dimanche 28 janvier 2018

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Le net, en photographie, est un infra mince à densité variable.

Il peut s’ étendre ou poindre à sa guise, il n’en reste pas moins aussi évanescent que son opposé, le flou. Il est une donnée, non une matière, une qualification, plus qu’un être. Il se déploie comme une nuée, se resserre comme un orage. Il a la densité d’un acide, le photographe peut le diluer à souhait parfois jusqu’à une homéopathique vision du monde.

Le net est un pivot vers lequel tout le reste de l’image bascule. Il en est la cime comme si l’Everest était autant un manège qu’un appel. La netteté fixe le regardeur, l’appelle à sortir de sa bouillie du monde, pour frapper aux portes des images. Le net incarne la marche qui permet le saut pictural, la canne de l’aisance visuelle.

Le net, c’est l’aimant du temps et de l’espace. Il fait clasher l’avant et l’après, le devant avec l’arrière en un épicentre. Il incarne le point de départ que chacun cherche pour s’attaquer à la mesure de l’image.

Mamadou Gomis est un photographe, reporter puis artiste. Sénégalais, il a fait de l’Europe son terrain d’aventure. Ses images, vouées aux pages des journaux ou aux espaces d’exposition, nous parlent toutes à partir de ce point ou de cette frange de netteté.

Sa dernière série intitulée Snapshot Reflexion, prochainement exposée dans différentes capitales européennes et africaines, nous présente des télescopages visuels. Mamadou ajoute à la lentille de son appareil, les vitres de l’espace urbain. Il joue avec les reflets sans jamais se montrer.

Le spectateur met du temps à se rendre compte que, dans ses images, les dents, les visages sont plus froids que les murs, le ciel, le rideau… que la joie est aussi glacée que le papier qui lui sert de résidence. La photographie, est alors plus qu’un lieu d’ambivalence, un lieu de retournement. Le reflet aliène la construction, immole le dehors et le dedans. Reste la jointure, zone de netteté se constituant de deux mondes qui se frôlent enfin. Le mouvant, l’animé n’ont pas les traits d’humains. Ceux-ci sont figés dans la caricature publicitaire.

Les rues ont été court-circuitées. Le flux des gens n’est plus, happé dans un vacuum. Mamadou est allé chercher dans ce travail, un vide dont lui-même réchappe, absent. La photographie a pris la perpendiculaire aux lignes des cités, contrecarrant leurs élans, élevant un plan de coupe dans la matière-ville. Comment faire dans cet univers presque post-humain, dans cette traversée asséchée de durées, de corps, de bruit ? Le diadème graphique construit par Mamadou Gomis annonce les restes, accueille les relents d’une modernité quasiment déchue.

Délimité comme une ZAD, cartographié au millimètre, le net est une chambre perchée et franche, douce et imprenable. De lui les motifs et les traces dégoulinent. On s’y accroche.