mardi 27 mai 2014

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Lettres en feu

Csaba Antal

, Csaba Antal et Jean-Louis Poitevin

Nous poursuivons ici notre investigation du travail de Csaba Antal seul scénographe européen à faire fonctionner des animations 3D comme de véritables décors. Nous avons présenté sa mise en scène de La flûte enchantée à Bolzano en janvier. Aujourd’hui, ce sont les images qu’il a réalisées pour l’opéra La lettre des sables que nous voulons interroger.

L’histoire de cet opéra met en scène une quête amoureuse qui se déploie dans des strates temporelles distinctes. Un homme recherche la femme qu’il aime qu’une tempête lui a ravie. Une figure de proue émerge sur la plage, qui lui ressemble. Elle lui délivre un message, parchemin mystérieux, invitation au chant comme vecteur de l’accomplissement des métamorphoses. Se retrouver ? Oui, mais dans quelle state du monde ?

Le texte est une parabole dans laquelle les personnages ont pour véritables partenaires, les éléments qui les constituent, les mots et plus encore que les mots, les lettres. Cet opéra est une ode à l’opération magique qui consiste à ce que métaphore et métonymie se répondent dans un devenir réel du rêve. Ici, les mots deviennent armes, mais aussi chair, et la chair devient mot, et les mots deviennent chant. Et lorsque le chant s’épuise dans le souffle, les corps, les lettres et les sons s’évanouissent.

Cette fantaisie réussie du devenir insaisissable d’une vérité pure, Csaba Antal s’en est emparé et l’a prise en quelque sorte au pied de la lettre. Il a réalisé des images d’une densité de rêve, parce qu’il a compris que le véritable rêve qui hante l’homme, c’est de comprendre, de voir et de vivre à même sa chair, la transmutation dont il est à la fois le sujet et l’objet, des mots en vécu et des sensations et des émotions en mots.

C’est pourquoi il fait naître, par les images et comme images, des figures qui envahissent l’espace, qui semblent pouvoir voguer sur les océans, voler entre les nuages, défier les lois de la pesanteur, défier le temps, incarner des mondes oubliés. Les lettres plus encore que les mots constituent la mémoire du monde. Ou plus exactement, elles constituent le vecteur par lequel le souvenir devient vie et la vie s’enfonce dans le sable, disparition qui n’est que le prélude à une indécidable renaissance ; mais quand aura-t-elle lieu ? C’est cette question que pose l’opéra.

Les lettres qui s’enflamment ou deviennent sable qui s’écoule, disent l’immensité de l’attente creusant l’espace obligé du reniement et de l’oubli. C’est ce que célèbrent, au-delà de l’anecdote, les images mobiles de Csaba Antal.

Christian Lauba
La Lettre des sables
Création mondiale - nouvelle production
Commande de l’Opéra National de Bordeaux
Musique de Christian Lauba sur un livret de Daniel Mesguich
Direction musicale, Jean-Michaël Lavoie
Compositeur, Christian Lauba
Mise en scène, Daniel Mesguich
Lumières, Mathieu Courtaillier
Assistant mise en scène, William Mesguich
Scénographe, Antal Csaba
Costumière, Dominique Louis
L’Homme, Christophe Gay
Mira, Bénédicte Tauran
Karl, Avi Klemberg
Franz, Boris Grappe
Lira, Daphné Touchais
Orchestre National Bordeaux Aquitaine
Chœur de l’Opéra National de Bordeaux