dimanche 19 janvier 2014

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Vietnam 2005

, Pol Lujan

On se souvient de cette phrase de Beckett, « on ne voyage pas pour le plaisir que je sache, on est con, mais pas à ce point-là. « Avec ce « bike movie », un film qu’il a réalisé au Vietnam en 2005, Pol Lujan nous donne à voir ce qu’il a découvert sur la route, enregistrant simplement ce qui se passait auprès de lui.

Cependant, l’origine de ce film est plus personnel, intime même, car elle prend sa source dans la biographie de l’auteur.

Sa mère vivait au Vietnam où ses parents se sont rencontrés pendant la guerre d’Indochine, son père appartenait à l’époque à la police militaire. Deux frères et une sœur y sont nés et ont vécu à Dallat et à Saïgon. Ils ont pu tous revenir en France en 1957. Plus tard, d’autres enfants y naîtront, Pol Lujan est l’ultime.

La motivation de ce film, intitulé « Sur la route de ma découverte », c’est donc simplement l’envie du voyage, le désir de « découvrir » le pays côté maternel, de partir à la rencontre d’une de ses origines, son père, lui, étant originaire d’Espagne.

Pol a passé trois mois à sillonner le Vietnam sur une moto russe achetée sur place, une « Minsk ». En passant par les hauts plateaux, volontairement à l’écart de la route touristique, il arrive au fin fond du delta du Mékong avant de revenir à Hanoï par la route de la côte.

C’est sans doute pour les mêmes raisons qu’il a voyagé 12 ans plus tôt au Chili, désirant cette fois « découvrir » ses racines latines, héritées, elles, de son père. Il y restera six années …

Deux voyages et une certaine cohérence, celle d’une démarche dans laquelle Pol Lujan cherche tout simplement à savoir de quel bois il est fait.
Voyez ces images, rien de narcissique dans ce voyage, simplement une manière d’aller voir d’où l’on vient en regardant ce qui s’y passe, comme si l’enjeu était bien plus d’établir des parallèles entre les lignes qui composent sa vie : celle du passé d’avant la naissance, inconnaissable ; celle du présent de ce voyage de reconnaissance d’un territoire à la fois inscrit en sa chair et inconnu ; celle d’un temps qui ne cesse de venir et dans lequel de l’une à l’autre de ces lignes un jeu de renvoi s’effectue qui fait la vie être l’étoffe tissée par ces va-et-vient incontrôlables et magiques.
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