mardi 25 février 2014

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Il est temps

Nous sommes les héritiers du désastre

, Virginie Rochetti

Moins sibyllin mais tout aussi débile

La pensée ne serait-elle faite que de mots ?

Quand la main saisit le crayon pour dessiner, la pensée ne la guide-t-elle pas ? Mieux, sans mots aucun ne sait-elle pas faire surgir émotions, paysages, affects ?

La main pense par elle-même.

Elle sait parcourir une peau offerte, trouver les chemins.

La main trouve sur l’ordinateur les opérations à effectuer dans le labyrinthe du logiciel, que la pensée est bien incapable de traduire en mots pour expliquer "comment faire". La main le sait. Elle connaît les endroits. Elle a même besoin de faire taire la pensée. Exactement comme lorsqu’on a perdu ses clefs, il faut la laisser faire sans penser pour les retrouver.

La main est la pensée du corps. La main chemine différemment, au moyen des sens, au moyen du faire. Faire ou penser, est-ce si loin ? Comme de la différence entre l’ADN et l’organisme, l’un peut-il vivre sans l’autre ? Et qui commande ? Personne. Ils vont de conserve, naviguent à vue, aux quatre vents. Aux vents des sensations la main hume les corrélations, les met en œuvre dans le continuum de la réalité des choses. La pensée confrontée à la matière, c’est la main qui la gère, qui l’instruit, qui la rend vivante.

Ma main sait où je dois te toucher pour que tes pensées se vrillent, se mettent à danser sans mots, dans le pur présent.

Ma main.

La pensée est quantique, la main relativiste. Elles n’ont pour se rejoindre que quelques instants fulgurants, les hauteurs de la musique, l’immersion dans la contemplation de la nature (les gorges vertigineuses), le temps si spécial de l’orgasme (qui de plus se partage). L’art ? Le temps d’un éclair.

Tu es le présent.

De même l’art de l’acteur, tout entier tourné dans la recherche de l’être présent. Et la main ? Certain théoricien du théâtre la met dans les actions concrètes qui conduisent l’acteur par son corps et sa main, qui lui trouvent la vérité de la "présence". Ne dit-on pas de tel ou tel : Quelle présence !

Quel présent il nous offre. Distorsion du temps, mise en lumière de l’être.

La main est l’intelligence (au sens propre, la compréhension, l’expérience) du temps.

Au présent, ta présence.