mardi 26 avril 2016

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Ce fut un terrible combat, le col de sa monture était rouge et il brandissait son sabre à travers le champ de bataille.

Devant lui se levaient les armes qu’il faisait voler, coupant une main, tranchant un bras sans apaiser sa fougue et son élan. Et le corps barbouillé de sang, il allait combattant chercher les corps vivants ; ivre il était de carnage sanglant et devant lui on reculait. De l’expérience d’un combat, il percevait la suite et s’élançait devant droit dans cet au-delà… Le voici mort maintenant, il eut la tête tranchée quand plus tard il tomba mais jusque là… Jusque là, le col de sa monture rougi du sang ennemi, son corps bruni du même sang, il galope et devant lui… Devant lui vint Imrat Khan et sa longue épée. Il la brandit, elle pèse lourd et tranche sans détail. Avec courage, l’ennemi fonce sur le cavalier, celui-ci ne recule pas, il brandit le sabre de son père, et tous deux combattants orgueilleux se précipitent l’un sur l’autre, l’un à cheval, l’autre à pied ; qui est inférieur, qui est supérieur ? Tous deux, ils se précipitent avec fougue, avec élégance se destinant sans retenue au sort qui décide. Déjà de sang resplendissant, harassant Imrat le Khan, retenant sa monture et fier comme le paon donnant du plat du sabre des coups agaçants, il va et vient tout autour du piéton. Et l’épée et le sabre dansent dans l’air calme, en silence les lames tranchent les brises fines qui portent les odeurs des morts. Un cadavre près d’eux abreuve la terre de son sang, son corps rouge, son épée brisée, son bouclier, gisent comme des trouvailles sur le champ labouré ; qui ramassera le butin ? C’est le jeu de la guerre, on meurt, on se réjouit, on dépense son comptant de nécessités. Qui a peur des coups se retire, les coups vont décevoir l’existence sensible. Et voici que plane l’incertitude quand tombent les couperets ; l’expérience se colore de retenue et de visée, il faut se concentrer, où frapper et comment esquiver ? Est-ce ainsi qu’on agit ? À qui étais-je utile, à quoi ai-je servi ; ce n’est plus l’instant des questions ; le drap des vêtements se mouille, les contours se troublent dans le regard des yeux, et le Khan brandit haut l’épée et de l’autre main secoue le bouclier – qui veut attirer un coup n’agite-t-il pas un leurre ? Et cessant de s’éparpiller, les coups se rassemblent en passes d’armes : c’est la botte de cinq, le flambement de lame, la frappe de flanc ; on pare la figure, on admire l’esquive, les hommes se sourient et ils hurlent, ne doivent-ils pas se battre à merci ?... Ah, mon épée m’entraîne, tout contre le cheval, je frappe l’épaule du cavalier dont le sabre s’est efforcé contre mon bouclier ; c’est la ruse qui triomphe, tombe cavalier, voici tes pieds !

Mais la lutte n’atteint pas sa fin dans l’habileté d’un coup ; face à face, je te vois, tu me vois, la lutte cessera quand tu, quand moi, lâcherons nos vies ; alors sers, sers les dents, la vie passe dans cette minute, la vie passée est ici, voici la nouveauté qui avance ! Avance Imrat Khan ! Avance Cavalier démonté ! Alors tous deux brillant de sang et resplendissant d’ardeur, ils se jettent dans l’attaque ; ensuite, avant, dans, l’attaque se mêlent les gestes, foule de mouvements rapides comme le joueur entame pour finir un mélange de notes qui rappelle, suggère, évoque l’air qu’il vient de construire ; les choses sont donc faites mais non point encore finies. Regarde ma belle, c’est ici que l’artiste a fixé le moment et quand tu l’observes avec attention, tu n’oublies pas le cadre, la pièce et le fauteuil de velours où se tient le vainqueur qui regarde tes yeux…