mardi 26 avril 2016

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Elodie Dornand de Rouville présente jusqu’au 1er mai 2016 à la galerie La Ville a des Arts, une série de portraits, issus d’un livre illustrant la culture coréenne.

À l’origine, il y a l’idée d’un livre, qui expliquerait la culture coréenne à travers des aspects de la civilisation coréenne. L’anthropologue Benjamin Joinau et Élodie Dornand de Rouville, artiste vivant depuis plus de dix ans en Corée, ont longuement mûri cette idée, où les traditions et autres us et coutumes seraient abordées par les thématiques inhérentes du quotidien, telle que la nourriture, la religion, les vêtements, et où les visuels joueraient un rôle central. Le but n’était pas de donner un ensemble de recommandations, d’adresses, ou une liste de comportements à adopter pour ne pas paraitre impoli. Au contraire, le livre s’amuse de ces différences, et intelligemment vous expliquera pourquoi nous nous sommes trompés et d’où vient notre erreur. Les dessins et les textes, indissociables, s’enrichissent et se complètent afin de décortiquer les curiosités de la culture coréenne, avec humour et sympathie et pour notre plus grand plaisir.

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Croquis de Corée, à travers le subtil échange entre les dessins et textes, montre l’enjeu d’une démarche de compréhension envers d’autres cultures et afin de nous inviter à repenser notre rapport à l’autre.

Pour son exposition Traversée et pour la première fois en France Élodie Dornand de Rouville a choisi d’extraire certains de ses croquis de leur contexte littéraire. En les retravaillant et les ré-assemblant sur du papier de mûrier traditionnel, elle se donne le temps de partager, avec nous, sa relation avec la Corée du Sud. Si la culture coréenne est parvenue à exporter internationalement son identité et sa culture, l’artiste nous en livre ici une vision distanciée, plus intime et sincère. Loin des clichés, Elodie nous entraîne de l’autre côté du miroir, mettant en scène avec humour les contradictions et paradoxes propre à la culture du pays du matin calme.

Plus personnelles, ces illustrations, oscillent entre rêve et réalité. Elles sont composées d’éléments porteurs, chacun de messages qui se diffractent dans l’image. Dans le cadre de son exposition, elle se ré-approprie, amplifie et exagère certains aspect de la culture coréenne. Aussi, malgré un rendu visuel coréanisant, le discours et le langage employé demeurent occidentaux. Toutefois, une forme de traduction, de décryptage est nécessaire pour que notre œil entende les sens cachés des éléments composant ces illustrations.

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Pays obsédé par son apparence, la Corée est rapidement devenue un territoire où la pratique de la chirurgie esthétique s’est largement répandue dans les mœurs, alors que la culture prône toujours la sobriété et la simplicité comme valeurs fondamentales de toute bonne éducation.

Élodie est, depuis son arrivée dans la péninsule en 2002, fascinée par ce rapport libéré au bistouri, et elle l’évoque régulièrement dans son travail. Comme dans ce reflet brisé dans un miroir, où le personnage principal, a-sexualisé, essaie de se fixer, de réparer ses imperfections. Le portrait de Jeune fille à la frange est peut-être plus probant. Dénuée de visage, elle choisi sur le polygone placé devant elle les yeux, le nez et la bouche qu’elle veut. Tel un catalogue, elle compose son nouveau visage comme on se compose une nouvelle garde robe chaque saison.

Nous sommes subjugués et touchés par ces dessins sans artifices. La simplicité des traits et des couleurs est d’ailleurs frappante et une récurrence dans le travail tout en élégance d’Élodie. Par ailleurs, pour cette série, Élodie explique son choix d’économie des couleurs pour ne se concentrer que sur les représentations des idées, des paradoxes et des contractions intrinsèques à la culture coréenne. Le blanc et le noir deviennent une paire d’antonyme tel que l’intérieur et l’extérieur, le soi et l’altérité, l’ombre et la lumière, le singulier et le multiple, la solitude et la communauté…

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Traversée crée un ballet de fines correspondances visuelles, teintées d’onirisme et d’ironie, afin de dévoiler un regard personnel, empirique, jubilatoire et incisif de la société coréenne. L’artiste n’entend pas dénoncer, ni faire une critique de la société, il s’agit pour elle nous inviter à partager son œil, son regard et son observation empirique des évolutions et révolutions sociales que le pays traverse actuellement.

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Traversée
Elodie Dornand de Rouville
(série de dessins sur papier hanji )
Exposition du 22 avril au 01 mai 2016
La villa des arts
15 rue Hégésippe Moreau – 75018 Paris

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