs s'appuie sur les r&#233;sultats de ces exp&#233;riences qui ont donc permis d'entendre plus de 10.000 phrases dites par ces voix provenant de nulle part ou de n'importe o&#249; si l'on pr&#233;f&#232;re. Ce qu'il cherche ce n'est pas tant &#224; savoir ce que disent ces voix et &#224; produire une interpr&#233;tation de leur signification que le fait m&#234;me que des voix nous traversent nous p&#233;n&#232;trent et puissent en quelque sorte s'inscrire en nous sans que nous puissions en avoir conscience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il rapproche cela surtout de ses exp&#233;riences de cut-up et comprend ces voix comme &#233;tant autant de messages envoy&#233;s de strates inaccessibles de nos psych&#233;s, de notre histoire, de nos exp&#233;riences v&#233;cues non enregistr&#233;es qu'il &#233;voque au d&#233;but de cet essai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ces ph&#233;nom&#232;nes para-normaux lui permettent de pr&#233;ciser sa pens&#233;e au sujet de la langue, des mots et surtout de notre relation aux mots.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Outre de d&#233;couvrir que : &#171; Le verbe lui-m&#234;me est peut-&#234;tre un virus qui s'est d&#233;finitivement implant&#233; dans un h&#244;te &#187; comme il l'&#233;crit dans &lt;i&gt;Revolution &#233;lectronique&lt;/i&gt; (Ed Hors Commerce, p. 27), il remarque que nombre des voix entendues sur les bandes de Raudive parlent &#171; dans un style distinctif qui rappelle le discours schizophr&#233;nique. &#187; (&lt;i&gt;Essais&lt;/i&gt;, p. 97)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Burroughs ne cesse de rencontrer un type post-historique d'&#233;l&#233;ments proprement bicam&#233;raux ou s'en rapprochant de mani&#232;re significative. Plus encore, c'est &#224; une sorte de m&#233;lange qui n'est ni coh&#233;rent, ni absolument incoh&#233;rent, de phrases, de mots, de situations, et qui ressemble en tout &#224; ce qui est sorti de ses cut-up qu'il fait face, ce qui lui permet de renverser ais&#233;ment et nos certitudes et nos croyances en ces trois &#233;l&#233;ments majeurs qui tous se manifestent par la langue, l'&#234;tre, le moi et la raison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne suffit pas de pointer du doigt le mot comme calamit&#233; s&#233;mantique pour comprendre ce qu'il s'est pass&#233;. Il faut tenter de comprendre comment l'homme en est arriv&#233; &#224; r&#233;ifier des exp&#233;riences dans des concepts, ou si l'on veut &#224; contraindre la multiplicit&#233; de ses exp&#233;riences &#224; rester prisonni&#232;res de quelques mots.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On le sait, il existe une propension du cerveau &#224; classer et surtout &#224; fonctionner &#224; partir de donn&#233;es qui ne sont pas directement issues des exp&#233;riences v&#233;cues, &#224; inventer donc des concepts. Ces concepts peuvent se mettre &#224; fonctionner de mani&#232;re autonome et par un effet de feed back, ils finissent par aider &#224; traiter ce qui a &#233;t&#233; v&#233;cu non plus en fonction des seuls affects ou sentiments mais en fonction de ces &#233;l&#233;ments abstraits cens&#233;s repr&#233;senter et valoir pour ce qui a &#233;t&#233; v&#233;cu (sensation, &#233;motions, etc...).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce moment de l'invention des deux grandes r&#232;gles qui croisent les exigences de &#171; rationalit&#233; &#187; de l'expression, de la langue si l'on veut, et l'exigence d'une coh&#233;rence du sujet &#233;gale &#224; celle qui se d&#233;ploie dans le monde abstrait gouvern&#233; par les concepts que va rep&#233;rer Burroughs et qu'il va, en tant que cr&#233;ateur, tenter de faire exploser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'il voie dans la premi&#232;re guerre mondiale et dans la suite du XXe si&#232;cle un moment de grande bascule qui permet &#224; ces concepts de servir &#224; une prise du pouvoir sur nos cerveaux par ds entit&#233;s diverses mais toutes li&#233;es &#224; l'argent et aux diverses formes de pouvoir ne saurait &#233;tonner. Ce qui nous importe surtout c'est de suivre bri&#232;vement la mani&#232;re dont Burroughs formule le lien entre ces trois concepts. Il le fait dans son ouvrage &lt;i&gt;R&#233;volution &#233;lectronique&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le EST de l'identit&#233; entra&#238;ne toujours l'implication d'une chose et de rien d'autre, ainsi que l'attribution d'une condition permanente. rester ainsi. Toute appellation pr&#233;suppose le EST de l'identit&#233; [...] Le EST posant l'identit&#233; constitue un m&#233;canisme viral. La la vis&#233;e peut se d&#233;duire de l'action, un virus vise &#224; SURVIVRE. survivre aux d&#233;pends de l'h&#244;te envahi [&#8230;] le LE cat&#233;gorique constitue &#233;galement un m&#233;canisme viral qui vous coince dans l'univers viral. La locution SOIT/SOIT (OU/OU) constitue une autre forme virale. C'est toujours soit vous soit le virus. SOIT/SOIT...OU/OU : telle est en fait la formule conflictuelle qui constitue l'arch&#233;type du m&#233;canisme viral. &#187; (&lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;, p. 42 et 45)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce cadre g&#233;n&#233;ral de la grammaire pour le dire vite &#233;labor&#233; depuis Aristote, a cependant pris une tournure sensiblement plus contraignante depuis la mise en place des bases de la soci&#233;t&#233; de masse &#224; r&#233;sonance plan&#233;taire et fond&#233;e sur le bombardement permanent de mots, de voix, d'images qui n'ont pour fonction que de nous contraindre, nous contr&#244;ler et interdire tout recours &#224; d'autres possibilit&#233;s &#224; d'autres inventions ou plus simplement &#224; d'autre modes de fonctionnements psychiques, mat&#233;riels, exp&#233;rientiels, etc...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, le virus est en train de coloniser de mani&#232;re irr&#233;versible ses h&#244;tes, &#224; savoir nous les humains. Ou plus exactement, cette colonisation est le vecteur par lequel, comme pour les rois assyriens, certains groupes d'individus s'assurent de la main mise et de la soumission des &#234;tres humains qui participent &#224; l'&#233;laboration des biens dont ils ne peuvent pas jouir, ceux-ci &#233;tant r&#233;serv&#233;s &#224; ceux dont les voix donnent des ordres auxquels il n'est plus possible de ne pas se soumettre tant la quantit&#233; et la multiplicit&#233; des &#171; phrases de contr&#244;le &#187; comme les nomme Burroughs, agit &#224; chaque instant comme un tsunami qu'on ne peut arr&#234;ter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit donc la logique profonde d&#233;tect&#233;e par Burroughs se mettre en place. &#192; la logique du besoin qui d&#233;finit le cam&#233;, r&#233;pond la logique de la soumission qui d&#233;finit les utilisateurs de la langue. On se rappellera en passant le texte dans lequel Bill Viola citait sans donner son nom un passage du livre de Jaynes sur le sens du verbe ob&#233;ir qui provient de ob-audire signifiant entendre quelqu'un &#224; qui l'on fait face. Simplement d&#233;sormais on ne fait plus face. les messages, comme dans certains ouvrages de Philip K. Dick, nous traversent en permanence les oreilles et viennent prendre dans nos cerveaux toute la place et rendre impossible ou presque que nous puissions entendre d'autres voix qui elles aussi vivent en nous plus anciennes improbables non codifi&#233;es ou mieux encore des &#233;chos de la voix du dieu.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19214 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L471xH700/8_burroughs-5ddb7.jpg?1677671996' width='471' height='700' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3. Le renversement du renversement : la litt&#233;rature et le cut-up&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais limiter Burroughs aux avanc&#233;es analytiques auxquelles il est parvenu serait oublier l'essentiel de son &#339;uvre, ses romans, sans parler de son travail plastique en particulier. Sans vouloir s'y aventurer en d&#233;tail, l'&#339;uvre est immense et ce serait un autre projet, il faut tenter de comprendre ce qui est en jeu dans sa cr&#233;ation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;a- La nouvelle contradiction&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Burroughs est au c&#339;ur de la contradiction nouvelle, celle inh&#233;rente &#224; la langue m&#234;me, mais amplifi&#233;e au point qu'elle transforme la donne psychique de mani&#232;re tout &#224; fait consid&#233;rable voire essentielle par l'existence des mass media &#224; l'&#233;poque de Burroughs et des r&#233;seaux internet &#224; la n&#244;tre, et il entend bien assumer cette position en prenant la position du combattant sans peur contre un adversaire apparemment imbattable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La contradiction, on l'a vu, dit que d'une part on est en permanence inond&#233;s de messages et que d'autre part chacun per&#231;oit l'inanit&#233; de ceux-ci, le fait qu'ils ne sont plus efficaces en rien pour aider &#224; s'orienter dans l'existence, et que finalement ces messages sont les pr&#233;dateurs des hommes et en rien les promoteurs d'un nouvel &#233;vangile. Bref, le langage ne sert plus &#224; rien sauf &#224; asservir et cela de mani&#232;re si massive qu'il est quasiment impossible d'appr&#233;hender ce qui pourrait permettre d'&#233;chapper &#224; ce pi&#232;ge ou de tuer ce virus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Burroughs est l'un des rares &#224; s'&#234;tre aventur&#233; dans cette entreprise de tenter de trouver des moyens pour en finir avec le virus, c'est-&#224;-dire pour conduire la langue sur de nouveaux chemins, de la d&#233;barrasser des oripeaux du contr&#244;le et de l'asservissement et d'en faire un moyen d'&#233;tablir de nouveaux chemins dans et pour la psych&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut consid&#233;rer que son grand &#339;uvre, ses romans donc, sont des tentatives de donner une consistance partageable &#224; ses investigations qui pour beaucoup rel&#232;vent comme on l'a compris de son long s&#233;jour dans le monde de la drogue, exp&#233;rience qui elle n'est pas partageable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le moyen qu'il a invent&#233;, on le sait pour accomplir cette r&#233;volution et cette guerre contre le langage comme virus, s'est appel&#233;e le cut-up. Il a &#233;t&#233; utilis&#233; dans l'&#233;criture, mais aussi dans le montage son et filmique en particulier. Dans le bref discours d'introduction que fait un pr&#233;sentateur inconnu &#224; une conf&#233;rence de Burroughs intitul&#233;e &lt;i&gt;Les quatre cavaliers de l'apocalypse&lt;/i&gt;, (&lt;i&gt;Essais&lt;/i&gt;, p. 389) on peut lire : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; &#201;crivain il a pondu plus de quatorze livres dont &lt;i&gt;Le festin nu&lt;/i&gt;, un phare dans l'histoire litt&#233;raire ; en utilisant la technique du cut-up, une forme complexe de montage, pour briser la pr&#233;dominance de la pens&#233;e lin&#233;aire du cerveau gauche et pour faire &#233;merger des structures dont les activit&#233;s sont associ&#233;es avec la partie droite du cerveau. M. Burroughs a transform&#233; l'art du roman. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, ils ne sont pas si nombreux ceux qui ont transform&#233; l'art du roman, beaucoup moins nombreux que les grands et m&#234;me tr&#232;s grands romanciers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;b- Fonctions du cut-up&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut aussi bri&#232;vement rappeler la l&#233;gende autour du cut-up :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; La m&#233;thode de cut-up a &#233;t&#233; appliqu&#233;e &#224; l'&#233;criture par Brion Gysin en 1959 ; il a alors d&#233;clar&#233; que l'&#233;criture avait cinquante ans de retard sur la peinture et a appliqu&#233; la m&#233;thode montage &#224; l'&#233;criture. de fait le montage est bien plus proche des faits de la perception que la peinture figurative. &#187;(&lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;, p. 303).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais en quoi consiste vraiment le cut-up ? Dans la post-face &#224; &lt;i&gt;R&#233;volution &#233;lectronique&lt;/i&gt;, Sylvie Durastanti donne quelques indications essentielles et il faut donc lire les pages 50 &#224; 52 &#224; la fin de l'ouvrage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui importe, c'est la conclusion &#224; laquelle elle parvient :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; C'est ce fonds (restes d'un roman termin&#233;) qu'il retravaillait au cut-up pour le recycler. Autant dire que le cut-up ne g&#233;n&#232;re pas de texte &#224; proprement parler. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; pour le mythe d'une facilit&#233; qui serait associ&#233;e au proc&#233;d&#233; qui en est un mais qui ne participe &#224; la cr&#233;ation que pour d&#233;senclaver l'auteur de son petit moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la fin de l'essai &lt;i&gt;&#199;a appartient aux concombres&lt;/i&gt;, il remarque d'ailleurs ceci :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Le meilleure &#233;criture est atteinte dans un &#233;tat de perte d'ego. L'ego de l'&#233;crivain, d&#233;fensif et limit&#233;, ses &#034;propres mots&#034;, ce sont-l&#224; ses sources les moins int&#233;ressantes. &#187; (&lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;, p. 114)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cut-up sert donc essentiellement &#224; &#231;a : permettre de NE PAS s'enfermer &#224; nouveau dans les pi&#232;ges de la langue qui assigne &#224; l'identit&#233;, &#224; l'&#234;tre et &#224; la raison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et &#224; offrir &#224; l'imagination une infinit&#233; de variations dont il faut cependant savoir s'emparer pour produire quelque chose qui tienne. Et cela ne se peut qu'en fonction d'autres r&#232;gles qui sont bas&#233;es, si l'on veut, sur celle du hasard que le cut-up &#233;veille, r&#233;v&#232;le active, mais qui ne peuvent se r&#233;duire &#224; cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enjeu est de faire passer la langue du statut de virus &#224; celui de producteur d'images visuelles et de significations qui viennent tendre vers la fronti&#232;re o&#249; il n'y aurait plus besoins des mots pour communiquer. Burroughs porte &#224; lui seul au plus haut le paradoxe de la dimension pharmakonique de la langue puisqu'il inclut dans le processus de la cr&#233;ation comme son but &#224; la fois souhait&#233; et inaccessible car impliquant alors un renversement du renversement, au-del&#224; de la d&#233;couverte d'associations improbables, le silence. Le cut-up est bien une mani&#232;re de &#171; faire des dieux &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19217 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;36&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://www.tk-21.com/IMG/jpg/11_dream_machine_event_cherie_nutting.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH333/11_dream_machine_event_cherie_nutting-601a0.jpg?1772188240' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Dream machine event cherie nutting
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;c- Fonctions de la magie&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Double mouvement donc de d&#233;fense d'une part et d'attaque d'autre part. La position de Burroughs est &#233;minemment combative, il prend sa part d'une lutte infinie contre l'ordre impos&#233; par des voix r&#233;gl&#233;es sur le canal hertzien envoyant des ordres implicites et assurant un contr&#244;le efficace des psych&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;fensif en ce qu'il faut apprendre et comprendre comment &#171; &#231;a &#187; marche, et offensif en ce qu'il faut produire soi-m&#234;me de nouveaux horizons de nouvelles formules de nouvelles images qui pourront s'ing&#233;niant dans nos esprits nous lib&#233;rer de la gangue du pouvoir. Il y a entre Burroughs et Philip K Dick, on l'a d&#233;j&#224; &#233;voqu&#233;, une parent&#233; forte, comme le confirme l'essai intitul&#233; &lt;i&gt;Message de l'&#233;toile du chien&lt;/i&gt;, dans lequel Burroughs montre que tout jeu est un de guerre et que la seule solution est d'envisager de quitter la terre et de partir dans une exploration spatiale. Il note d'ailleurs ceci : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Il semblerait que seul un miracle pourrait forcer la plan&#232;te &#224; r&#233;aliser que le jeu nous d&#233;truira tous &#224; moins que nous cessions de la jouer. &#187; (&lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;, p. 253)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, et nous bouclons l&#224; la boucle en quelque sorte, Burroughs cherche &#224; parvenir &#224; des &#233;tats non plus au sens de ceux que le drogue peut produire, mais des &#233;tats au sens de portails psychiques ouvrant sur des r&#233;alit&#233;s impartageables et accept&#233;es comme telles. Il y a quelque chose de l'initiation ici, qui commence par un s&#233;jour dans le monde de la grande froidure qu'&#233;prouve le corps de l'addiction et qui s'accomplit dans un silence v&#233;cu comme une pl&#233;nitude.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est que pour Burroughs, la langue doit retrouver les sources magiques qui cohabitaient avec elle &#224; ses commencements ou dont elle &#233;tait porteuse. Repensons encore une fois &#224; certains exemples donn&#233;s par Jaynes et &#224; la mani&#232;re dont les anc&#234;tres pouvaient parler aux vivants et &#224; travers les vivants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans sa pr&#233;face aux essais, G.G. Lemaire remarque qu'il s'agit &#224; ce stade d'en arriver &#224; un autre usage des mots qui soit libre et qui ne soit plus du tout tributaire d'une &#233;conomie symbolique st&#233;r&#233;otyp&#233;e et cite Burroughs :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Les phrases de contr&#244;le que l'on met dans les revues, les journaux et les chansons populaires correspondent pr&#233;cis&#233;ment &#224; un langage secret d'images. pour cette raison un certain ordre des mots est essentiel dans ces phrases de contr&#244;le. L'intention de la machine de contr&#244;le est &#233;videmment de conserver le plus grand &#233;cart possible entre le mot et la chose &#224; laquelle il se rapporte. &#187; (&lt;i&gt;Essais&lt;/i&gt;, pr&#233;face, p. 19)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est que l'on a oubli&#233; ou occult&#233; une chose majeure dans cette &#171; magie &#187; : le fait que la relation magique au monde est bas&#233;e sur l'accomplissement ou plut&#244;t l'effectuation ou encore le fait que les choses ou des choses arrivent, se produisent, bref sur le fait que quelque chose ait lieu et donc que quelque chose change.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'essai intitul&#233; &lt;i&gt;Le dernier potlach&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Essais&lt;/i&gt;, p. 139-147), Burroughs d&#233;veloppe ses positions sur le sujet. Un jour quelqu'un lui avait demander quel &#233;tait l'objet de la peinture. Il n'avait alors pas de r&#233;ponse :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; J'en ai une maintenant : le but de l'&#233;criture est de faire arriver les choses. &#187; (p. 139)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la fin de ce texte il revient sur la question apr&#232;s avoir longuement conspu&#233; les artistes et le march&#233; par des formules du type : &#171; l'artiste est ainsi amen&#233; &#224; s'embusquer derri&#232;re son tableau comme Polichinelle et, passant le bras &#224; travers la toile, &#224; agripper un critique par le revers du veston... &#187;(p. 145)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il parvient alors une nouvelle fois &#224; pr&#233;ciser sa position : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; L'art est redevenu litt&#233;ral et a retrouv&#233; sa fonction magique consistant &#224; faire arriver les choses, apr&#232;s un long exil dans les royaumes de l'imagination ou son app&#233;tit d'&#233;v&#233;nement s'&#233;tait &#233;gar&#233;. L'art fais soudain sa mortelle apparition dans le monde r&#233;put&#233; r&#233;el. &#201;criture et peinture ne faisaient qu'un au commencement et le mot &#233;tait une image &#233;crite. [...] La beaut&#233; tue. La beaut&#233; est l'assassin a dit Gregory Corso. &#187; (p. 146)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et Burroughs d'annoncer &#171; LA CHUTE DU MOT... Ce qui survit &#224; la litt&#233;ralisation de l'art est l'intemporel et &#233;ternellement fluctuant monde la magie saisi par le pinceau du peintre, ou par les mots de l'&#233;crivain, petits bouts de d&#233;tails vivants et &#233;vanescents. &#187;(p. 147)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut ici renvoyer en particulier &#224; &lt;i&gt;La fuite hors du temps&lt;/i&gt;, le journal d'Hugo Baal, l'un des fondateurs de dada qui analysait au jour le jour ce qui se passa &#224; Zurich &#224; partir de 1916 et qui a des phrases qui se rapprochent singuli&#232;rement de celles de Burroughs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est aussi dans ce texte important que Burroughs d&#233;clare apr&#232;s avoir critiqu&#233; &#171; la camisole de la repr&#233;sentation s&#233;quentielle du roman &#187; ceci : &#171; la conscience est un cut-up ; la vie est un cut-up &#187;.(p.141) Il faut l&#224; encore renvoyer aux deux derniers livres de Lionel Naccache et ainsi comprendre combien Burroughs &#233;tait comme on dit &#171; en avance &#187;... sur certaines d&#233;couvertes neurologiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela permet de comprendre que la dimension s&#233;quentielle du roman par exemple est une tentative de forger un cadre rassurant &#224; la perception de l'encadrer et de lui permettre de satisfaire les attentes de la conscience qui n'aime en quelque sorte que l'illusion de la continuit&#233; et qui s'est install&#233;e apr&#232;s l'effondrement de l'esprit bicam&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or il y a d'autres logiques, d'autres relations possibles avec le monde et avec soi-m&#234;me avec ce qui arrive ou pourrait arriver.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce lien entre &#233;criture et faire arriver les choses est puissant. Il rel&#232;ve d'une forme de bicam&#233;ralisme implicite et le cut-up pour le dire d'un mot permet de renouer avec ce monde de l'effectuation pour parler avec le Deleuze de &lt;i&gt;Logique du sens&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conscience est donc l'instance qui permet &#224; l'homme de se mentir. Elle est &#224; la fois un moyen de correspondre avec le monde et les autres mais elle impose par sa structure m&#234;me de &#171; vouloir &#187; l'occultation du discontinu et de pr&#233;f&#233;rer le leurre du continu &#224; l'inconfort &#171; relatif &#187; du discontinu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; l'inconscient, face aux pratiques de r&#233;v&#233;lation effectuation li&#233;es au cut-up et &#224; toutes les manipulations des mots de bandes magn&#233;tiques, d'images etc... auxquelles se livrent les artistes post-historiques, il n'est plus n&#233;cessaire lui non plus. &#171; Et le soit-disant inconscient n'est plus inconscient. &#187; (&lt;i&gt;Essais&lt;/i&gt;, p. 454) On a affaire &#224; des degr&#233;s et des niveaux de conscience. On n'a plus peur de ne pas pouvoir expliquer des choses en termes de cause et d'effet. On vient buter sur la forteresse de la conscience &#233;lev&#233;e au moyen d'un recours passif &#224; la raison.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19215 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L423xH700/9_burroughs_junkie-5a88a.jpg?1677671997' width='423' height='700' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;d- La ligne de front ou faire face au virus Raison&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On comprend donc bien o&#249; se situe la ligne de front dans le combat que m&#232;ne Burroughs contre la conscience : l&#224; o&#249; le virus impose sa loi il faut la retourner contre lui et cela sans prendre garde ni aux atermoiements du petit je du petit moi et sans prendre garde aux raisons que la raison invoque, en assumant donc de rendre au hasard et &#224; la chance leur puissance d'effectuation transtemporelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'essai &lt;i&gt;En toute bonne foi&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Essais&lt;/i&gt;, p. 254 et ss), Burroughs marque avec pr&#233;cision donc o&#249; se situe la ligne de front : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; C'est une ligne de pens&#233;e qui va de J&#233;hovah &#224; Hiroshima et qui dit : c'est moi qui ait raison, qui suis dans mon bon droit et qui fais ce &#224; quoi le devoir m'oblige, au nom de la s&#251;ret&#233; de l'&#233;tat, de la d&#233;cence, de la morale de JC de l'Am&#233;rique et de maman etc... (p. 254)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans l'essai intitul&#233; &lt;i&gt;Ses propres affaires&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Essais&lt;/i&gt;, p. 217 et ss) qu'il attaque avec le plus de virulence et de pr&#233;cision ce qu'il nomme le virus raison. Cela n'a rien &#224; voir directement la raison mais avec le fait de vouloir toujours avoir raison. Une force porte ceux qui veulent avoir raison &#224; d&#233;ployer des stratag&#232;mes pour garder le pouvoir et l'&#233;tendre sur les &#171; &#226;mes &#187;, autant dire les consciences et les corps dont ils parviennent &#224; s'emparer ou dont il parviennent &#224; prendre le contr&#244;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La plupart des ennuis en ce monde ont &#233;t&#233; caus&#233;s par des gens qui ne peuvent pas s'occuper de leurs propres affaires, parce qu'ils n'ont pas &#224; s'occuper d'affaires qui leur soient propres, pas plus que n'en a un virus de la petite v&#233;role. Votre virus est alors un parasite cellulaire in&#233;vitable et je suis convaincu que ce qu'on appelle le mal est presque litt&#233;ralement un parasite viral. [&#8230;] Ce virus droit a tra&#238;n&#233; pas mal de temps, et peut-&#234;tre que son alli&#233; le plus d&#233;vou&#233; a &#233;t&#233; l'&#233;glise chr&#233;tienne, depuis l'inquisition jusqu'aux conquistadores, des guerres indiennes jusqu'&#224; Hiroshima ; ils ont RAISON RAISON RAISON. [...] Le crime sans raison, l'hypoth&#232;se selon laquelle ce que fait un citoyen dans le priv&#233; est n&#233;anmoins l'affaire de quelqu'un d'autre et par cons&#233;quent susceptible d'une d&#233;nonciation et d'un punition, est la sauvegarde m&#234;me du virus raison. Couper cette ligne d'air aurait la m&#234;me action qu'un anticorps qui supprime l'oxyg&#232;ne de certains type de virus. [...] Il est probable que la tactique la plus efficace est d'alt&#233;rer les conditions gr&#226;ce auxquelles le virus subsiste.... (p. 223-227)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il ne s'agit pas seulement de bloquer ou d'enrayer la grande m&#233;canique virale. Il s'agit de cr&#233;er de nouvelles formes qui soient &#224; la fois d&#233;fensives et offensives, mais aussi, cette fois, du c&#244;t&#233; de l'invention. Le cut-up joue ce r&#244;le mais quels sont les buts &#224; atteindre s'il ne s'agit plus d'&#233;crire des romans r&#233;pondant aux sch&#233;ma de la conscience bonne ou mauvaise ne faisant pas de diff&#233;rence les deux s'&#233;paulant pour permettre aux histoires de se r&#233;p&#233;ter ind&#233;finiment ? C'est bien une certaine conception de la magie qui alors va entrer en jeu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;e- Puissance de la magie&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est donc la magie pour Burroughs ? Il en parle souvent dans les &lt;i&gt;Essais&lt;/i&gt;. Essayons de nous y retrouver :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Que s'est-il donc pass&#233; ? L'art est redevenu litt&#233;ral et a retrouv&#233; sa fonction magique consistant &#224; faire arriver les choses, apr&#232;s un long exil dans les royaumes de l'imagination o&#249; son app&#233;tit d'&#233;v&#233;nements s'&#233;tait &#233;gar&#233;. &#187; (&lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;, p. 145)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela fait un &#233;cho &#224; ce qui fut sans doute le projet le plus r&#233;volutionnaire des situationnistes et qui avait pour nom et enjeu : R&#233;alisation de la philosophie :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Je parlerai maintenant de la v&#233;rit&#233; magique &#224; laquelle je souscris. La magie est l'affirmation de la volont&#233;, le postulat selon lequel rien n'arrive dans cet univers que nous ne sommes en mesure de (c'est-&#224;-dire la fraction infime de l'univers que nous sommes en mesure de percevoir sans qu'une entit&#233; veuille que cela arrive. Un acte magique est toujours le triomphe ou l'&#233;chec de la volont&#233;. &#187; (&lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;, p. 429)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car ce qui advient dans la vie n'est qu'une succession de moments discontinus que nous lissons pour ne pas avoir peur de ne retrouver en revenant ce que nous aurions laiss&#233; en partant. C'est que si les choses changent, ce n'est pas le hasard mais le fait que le monde ne cesse de parler de nous parler comme les voix inaudibles sans le magn&#233;tophone mais enregistr&#233;es pr&#233;cis&#233;ment sur les bandes de Raudive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a un signal et il y a un signe. Il s'agit de les capter de les interpr&#233;ter. Il y a en quelques sortes des niveaux de r&#233;alit&#233; qui hantent la soi-disant r&#233;alit&#233; et il s'agit de les appr&#233;hender. L'accident ne fait en fait que synchroniser des &#233;l&#233;ments disparates pas les lisser dans une formule continue mais les rapprocher jusqu'&#224; l'&#233;tincelle. (&lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;, p. 432-433)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les vrais &#233;crivains pour Burroughs agissent dans l'univers magique. Un exemple de la relation signal-signe est par exemple la figure du clown sinistre dans &lt;i&gt;Mort &#224; Venise&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi le cut-up n'est pas un jeu banal et vide qui consisterait &#224; couper et coller. Il s'agit au contraire d'un jeu qui doit pousser &#224; voir &#171; comment le hasard est hasardeux ? Nous savons tellement que nous ne savons pas consciemment ce que nous savons qu'il est possible que la coupe ne soit pas due au hasard. [...] Les cut-up vous mettent en relation avec ce que vous savez et ce que vous ne savez pas savoir. [...] nous avons continu&#233; &#224; exploiter les virtualit&#233;s du magn&#233;tophone : cut-up, ralentir, acc&#233;l&#233;rer, rembobiner, marque la bande jouer plusieurs piste &#224; la fois couper en avant en arri&#232;re sur deux magn&#233;tophones... sit&#244;t que vous le faites vous obtenez des mots nouveaux qui n'&#233;taient pas sur les enregistrements initiaux. Il y a alors de nombreux moyens pour produire des mots et des voix sur la bande... &#187; (&lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;, p. 94-95)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas d'exemple plus simple et plus clair de ce que peut vouloir dire &#171; faire des dieux &#187;, c'est-&#224;-dire inventer, produire des &#233;l&#233;ments qui s'opposent en tout &#224; l'entropie pour parler avec Stiegler, pour faire exister des &#233;l&#233;ments qui n'existaient pas auparavant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas si simple et pour toutes les pratiques engonc&#233;es dans les rets de dispositifs li&#233;s &#224; la conscience, cela ne signifie rien. Mais pour ceux qui ont compris le pi&#232;ge qu'&#233;tait la conscience, il devient possible pensable de lui &#233;chapper pas en fuyant mais en construisant. M&#234;me si ce qu'on construit peut ressembler &#224; un vaisseau spatial imaginal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Burroughs est tr&#232;s pr&#233;cis sur ce point. Parlant des artistes il remarque qu'ils &#171; nous fournissent les seules cartes pour voyager dans l'espace. Nous ne sommes pas faits pour explorer des donn&#233;es statistiques et pr&#233;existante. Nous sommes faits pour cr&#233;er des mondes nouveaux, des &#234;tres nouveaux, de nouveaux modes e conscience. [...] Ce dont vous faites l'exp&#233;rience dans les r&#234;ves et hors du voyages corporel, ce que vous entrevoyez dans l'&#339;uvre des &#233;crivains et des peintres, est la terre promise de l'espace. &#187; (&lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;, p. 434)&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19216 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L476xH700/10_burroughs-a28b5.jpg?1677671997' width='476' height='700' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conclure&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes au terme du voyage ou &#224; son commencement, selon la direction dans laquelle on regarde, mais en fait il n'y a pas de diff&#233;rence. Regarder vers l'avenir ou regarder le pass&#233; est la m&#234;me chose si on le fait avec la volont&#233; de le changer. Et changer le pass&#233; ne peut pas dire gommer l'histoire, mais tenter par une interpr&#233;tation renouvel&#233;e, de montrer tout ce qui est rest&#233; inaccompli dans les interpr&#233;tations d&#233;j&#224; existantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a donc pas de meilleure introduction au prochain s&#233;minaire qui entamera une relecture des &lt;i&gt;&#201;vangiles&lt;/i&gt; dans la nouvelle traduction de Fr&#233;d&#233;ric Boyer et qui s'attachera &#224; montrer comment on a invent&#233; &#171; un dieu &#187;, comment on a &#171; fait un dieu &#187; et cela toujours en prenant en compte les avanc&#233;es que nous offre la pens&#233;e de Jaynes mais aussi tous les textes que nous avons approch&#233;s, que ces quelques lignes par lequel Burroughs cl&#244;t l'article pr&#233;c&#233;demment cit&#233; et qui s'intitule &lt;i&gt;De la co&#239;ncidence&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Au commencement &#233;tait le verbe et le verbe &#233;tait Dieu. Et qu'est-ce que cela nous fait. De nous ? des mannequins ventriloques. Le temps de quitter le verbe-dieu derri&#232;re nous. &#034;Il s'atrophia et tomba hors de moi comme d'horribles et vieilles grillades&#034; rapporta un survivant. &#034;et moi je me sens mieux ainsi&#034;. &#187; (&lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;, p. 435)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Frontispice : William Burroughs&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Aldo Caredda #35</title>
		<link>http://www.tk-21.com/Aldo-Caredda-35</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Aldo Caredda et Jean-Louis Poitevin</dc:creator>


		<dc:subject>mus&#233;e</dc:subject>
		<dc:subject>performance</dc:subject>
		<dc:subject>vid&#233;o</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Aldo &#224; la Sorbonne Gallery&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://www.tk-21.com/Images" rel="directory"&gt;Images&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.tk-21.com/musee" rel="tag"&gt;mus&#233;e&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tk-21.com/performance" rel="tag"&gt;performance&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tk-21.com/video" rel="tag"&gt;vid&#233;o&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH115/arton2234-78211.jpg?1772188240' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='115' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Aldo &#224; la Sorbonne Gallery&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div style=&#034;padding:73.33% 0 0 0;position:relative;&#034;&gt;&lt;iframe src=&#034;https://player.vimeo.com/video/800992013?h=16b48bd351&amp;badge=0&amp;autopause=0&amp;player_id=0&amp;app_id=58479&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;autoplay; fullscreen; picture-in-picture&#034; allowfullscreen style=&#034;position:absolute;top:0;left:0;width:100%;height:100%;&#034; title=&#034;Aldo Caredda LOSTINTHESUPERMARKET #35 Sorbonne Gallery&#034;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/div&gt;&lt;script src=&#034;https://player.vimeo.com/api/player.js&#034;&gt;&lt;/script&gt;
&lt;p&gt;Roulez jeunesse ! Passez carrosses ! Qu'a donc encore &#224; nous dire l'honorable maison du savoir ? Ou plut&#244;t qui a encore quelque chose &#224; nous dire qui parle dans cette honorable maison qu'on nomme universit&#233; ? Car c'est l&#224; que nous entra&#238;ne le passant sans vergogne qui hante les couloirs des mus&#233;es et des lieux divers et vari&#233;s dans lesquels on pr&#233;sente de l'art contemporain, de l'art d'aujourd'hui, de l'art tout frais sorti de la fabrique et r&#233;alis&#233; par un vivant bien vivant. Aujourd'hui, il erre dans les couloirs de la vieille sorbonne o&#249;, d&#233;sormais, par une de ces extensions incidentes de l'histoire, de temps &#224; autre, on expose des oeuvres d'art contemporain dans ses couloirs.&lt;br class='autobr' /&gt;
Certes, ce n'est pas nouveau, l'art dans la cath&#233;drale du savoir, mais ce qui est d'ailleurs ici ou l&#224; au d&#233;tour d'un couloir ou d'un escalier encore visible, ce sont des oeuvres p&#233;rennes. L&#224;, rien de tout &#231;a ! Des cadres aveugl&#233;s par la lumi&#232;re blanche nous indiquent seulement le &#034;il y a&#034; mais ne nous montrent pas le &#034;ce qu'il y a&#034;. Car ce n'est pas ce qui importe, le sens de l'oeuvre, quand une &#233;poque s'enferre dans le labyrinthe qu'elle s'invente jour apr&#232;s jour. Ce qui compte, c'est l'immensit&#233; du couloir, la visibilit&#233; des cadres, apparaissant comme vides et la pl&#233;nitude de baleine &#233;chou&#233;e des bancs sur lesquels plus personne ou presque ne pense m&#234;me &#224; s'asseoir.&lt;br class='autobr' /&gt;
On conna&#238;t d&#233;sormais la gestuelle de la d&#233;position de l'empreinte. C'est la premi&#232;re fois qu'elle a lieu dans le temple du savoir. Et ce qui se produit sous nos yeux ne ressortit en rien de l'acte d&#233;f&#233;rent et solennel. Bien au contraire. Il s'est agi de glisser, en passant, sous un banc de parade la minuscule grenade qu'est l'empreinte, sans m&#234;me chercher &#224; attendre pour voir &#224; quel moment elle pourra exploser. C'est qu'il n'y a plus grand chose &#224; faire exploser l&#224; o&#249; r&#232;gne la mascarade de la pens&#233;e. Quant au fait d'y exposer, il ne faut pas s'attendre &#224; ce que cela produise autre chose qu'une jouissance de souris affam&#233;e de fromage ranci pour l'artiste et les organisateurs.&lt;br class='autobr' /&gt;
Alors, oui, le mieux est de passer, sans se retourner, conf&#233;rant ainsi au geste de la d&#233;position sa fonction sans doute originaire-critique non tant de d&#233;nonciation que d'&#233;nonciation. Quand ce qu'on appelle si pompeusement le sens n'est plus que le nom du &#034;perdu&#034; dans le psychisme des affid&#233;s &#224; la pens&#233;e dominante, il ne reste, lorsqu'on le croise dans les parages de son lieu de d&#233;tention perp&#233;tuelle, qu'&#224; le nettoyer de toutes ses pr&#233;tentions d'un geste discret et efficace dont la seule puissance &#034;symboliquement nulle&#034; rend l'effectuation effective.&lt;br class='autobr' /&gt;
Non qu'il faille se priver de toute connaissance ! Loin de l&#224; ! Mais quand sonnent les cloches d'une m&#233;diocrit&#233; devenue sanguinaire, il n'est gu&#232;re d'autre geste que l'accomplissement du rien dans le silence et des gestes qui le rendent possible, ce rien. Emporter les nuages-de-mots chers aux &#034;penseurs&#034; de ces temps noircis au charbon de la b&#234;tise d'un geste unique, voil&#224; ce qu'il y a : la d&#233;signation du non lieu o&#249; loge ce &#034;Dieu qui est une sph&#232;re infinie, dont le centre est partout et la circonf&#233;rence nulle part&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au moins, ici, aura-t-on entre-aper&#231;u, d&#233;sign&#233; par le geste dont nous ne savons rien d'autre que ce qu'on nous en dit, le recoin ou se loge, cette fois, cet insaisissable &#034;centre&#034;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La prison</title>
		<link>http://www.tk-21.com/La-prison</link>
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		<dc:date>2023-03-01T11:43:37Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Louis Poitevin et Patrick Dekeyser</dc:creator>


		<dc:subject>vid&#233;o</dc:subject>
		<dc:subject>conscience </dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Patrick Dekeyser poursuit son d&#233;cryptage de notre psych&#233; qui semble &#234;tre devenue notre prison.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://www.tk-21.com/Cerveau" rel="directory"&gt;Cerveau&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.tk-21.com/video" rel="tag"&gt;vid&#233;o&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tk-21.com/conscience" rel="tag"&gt;conscience &lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH112/arton2232-4df04.jpg?1772188240' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='112' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Patrick Dekeyser poursuit son d&#233;cryptage de notre psych&#233; qui semble &#234;tre devenue notre prison.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div style=&#034;padding:75% 0 0 0;position:relative;&#034;&gt;&lt;iframe src=&#034;https://player.vimeo.com/video/800497747?h=1dea2edd02&amp;badge=0&amp;autopause=0&amp;player_id=0&amp;app_id=58479&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;autoplay; fullscreen; picture-in-picture&#034; allowfullscreen style=&#034;position:absolute;top:0;left:0;width:100%;height:100%;&#034; title=&#034;La prison, Patrick Dekeyser&#034;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/div&gt;&lt;script src=&#034;https://player.vimeo.com/api/player.js&#034;&gt;&lt;/script&gt;
&lt;p&gt;Sans l'ombre d'un doute, il aurait sans doute pu y avoir autre chose. Et pourtant, non ! Comment alors pouvoir affirmer qu'il aurait pu y avoir autre chose, que cela ait pu se passer autrement ? Oui, comment faire pour le savoir ? Cela voudrait dire qu'il aurait pu y avoir non pas un seul labyrinthe mais plusieurs ? Ou que l'autre mani&#232;re de voyager aurait m&#234;me pu &#234;tre autre chose qu'errer dans un labyrinthe ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'&#233;vidence, on bute ici sur le mur qu'une certaine logique impose &#224; qui s'empresse de tenter de dire une chose et son contraire. Ce qui pourtant est le plus douloureux est de se demander d'o&#249; peut venir l'id&#233;e que le labyrinthe pourrait &#234;tre diff&#233;rent voire m&#234;me ne serait pas un labyrinthe ? &#192; moins que cela ne sorte que de d&#233;ductions platement ob&#233;issantes &#224; la logique de la logique. On suppose qu'il pourrait y avoir autre chose puisqu'il y a quelque chose. Tout simplement. Autre chose que la logique de la logique de la logique qui constitue le labyrinthe ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et si la r&#233;ponse &#233;tait : non !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais non &#224; quoi ? Au fait qu'il n'y aurait qu'une &#034;chose&#034; &#034;en nous&#034; qui pense et pas deux, ou plus ? Ou au fait qu'il ne peut pas y en avoir deux, ou plus, et que l'hypoth&#232;se du deux, source du plus, est en soi impossible parce qu'impensable ? Et pourtant elle existe ! Du moins on affecte de le penser et de le croire !&lt;br class='autobr' /&gt;
Alors qu'en fait, c'est non ! Il n'y a pas d'autre labyrinthe que &#034;le&#034; labyrinthe. Et ce labyrinthe, il est &#034;facile&#034; de le montrer puisque c'est ainsi qu' &#034;il&#034; se montre, est la seule et unique dimension de la pens&#233;e, celle dans laquelle ce qui s'appelle pens&#233;e peut circuler apparemment sans fin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce que nous l'avons invent&#233; ou est-ce lui qui nous a invent&#233; pour peupler sa si abstraite solitude ? Ce que l'on peut pr&#233;tendre savoir, c'est qu'il serait l&#224; de toute &#233;ternit&#233; &#224; attendre qu'un peu de vent produit par le brouhaha des sons qui se trouvent, pour certains, &#234;tre des mots, et qui ne sont de toute fa&#231;on rien d'autre que le bruit de la respiration de ceux qui errent en vain dans la prison de leur cr&#226;ne, autant dire de leur vie, autant ajouter de toute vie et pire encore, dans la prison qu'est toute vie, vienne animer son obscurit&#233; native.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rauques ou gras, lascifs ou proches du murmure, ces souffles enflent jusqu'&#224; devenir des sons dont la fonction unique est de d&#233;crire ce qui &#034;est&#034; : le labyrinthe, autrement dit la forme pure de l'espace de la pens&#233;e, cette prison int&#233;grale dont aucune sortie n'est possible. Et au sujet de laquelle il n'est pas possible de demander comment on y est entr&#233;. On croit exister, on croit qu'on est seul. Et, en effet, on existe et on est seul, absolument seul.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parfois, peut-&#234;tre, ici ou l&#224;, bruisse un autre vent qui semble parler une langue inconnue, une autre langue qui sait, et qui &#233;veille... mais quoi ? Peut-&#234;tre le souvenir &#034; de l'inflexion des voix ch&#232;res qui se sont tues&#034; ! Celles qui ont &#233;chapp&#233; &#224; la prison ? Ah non ! Il n'y a qu'une prison, celle dans laquelle je suis seul ! Le reste n'est que conjecture et de telles conjectures fatiguent trop l'esprit pour qu'on s'y adonne plus que quelques millisecondes par si&#232;cle ! Voil&#224;, c'&#233;tait maintenant ! C'est d&#233;j&#224; pass&#233; ! C'est d&#233;j&#224; fini !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Interstices, traces et fant&#244;mes</title>
		<link>http://www.tk-21.com/Interstices-traces-et-fantomes</link>
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		<dc:date>2023-03-01T11:38:18Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jan Kricke , Jean-Guy Lathuili&#232;re et Jean-Louis Poitevin</dc:creator>


		<dc:subject>photographie</dc:subject>
		<dc:subject>fant&#244;me</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;C'est sans doute par une respiration un instant suspendue que se module le rythme de l'ins&#233;cable prolif&#233;ration des choses vues.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://www.tk-21.com/Images" rel="directory"&gt;Images&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.tk-21.com/photographie" rel="tag"&gt;photographie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tk-21.com/fantome" rel="tag"&gt;fant&#244;me&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH100/arton2237-6fc63.jpg?1772188240' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;C'est sans doute par une respiration un instant suspendue que se module le rythme de l'ins&#233;cable prolif&#233;ration des choses vues.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Car rien n'emp&#234;che le vent de souffler dans les arbres et le souffle de refluer entre les branches, le ciel de se couvrir de nuages et la lune de couler vers son quotidien an&#233;antissement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant rien ne permet d'affirmer que cela a lieu, pas plus que rien ne permet de trancher et de dire que rien n'a eu lieu. Encore faudrait-il savoir de quoi l'on parle ? C'est dans cet interstice que les images de Jan Kricke et Jean-Guy Lathuili&#232;re se glissent et ins&#232;rent leur transparence fantomale qui inqui&#232;te jusqu'au silence quand il s'&#233;tiole entre deux inspirations. De cela on peut &#234;tre aussi certain que l'est un r&#234;ve d'avoir &#233;t&#233; r&#234;v&#233;. Entendons, juste avant que le r&#233;veil ne sonne la charge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s, il en va comme pour les souvenirs dans la chambre d'&#233;cho des vibrations du d&#233;sir, on les reconna&#238;t aux tremblements qui persistent dans le nerf optique entre &#339;il et neurones et qui d&#233;clenchent les prises de vue. Ce qui alors se perfectionne dans cette h&#233;sitation involontaire entre un toujours trop t&#244;t tentant d'accaparer les semailles d'une angoisse infantile et solaire et un toujours trop tard creusant le ciel jusqu'&#224; la d&#233;chirure, celle par quoi la lumi&#232;re vibre, mourante et renaissante, c'est le grand th&#233;&#226;tre du monde renouant avec ses origines, celles d'avant l'histoire, celles que pr&#233;cis&#233;ment il ne cesse d'oublier pour pouvoir continuer d'exister.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19187 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;38&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://www.tk-21.com/IMG/jpg/jankricke_andauerndeheimkehr_19.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH500/jankricke_andauerndeheimkehr_19-99d2b.jpg?1677671042' width='500' height='500' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;&#169; Jan Kricke, Endless Homecoming #19
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Chez Jan Kricke, la griffure est premi&#232;re, entendons qu'elle signe de sa trace les champs de la d&#233;ploration d'un bonheur qui se fuit. Bien s&#251;r, elle se cherche dans des plages de lumi&#232;re p&#226;le et esp&#232;re n'avoir pas &#224; para&#238;tre sur le devant de la sc&#232;ne. Mais elle ne peut s'abolir totalement et, fente dans la nuit d'une demeure ou ligne d'horizon, sente reliant deux voyages dans la m&#233;moire des sols ou chemin s'inventant sur les vagues, elle insiste et persiste jusqu'&#224; ce que la nuit et le jour ne puissent plus &#234;tre distingu&#233;s. La puissance de la raison s'&#233;tiole et la vision d&#233;clenche en l'&#234;tre tout entier le tempo d'un nouveau respir.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19179 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;58&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://www.tk-21.com/IMG/jpg/2_from-the-_unfull-moon_series.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH442/2_from-the-_unfull-moon_series-3cdbc.jpg?1677671042' width='500' height='442' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Jean-Guy Lathuili&#232;re &#8212; From the unfull moon series
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Chez Jean-Guy Lathuili&#232;re, la lune exasp&#232;re le ciel de son &#339;il sans paupi&#232;res, &#224; moins qu'elles ne soient, ces paupi&#232;res, &#233;gales &#224; l'infini du ciel. Sous son regard aveugle tout redevient th&#233;&#226;tre et la cavalcade des nuages absorbe jusqu'&#224; la d&#233;finition de ce qui pourrait &#234;tre consid&#233;r&#233; comme durable. La nuit de cette lune pleine transforme le th&#233;&#226;tre du monde en un d&#233;cor que pourraient envahir des incantations baroques, et les &#233;clats jaunis des lampadaires et des fen&#234;tres de l'attente trahissent l'ivresse qui fait tanguer les corps absents jusqu'&#224; les dissoudre, fant&#244;mes enfin devenus, dans la nuit, abandonnant &#224; d'autres l'espoir de les r&#234;ver.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19180 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;58&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://www.tk-21.com/IMG/jpg/3_from-the-_unfull-moon_series.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH333/3_from-the-_unfull-moon_series-39991.jpg?1677671042' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Jean-Guy Lathuili&#232;re &#8212; From the unfull moon series
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_19181 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;57&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://www.tk-21.com/IMG/jpg/4_from-the_de-nebulis_series.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH333/4_from-the_de-nebulis_series-062ba.jpg?1677671043' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Jean-Guy Lathuili&#232;re &#8212; From the de nebulis series
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_19182 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;58&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://www.tk-21.com/IMG/jpg/5_from-the-_unfull-moon_series.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH441/5_from-the-_unfull-moon_series-efffa.jpg?1772188240' width='500' height='441' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Jean-Guy Lathuili&#232;re &#8212; From the unfull moon series
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_19178 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;81&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://www.tk-21.com/IMG/jpg/1_from-the_apertura-candida_4_series-palladiumprint.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH413/1_from-the_apertura-candida_4_series-palladiumprint-5c5be.jpg?1677671043' width='500' height='413' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Jean-Guy Lathuili&#232;re &#8212; From the apertura candida 4 series palladium print
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_19188 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;38&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://www.tk-21.com/IMG/jpg/jankricke_andauerndeheimkehr_43.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH500/jankricke_andauerndeheimkehr_43-bbb73.jpg?1677671043' width='500' height='500' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;&#169; Jan Kricke, Endless Homecoming #43
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_19189 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;38&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://www.tk-21.com/IMG/jpg/jankricke_andauerndeheimkehr_45.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH500/jankricke_andauerndeheimkehr_45-66a1a.jpg?1677671043' width='500' height='500' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;&#169; Jan Kricke, Endless Homecoming #45
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_19190 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;38&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://www.tk-21.com/IMG/jpg/jankricke_andauerndeheimkehr_94.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH500/jankricke_andauerndeheimkehr_94-4f1f8.jpg?1677671043' width='500' height='500' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;&#169; Jan Kricke, Endless Homecoming #94
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;div class='spip_document_19177 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/IMG/jpg/4_marcigny.jpg' width=&#034;500&#034; height=&#034;700&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Frontispice : From the nebulis series&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Images pour remonter le temps</title>
		<link>http://www.tk-21.com/Images-pour-remonter-le-temps-2223</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.tk-21.com/Images-pour-remonter-le-temps-2223</guid>
		<dc:date>2023-03-01T11:35:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ibn El Farouk et Jean-Louis Poitevin</dc:creator>


		<dc:subject>exposition</dc:subject>
		<dc:subject>Photo plasticienne</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Nous sommes aujourd'hui inond&#233;s d'images en tout genre.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://www.tk-21.com/Images" rel="directory"&gt;Images&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.tk-21.com/exposition" rel="tag"&gt;exposition&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tk-21.com/Photo-plasticienne" rel="tag"&gt;Photo plasticienne&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L150xH113/arton2223-2ce00.jpg?1772188240' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Nous sommes aujourd'hui inond&#233;s d'images en tout genre.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Nous les percevons plus que nous les voyons et, parfois, il arrive aussi que nous les regardions. Cette nu&#233;e d'images mobiles et mouvantes a en effet pour cons&#233;quence de fragiliser notre attention. Il nous est de facto devenu difficile de nous extraire quelques instants du flux et du mouvement g&#233;n&#233;ral qui emporte notre r&#233;alit&#233; et de faire face &#224; ces images, autrefois fixes, qui constituaient des p&#244;les d'attraction et des capteur d'attention particuli&#232;rement puissants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ibn El Farouk inscrit les recherches intenses qu'il effectue dans le champ de la photographie et de la production d'images fixes et mobiles, en relation avec cette situation g&#233;n&#233;rale de la perception. Mais il fait plus encore. Il op&#232;re &#224; c&#339;ur ouvert la mat&#233;rialit&#233; des images, produisant ainsi une sorte d'&#233;lectrochoc mental chez celui qui les d&#233;couvre et le conduisant &#224; s'arr&#234;ter un instant et &#224; s'approprier le questionnement qui lui est propos&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne faut pas s'y tromper, ce qui nous est donn&#233; &#224; voir, ce sont bien des images mais d'un type si singulier qu'en effet il est impossible, face &#224; elles, de ne pas se demander &#224; la fois ce qu'elles peuvent bien repr&#233;senter, comment elles ont &#233;t&#233; faites et de quoi elles peuvent bien &#171; parler &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19084 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;15&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L317xH456/1_zouhir-5c302.jpg?1677670533' width='317' height='456' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Ibn El Farouk
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Photographe sans appareil, Ibn El Farouk, r&#233;alise des objets visuels qui naissent d'une d&#233;composition savante des couches mat&#233;rielles qui composent la pellicule argentique. Autant dire qu'il nous renvoie &#224; la pr&#233;histoire des images photographiques. Et pourtant le r&#233;sultat visuel est d'une contemporan&#233;it&#233; puissante. On peut m&#234;me dire qu'il parvient &#224; faire, sans passer par l'univers des programmes et des codes qui encadrent la totalit&#233; de la production des images &#233;lectroniques aujourd'hui, ce que chacun peut accomplir avec son t&#233;l&#233;phone ou son ordinateur, &#224; savoir produire des images sans r&#233;f&#233;rent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce n'est pas la critique du r&#233;f&#233;rent, probl&#233;matique largement d&#233;pass&#233;e, qui l'int&#233;resse. C'est la mat&#233;rialit&#233; m&#234;me du support, l'univers chimique qui pr&#233;c&#232;de accueille et rend possible l'apparition de l'image. C'est l'image avant l'image, l'image en tant que processus de transformation d'une mati&#232;re sous l'effet de la lumi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ce que l'on d&#233;couvre ici, c'est que l'image photographique argentique est rendue possible par l'existence d'une superposition de surfaces chacune ayant ses particularit&#233;s chimiques et physiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ibn El Farouk en s'emparant de ces couches parvient &#224; extraire une de ces surfaces qu'on appellera la peau de l'image et &#224; montrer qu'elle dispose d'une vie propre qui ne peut s'animer que si et seulement si on emp&#234;che qu'ait lieu l'impression sur elle d'un motif et qu'on lui laisse la possibilit&#233;, lorsqu'elle est plong&#233;e dans le bain de r&#233;v&#233;lateur ou d'eau, de se d&#233;tacher du fond et de flotter en se couvrant des reflets que la lumi&#232;re vient faire na&#238;tre &#171; sur &#187; elle, &#171; en &#187; elle faudrait-il dire.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19085 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;15&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH734/2_zouhir-de77c.jpg?1677670533' width='500' height='734' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Ibn El Farouk
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Alors, et c'est ce que montre cette vid&#233;o, on d&#233;couvre un &#234;tre qui pourrait ressembler &#224; un de ces animaux qui ont peupl&#233; les oc&#233;ans &#224; l'&#233;poque des commencements de la vie. De plus cela nous raconte un peu de ce qui a pu se passer il y a si longtemps. Cela nous montre en effet que les couleurs peuvent appara&#238;tre dans l'univers avant m&#234;me qu'il y ait des yeux pour les voir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici nous sommes renvoy&#233;s &#224; ce qui pouvait exister avant que l'&#339;il ne soit form&#233;. Les images fixes extraites au moyen de ce proc&#233;d&#233; nous donnent acc&#232;s &#224; un temps o&#249; l'homme n'&#233;tait m&#234;me pas encore inscrit, f&#251;t-ce comme esquisse, dans le grand livre des pens&#233;es de dieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce voyage transtemporel nous le devons &#224; cette machine &#224; remonter le temps que sont les images d'Ibn El Farouk.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19086 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;15&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://www.tk-21.com/IMG/jpg/3_zouhir.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH373/3_zouhir-dca76.jpg?1772188240' width='500' height='373' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Ibn El Farouk
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_19087 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;15&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://www.tk-21.com/IMG/jpg/4_zouhir.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tk-21.com/local/cache-vignettes/L500xH234/4_zouhir-06f5b.jpg?1677670533' width='500' height='234' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Ibn El Farouk
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Exposition &#171; D&#233;calcomanie d'&#233;mulsion &#187; actuellement &#224; la galerie Regard Sud , jusqu'au 18 mars 2023.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

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