vendredi 28 novembre 2014

Accueil > Les rubriques > Images > Les « Littoralités » provençales # 2

Yannick Vigouroux

Les « Littoralités » provençales # 2

Sténopés numériques dans les calanques

, Jean-Marie Baldner et Yannick Vigouroux

Après les photographies de repérage d’avril 2014, réalisées dans le cadre de sa résidence à La Chambre claire de Marseille, Yannick Vigouroux a photographié en septembre et octobre 2014 les cabanons des calanques marseillaises à l’aide d’une chambre sténopique.

La plage a ceci de spécifique qu’elle est à la fois, le lieu de la banalité, de l’esprit et du corps détendu à l’écoute du simple plaisir de l’instant, et l’espace des rêves et des espoirs, voyage, émigration, mirage et réalité âpre et douce d’un changement d’horizon. Planter son regard et ses pas vers la terre ou vers la mer ; inséparables, l’une et l’autre s’excluent. Au bord de la plage se confondent mouvement et immobilité, bruit et silence.

JPEG - 758.1 ko
Anse des Phocéens, Marseille, avril 2014 (Sténopé numérique)

Après une série de repérages avec le film instantané Fuji Instax Wide et au téléphone portable, Yannick Vigouroux les abandonne un temps pour installer sa tente-sténopé sur la plage de l’Anse des Phocéens et poursuivre sa quête des Littoralités avec un autre dispositif. Une chambre noire, aux parois faites d’une bâche épaisse de plastique vert, et une ouverture minuscule pour scruter l’impression d’horizons proches et lointains sur une plaque de plexiglas, en saisir l’empreinte lumineuse sur un capteur numérique. Le dispositif, entre bricolage et hyper-technicité, devient métaphore et oxymore. Cabine de plage, cabanon ou poste de guet qui réactive inlassablement le mythe de Gyptis et de Protis, celle qui venait de la terre et celui qui venait de la mer. Trouée dans le noir profond du plein jour, la lumière éclabousse les bords de l’effet-tunnel, éblouit l’impact, fondant dans une même aube les surfaces du sol et de l’eau. Elle vibre sur le papier comme sur la peau. Ni lune, ni soleil, figés au zénith dans la densité de leur éclat, mais fulguration au centre du noir.

JPEG - 100.1 ko
Anse des Phocéens, Marseille, avril 2014 (Fuji Instax Wide)

Émoussées, les arêtes des rochers flageolent. Ils bruissent comme les grains de sable roulés par le ressac, donnant l’impression d’avancer et de reculer à chaque oscillation muette des vagues. Aporie de l’immobilité et du mouvement, la photographie engendre le remuement des configurations inertes.

JPEG - 133.8 ko
Anse des Phocéens, Marseille, avril 2014 (Fuji Instax Wide)

Plantés entre une saturation de bleus et des dégradés du noir au blanc, du bleu au blanc, les architectures se défont en un combiné de formes géométriques plus ou moins émoussées. Le dispositif joue des profondeurs que modèlent les interférences du velouté et de l’intrusion de la lumière.

JPEG - 987.8 ko
Anse des Phocéens, Marseille, avril 2014 (Sténopé numérique)

Un personnage passe. Il s’arrête. Le temps que s’affirment ses formes ; que se trempent ses couleurs. Un autre, les bras en croix, s’éloigne vers l’horizon. Ses pieds nimbés éraflent le ressac. Saisis dans un pas de danse entre les éléments, ils vibrionnent entre sable et mer. Le capteur enregistre le tressaillement. Leurs gestes ont le flou silencieux d’un temps-mouvement, d’un instant bougé qui s’accomplit. Un autre, se dégageant de l’ombre où s’accrochent encore ses pieds, se presse vers un cabanon à l’architecture cubique. Il se fige, le regard dévié. Le récit s’interrompt dans sa trajectoire. La séquence se donne à réinventer. Un autre encore, immobile une fraction de seconde, le temps de se faire silhouette d’ombre dense, à peine diversifiée, observe le dispositif, scrute le point d’inversion des rayons lumineux, imaginant peut-être qu’il est dehors et dedans, lui et image de lui, réfléchie et recalculée.

JPEG - 901.2 ko
Anse des Phocéens, Marseille, avril 2014 (Sténopé numérique)

En écho aux univers de Louis Brauquier, Jean-Claude Izzo, Robert Guédiguian… et de tous ceux qui ont chanté le soleil et la mer, le vent et le ciel, Yannick Vigouroux engage ainsi, avec la tente-sténopé, implantation éphémère sur le sable et les rochers, une nouvelle fiction, blu e blanc, de l’imaginaire de Marseille et du cabanon.

novembre 2014

JPEG - 809.5 ko
Anse des Phocéens, Marseille, avril 2014 (Sténopé numérique)

Voir en ligne : Le site de Yannick Vigouroux

Le site de la Chambre claire, Marseille :
http://www.lachambreclaire.fr/residences/yannick-vigouroux-2014

JPEG - 886.9 ko
Carro, avril 2014 (Sténopé numérique)