lundi 28 mars 2016

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Douce dévastation & Joie, joie, belle étincelle

K. Stockhausen, C. Debussy & Schiller, Goethe, Ono No Komachi

, Joël Roussiez

Le pilote cherchait dans le labyrinthe des rues la place et l’endroit où poser son engin.

Ce son qui ne sort qu’à regret, qu’on retient dans la gorge comme un pleur, était encore comme un silence, une vibration indéterminée et non encore advenue entre les pales de l’hélicoptère qui m’emmenait par dessus l’océan démonté vers la terre, bouleversée par le cyclone, où ne restaient des habitations que des murs décoiffés. Le pilote cherchait dans le labyrinthe des rues la place et l’endroit où poser son engin. Quelques personnes circulaient désœuvrées, semblait-il, et perdues certainement comme nous… Et ce son, ce son qui ne sortait qu’à regret des ruines neuves, des bâtiments aux vitres dévastées, une sorte de murmure à peine audible qui bruissait comme le vent dans la touffeur du feuillage ; ce son n’était pas triste loin s’en faut, il semblait ouvrir les murs et la ville sur le paysage tout autour où se voyait encore ici et là des arbres debout et des vaches ruminant au milieu des champs. Ce son au milieu du bruit des moteurs, de celui des pales brassant l’air, des ruines immobiles et des brises inaudibles s’emparait de tout mon corps comme si un vent subtil s’immisçait entre les muscles et les os, la cage des poumons faisant résonance comme le silence de cachot d’une cathédrale abandonnée… Pourtant ce son dégageait des espaces pour la magie des timbres où s’écoulaient en moi des rivières sonores avec leurs glouglous… Le pilote se posa enfin sur un tas de décombres et les pales cessant, j’entendis quelques paroles dans le brouillard des sensations : venez ici… Croyez-vous qu’il vit encore ?... Des voiles et des rideaux flottent dans ma mémoire comme le silence d’un bois à l’approche de la pluie…

Joie, joie, belle étincelle article (Schiller, Goethe, Ono No Komachi)

Qui chevauche sans bruit à l’aurore d’un jour, qui va joyeusement par un matin radieux, qui fait tinter les boucles du harnais,et qu’entend-on dans le feuillage des bois, c’est la rivière au bruit de gravier fin, nous y prendrons un bain, dépêche-toi, je veux sentir ta main… Le chemin est étroit ainsi cheminent-t-ils l’un derrière l’autre, la chaleur monte parmi les fougères et les herbes hautes qui penchent sous la rosée et mouillent leurs chausses. Ah, je suis toute mouillée, dit la Reine. Et moi, je pense à toi dans l’éclat du soleil, et dans mon dos tes flèches aiguillonnent ma joie, et les chevaux se dandinent car ils ont du plaisir, faut-il l’expliquer qu’à l’heure matinale les craintes se sont éteintes et que le Roi lui-même s’éveille joyeusement sur la couche de plume qui réjouit son dos. Et tâtant dans le lit, la place chaude encore, il sourit et s’étire, la vie est si joyeuse : Edmond apporte du savon, j’irais dès aujourd’hui me laver en entier…

Les affaires vont bien, une couche de feuilles est vite trouvée, on s’allonge dans les bras l’un de l’autre et l’on s’y calfeutre comme si le vent passait ; c’est la Reine qui serre le Chevalier Héron, c’est lui qui l’embrasse. Et sur la barque instable des égarements, pas un instant ne passe sans être inondé de vagues… L’écoulement des eaux est comme une mélodie, elle charme par l’oreille et meut par nostalgie le corps qui se souvient… Tu te souviens des menées du Comte et des souffrances qui furent les tiennes ? Je ne me souviens de rien, j’oublie les chasses et les chimères…