mardi 25 février 2014

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Vice versa – II

Épisode 2

, Sandra Fastré et Yannick Vigouroux

Deux âmes se parlent et se découvrent pour les six premiers jours de correspondance.
Timides ou assurées, elles évoquent leurs émotions. Elles partagent l’univers de chacun et le jeu de création des histoires commence à prendre forme.

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Jour 2 - Image de Sandra Fastré

Texte de Yannick Vigouroux
« La porte entrouverte ne laissait passer qu’un mince filet de lumière. Dans cet hôtel de fortune, il se sentait bien, calme. L’air dehors lui semblait comme le ciel d’une transparence quasi minérale, à l’image d’un quartz délicatement et précisément taillé, aiguisé comme ses sens. Après une courte sieste, il lui semblait reprendre lentement mais pleinement possession de son corps encore engourdi. Il tira les rideaux et regarda à travers la fenêtre. Les nuages moutonnaient au-dessus de la colline aride. Le crépuscule approchait. »

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Jour 3 - Image de Yannick Vigouroux

Texte de Sandra Fastré
« Ce vent léger caresse mon visage. Le ciel s’assombrit tout à coup. Je suis dehors et décide de rebrousser chemin. Je sens cette chaleur presque étouffante annonciatrice d’un orage d’été. Les cigales chantonnent encore. J’entends un bruissement dans le bosquet d’à côté. Ma découverte du lieu est loin d’être terminée. J’aime cette liberté, cette nature indomptée. Je reviendrai demain pour mieux y goûter et la savourer. »

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Jour 4 - Image de Sandra Fastré

Texte de Yannick Vougouroux
« Le contact d’une pierre, un caillou poli par l’océan que l’enfant peut tenir dans la paume de sa main ; le contact des plantes même piquantes, ronces et orties, chardons fleuris, l’enfant n’a pas peur de s’écorcher les jambes... Quelques coupures superficielles, cela démange un peu, mais justement ainsi, l’on se sent exister. Effleurer l’air de rien, du bout des doigts, l’essentiel : l’être-là. Qu’il est doux chaque automne (et chaque saison), de se souvenir adulte de ces sensations-là. »

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Jour 5 - Image de Yannick Vigouroux

Texte de Sandra Fastré
«  Il est mon univers, mon tout. Il est ma boîte à secrets. Il est celui pour qui je décrocherais la lune. Il est cette passion qui m’habite. Il est là, près de moi comme un doux murmure. Il est mon double, mon opposé. Il est mon passé, présent et futur. Il est ce précieux talisman et me comble de bonheur. N’est-ce pas cela l’amour ? Mon cœur et mon âme lui sont dévoués. Il est mon homme.  »

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Jour 6 - Image de Sandra Fastré

Texte de Yannick Vigouroux
« Parfois, l’on « s’habille » de rien ou presque. De souvenirs aux contours flous comme les images des rêves. Curieusement l’on s’attache à des détails qui pourraient sembler si insignifiants sur le moment et deviennent si importants avec le temps.
Ainsi, il se souvient de ce voyage en Sicile il y a dix ans, l’absence si étrange de cette femme qui l’accompagnait durant ce séjour, dans la chambre de l’hôtel California à Milazzo, lorsqu’il s’est réveillé après une longue sieste. Elle s’était absentée pour faire quelques courses. Ils venaient de rentrer de l’île de Stromboli où ils avaient séjourné. C’était pour une forme de pèlerinage cinématographique : sur l’île volcanique noire et indomptable, caractérielle comme les entrailles en fusion de la terre, avait été tourné le film de Roberto Rossellini
(Stromboli, terra di Dio, 1949) qui avait séjourné avec l’actrice Ingrid Bergman, leur relation amoureuse était déjà complexe, souvent tendue. Beaucoup d’acteurs recrutés étaient des habitants du village et le second rôle fut confié à un jeune pêcheur qui demanda sans ambages au réalisateur s’il pourrait embrasser sur le champ la belle actrice suédoise, alors au faîte de sa gloire.
Il y avait ce miroir ovale qui démultipliait la pièce et sa lumière sourde, tout en la déformant. En fait, elle semblait absorber plus qu’elle ne reflétait la pièce, ce qui, il n’aurait pas su dire pourquoi, le rassurait. Une bouteille en plastique vert d’eau à moitié pleine posée sur la table, quelques vêtements dont un foulard en soie japonais jaune et bleu — ça c’est un souvenir précis — à sa montre il était 18 h 04 — un souvenir tout aussi précis, pourquoi se souvenir de cela, si longtemps, après : ce numéro « 04 » affiché sur l’écran digital ?
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