jeudi 24 janvier 2013

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Les Petites Ostensions I/IV

Fantaisie longue d’Hervé Rabot, 2010-2013

, Hervé Rabot

— C’était le 11 janvier, n’est-ce pas ? La nuit où je suis né.

— Oh Sal, tu devrais arrêter de m’interroger là-dessus. Ça s’est passé il y a si longtemps, ça n’a plus d’importance.

— Pour moi, si, tante Clara. Et tu es la seule à pouvoir me le raconter. Tu comprends ? Tu es la seule, tante Clara.

— Tu n’as pas besoin de crier. Je t’entends parfaitement, Salomon. Pas la peine de me bousculer ni de dire des gros mots.

— Je ne te bouscule pas. J’essaie simplement de te poser une question.

— Tu connais déjà la réponse. Elle m’a échappé il y a un instant, et maintenant je le regrette.

— Tu ne dois pas le regretter. L’important, c’est de dire la vérité. Il n’y a rien de plus important.

— C’est que ça paraît si… si… je ne veux pas que tu penses que j’invente. J’étais près d’elle dans sa chambre cette nuit là, vois-tu. Molly Sharp et moi, nous y étions toutes les deux, on attendait l’arrivée du docteur, et Elisabeth criait et se débattait si fort qu’il me semblait que la maison allait s’écrouler.

— Que criait-elle ?

— Des choses affreuses. Ça me rend malade d’y penser.

— Raconte-moi, tante Clara.

— Elle criait tout le temps : « Il essaie de me tuer. Il essaie de me tuer. Ne le laissons pas sortir. »

— Elle parlait de moi ?

— Oui, du bébé. Ne me demande pas comment elle savait qu’il s’agissait d’un garçon, mais c’est comme ça. Le moment approchait, et toujours pas de docteur. Molly et moi, nous tentions de la faire s’étendre sur son lit, de la cajoler pour qu’elle se mette en bonne position, mais elle refusait de coopérer. « Écarte les jambes, on lui disait, ça fera moins mal. » Mais Elisabeth ne voulait pas. Dieu sait où elle trouvait tant d’énergie. Elle nous échappait pour courir vers la porte, et répétait sans cesse ces hurlements terribles : « Il essaie de me tuer. Ne le laissons pas sortir. » Finalement, nous l’avons installé de force sur le lit, je devrais plutôt dire Molly, avec un petit peu d’aide de ma part — cette Molly Sharp était un bœuf — mais une fois-là, elle a refusé d’ouvrir les jambes. « Je ne le laisserai pas sortir, criait-elle. Je l’étoufferai d’abord là-dedans. Enfant monstre, enfant monstre. Je ne le laisserai pas sortir avant de l’avoir tué. » Nous avons voulu l’obliger à écarter les jambes, mais Elisabeth se dérobait, elle ruait et se débattait, tant et si bien que Molly s’est mise à la gifler — vlan, vlan, vlan ! aussi fort qu’elle pouvait — ce qui a mis Elisabeth dans une telle colère qu’après ça, elle n’a plus été capable que de hurler comme un bébé, le visage tout rouge, avec des cris perçants à réveiller les morts.

— Bon Dieu.

— De toute ma vie, je n’ai jamais rien vu de pire.

— C’est pour ça que je voulais t’en parler.

— Enfin, je suis tout de même sorti, n’est-ce-pas ?

Paul AUSTER, 1989, Moon Palace, Éditions Actes Sud, 1990 pour la traduction française, traduit de l’américain par Christine LE BOEUF.

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Osions osions les petites ostensions fêtes millénaires moi croyant pas limousin zinzin un peu du temps présent spectaculaire(s) de rien grand moment j’en devrais garder le souvenir longtemps le peu ostentatoire c’est le sillon qui m’inspire là mieux que le reste certes vous pensez à quelque perversité qui me loge pour plus de correction vrai le journal spécial aux ostensions dévoué attendu chaque mois en haute-vienne qui pourra reçu en creuse le familial de nos maisons ouvert à la vie moi je dis le aussi presque familier mais du pays des ostensées quinze mille exemplaires par mois non bien sûr distribué par la poste en kiosque imprimé à quarante mille exemplaires pape-lard vendu en vingt-deux paroisses du diocèse de limoges retenu à l’ascèse présente pas pédophilique de mon actualité locale je radiote plus juste je rabiote en cette composition électromotscaustique que faire connaître tac là mes ostensions est un bonheur la monstrarée haute de mon cercle d’amies en ce que je panse repu ces nouvelles compétences nées bataille mon crayon d’idées j’ose raffermies à ma foi aiguisée sauf qui peut au regard tordu des os tendus aux cerveaux vinaigrés sous la vacherie qui ne rit pas pendue à leurs oreilles au monde décollées trop au cul pet de taureau en rut à la renommée avariée de leurs quêtes bouchées aux reines queue dirait les aussi mêmes en persillé dans la vitrine linerait la marque ainsi sions sions sions pas le bois de ma table en frêne ou ne pas hêtre de ma création elles pas limousines quoique vraies elles aussi petites marionnettes pas manipulées à mon manège moi baigneur un peu trop sucré là au manège suspendu ponpon net un peu poupon moins gras presque comme jeune entre paradis perdu et mirage caillées il crie qu’elles reviennent moi pas christ je corde off pas dandy aux lunettes sombres en la même instabilité chronique pas vocale raillée mes alines malines salines voires alpines uniques pas grand chose pour autant moi m’emporte la gueule sourient mariolles épicées elles pas vaches qui rient à mon endroit savoureux l’espère moelleux ne nuit pas allant vers elles à tâtons de ma grotte originelle à la lumière téter le ciel embrasé révélant le buisson ardent moi désespéré à gauche au caillou de ma jeunesse biberonne encore pis toujours le temps noir brûlé au beurre du feu céleste devenu huit en moins des kilos maître en cuisine de moi pas nettement parvenu ni girolles ni rouettes mais fées pas brossées à reluire ni landaises ni creusoises brochées au chaudron fumant de mes idées cornées pas peurées misses disent les roast-beef en purée envahissant gêne nos campagnes gisent pas labellisées saignantes au toast de mon désir rose comme à l’aube des images saintes éjaculées au missel de la vie blanche de ma première communion je aussi avec à l’étal des pages douces transes-lucides moi cloché opaque toujours rubané au book alors offert ruant alors à l’abattoir odorant de la création je conduit mes douze commandements en poche percée aux sources permises de ma foi pas de veau échalotté sous la mère n’ayant pas bien vécu décalotté comme aujourd’hui pôellé à la table familiale je m’assoiffe de bons heurts jamais en retard à l’aube voleur des ostensées qu’elles sont sans vous offenser sanctifiées pas sensues à mon autel sacrifiées de passe sûr alors qu’elles repassent alors le col au fer tour à tour magiques pas menottées au cachot de ma relation à elles déjà martelée sur l’enclume d’un impromptu écrit deux mille huit corrigé neuf religieuses au chocolat télécom le drôle oiseau l’effraie de mon regard coulant à leurs sexes vanillés ouverts souvent ne me fais pas peur reliques uniques collectionnées dans les pas d’hier églises au chapeaux pointus exposées pas dans les rues pavoisées aussi pas aux basses places communes dites ostesionnaires des dix neuf lieux lits mous zin arrêtés elles zin-zennent à la vénération des fidèles pas castrés du sillon découchées crues des places délitées aujourd’hui inondées soumissionnaires des lieux d’art concessionnaires au commerce farci des bouchers ils le sont peu drôles franchisés à leurs enseignes médiocres traîtres aux néons moralisants renonçant gêne comme pourrait dire RC à l’histoire même de l’art je me rends saoul forain âpre à mes ostensées en les pas mêmes vomissures au cours de processions de foi fidèle imageur au petit doigt de velours levé plus élégant que celui aux bouts des mâles honneurs conservé moi mal vévé avec elles en châsses les pas mineures ensevelies accourent faut pas exagéré à ma quête aboyée n’en ont cure qué devant quête dressée aux reliques dentelées saintes mères églisées des houles lointaines grisées d’un ailleurs en défections rares réelles ou imaginaires fantasmées de choix laissant à l’autre la capacité tais tais donc disait on au grognard lardé de connerie besogné à la voisine ferme normande de ma grand-mère ta gueule moi je crème souvent de face au monde à évaluer la complexité de la relation à la lecture des images fraîches en ma maison du bout au nord faites je mouline sur l’arbre perché à miauler le monde minou poivré un peu vrot d’en haut les mains dans les poches aux yeux bénéficiaire hypotonique vicaire au bar de mon âge avancé au beurre blanc sûr à ce pays d’adoption tion tion broché j’érige ce que je peux encore à rebours comme en terre creuse avant l’arbre initiatique bourrin apprêté à la dialyse sensue de son baptême de sa confirmation de son eucharistie ti ti à la banlieue nord des images d’eau fertiles je lis dard dard le roman policé à la source divine en un regard freloné si allergique au miel ambiant chantonné des voiles cinq minutes à vivre dit pas malgré lui châtelain le médecin qui ne vient pas d’auzances bien heureux en son assurance vie à ne pas lâcher celles du panier de son temps percé moi à ne pas piquer du nez entre élévation et enracinement reliant ce que je deviens de plus en plus sans uhuer personne toutefois confondu entre haie terre ciel pierre granitée radical comme le parti de mon beau père pas saint médecin en ma jeunesse mal piquée les elles racinées aux figures chapitrées de mon église cha potée c’est salé qu’ils disent de moi glycémique à elles sanctifiées au restaurant menues déséquilibrées en moultes sacrements vrais d’une communion photographique dans l’identification à une histoire irriguée au bain d’arrêt de ses origines englouties
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à suivre…

Hervé Rabot est né en 1951, à Mamers (Sarthe) 
Il vit à Gennevilliers

Hervé Rabot est professeur territorial d’enseignement artistique et dirige l’école municipale d’arts plastiques de la ville de Pantin depuis 1998.

Diplômé d’architecture (DPLG) en 1978, Hervé Rabot exerce la profession d’architecte à Nantes jusqu’en 1983 tout en pratiquant la photographie. Il fait partie de l’agence VIVA de 1982 à 1983, année où il effectue comme photographe documentariste la mission « Marches en France », à l’origine, avec Patrick Toth et Frédéric Gallier, de l’école du flou .

Lauréat du prix de la Fondation Nationale de la Photographie, puis, deux ans plus tard, du prix Niépce, il bénéficie en 1986 de la bourse de séjour et de recherche de la Villa Médicis hors les murs à Stuttgart.

Commissaire d’exposition (notamment au mai de la photo de la ville de Reims en 1992 et 1996), professeur d’enseignement artistique en école d’art au département photographie de l’ERBA Rennes de 1990 à 1997, directeur artistique des rencontres Photos&Légendes et Récits&Paysages de la ville de Pantin de 2000 à 2012, il s’est souvent attaché à inscrire ses projets artistiques personnels dans le cadre de commandes photographiques, entre autres celle de la Mission photographique de la Datar en 1986.

En 2009, son travail est présent dans l’exposition Dans l’œil du critique – Bernard Lamarche-Vadel et les artistes au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris.

En novembre 2010, Avec Elles & Autres feux est scénographie à la galerie JOURNIAC, UFR-Arts Plastiques Paris 1 et a fait l’objet de larges médiations, débats et entretiens au sein l’École Saint Charles - arts plastiques Sorbonne 1.

Deux ouvrages monographiques - Éditions Trans Photographic Press - concentrent son travail : en 2003 Le Roncier, photographies noir&blanc et couleur, 1987/2003, textes de Michelle Debat, Éditions associées ERBA Rouen et en 2009 Avec Elles, photographies couleur, 2004 / 2007, texte de Michèle Debat.

Les écrits d’Hervé Rabot, Il suf de le dire, Les petites Ostensions ou Cou[p] de Rabot sont essentiellement voués à être enregistrés ou être lus dans le cadre de performances en public. Ansi le premier a fait l’objet d’un enregistrement avec Lou Castel et d’une lecture publique avec Dominique Frot et Zoé Weller à la galerie Gounod à Paris, avec Frédéric Dumond aussi ; le deuxième d’une performance avec Dominique Frot au Festival Côté Court à Pantin en 2011, le troisième est encore inédit. Le texte Les petites ostensions sera pour la première fois publié aux Éditions Bernard Dumerchez, printemps 2013. TK-21La revue, en quatre moments propose en avant première ses développements et études accompagnés de la série complète ou presque, des photographies couleur de la série Avec Elles qui en est une des sources inspiratrices.

Cette diffusion est l’occasion à Hervé Rabot d’énoncer là clairement, pour son travail à continuer, sa recherche renouvelée de figures égériques - http://www.herverabot.fr

Nus ostensiblement nus, l’ostensiblement nu arbore avec insolence le corps immanent, matériel, délivré du vieux péché de chair et insouciant du désir qu’il serait susceptible d’éveiller. Les femmes volontaires de Hervé Rabot ne sont pas des mannequins anémiques ou des porno-stars siliconées, ce sont des femmes « de tous les jours », des copines, des voisines, des collègues… Avec cet artiste, elles acceptent d’offrir la crudité de leur apparence corporelle à nos regards de mâles piégés. Mais le point de visée adopté ici est contrarié par le regard sans complaisance de ces femmes. Il s’envole on ne sait où. Il échappe au prédateur sans lui refuser sa ration de voyeurisme. On pense à la « pitié » dont parle Deleuze à propos des œuvres de Bacon. Ce qui expliquerait que c’est bien « avec elles », dans une complicité signifiante assumée, que travaille Rabot. Et puis c’est vrai enfin qu’elles semblent émerger de la couleur comme pour l’épiphanie d’un corps humain, cette fois donné pour ce qu’il est et rien de plus. Sauf peut-être, une image. (Avec Elles&Autres Feux - UFR d’Arts plastiques et Sciences de l’Art et la Galerie Michel Journiac de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, novembre 2010)

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