dimanche 21 décembre 2014

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Le pin de l’espérance

l’association SONAMOU

, Jean-Louis Poitevin

En 2012, Jean-Louis Poitevin, qui connaît l’association depuis sa création, a rédigé un texte pour le catalogue d’une exposition d’artistes de Sonamou qui se tenait à Séoul. Alors que l’association propose une exposition intitulée SON.AMOU.R à la Cité internationale des arts à Paris, il publie cet hommage accompagné d’images de certaines des œuvres exposées à Paris.

Il y a aujourd’hui vingt ans que, soutenus par la sagesse et l’expérience de M Kwun Sun Cheol, de jeunes artistes coréens ont créé à Paris l’association d’artistes Sonamou.
Désireux de vivre en France, ils ont pu occuper un immense hangar à Issy-les-Moulineaux dans lequel ils ont installé leurs ateliers.

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Dès sa fondation, ce groupe s’est ouvert à de jeunes artistes français et étrangers. Ensemble, ils ont vécu pendant dix ans une expérience créatrice et humaine hors du commun.

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Chong Jae Kyoo

Ensemble, ils ont planté un arbre qui s’est révélé résistant et fructueux.
Durant ces années, le va-et-vient fut continuel entre France et Corée. De nombreux artistes rentraient au pays pendant que d’autres leur succédaient à Paris. Sur place l’ébullition était constante et Artsenal, ainsi qu’on le nommait, s’imposa comme l’un des lieux majeurs de la création parisienne.

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L’arbre, qui avait grandi, disséminait ses fruits à travers le monde pendant que ses racines repoussaient en Corée.

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Puis vint le temps de quitter ce lieu magique. C’était en 2004.
Avec de nouveaux ateliers, l’association perdura, tandis que de l’autre côté du monde, les nombreux artistes de Sonamou rentrés au pays poursuivaient l’aventure d’une autre manière.

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Planter le pin coréen dans l’humus d’une autre culture s’est révélé être une aventure sans fin, en ce qu’elle a permis de créer, grâce aux échanges jamais interrompus, une sorte de centrale énergétique à émission continue et partagée.
C’est cette puissance incomparable de la rencontre et du partage que cette exposition consacre aujourd’hui.

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Paris est un mythe. Sonamou a su en faire une réalité vivante. La création artistique est la seule activité humaine capable de produire plus d’énergie qu’elle n’en consomme. Chacune des œuvres réalisées à Paris en est la preuve. Les œuvres réalisées par la suite, en Corée ou ailleurs par ceux qui ont vécu cette aventure, en portent aussi la marque.

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Cette marque est à la fois insaisissable parce qu’immatérielle, et partout présente et active, car elle confère à ce qu’elle touche une dimension spirituelle.
Seuls les échanges constants faisant fi des frontières et se jouant des modes sont susceptibles de produire dans les esprits de ceux qui les pratiquent, une sorte de révélation fondamentale. Elle concerne la création.

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Un pont entre l’oubli incessant de l’instant, source de trouble et de bonheur, et l’immensité du travail de la mémoire, pourtant si nécessaire, telles sont les bornes de toute création.

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Ne pas se laisser emporter par les sirènes de la mode et savoir creuser un sillon dans la transparence même de l’air, tel a été le pari qu’a dû faire chaque artiste qui est passé dans ce creuset inégalé depuis. Car chacun y a éprouvé ce qui est le cœur de toute création, la puissance d’une métamorphose, tant dans sa vie que dans son œuvre.
Aucun de celles et ceux qui sont membres de Sonamou n’a échappé à cette loi de l’art. Ceux qui n’ont pas la chance de connaître l’ensemble du parcours de chaque artiste peuvent cependant l’éprouver intimement en contemplant avec attention chacune des œuvres présentées aujourd’hui.
Au-delà de chaque œuvre individuelle, c’est l’esprit transitant par la sève de cet arbre féerique qui est la chose la plus sensible et la plus puissante.

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La dimension spirituelle créée par Sonamou ne tient pas seulement à la diversité et à l’ouverture mais à cette capacité de métamorphose que seules la proximité et l’amitié rendent possible.
Le charbon est devenu encre et l’encre est devenue trace. La couleur est devenue décor et le décor s’est animé, emportant dans une course folle des images animées au contours incertains. Le mouvement est devenu ville, et la ville s’est perdue dans une infinité de points lumineux ou de pixels. Les cheveux sont devenus parure, et la parure est devenue rêve. Les corps aussi se sont métamorphosés. Certains ont été tentés par un devenir animal, d’autres par des apparitions étranges ou des effacements contenus. Mais toujours ils sont restés chair.
Le tableau a été creusé jusqu’à ce que remonte à la surface la mémoire de formes oubliées. L’image a été découpée et entrelacée à elle-même ou effacée par une force cosmique, emportant le quotidien vers les limites de la perception.
Le paysage s’est fait fleur ou flamme, mais toujours il a été porté par la dimension infinie du songe.
Rien de ce qui existe n’a échappé à la métamorphose et c’est cela la puissance de l’art, de savoir emporter tout ce qui existe dans un devenir infini qui le rend étranger à lui-même en le reconduisant à sa source.
C’est cela que le pin coréen, planté à Paris il y a vingt ans, a permis d’accomplir à ceux qui l’ont accepté et qu’il a nourri de sa sève : une métamorphose incomparable dont les œuvres d’aujourd’hui sont la preuve vivante et incontestable.

Séoul — 8 octobre 2012

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Exposition "Son.amou.r"
Du 6 au 18 décembre 2014 de 14h à 18h (fermeture les dimanches)
Vernissage le vendredi 5 décembre 2014 de 18h à 21h
Galerie – Entrée libre
Cité internationale des arts Paris 4e

L’association Sonamou * a été créée il y a 23 ans, par des artistes coréens installés en région parisienne. Dans le cadre de ses activités, elle organise chaque année une exposition collective de ses artistes membres. Dans la Galerie de la Cité internationale des arts, une cinquantaine d’artistes sont réunis cette année autour du thème « Son.amou.r », englobant nombre de facettes de l’amour, autour de trois éléments principaux : le ciel, la terre, l’humain. Une trinité qui sert de base philosophique à toute la Corée : le drapeau coréen, les costumes traditionnels, l’habitation, la nourriture ou encore l’alphabet.

*En coréen, le terme Sonamou désigne le pin. Cet arbre qui demeure vert tout au long de l’année est, en Asie, un symbole de persévérance et de longévité.

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photo Martial Verdier