samedi 28 septembre 2013

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Les Portraits de Pigeon Hill : Hier et Aujourd’hui

, Jeffrey Wolin

De 1987 à 1991, j’ai photographié les résidents de la cité Bloomington, une région de la côte ouest connue sous le nom de "Pigeon Hill".

A l’époque, il y avait de grands débats chez les politiciens et au sein des médias au sujet des problèmes de l’Etat-providence avec le crime et l’abus de drogue (l’épidémie du crack était à son apogée) et la pauvreté persistante. Comme mon père avait grandi dans de vieux immeubles insalubres new-yorkais avec une mère célibataire et quatre frères, je ressentais une sorte de lien avec la question. J’ai fait presque 3 000 négatifs avec mon appareil photo moyen format sur presque cinq ans.
En 1991, je me suis tourné vers deux autres séries qui ont occupé la plus grande partie des quinze années suivantes de mon travail : "Written in Memory : Portraits of the Holocaust" ("Gravés dans la Mémoire : Portraits de l’Holocauste") et "From All Sides : Portraits of American and Vietnamese War Veterans" ("Des Deux Côtés : Portraits de Vétérans de Guerre Américains et Vietnamiens"). Je suis extrêmement intéressé par la mémoire et le traumatisme et une partie importante de mon travail utilise l’inclusion d’un texte dans l’image.

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Angie w/ Cigarette, Pigeon Hill, 1990
“I always went barefoot in those days. I was 13 or 14. I was a troublemaker—on probation for skipping school. I’d stop at Tri-North Middle School, pick up money from kids who wanted cigarettes, take the bus to the mall and shoplift. I got pregnant at 15. I knew I wanted better. I looked for a boyfriend to get me off the Hill.”

A l’automne 2010, une femme a été assassinée à Bloomington et sa photo a fait la première page du journal. Je l’ai reconnue pour l’avoir choisie comme sujet de plusieurs de mes portraits d’il y a bien des années et j’ai essayé d’en savoir plus sur sa vie en faisant parler ses proches. J’ai alors compris que je voulais retrouver les résidents de la cité que j’avais photographiés plus tôt et les re-photographier et en apprendre plus sur la façon dont se passait leur vie, une génération entière plus tard.

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Angie at Lenzy Hayes Trailer Park, Ellettsville, 2011
“In 2000, I got the Holy Ghost. I had been looking at different Pentecostal churches where they talk in tongues. Then I did some time in jail. I’m on home detention now. I started up again at the church. I haven’t cut my hair in 17 years. It was easier being a bad teenager. I see myself as happier now.”

Au début, il s’avéra difficile de retrouver ceux qui avaient posé. Pour favoriser cette démarche et remercier les gens de la communauté de m’avoir permis d’entrer dans leurs vies vingt ans plus tôt, j’ai donné un cours de photographie aux enfants dans le local le "Boys and Girls Club". Après le cours, j’ai parcouru le quartier avec une boîte de portraits datant de vingt ans plus tôt, demandant à tous ceux que je rencontrais s’il pouvait identifier l’un des visages. Finalement, j’ai retrouvé une des personnes que j’avais photographiées il y a des années - c’était étrange et excitant de se retrouver enfin face à face avec quelqu’un que j’avais photographié de nombreuses fois dans un passé lointain et de voir comment avait changé son visage d’adolescente devenue femme au cours du temps.

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Danny w/ Tina & Willard, Pigeon Hill, 1988
“Those were good times back then. I had a great dog, Willard, my girlfriend, Tina, and a car.”

Elle m’a aidé à en trouver d’autres qui m’ont à leur tour mis de nouveau en contact avec d’autres que j’avais photographiés dans le passé. J’ai re-photographié environ soixante-quinze individus jusqu’ici. Certains résident toujours à Pigeon Hill tandis que d’autres ont déménagé vers des appartements non loin de là ou des terrains pour mobile-homes. Malheureusement, certains sont décédés ou en prison ou sont partis loin et ne peuvent pas être localisés.

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Danny at 7-Eleven, Pigeon Hill, 2012
“You can find me up here at the 7-Eleven visiting friends on the Hill. I get meals at Shalom Center. Sometimes I sleep in a ditch at Twin Lakes Rec Center.”

La condition économique de beaucoup de ces individus reste pauvre tandis que d’autres vivent maintenant dans la stabilité d’une vie de classe moyenne. Un nombre non négligeable de ces résidents est piégé au sein du système judiciaire criminel, souvent pour des crimes sans violence tels que le non-paiement de pensions alimentaires ou l’usage de drogues - l’Amérique détient le plus grand taux d’incarcération du monde. Bien que ces problèmes soient abordés dans ces séries, mon intérêt porte principalement sur les visages eux-mêmes, particulièrement lorsqu’ils sont juxtaposés aux anciens portraits. On peut voir les effets du passage du temps et les manières dont les expériences vécues (bonnes ou mauvaises) sont gravées sur ces visages découverts et expressifs.