jeudi 24 janvier 2013

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KAP : un projet atypique

KAP : Korean Artist Project with Korean Art Museums

, Jean-Louis Poitevin

Sous la houlette du critique d’art francophile Kim Chonggeun, plusieurs personnalités se sont regroupées pour fédérer, autour d’un projet d’exposition virtuelle de jeunes artistes coréens, les grandes institutions, musées et fondations privées. Les principaux curators de ces institutions, toutes orientées de manière claire sur la voie de pratiques innovantes ou de la production d’œuvres réellement contemporaines, ont choisi une quarantaine d’artistes dont ils présentent les œuvres sur le site du KAP.

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Yuyeung TCHINE

1 Situation de l’art contemporain en Corée aujourd’hui

Plus personne ne l’ignore, la Corée est aujourd’hui un pays dont la composante culturelle prend la voie de la composante industrielle et technologique et commence à s’imposer internationalement.

Il faut interpréter le visionnage planétaire de la gestuelle de PSY et de son Gangnam style comme un signe de cette emprise culturelle qui se traduit dans le domaine de l’art par une floraison de biennales et de festivals devenus pour certains prestigieux même si pour d’autres il faut encore considérer qu’ils se cherchent.

La biennale de Kwangju relève du premier genre. Elle est devenue l’une des références sur la carte mondiale des biennales. L’ambitieux festival de photographie de Daegu relève pour l’instant plus du second. La programmation n’étant pas encore à la hauteur de la taille de ses magnifiques infrastructures.

Cependant, dans le domaine des arts plastiques, si le marché coréen, en ce moment un peu en berne à cause de la crise, s’est ouvert largement sur les artistes étrangers, il reste principalement centré sur des artistes coréens.
La caractéristique du marché coréen, c’est son étonnante diversité. Tel un mille feuille, il est composé de strates qui souvent ne communiquent pas entre elles mais se frôlent comme se frôlent les corps dans la mégapole, sans véritablement se toucher, sans véritablement se rencontrer. Les pratiques, les œuvres, les galeries et les musées offrent donc un panorama qui rend la situation difficilement lisible puisque est considéré comme « contemporain » tout ce qui existe aujourd’hui et si vous peignez à la manière des impressionnistes, vous avez tout autant le droit d’exister que si vous faites de la vidéo. On peut dire qu’en quelque sorte c’est l’offre qui crée le marché.

Mais cette situation ne saurait masquer aux yeux de nombreux artistes, curators, directeurs de musée et critiques d’art, la faiblesse qu’elle révèle, celle d’une lisibilité difficile, voire impossible, tant pour les étrangers que pour certains de ses acteurs, de ce qui constitue l’art contemporain coréen.

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Jeonghwa CHOI

2 Prolégomènes à une nouvelle visibilité

Si la Corée a donné au monde de l’art contemporain l’un de ses grands inventeurs en la personne de Paik Nam June, elle ne lui a pas véritablement offert de successeurs. Les grands noms d’artistes coréens aujourd’hui qui occupent le devant sur la scène internationale ne sont pas connus pour leurs pratiques novatrices dans le domaine de la haute technologie qui pourtant fait partie du quotidien des Coréens.

Ce décalage entre valeurs culturelles, référées à des pratiques que l’histoire a adoubées, et prégnance technologique, liées au quotidien et à ses comportements consuméristes, est la véritable source de cette absence.
C’est pour contrer ce flou dans la lisibilité de l’art contemporain coréen que, sous la houlette du critique d’art francophile Kim Chonggeun, plusieurs personnalités se sont regroupées pour fédérer, autour d’un projet d’exposition virtuelle de jeunes artistes coréens, les grandes institutions, musées et fondations privées. Les principaux curators de ces institutions, tous orientés de manière claire sur la voie de pratiques innovantes ou de la production d’œuvres réellement contemporaines, ont choisi une quarantaine d’artistes dont ils présentent les œuvres sur le site du KAP.
Le KAP acronyme de Korean Artist Project qui a vu le jour en 2011 offre déjà sur son site internet, http://www.koreanartistproject.com, des expositions virtuelles de ces artistes.

On y retrouve bien sûr des œuvres représentant les principales tendances qui font l’art contemporain coréen, mais sans le brouillage que des rapprochements inadéquats produisent parfois dans certaines expositions.
Des artistes comme Youngmin KANG, Seahyun LEE, Yuyeung TCHINE, Hein-kuhn OH, Yongbaek LEE, Seon-ghi BAHK, Boyoung JEONG, Jeonghwa CHOI, par exemple, nous permettent de comprendre que l’art coréen contemporain tend à rejoindre le niveau international sans renoncer à ce qui fait sa spécificité, la capacité à faire vibrer dans leurs œuvres un souffle oriental. Il ne s’agit pas tant de signes manifestes exprimant une appartenance à une tradition, que d’une certaine forme de questionnement s’appuyant sur un triple constat :

- une capacité de questionner l’engagement sans réserve de la Corée dans l’hyper technologisation du monde, en particulier au moyen des images,

- une capacité à rendre vivante l’inquiétante étrangeté qu’ils peuvent ressentir devant cette fuite en avant en s’emparant des formes classiques et en les réinterprétant à l’aune de moyens techniques contemporains,

- la compréhension qu’aucun retour en arrière n’étant pensable, c’est en creusant le réel encore non advenu qu’il sera possible de le transformer.

Gageons donc que d’ici quelques années, l’art contemporain coréen accèdera, grâce à des réalisations comme KAP, à une notoriété qui ne sera plus alors réservée à la seule musique POP coréenne et à son chevaleresque porte-parole.

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Hein-kuhn OH
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Hein-kuhn OH

Voir en ligne : http://www.koreanartistproject.com