mardi 31 mai 2016

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Entretien avec José-Alain Sahel 1/2 Image et visible

, Hervé Bernard et Jean-Louis Poitevin

Le professeur José-Alain Sahel, nous a accordé en Mars 2016 un long entretien dont nous publions aujourd’hui la première partie. Le professeur Sahel est le premier des intervenants interviewés suite à la journée organisée pour célébrer le trois cent cinquantième anniversaire de la fondation de l’Académie des sciences et le deux cent cinquantième anniversaire de la naissance de Nicéphore Nièpce et qui se déroula dans la grande salle des séances le mardi 15 décembre 2015.
Professeur au Collège de France, à la chaire Innovation technologique Liliane Bettencourt (2015-2016), il a fondé et dirige l’Institut de la Vision (université Pierre et Marie Curie-UPMC/Inserm/CNRS), qui fonctionne en synergie avec le CHNO des Quinze-Vingts.

Sahel-partie01 from BERNARD Hervé (rvb) on Vimeo.

Nous l’avons interrogé sur l’image, et dans cette première partie de l’entretien, il nous en livre une approche à la fois dynamique et évolutive, montrant qu’en un sens quelque chose comme une image du genre photographie ou peinture n’existe pas pour le cerveau. L’image est un artifice que l’homme construit pour se représenter le monde dit-il en substance.
En distinguant image et vision, puis vision et regard, il nous conduit directement à la compréhension des mécanismes complexes qui font non seulement que nous voyons mais qui déterminent comment nous voyons. Du traitement « mécanique » de l’information visuelle à l’orientation à la direction que l’on donne à notre regard, tout nous conduit à comprendre qu’il faudrait parvenir dans l’élaboration conceptuelle de ces notions à ne pas séparer œil projection cerveau et regard, car tout fonctionne en permanence en connexion et que le monde ne peut être séparé de la volonté que nous manifestons de le regarder.
Une analyse de La Chute d’Icare de Pieter Brueghel, vient à merveille illustrer ce propos.
Les conséquences d’une telle approche sont immenses et philosophiques. Elles nous conduisent à la philosophie de Gilbert Simondon auquel José-Alain Sahel rend ici un hommage appuyé et précis, (voir à ce sujet dans la rubrique Séminaire le travail mené par Jean-Louis Poitevin en 2009-2010 et qui sont accessibles dans les numéro 4 à 8 de TK-21 LaRevue) et plus avant encore, à rendre à l’étonnement et à l’imprévu leur puissance fondatrice d’ouverture pour chacun au monde et à la pensée.
C’est alors le réel qui change de statut car il apparaît pour ce qu’il est, non pas un fait incontournable et immuable, mais bien ce que nous permet de penser la puissance de nos instruments d’analyse et les constructions mentales que nous faisons à partir de ces données.