mardi 18 octobre 2011 par La rédaction

Rashid Mahdi

Un grand photographe soudanais

Alors que cette année, Paris Photo mettra la photographie sub-saharienne à l’honneur, plusieurs événements prendront place à Paris au mois de novembre, pour présenter le travail du grand photographe soudanais Rashid Mahdi.

Portfolio

Portrait de femme avec collier, 2 mai 1962 © Rashid Mahdi/Elnour Portrait de Femme scarifiée, 1970 © Rashid Mahdi/Elnour Jeune officier une étoile aux scarifications de la tribu Cheïgir, 11 mars (...) Portrait peint, circa 1970 © Rashid Mahdi/Elnour Portrait peint, 3 juillet 1972 © Rashid Mahdi/Elnour

Documents joints

Fidèle au statut d’artisan, Rashid Mahdi établit très tôt un protocole de réalisation de portraits au grand format, qu’il appliquera systématiquement et méticuleusement toute sa vie. Du maquillage des sujets aux lumières des plus élaborées, il perfectionne l’image en intervenant à de multiples étapes sur le négatif puis sur le tirage. Ses images précises et raffinées révèlent une société notamment bourgeoise du Nord, qui s’approprie l’indépendance avec une inattendue souveraineté.

Né en 1923 au Nord-Soudan, il débute la photographie comme amateur au sortir de la Seconde guerre mondiale alors qu’il occupait un emploi de menuisier pour la compagnie des chemins de fer. Il réalise ses premiers portraits à l’extérieur, en lumière du jour, devant un drap, avec une chambre photographique en bois, directement sur papier. Il s’équipe vite de matériel plus moderne et répond aux demandes de portraits de groupes. Féru d’apprentissage, il commande ses produits mais aussi des manuels directement à Londres.

En 1952, il répond à l’invitation du manager de Kodak au Caire, démissionne peu après de la compagnie des chemins de fer et ouvre son premier studio en 1957. Il appliquera dès lors le fruit ses recherches esthétiques et techniques personnelles tout au long de sa vie. Il maquillait ses clients avant la prise de vue par souci du rendu de peau. Ses décors et lumières très étudiés sculptaient les visages, jusqu’à leur conférer la stature d’une vedette de cinéma. Rashid Mahdi apportait un soin millimétré au placement des projecteurs.

L’usage du grand format 18 x 24 accentue le modelé, les textures des peaux et tissus. Bien avant la parution du zone system d’Ansel Adams, son parfait contrôle du couple exposition-développement, étalonné selon ses propres chimies, offre une douceur et les détails désirés dans les ombres autant que les hautes lumières. Il retouchait ensuite le négatif, gratté à la plume ou chargé à la mine de plomb, coloriait à l’encre magenta les chairs, afin de les éclaircir au tirage, comme il était de bon ton de paraître en la société bourgeoise qui constituait sa principale clientèle. Une fois le bon tirage obtenu, il y retouchait de nouveau l’image au ferry-cyanure pour encore éclaircir certaines zones, et à l’encre pour en assombrir d’autres. Il gommait également des rides, des fossettes, des plis disgracieux au cou, éclaircissait l’iris des yeux, atténuait la surbrillance de boutons de bijoux ou lunettes, nuisibles à l’esthétique générale de l’image finale. Rashid Mahdi pousse au-delà de toutes ces manipulations déjà très peu rassemblées chez d’autres photographes connus, jusqu’à colorier l’image. Cette ultime sophistication tenait selon lui à son affection envers la poésie, valeur essentielle de sa société. C’est là que se situe peut-être un dépassement assumé du statut d’artisan à une démarche artistique.

Rashid Mahdi se place ainsi par cette chaîne méticuleusement et systématiquement appliquée à la recherche de la perfection, flagrante sur ses vintages, humblement autant que définitivement au plus haut niveau et à l’égal des plus célèbres photographes de son continent.

Dès 1960, Rashid défend ses idées avec le cinéma, plus prompt à décrire la condition sociale de son peuple. Il signera 5 films documentaires-fictions, qu’il projettera à ses frais en créant un cinéma ambulant, en annexe d’une imprimerie et d’un laboratoire. Rares sont les photographes africains à avoir joui d’une notoriété locale, au point d’être interviewé à la radio, la télévision et la presse écrite. Rashid Mahdi est également l’un des seuls photographes au monde à avoir écrit ses mémoires (à paraître). Décrit unanimement par son entourage comme « a gifted man », il était doué en tout ce qu’il entreprenait. Il vivait animé par un sens de l’urgence moderne et progressiste : toujours plus loin, toujours mieux.

L’esthète élégant et raffiné, presque maniaque dans sa recherche permanente de perfection vécut douloureusement les régressions sous certains régimes, sans jamais altérer son élan progressiste, ni mesurer ses efforts vers la modernité. Mis à mal par les derniers régimes, Rashid Mahdi cesse définitivement de travailler en 1998, se réfugie chez lui et dans le silence jusqu’à sa mort en 2008.

Découvert par Claude Iverné, rare expert de ce pays qu’il traverse depuis 15 ans et fondateur de l’association Elnour, qui réunit le travail de photographes soudanais, Rashid Mahdi est certainement le plus sophistiqué des photographes africains connus.

La rédaction

P.-S.

Au mois de novembre à Paris sur Rashid Mahdi :

Exposition « Rashid Mahdi, the Gifted Man  », du 2 au 11 novembre Centre culturel d’Égypte 111, boulevard Saint-Michel, 75006 Paris

Conférence au Centre culturel d’Égypte : mercredi 2 novembre à 18h : « Rashid Mahdi  », par Claude Iverné

Exposition Photographies soudanaises, du 8 au 22 novembre 2011 Galerie Clémentine de la Féronnière, en partenariat avec Photoquai 12, rue Guénégaud, 75006 Paris

Conférences à la galerie : mercredi 9 novembre à 14h30  : « Rashid Mahdi  », par Claude Iverné vendredi 11 novembre à 16h  : « Histoire de la photographie au Soudan  », par Claude Iverné

Exposition multimédia « Elnour, lumières soudanaises  », du 10 au 25 novembre 2011 Flatterville 24, passage des Petites-Écuries, 75010 Paris

Conférence à Flatterville : jeudi 17 novembre à 19h : « Elnour », par Claude Iverné


Séminaire, Images et politique VI

PLUS OU MOINS i Images matérielles et images mentales 7e Séminaire sur l’image Octobre 2011– Juin 2012

Images et politique

L’image entre clone et virus

une lecture de :

Cloning Terror de W.J.T. Mitchell (Editions Les prairies ordinaires)

Par Jean-Louis POITEVIN

mercredi 9 mai 2012 - 19 h 30

L'adresse

Galerie LA RALENTIE

22-24 rue de la fontaine au roi Paris 75011 Paris M° République - Goncourt - Parmentier


L’amour II

Galerie LA RALENTIE - Art et Pensée

J’ai horreur des dimanches

L’amour.

MATIN  Jean-Louis Poitevin, philosophe critique d’art Une lecture du « De l’amour » de Stendhal  Hélène Godefroy, psychanalyste « L’amour au féminin »  Pascale Fautrier, écrivain philosophe « Beauvoir ou l’amour absolu »  Fabian Fajnwaks, psychanalyste « Les hommes peuvent-ils aimer en tant que tels ? » APRES-MIDI  Bertrand Leclair, écrivain « L’amour, langue étrangère »  Amalia Escriva, réalisatrice Projection du film « Le miroir aux Alouettes »  Isabelle Floc’h, Psychanalyste « Autour de Benjamin Constant »

« Enfant de bohème » comme le chantait Carmen, voué à mal se finir, comme le chante Catherine Ringer, l’amour, s’il inspire des vies, des films, et toute la littérature, résiste aux définitions. On a coutume de lui opposer la passion, tel son envers dévastateur, ou encore l’érotisme, avec lequel il aurait paraît-il, du mal à s’accoupler, du moins durablement…/…

13 mai 2012 - A partir de 9 h 30

L'adresse

22-24 rue de la fontaine au roi Paris 75011 Paris M° République - Goncourt - Parmentier

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