dimanche 30 octobre 2016

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Dé-Croire #1

Exposition OVNI, Rrose Semoy et Martine Heyner-Catois

, Hélène Tyrtoff , Martial Verdier , Martine Catois et Sylvain Paris

Les liens entre les différents modes de représentation sont évidents. Pourtant le passage de l’un à l’autre ne l’est pas. Comment, par exemple, passer de la peinture et du dessin à la photo, et plus avant, de l’image accrochée au mur à l’installation en passant par la performance ?

Exposition du 31 octobre au 6 novembre 2016 – Vernissage le 2 novembre

Les œuvres fines et poétiques de Martine Heyner-Catois rencontrent une photographie-peinture plus brute, celle de Rrose Semoy dans un subtil équilibre jouant sur l’espace et les formes.
Ces deux parcours, ces deux expériences montrent de manière différente comment l’œil du plasticien rencontre la photographie.

Une rencontre dans le contraste des formes.
Entre des recherches du vide et des recherche du plein entre yin et yang
Un paysage décor et un paysage des corps.

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9 Martine Catois
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25 Martial Verdier

Rrose Semoy (innuit siniswitchi, Hélène Tirtoff, Martial Verdier)

L’Atlas Rrose Semoy est un chemin, un peintre, un photographe invisible, une écrivain, des modèles.

Un peintre peint. Une écrivain sous la peinture, une photographie des corps peints, parfois du peintre, parfois de l’écrivain. L’écrivain parfois peinte, écrit. Et le peintre peint la photo, une autre.
Tout est supporté par les corps.

Dans la nature un modèle est peint de formes abstraites s’inspirant du lieu, utilisant des matériaux trouvés sur place quelquefois.
Pendant l’action un ou deux peintres peuvent agir, les rôles s’échangent entre peintre et peint.
Le tempo est donné par la photo, le calotype prend entre 15 et 30 mn, c’est le temps du tableau, vivant.
Cette image est donc celle de la peinture in progress, depuis le modèle nu jusqu’au modèle habillé par les pinceaux. Et seuls s’inscrivent sur la surface sensible le modèle immobile et un peu de paysage et disparaissent les acteurs mobiles trop rapides pour être saisis par la très lente technique.

Il reste à la fin une image un peu floue, teintée plus ou moins aléatoirement, qu’il faudra peut être colorisée légèrement pour rendre le travail des coloristes.
De cela et de toutes les images curieuses et scrutatrices qui sont prises en parallèle pour témoigner de la performance, le peintre refait des tableaux.

De ces allers et retours naissent les textes qui s’enchâssent dans les images.

Et Rrose est l’Atlas.

atlasOvni from Martial Verdier on Vimeo.

a linea
« Nous vivons presque toujours derrière des écrans », disait Francis Bacon. L’œuvre du peintre, à partir de 1945, n’aura de cesse de décortiquer l’être, le débusquer, le dépecer, pour mieux l’arracher à l’apparente représentation qu’il donne de lui-même.

La fin de la guerre et la découverte des atrocités marquent un réveil du regard, un écarquillement sidéré des yeux face à cette « existence voilée d’écrans » dont parlait Bacon.
Si la libération, comme son nom l’indique, libère les hommes du joug ennemi, elle éloigne aussi des peurs et des angoisses, des terreurs passées, et la mémoire, au fil du temps qui passe, se fait sélective, condition inhérente à la nature humaine pour continuer à vivre.

Alors, ce sont les souvenirs qu’on se forge qui restent : peur des bombardements et des rafles, descente aux abris, restrictions alimentaires... toute une vie bousculée émerge et prend forme jusqu’à ce que la fuite devienne la seule issue : partir, se mettre à l’abri quelque part, ailleurs, là où, sans doute, les yeux peuvent percevoir un calme retrouvé, un paysage plus serein, la sollicitude des autres qui aident à surmonter la peur.

Ce sont les traces de tous ces souvenirs qu’on tente de comprendre : quelle part d’embellissement, quelle part de vérité émergent des paroles dites et ressassées au fil des années qui suivent ? Que faut-il — que peut-on — voir derrière les images lisses qui restent accrochées dans l’esprit, écrans, encore, images tronquées d’un tumulte noir qui s’estompe ? Retourner sur les lieux, alors, refaire le chemin qui mène de l’horreur à l’exil forcé, comprendre les mécanismes de protection à l’œuvre qui ne gardent que les bons moments, instants volés à l’angoisse. Puis, lire entre les lignes, dans l’espace blanc, vierge, d’une mémoire sélective. a linea.

L’homme oublie vite. La fin du XXe siècle en Europe, avec son cortège de reconstructions, d’avancées à grands pas comme pour conjurer le mal, de découvertes technologiques, multiplie les écrans pour oublier l’effroi et ferme les yeux sur les malheurs du reste du monde. Mais comment ne pas voir, ailleurs, ce qui fait aujourd’hui tressaillir la planète et jette sur les routes des milliers d’exilés ? Peut-on occulter, à nouveau, la répétition d’une Histoire qui vacille et tourne en rond ?

« Qu’il se réjouisse,
Celui qui respire en haut dans la lumière rose !
Car en dessous, c’est l’épouvante.
Et l’Homme ne doit pas tenter les dieux
Ni jamais, au grand jamais, désirer voir
Ce qu’ils daignent couvrir de nuit et de terreur. »

 Shiller, in "Le Plongeur" , (1797)

Vidéo accompagnant l'exposition de Martine Heyner Catois from BERNARD Hervé (rvb) on Vimeo.

Exposition du 31 octobre au 6 novembre 2016 – Vernissage le 2 novembre