samedi 26 octobre 2013

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Conversation Piece

, Maud Maffei

Le titre Conversation Piece, fait référence à un genre de peinture qui s’est développé en Angleterre au début du XVIIIe siècle.

Le peintre William Hogarth fut l’un des premiers à représenter des scènes de conversation. Les tableaux représentant de telles scènes montrent le visuel de la conversation, son extérieur : les poses et attitudes des protagonistes dans un décor.
Ici la conversation prend la forme de deux projections d’une couleur perpétuellement changeante, sur deux murs en angle dans la salle. Il y a deux protagonistes, chacun d’eux est représenté par une projection sur un écran. La parole de chaque personnage s’inscrit en sous-titres sur chaque écran, c’est un dialogue uniquement lu, il n’y a pas de son. L’image est remplacée par un all-over de couleur qui varie du bleu au rouge.
La conversation consiste à tenter pour ces deux voix lues de définir le lieu où elles se trouvent.
Elles tentent d’abord de définir ce lieu à partir de la définition de l’hétérotopie de Michel Foucault, puis à partir de paroles d’artistes ayant émergé dans les années 1960.
Les deux personnes appréhendent l’espace, cet « ici » dont elles parlent,
de manières très divergentes et elles ne parviennent pas à s’entendre au début.
Celle de droite est littérale : pour elle, « ce que l’on voit, c’est ce que l’on voit » (Frank Stella) et rien d’autre. Elle voit une surface d’écriture, une surface où « se posent les mots ». Tandis que pour celle de gauche, cet espace est avant tout un espace de projection mentale. La projection de couleur lui fait penser à des espaces existants qui ont vu le jour dans les années 1960 (cf. les environnements de Doug Wheeler et James Turrell). Elle se projette dans ces espaces, qu’elle imagine ou se remémore, comme on se projette dans un film : dans un autre lieu et dans un autre temps.
Littéral versus projection, deux manières d’envisager l’espace.
C’est une conversation où les protagonistes jouent avec les mots. Il y
a des sauts, des détournements en fonction de ce que chacun veut dire. C’est en parlant qu’ils prennent conscience de ce qu’est cet espace et le définissent.
Conversation Piece se questionne ainsi sous la forme du dialogue courtois sur ce qu’elle est, sur ce qu’elle n’est pas, ou sur ce qu’elle devrait être. Sur ce qui est contemporain ou ce qui doit l’être. Et aussi sur ce qui a changé aujourd’hui par rapport aux œuvres et aux paroles d’artistes des années 1960-1970.

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CONVERSATION PIECE
2009_-2013
Vidéo de 4’36 en boucle