mercredi 28 octobre 2015

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L’anneau du Roi

(Tristan, Tristes Automnes, N. Chapuis, Naipaul)

, Joël Roussiez

J’ai trouvé un anneau et puis on me l’a pris, il m’est revenu ensuite et je l’ai jeté, maintenant vois, il est dans ma poche ; c’est pour toi que je le porte. Donne, donne-moi l’anneau, je le veux, il est si joli ! Si tu veux, il est à toi !

I

Tu viens rechercher l’anneau à la table du Roi ; l’anneau dont il ne veut pas. Il l’a jeté dans l’étang aux carpes et c’est par toi qu’il lui est revenu… Bruit de pluie dans l’eau, ce sont les crapauds qui plongent. Tu as découvert le joyau sur le fond dans la vase et tu t’es cru heureux. On se garde des admirations excessives ; la mère à la maison reconnaît le bijou du Roi. Rends-le lui ! Qu’il est beau, qu’il brille, non je ne le veux pas ! Mais on lit dans tes yeux la présence d’une joie, tout autour de toi on questionne et voilà que, et voilà qui : oui, c’est moi qui ai trouvé l’anneau…
Un secret est-il bien gardé ?
Voici les gardes du Roi venus pour toi tandis que tu buvais le thé fukuyu qui donne la santé. Ta trouvaille s’est sue, on veut savoir ce qu’elle est, c’est le bijou du Roi, tu n’as aucun droit sur lui ! Et, tandis que tu pleures un peu la perte de ce qui n’était pas à toi, on vient te quérir ; le Roi veut te recevoir ; et les précautions qu’on prend sont comme des tromperies. Déjà dans ton cœur naissent l’angoisse et la peur et des souffrances et des coups. Tu vas rechercher le bijou, c’est ainsi qu’on te l’a proposé, comment se dérober ?
Pour qui cherche l’enseignement, l’enseignement est partout, pour qui cherche la distraction, la distraction est partout. C’est la fable du Roi qui refuse son destin ; il a jeté l’anneau pour s’en défaire à jamais. Sais-tu pourquoi ? Tu as trouvé l’anneau que j’avais perdu, prends-le, il est à toi ! C’est parole de Roi, faut-il y voir malice ? Sais-tu pourquoi ? C’est ta mère qui te le demande avec des yeux effrayés. Et maintenant roulant l’anneau entre tes doigts, sur le pas de la porte, tu médites l’étrange aventure qui te comble et te retire sa joie…

II

Une grenouille, hop, saute à tes pieds ; ce n’est pas une princesse, ni un crapaud qui bondit près de toi, mais un animal qui t’attire. Tu vas derrière une grenouille jusqu’à l’étang aux carpes dont la surface bombée sous le soleil brille… Le bruit dans l’eau, c’est le saut de grenouille qui réveille ta pensée. L’anneau serre tes deux doigts et pour un doigt, il est trop grand. Tu le tournes dans ta main comme un fétiche de laine car la chaleur de l’or te le suggère. Qu’as-tu à te soucier des affaires du Roi ? C’est maintenant qu’il faut s’asseoir et regarder l’eau qui danse et les grenouilles, les carpes et les crapauds qui nagent ou bien patientent comme toi au bord de l’eau. Il fait un très beau temps, les oiseaux s’enchantent des insectes qui volent, les fleurs du pêcher laissent choir quelques pétales, sur l’eau sans bruit, flottent les couleurs et l’or du soleil clignote jusque dans le fond de tes yeux. Tu es avec ta découverte comme avec un objet étranger, c’est l’anneau du Roi, il est à toi. Et soudain, tu le jettes dans l’eau : qu’ai-je à faire d’un cadeau qui me pèse ?
Marcher sur les bords de l’étang, observer les poissons qui nagent mollement, est un plaisir étrange qui comble et se retient. Les herbes crissent, un nuage passe, tu erres sans but et au fond tu regrettes ton geste, mais voilà qui est fait, tu regagnes ta maison. Les nuits sont agréables en cette saison, on y somnole à son aise puis on y dort tout d’un coup ; la chaleur est égale et le vent ne souffle pas. On entend les grenouilles qui croassent et quelques sauts de carpes à la tombée du jour. Une gaule est vite trouvée dans la cabane du pêcheur, et tu pêches maintenant au hasard des trous qui parsèment le fond. Bientôt, on tire sur le fil, on tire dur ; tu dois te lever et arpenter la rive pour fatiguer la bête. Il ne doit pas être très gros mais il a de la force, ce poisson. À la maison, ta mère te juge raisonnable et, donne-moi ça, souhaite te préparer la carpe à la façon « comme ça » car c’est un peu fête après toute cette histoire.
Tu changes tes vêtements qui sentent un peu la vase, il t’a fallu du temps pour attraper ce poisson, tu as dû descendre dans l’eau. Bientôt tu en avais jusqu’aux cuisses pour ramener le corps qui se dandinait encore… Un poisson est vite mangé et à la table de chez toi tu restes insatisfait ; ta mère a déposé l’anneau qui t’est revenu. Il brille sur la nappe et tu ne sais qu’en faire.

III

J’ai trouvé un anneau et puis on me l’a pris, il m’est revenu ensuite et je l’ai jeté, maintenant vois, il est dans ma poche ; c’est pour toi que je le porte. Donne, donne-moi l’anneau, je le veux, il est si joli ! Si tu veux, il est à toi ! Et la jeune fille s’en va, elle court sur le chemin de sa maison qui n’est pas loin, montre au père, à la mère : comme il est beau. C’est lui qui me l’a donné… Alors, il faudrait les marier, c’est ce qu’on pense au crépuscule du même jour. Les choses sont arrangées, bientôt c’est la cérémonie. L’anneau n’est pas fait pour ton doigt, il n’est pas pour le mien. On le vendra bientôt, le bijou du Roi… Et voilà qu’on s’installe dans la maison du pêcheur pour commencer, il faut payer le loyer et les jours s’enfuient. Quand on est jeune et bien venu, la vie est un ruisseau.
On a vendu le bijou du Roi, un vieil homme en a donné bon prix ; et l’on se réjouit du nécessaire et de l’utile : j’ai acheté une marmite, une grande poêle, un édredon ; crois-tu qu’il fera froid. L’hiver n’est pas encore là, achetons une écuelle de plumes de geai et de la dentelle fine… L’argent est vite dépensé, la vie est un ruisseau, on vaque à ses affaires, le feu crépite doucement ; l’hiver est venu et sous l’édredon se blottissent deux jeunes corps. C’est toi, c’est moi ; et je suis dans tes bras et tu es dans les miens. En naîtra-t-il un joli rejeton ?
Ce fut une petite fille qui naquit un samedi, sur la route du village, il fallut l’annoncer. Voici celle qui est notre fille, venez trinquer à sa naissance. Longue vie à la fille des pêcheurs ! On fixa une date pour contenter tout le monde, il fallut l’éloigner de celle de naissance, ce fut un an ou peut-être deux, car entre-temps moururent mère et père de tous deux. Mais qui s’en soucierait, maintenant c’est la fête, l’enfant court dans la maison et personne n’y fait attention. On boit, on trinque tout au bord de l’étang, on chante des chansons :

Vers le soir, ne sachant où dormir
J’ai poussé de ma barque un soupir
Dans l’esquif, je me suis allongé
M’est venue dans la nuit, une fée…

Un garçon accompagne un vieillard, il présente son père qui veut faire un présent ; c’est l’anneau qu’il remet aux parents pour la petite fille que l’on cherche partout. Où est-elle ? L’avez-vous vue ?

IV

Je chante au matin, j’ai suspendu mon gain. D’autres n’ont eu pour souci que la finesse de leur fourrure. Je vais sur la chaussée sans me préoccuper du voisin. Il me salue, je le salue, tous deux nous bavardons. Alors, l’anneau est au mur ? Viens si tu veux voir comme il brille ! Sur des chevaux fins, des hommes se pavanent, j’ai dans mon cœur la joie et la chaleur de mes occupations. Je marche sur les pieds qui me portent où je veux et ne me coûtent rien. Le cordonnier est un ami, je le paye en poissons ou bien l’aide à tanner son cuir. Il m’aide à tirer le filet ou bien à tailler les longues perches où l’on fixe les nasses. La vie s’écoule doucement au bord de l’étang aux carpes ; bientôt vient un garçon pour distraire la maison. Qui ne s’en réjouirait ?
Le Roi a dans son palais des barons qui ont de beaux manteaux ; ils se pavanent comme de jeunes coqs ; les fourrures brillent sous le soleil d’hiver lorsqu’ils viennent au village chercher de vieilles carpes pour leur maître. Et puis voilà qu’ils découvrent au bord de l’étang, la jolie jeune fille qu’est devenue la fille des pêcheurs. Alors cela s’est su qu’une fille jolie vivait au village et que qui la voyait l’aimait aussitôt. Ah, tu devrais venir à la cour ! Comment irai-je moi qui n’ai pas de manteau. Alors, ils apportent un manteau et lui disent : sais-tu, le Roi te convie à sa table !
Il faut aller où le Roi décide, des gardes sont venus qui viennent te quérir. Tu crains les précautions, les égards qui sont comme des ruses ; qui va au Roi l’esprit tranquille ? On te promène un peu, on te séduit, veux-tu des dattes molles, du gâteau de safran, des brisures d’angélique ? On te présente des plats tandis qu’on t’emporte… Bruit de clapot tout autour de toi, c’est les serviteurs de la cour qui s’empressent sur les planchers de cèdre. On t’aide à descendre du cheval harnaché, on te conduit dans les salles où se penchent sur ton passage des Princes, des Dames et des jeunes gens. Certains de ces derniers sourient, et comme eux tu souris. La jeunesse n’est pas mufle mais elle doit apprendre la prudence.
Le Roi n’est pas assis sur le trône mais il vient vers toi dans le salon de réception, il baise ta main. Tu trembles de la retirer mais tu en fais assez pour être comprise, pas trop cependant pour risquer la colère du Roi. Une ombre passe dans les yeux du Roi, puis il sourit : je ne t’offenserai pas, tu es si jolie ! Faut-il voir dans ce sourire la perfidie d’un homme ou bien le charme sans malice d’un être savoureux ? Ton cœur bat et dans la poche de ton vêtement, tu palpes l’anneau qui est ton talisman. Mais l’anneau entre tes doigts ne te rassure pas, le métal en est froid comme l’acier d’un sabre.

V

La pluie ruisselle fortement sur la capote, je ne voudrais pas mouiller mes cheveux ! Mais comme il est agréable à l’oreille le bruit des sabots qui heurtent le pavé. Roulerons-nous longtemps ? Bientôt nous serons sous l’édredon de plumes et nous boirons le thé que l’on boit ce jour-là… Une calèche passe dans la rue et quoiqu’il pleuve, des gens sur son passage s’agglutinent dans la rue du village, c’est le voisin que j’aperçois : holà, c’est toi, je te salue. Mais c’est ma jolie voisine, et te voilà mariée ! La fille du pêcheur avec un fils de Roi ! Qui le clame partout ?... Avant de boire le thé, j’aimerai te faire un cadeau, voici l’anneau que ton père donna à mon père et maintenant, je te le donne comme mon père me le donna, il est à toi… Les jours s’écoulent, on est jeune et riche ; le vie est sans crainte du lendemain. Si on se promène jusqu’à l’étang aux carpes, on visite ses parents qui vivent pauvrement ; le pêcheur offre le poisson le meilleur qu’on apprête sans artifice. Il veut voir l’anneau, comme ça, car ça fait longtemps, le Prince l’a dans la poche, il le jette sur la table car il aime le son de ce métal qui est un son creux comme le remarque le père. C’est vrai, l’anneau semble creux, serait-il comme une noix. Une noix qu’est-ce qu’il y a dedans, chantonne le Prince qui s’amuse. Et puis voilà l’heure de manger, on apprête une soupe d’œufs de tanches et puis ce sera un goulasch de carpe, pendant une heure le poisson s’est battu. On assomme les carpes avec ce maillet, c’est un maillet de bois qui fait résonner l’anneau à l’oreille du Prince. Qu’il y ait dedans les choses, d’autres choses cachées est une croyance commune, un prince n’est-il pas un homme ? Alors on demande une scie. Tu ne vas scier l’anneau ? Le Prince hésite n’est-ce pas un sacrilège. Un sacrifice oui, on vendra l’or si rien n’en sort. On est pratique quand on est jeune et la scie est bientôt là. On coupe et voilà ! Voilà quoi ?
Alors, voyez-vous ça, dedans se trouve un cheveu blond, c’est le cheveu d’or qui était enfermé, à qui appartient-il ? Et le Prince déjà sur sa monture court au Palais, demande au père qui devine plutôt qu’il ne sait. Devine quoi, nom d’un, peut-il le dire ? Je suis venu à la table du Roi, raconte le Roi à son fils le Prince, je suis venu demander la femme qui possède ce cheveu. On m’a assuré qu’elle serait là et en effet, je la vois, plus belle on ne vit jamais ! Cling, cling font les verres qu’on heurte au banquet du Roi, j’ai découvert le visage que j’aimais parmi les invités lointains à la table du Roi et je me suis cru heureux. Mais on m’a pris le cheveu, et l’on m’a congédié ; à revenir demain, je suis obligé ; des gardes me l’assurent, on me cherchera. Dans ce village, je n’ai pas de gîte. La nuit, hou, hou, les hiboux battent subitement des ailes et je découvre leurs grands yeux qui m’effraient. Un chien renifle, alors que je m’endors, le bas de mon manteau, combien de temps encore me faudra-t-il attendre ?
Et puis au matin on vient, on me réchauffe d’un repas et l’on me procure beaucoup de soins, un bain on me propose, une coupe de cheveux ; ces politesses sont comme des refus. Verrais-je celle que j’aime, je n’ose le demander.

VI

Je suis reçu par le chambellan : jeune homme avant d’avoir accès à celle que tu convoites, peux-tu dire ce que tu veux devenir, quelles sont tes ambitions. J’ambitionne d’aller en mon pays où je construirai la paix et la prospérité. Mais comment t’y prendras-tu ? On le demande et je ne sais que répondre, je m’embrouille : pardonnez chambellan, ce cheveu est comme le vin herbé, il m’enivre ; mon esprit s’en trouble et j’en suis accablé.
Attendre est le destin des pauvres, pauvre je suis en cette cour étrangère. Un dragon est à vaincre, j’en veux bien mais les jours filent. Enfin, c’est un poisson qu’il faut prendre dans l’étang du Roi. Et la fille le dit : je le veux pour champion, c’est lui que je choisis. Fanfares et joli monde ne viennent pas sur les bords de l’étang pour marcher en rêvant sous les nuages qui passent. Les usages partout sont différents, on l’apprend à ses dépens. Un prince est dans l’eau, dans la vase il s’enfonce avec son filet. En aura-t-il bientôt jusqu’au cou ? Cors des bois et trombone à coulisse ; c’est la joie dans l’assemblée, on distribue des pattes d’écrevisses. Il faut prendre vivante la carpe de cent ans. S’avancer doucement quand les vêtements sont pleins d’eau est difficile, et le sol est instable. Je tombe et me relève plus de trois fois. On rit. Être héroïque est rude, le sais-tu ? Je ne fus pas magnifique ce jour et je perdis la joie qui devait me combler. Il m’est impossible, me dit-elle, de t’épouser. Elle m’embrassa et glissa dans ma main le cheveu d’or comme promesse ou signe de mon rejet, je crus l’un et l’autre. Ainsi longtemps encore je fus ivre de l’espoir qu’elle fit naître autant que du désespoir qu’elle introduisit.
On va de par les champs, en cherchant à se distraire, une seule pensée nous mène qui fait taire la joie. Pour occuper mon âme, je résolus de forger un anneau de la bague qu’on ne m’autorisa pas à lui donner. Le temps étanche les plaies, mais rien n’apaise les cœurs qu’ils n’aient trouvé l’épaule qui fait renaître la joie… Je connus ta mère qui excita mes sens et chassa mes attaches. Je forgeai un cylindre creux et y glissait le cheveu en souvenir des abandons qui m’avaient tourmenté… Douce brise sur le pas de la porte que ton pas franchit, que vas-tu faire du cheveu ? Un prince l’y a mis, un prince l’en a ôté, je ne sais encore comment prendre l’affaire… Prince, tu quittes la demeure du Roi sans qu’il ne t’ait appris le début et la fin. La jeunesse subit le silence des aînés.
Dans les brouillards du matin, tout au bord de l’étang, tu parles avec ton épouse de la vie qui vous convient, mais le cheveu dans une enveloppe intrigue vos esprits ; se pourrait-il que…, et pourquoi pas cela ? Voilà ce qui occupe vos pensées. La fille des pêcheurs s’étonne davantage qu’un Roi ait voulu se défaire de ce qui lui était cher. Le prince connaît son père quoiqu’il n’en sache rien mais un homme est un homme, dit-il… Les bouches des carpes centenaires bâillent à la surface de l’étang, Des brumes se déplacent en frôlant les cercles concentriques qui en naissent ; tout à la joie d’être ensemble, les époux ne peuvent s’abandonner aux plaisirs. À qui la chevelure ? Et séduire d’un cheveu, cela est-il possible ? J’ai vu sur ta peau un cil de tes yeux et je fus amoureux ; l’imagination joue les tours qu’elle prétend réussir ; tu pars subitement à la recherche d’un fantôme.

VII

Tu pars dans la nuit, tu dis : je reviens vers midi. Ton épouse a suggéré qu’une femme blonde ne devait pas habiter loin, tu vas par le pays te renseigner auprès des gens. Oui, une femme, elle n’était pas bien belle, voilà ce qu’on t’en dit. Des cheveux magnifiques n’impliquent pas un beau visage, voilà ce que tu comprends. À y bien regarder cependant, ne trouves-tu pas que ce cheveu est épais. La fille des pêcheurs le prend entre ses doigts fins et soudain rit. Ah mais, ce n’est pas un cheveu, on dirait du crin.
Des chevaux à la crinière blonde, cela existe-t-il ?
Tu doutes, le jour et la nuit tu en parles, tous deux sous l’édredon chaud, les rêves sont des murmures, à vos oreilles ils chuchotent : Un cheval, un poisson, que déduire ma foi ; une fée joue plus d’un tour au berceau d’un roi… Crack, crack, ce sont les pas qui s’éloignent ; au palefrenier, il faut demander. Sais-tu donc si les chevaux… ? Et l’on sait ; à la crinière blonde, il y en a, il y en a beaucoup. Et l’on sent le crottin et la paille, l’écurie est tiède comme un nid. Les hirondelles entrent et sortent à toute vitesse car les petits sont nés. Les entends-tu qui réclament ? … Du brin doré que pince l’hirondelle se déduit le cheveu ; pfuit, pfuit, les hirondelles garnissent bien souvent le fond de leurs nids avec du crin, qui ne le sait ? Au soir, à la veillée, le père et la mère sont venus voir leurs enfants : un crin de cheval, on s’en étonne. Mais un plat à barbe ne peut-il être un armet ?
Le destin est ton roi, de lui tu ne sais rien. Comme d’autres dans les mains interprètent les lignes, tu veux suivre ton pas. Ainsi l’anneau fut reforgé autour du crin qui est cheveux de reine. Plouf, les nénuphars dansent et les poissons s’étonnent de la brillance de l’or. La vie coule comme l’eau, le garçon des pêcheurs est grand mais ses occupations ne le contentent pas ; il voudrait faire quelque chose mais quoi ? Un jour qu’il faisait chaud, un brochet long d’un mètre échoua sur la rive, on ne voulut pas le manger car qui meurt de sa mort, ne peut-il jouir du repos ? Mais le fils du pêcheur éventra la bête, un anneau s’y trouvait qu’il brandit devant lui en disant : voyez que ce n’est pas l’anneau du Roi mais la bague perdue d’une jolie princesse. Au matin du lendemain priant le ciel de lui accorder l’aventure, il partit à la recherche de celle qui l’avait portée et jamais, jamais on ne le revit… Car il faut un repos aux histoires sans fin.