samedi 27 juin 2015

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Fragments de récitatifs

, Sun Wei-Shiuan 文/孫維瑄

La solitude est un état, une réalité qui rend apte à explorer son propre cœur, mais aussi à approfondir les relations entre soi et le monde extérieur. Quand nous vivons dans cette situation, nous sommes incités à observer, dans l’espoir aussi d’incarner l’énergie que cela implique dans ce qui nous entoure.

Dans l’esprit des artistes, des objets solitaires élus, comme l’interface du flux des souvenirs, photographiés mais pas uniquement fixés, soulignent que c’est le cœur qui façonne le paramètre essentiel de la création d’une œuvre.
HUNG Shih-Tsung et CHANG Chung-Liang, voici deux artistes photographes que passionnent la mise en scène et l’évolution d’éléments de temps et d’espace, avec une observation attentive et une technique méticuleuse en conformité avec ce qu’exigent les sentiments et les situations, artistes qui proposent des émotions aussi intimes qu’expressives, et donnent à voir différents effets visuels chargés de résonances sensorielles.
Bien que ces deux artistes maîtrisent l’approche du « photomontage », ils sélectionnent et réunissent des fragments de souvenirs soit par une démarche affective ou bien par des choix rationnels, soit par le filtre naturel du temps, pour développer des œuvres riches de sens et intriguantes.

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HUNG Shih-Tsung, Fantôme étranges de la mémoire - La terre ensoleillée,
異魅憶影-握著陽光守家園, 2009

Toutefois, en explorant la différence sensible distinguant ces deux artistes, on trouvera qu’il ne s’agit pas entre eux de « dialogue », mais que chacun a son discours original et indépendant, que chacun développe sa propre narration et sa mélodie. C’est pourquoi les œuvres de ces deux créateurs seront présentées à la manière d’une double exposition intitulée « Fragments de Récitatifs ». Cependant, il est intéressant de les présenter ensemble car ces deux œuvres assemblent des éléments temporels et spatiaux et développent leurs propres scénarios et contenus et ils convergent dans une structure rationnelle et une mélodie émotionnelle.

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CHANG, Chung-Liang, Étretat, Normandie, 2009

À l’occasion de cette exposition à Paris, nous voudrions présenter brièvement les œuvres représentatives des deux artistes :
HUNG Shih-Tsung montre les séries « Profond silence入默 » « Images de l’encre 墨像之境 », « Atterrissage迫降 », « Fantômes étranges de la mémoire 異魅憶影 », qui ont déjà été exposées et primées, ainsi que la série « La serre relâchée dans la nature 野放溫室 », sa dernière création en 2015.

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HUNG Shih-Tsung , La serre relâchée dans la nature 野放溫室 - 01, 2015

Les œuvres de HUNG Shih-Tsung, avec l’atmosphère mystérieuse ou réaliste qui s’en dégage, font appel aux stratégies de la superposition, de la restructuration, de la répétition…, brouillant ou diminuant la réalité de leur objet. Chaque fragment de souvenir et de sentiment, à travers la conversion du temps et de l’espace, constitue comme une tranche de temps dotée d’une véritable épaisseur historique. La ligne chronologique est brisée, les images sont figées dans un instant qui ne se limite pas à un certain moment de la réalité. Ainsi le créateur peut-il volontairement mettre en valeur certains objets en fonction de son souci intérieur.
Dans « Images de l’encre 墨像之境 », le signe de l’escalier conduit les gens vers un temple représenté dans certaines œuvres, mais dans un environnement imprécis. Il s’agit plutôt d’un espace imaginaire résultant de l’interaction entre l’esprit du créateur et la projection intérieure des spectateurs.

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HUNG Shih-Tsung , Images de l’encre - L’échelle / Monter dans la brume, 墨像之境-天梯/登高於薄霧之中, 2009

Dans « Fantômes étranges de la mémoire », une manifestation tangible renvoie à un invisible, la présence met en valeur une invisibilité ; la présence met en valeur l’absence, et sans doute des images incertaines non représentées par le créateur sont-elles le « vrai sens » de l’œuvre.

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HUNG Shih-Tsung , Fantômes étranges de la mémoire-hors du champ 異魅憶影-勁沙的界域之外, 2009

Les éléments de composition dans « Profond silence - au bord de l’eau 入默-水岸組曲 », que ce soit le point, la ligne ou la surface d’une géométrie abstraite, sont tous comme des notes musicales, comme aussi les cordes de tensions rationnelles et sensibles, qui retentissent d’ airs harmonieux ou de louanges magnifiques.

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HUNG Shih-Tsung , Profond silence - ça fait longtemps 入默-好久不見, 2004

Les objets inanimés d’« Atterrissage », quelles que soient la « beauté » et la « laideur » de leur être contingent semblent vivre devant l’objectif qui les restitue à leur authentique identité. Voilà qu’ils participent activement de la vie au lieu d’être abandonnés à une obscure passivité.

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HUNG Shih-Tsung , Atterrissage 迫降 - 14, 2007

Avec « La serre relâchée dans la nature 野放溫室 », il s’agit toujours d’ explorer « une pensée de l’empathie » et « une relation permutable ». Mais ici les éléments de la mise en page sont plus symboliques, et la relation entre « intériorité » et « extériorisation » contextuelles est encore plus intéressante.

« Fenêtre miroitée transparente » est une série de CHANG Chung-Liang, artiste qui vit et travaille en France. Elle rassemble des œuvres qui vont de 2009 à 2015.
Cette série a été exposée et est présente dans les collections de nombreuses institutions culturelles publiques et privées en France. Elle a, aussi, notamment été présentée lors du Festival International de la Photographie 2014 au Musée des Arts de Chine à Shanghai ainsi que lors de la foire internationale d’art photographique et au Centre Culturel de Taipei à Taïwan.

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CHANG, Chung-Liang, La Fenêtre miroitée transparente no. 24, Les 34 pièces d’une Fenêtre à St Michel, Paris, 2011

Les différents moments de cette création évoquent Paris, la Normandie, entre autres régions françaises, ainsi que Taïwan avec une variété d’images mémorables. Il y a là, la coordination et la tension d’une multi-culture, ainsi qu’une observation de près ou de loin selon l’impact intérieur d’un étranger.

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CHANG Chung-Liang, La Fenêtre miroitée transparente no. 37, Une Vue sur Taïpei, 2014

« Fenêtre », « miroitée », « transparente », ces mots décrivent brièvement une attitude du regard. La « fenêtre » peut être interprétée comme l’ambiguïté même entre les espaces intérieur et extérieur, comme la manifestation de l’intimité, comme une extension de la vision infinie, et constitue comme une scène de la « théâtralité ». Le « miroir » est un reflet, une contemplation, et une réflexion sur la « spiritualité » de l’artiste.

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ChungLiang CHANG, La Fenêtre miroitée transparente, no. 10, Un nuage devant la fenêtre, 2010

La « transparence » combine la structure spatiale occidentale et l’esthétique orientale selon la notion double de « vide et plein » qui poursuit une idée éthérée de la clarté. En outre, la maîtrise des techniques de la peinture à l’huile de CHANG Chung-Liang permet aux œuvres d’exprimer subtilement la gradation de la transparence et des superpositions imbriquées.

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CHANG Chung-Liang, La Fenêtre miroitée transparente, No. 38, Littéraire. Lit des airs 2015

Le concept de la « fenêtre » ne se limite pas au rôle de code symbolique, ni même d’intermédiaire parmi les espaces de l’écran pour se convertir en formes géométriques habilement. La coupe irrégulière, dans son ensemble, peut être considérée comme un type de médiation de la forme fenêtre incluant la totalité des idées. Chaque partie détaillée est comme une fenêtre tentant de susciter la sympathie des spectateurs, attirant leurs regards. Une telle composition permet de découvrir l’intimité d’un intérieur, et de s’étendre et s’ouvrir vers l’extérieur.

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ChungLiang CHANG, La Fenêtre miroitée transparente, no. 27, Les 35 fragments d’une Fenêtre à St Michel, Paris, Nostalgie, 2011
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ChungLiang CHANG, La Fenêtre miroitée transparente, no. 16, La Lumière, 2010

Ainsi, cette exposition, en offrant de comparer les œuvres de ces deux artistes, montre que la tonalité sereine de chacun produit une atmosphère harmonieuse entre leurs récitatifs respectifs. Mais dans le même temps, la production d’une structure spatiale et l’utilisation de la technique narrative, la maîtrise de la lumière et la communication des idées créatrices, entre autres, par les deux artistes, engendrent des effets différents. Plus précisément, CHANG Chung-Liang a tendance à empiler et conserver les traces du collage pour mettre en évidence la narration et le processus de la mémoire.

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ChungLiang CHANG, La Fenêtre miroitée transparente, no .08, Une femme à la robe fleurie, Paris, Nostalgie, 2012

HUNG Shih-Tsung constitue invisiblement, par le moyen d’images sélectionnées, des segments temporels et spatiaux proprement surréalistes. CHANG Chung-Liang poursuit une performance aux caractéristiques transparentes ; HUNG Shih-Tsung excelle à montrer la luminosité et la nuance subtile du noir.
Dans leurs œuvres se révèle souvent la singularité d’un regard, celles de CHANG Chung-Liang semblent plus sensibles et délicates, celles de HUNG Shih-Tsung plus rationnelles, mais chaleureuses…

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HUNG Shih-Tsung , L’ombre des papillons dans l’état silencieux - 01
隅隙生機-默境蝶影, 01, 2013

À travers le processus d’une exploration consistant à intérioriser des objets extérieurs et à s’extérioriser soi-même, les deux artistes projettent leur « image mentale » dans des parts importantes de leur création. Dans ce contexte, le passé, le présent et l’avenir peuvent s’échanger librement, la visibilité et l’invisibilité se convertir spontanément, et la mémoire et la vision se condenser dans l’instant.

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HUNG Shih-Tsung, L’effet des papillons dans l’état silencieux - 01
隅隙生機-蝴蝶效應 - 01, 2013

Exposition de HUNG Shih-Tsung洪世聰 et CHANG Chung-Liang張仲良
Du 29 juin-19 juillet 2015, Galerie La Ville A des Arts, Paris

Curator/texte/Wei-Shiuan Sun孫維瑄
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