mercredi 25 novembre 2015

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Facing reality

Philippe Soussan

, Jean-Louis Poitevin et Philippe Soussan

Photographe, Philippe Soussan n’a jamais pu se contenter de ce que l’image présente ou représente. Non par caprice mais parce qu’il perçoit en chacune d’elle l’ambiguïté profonde où elle s’origine.

Principes

Cette ambiguïté tient moins à l’image même qu’au regard que chacun de nous porte sur le monde qui l’entoure.

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Pourtant, dans les faits, nous ne voyons « jamais » les choses « en face ». Les œuvres composant Facing reality nous invitent à percer ce mystère. Un cercle, celui d’un miroir sur un mur ou d’un plat posé sur la table n’est jamais perçu comme un cercle mais comme une ellipse. Notre cerveau rétabli l’ordre et nous continuons à arpenter la réalité, convaincus de la justesse de notre perception. Cet automatisme correctif est la source en nous du déni de ce « vide » originel dans lequel la perception prend sa source.

Philippe Soussan depuis quelques années « troue » littéralement ses images. Il inscrit à même la chair du visible la part occultée de l’oubli ou du déni. De trou en trou, ses œuvres inventent un langage. Le « réel » n’étant pas le représenté, ni même ce qui est vu par l’œil, mais ce décalage radical qui interdit à chaque image d’être ce qu’elle prétend, il prend le parti de conférer à ce trou une présence active dans l’image.

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Œuvres

Bouée découpée d’un cercle qui est déjà, comme dessin, présent sur la bouée mais qui métaphoriquement vaut pour la bouée même, cette image comporte aussi une partie recollée. Elle met donc en scène le support comme objet et ainsi permet d’inverser la signification des termes « sujet » et « objet ». Face à cette image nous découvrons en fait le mécanisme perceptuel qui fonde le fait que nous ne fassions jamais face à la réalité.

Associée en un diptyque avec la photographie de l’anneau du skydome d’un escalier, l’image trouée montre qu’elle peut devenir plus que ce qu’elle montre. Ou bien, l’effet inverse d’occultation par de légers voiles superposés devant l’image laisse deviner un verre « peint » au bord d’un support trois fois de manière légèrement différente, en aboutissant, dans le sens habituel de la lecture, à une image qui révèle la véritable situation de l’objet, posé sur le bord d’une chaise. Mais cette fois, c’est la chaise qui est trouée. Le trou apparaît ici pour ce qu’il est, la matérialisation du manque interne à toute vision.

Gros plan sur un rond découpé dans une feuille de papier marron, la partie découpée est replacée sur le trou de son origine. Décalage, incompatibilité entre les morceaux, Philippe Soussan pousse le face à face avec cette réalité intraitable en découpant l’image finale de petits trous bien ordonnés.

L’image s’ouvre alors littéralement à l’envers du réel, à cette part d’imaginaire qui nourrit chaque seconde de nos vies et qui fait que, redevenue objet, l’image permet à des associations fécondes de se former en nous.

La bouée parle la langue des migrations mais aussi celle du ciel, le trou qui accompagne la découpe du skydome se met à parler la langue du cosmos, le papier découpé du manque originel et le trou de la chaise de l’illusion virale des sens, lorsqu’il migre sur le verre dessiné.

Oui, ici tout en nous indique que notre conscience est un esquif fragile qui navigue sur l’océan bruyant des évidences impartageables.

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Ces œuvres de Philippe Soussan ont été présentées par la
Galerie Intuiti Paris.
16, rue des Coutures Saint Gervais - 75003 Paris.
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