dimanche 30 juin 2013

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Musée/Rue même combat !

Tous à Samara !

, Jean-Louis Poitevin

À Samara, Russie, des images qui ne sont pas des pubs mais des œuvres se tiennent droites dans les abribus et font des clins d’œil aux passants.

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L’art n’a pas à descendre dans la rue, ni d’ailleurs la rue à monter vers l’art. Ils ont juste parfois rendez-vous, les modalités de cette rencontre restant le plus souvent imprévisibles.
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Mais une fois le rendez-vous pris, il est possible de ne pas se rater.
Il y a des tentatives comme celle organisée par le centre Pompidou, d’une tente dans laquelle on peut découvrir des œuvres majeures. Mais ces œuvres transformées en tapis dans une caravane ne semblent pas attirer le public désiré. Elles vont donc rentrer dans les réserves, laissant la tente vide et le projet au point mort.
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Il en est d’autres comme l’opération "Street as a Museum - Museum as a Street", organisée à Samara depuis plusieurs années. Autour d’un sujet, des artistes produisent des images qui sont installées dans les abribus de la ville. Là, le rendez-vous est donné et pris dans le même temps. Pas besoin de somme folle pour faire porter par des chameaux les tapis du rêve. Il suffit de jeter un œil distrait lorsqu’on poireaute sous l’auvent en attendant le bus. Alors, comme lorsqu’on mate une fille ou un garçon dans la rue, les regards se croisent ou non, s’interpellent ou s’ignorent, s’envoient des étincelles ou restent muets comme des tombes.
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Cette année, ce sont les ombres de l’industrie qui se mettent à la hauteur des passants et s’avancent vers eux avec la tranquillité de pachydermes silencieux. Comme s’il s’agissait, comme c’est souvent le cas avec les images et avec celles de la photographie en particulier, de rendre comestible ce qui parfois dans la réalité comme dans l’imagination ne l’est pas.
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Ainsi est-il possible de regarder en face des monstres sans être contraint de fuir ou de disparaître au fond de la nuit comme le font les enfants en fermant les yeux pour effacer le monde qui les agresse un instant ou de se repaître du secret mystère dont les jambes des femmes sont porteuses à travers toute l’étendue de la planète.
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Machines puissantes, voire mortelles, comme des centrales nucléaires ou électriques, lieux liés au stockage, machines liées au déplacement comme le sont les trams ou les jambes qui nous portent, les trois membres du groupe novembre qui ont participé à l’opération ont livré des œuvres oscillant entre l’évidence noire du destin incarné par des monstres et l’humour qui peut toujours se cacher derrière l’évidence.
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Dans tous les cas, le parti pris a été pour eux de mettre « la chose » à hauteur du regard. C’est cette proximité qui constitue l’essentiel d’une rencontre, car elle est à la fois le moyen et la fin. En rendant directement accessible à l’œil et à l’œil seul des « choses dangereuses ou plaisantes », "Street as a Museum - Museum as a Street", atteint son but qui est de court-circuiter la relation médiatisée entre image et regard,telle qu’elle est imposée par tous les dispositifs de la terre. Ce dispositif qui consiste à mettre une image dans un endroit où habituellement il y a d’autres images, celles de la publicité, produit un double effet, rendre étrange un lieu habituel et faire pénétrer dans le champ de l’habitude des « choses » étranges ou étrangères. L’image présentée dans un abribus n’est plus médiatisation au carré mais accès direct à la force d’impact de la surprise. En faisant de la rue un musée et réciproquement, en fait, c’est la circularité de la relation d’implication qui se brise et le regard qui, enfin libre, peut traverser l’image et s’éprendre du réel.
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Voir en ligne : http://street-museum-street.ru/eng/