mardi 18 octobre 2011

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Rashid Mahdi

Un grand photographe soudanais

, La rédaction

Alors que cette année, Paris Photo mettra la photographie sub-saharienne à l’honneur, plusieurs événements prendront place à Paris au mois de novembre, pour présenter le travail du grand photographe soudanais Rashid Mahdi.

Fidèle au statut d’artisan, Rashid Mahdi établit très tôt un protocole de réalisation de portraits au grand format, qu’il appliquera systématiquement et méticuleusement toute sa vie. Du maquillage des sujets aux lumières des plus élaborées, il perfectionne l’image en intervenant à de multiples étapes sur le négatif puis sur le tirage. Ses images précises et raffinées révèlent une société notamment bourgeoise du Nord, qui s’approprie l’indépendance avec une inattendue souveraineté.

Né en 1923 au Nord-Soudan, il débute la photographie comme amateur au sortir de la Seconde guerre mondiale alors qu’il occupait un emploi de menuisier pour la compagnie des chemins de fer. Il réalise ses premiers portraits à l’extérieur, en lumière du jour, devant un drap, avec une chambre photographique en bois, directement sur papier. Il s’équipe vite de matériel plus moderne et répond aux demandes de portraits de groupes. Féru d’apprentissage, il commande ses produits mais aussi des manuels directement à Londres.

En 1952, il répond à l’invitation du manager de Kodak au Caire, démissionne peu après de la compagnie des chemins de fer et ouvre son premier studio en 1957. Il appliquera dès lors le fruit ses recherches esthétiques et techniques personnelles tout au long de sa vie. Il maquillait ses clients avant la prise de vue par souci du rendu de peau. Ses décors et lumières très étudiés sculptaient les visages, jusqu’à leur conférer la stature d’une vedette de cinéma. Rashid Mahdi apportait un soin millimétré au placement des projecteurs.

L’usage du grand format 18 x 24 accentue le modelé, les textures des peaux et tissus. Bien avant la parution du zone system d’Ansel Adams, son parfait contrôle du couple exposition-développement, étalonné selon ses propres chimies, offre une douceur et les détails désirés dans les ombres autant que les hautes lumières. Il retouchait ensuite le négatif, gratté à la plume ou chargé à la mine de plomb, coloriait à l’encre magenta les chairs, afin de les éclaircir au tirage, comme il était de bon ton de paraître en la société bourgeoise qui constituait sa principale clientèle. Une fois le bon tirage obtenu, il y retouchait de nouveau l’image au ferry-cyanure pour encore éclaircir certaines zones, et à l’encre pour en assombrir d’autres. Il gommait également des rides, des fossettes, des plis disgracieux au cou, éclaircissait l’iris des yeux, atténuait la surbrillance de boutons de bijoux ou lunettes, nuisibles à l’esthétique générale de l’image finale. Rashid Mahdi pousse au-delà de toutes ces manipulations déjà très peu rassemblées chez d’autres photographes connus, jusqu’à colorier l’image. Cette ultime sophistication tenait selon lui à son affection envers la poésie, valeur essentielle de sa société. C’est là que se situe peut-être un dépassement assumé du statut d’artisan à une démarche artistique.

Rashid Mahdi se place ainsi par cette chaîne méticuleusement et systématiquement appliquée à la recherche de la perfection, flagrante sur ses vintages, humblement autant que définitivement au plus haut niveau et à l’égal des plus célèbres photographes de son continent.

Dès 1960, Rashid défend ses idées avec le cinéma, plus prompt à décrire la condition sociale de son peuple. Il signera 5 films documentaires-fictions, qu’il projettera à ses frais en créant un cinéma ambulant, en annexe d’une imprimerie et d’un laboratoire. Rares sont les photographes africains à avoir joui d’une notoriété locale, au point d’être interviewé à la radio, la télévision et la presse écrite. Rashid Mahdi est également l’un des seuls photographes au monde à avoir écrit ses mémoires (à paraître). Décrit unanimement par son entourage comme « a gifted man », il était doué en tout ce qu’il entreprenait. Il vivait animé par un sens de l’urgence moderne et progressiste : toujours plus loin, toujours mieux.

L’esthète élégant et raffiné, presque maniaque dans sa recherche permanente de perfection vécut douloureusement les régressions sous certains régimes, sans jamais altérer son élan progressiste, ni mesurer ses efforts vers la modernité. Mis à mal par les derniers régimes, Rashid Mahdi cesse définitivement de travailler en 1998, se réfugie chez lui et dans le silence jusqu’à sa mort en 2008.

Découvert par Claude Iverné, rare expert de ce pays qu’il traverse depuis 15 ans et fondateur de l’association Elnour, qui réunit le travail de photographes soudanais, Rashid Mahdi est certainement le plus sophistiqué des photographes africains connus.

Voir en ligne : http://www.galerieclementinedelafer...

Au mois de novembre à Paris sur Rashid Mahdi :

Exposition « Rashid Mahdi, the Gifted Man  », du 2 au 11 novembre
Centre culturel d’Égypte
111, boulevard Saint-Michel, 75006 Paris

Conférence au Centre culturel d’Égypte :
mercredi 2 novembre à 18h : « Rashid Mahdi  », par Claude Iverné

Exposition Photographies soudanaises, du 8 au 22 novembre 2011
Galerie Clémentine de la Féronnière, en partenariat avec Photoquai
12, rue Guénégaud, 75006 Paris

Conférences à la galerie :
mercredi 9 novembre à 14h30  : « Rashid Mahdi  », par Claude Iverné
vendredi 11 novembre à 16h  : « Histoire de la photographie au Soudan  », par Claude Iverné

Exposition multimédia « Elnour, lumières soudanaises  », du 10 au 25 novembre 2011
Flatterville
24, passage des Petites-Écuries, 75010 Paris

Conférence à Flatterville :
jeudi 17 novembre à 19h : « Elnour », par Claude Iverné