samedi 23 novembre 2013

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Wrong Way

Installation et vidéo

, Jean-Louis Poitevin et Martin Lewden

« Mon travail parle de l’Homme et sa difficulté à comprendre le monde qui l’entoure. Coincés entre espoir et désespoir, les personnages que je crée se retrouvent toujours dans des situations insolubles, proche de la dérision où le temps figé de la sculpture s’apparente à une absence d’issue. » Martin Lewden

Grand huit

Dans Wrong Way, une installation in situ réalisée au caos museum dans le cadre du festival We Gave A Party For The Gods And The Gods All Came, qui a eu lieu au Terni Festival Internazionale della creazion contemporanea et dont nous montrons la présentation vidéo réalisée par Giuliano Felici, il n’y a aucun personnage. C’est le spectateur qui se retrouve dans la position qu’il occupe généralement, c’est-à-dire qui est confronté directement à l’absurdité magique d’une situation plastiquement puissante mais existentiellement inextricable. Wrong Way est une oeuvre fascinante par sa manière d’occuper et de transformer l’espace et par l’ironie qu’elle met littéralement en branle.

Afin de donner corps à des éléments aussi incontournables que la dimension absurde de nombreuses situations vécues par l’homme et aussi abstraits que la solitude et l’angoisse qui constituent la toile de fond de chaque existence humaine, Martin Lewden ici s’empare de l’espace. Il le fait de manière à la fois littérale et poétique, impliquant le spectateur dans sa démarche sans lui opposer son double figural sous la forme d’un personnage.

Cette fois, c’est l’œuvre et la situation qu’elle impose au spectateur qui est à la fois signe d’une plénitude, aveu d’une ambiguïté insoluble, provocation ironique et mise en scène du fond d’angoisse commun à chacun.
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En construisant cette œuvre, il a cherché à s’emparer de l’espace à travers une mise en scène féerique et précaire.

Construit à partir de palettes, ce serpent de bois ressemble à un pont sur lequel il est impossible de marcher, à un chemin qu’on ne peut emprunter, à la langue d’un monstre invisible, à un grand huit qui aurait été secoué par un dieu colérique et burlesque, à une forme pure qui aurait renoncé à la perfection pour révéler l’absurdité manifeste de toute tentative de donner un sens à l’existence, puisqu’en tant que telle cette forme incarne précisément l’existence.

En effet, ce que nous voyons est à la fois le début et la fin d’un trajet, du ciel à la terre et inversement, mais le début et la fin en ce qu’ils sont en même temps si éloignés et si proches, deviennent des manifestations visibles du voyage incohérent qu’est une vie.

À travers ce scénario ludique, illusoire et ridicule, insensé et poignant, c’est de mises en situation risquées et fatales dont nous parle Martin Lewden, sans dédaigner recourir pour cela au spectaculaire.

Mais c’est le tragique qu’il a en ligne de mire, le même tragique dont est porteuse, de bout en bout, cette spirale inchoative et terminale, si envahissante qu’elle en devient dérisoire.

Si les dieux sont tous venus pour assister à la fête, ils sont aussi tous repartis. C’est le chantier d’après leur passage que nous ne cessons de contempler, à la fois comme on le fait d’une œuvre et comme on le fait de la vie lorsqu’on la regarde avec les yeux potentiels d’un de ces dieux volages.

Au-delà du jeu des forces et de la mise en scène de subtiles tensions entre équilibre et risque de chute, les œuvres de Martin Lewden, et ce Wrong Way en témoigne ardemment, prennent pour point de départ une synthèse originale de divers courants de la sculpture contemporaine. C’est pourquoi chacune de ces œuvres est déjà une manière de les dépasser en les engloutissant dans un maelström puissant dont l’ironie semble constituer le vortex.
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Voir en ligne : www.martinlewden.com