mardi 6 juin 2017

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Confessions d’une enfant du siècle 3/4

, Hervé Bernard , Jean-Louis Poitevin et Jeanne Susplugas

Jeanne Susplugas exposait, expose et exposera au printemps et tout l’été à Versailles à la Maréchalerie et à l’école des beaux-arts, et à Paris, à la galerie VivoEquidem. C’est à la Maréchalerie que nous l’avons rencontrée et filmée « sous » et « dans » son œuvre, une sculpture installation aux ramifications multiples qui nous conduit à pénétrer plus avant dans les secrets de la personne, comprise, et c’est là la surprise, comme une entité dont l’intériorité est comme plus remplie par les injonctions du dehors que par les suintements du dedans.

Confessions d'une enfant du siècle 3/4 from BERNARD Hervé (rvb) on Vimeo.

En abordant la question relative au fait d’être artiste, Jeanne Susplugas prolonge ses réflexions sur le statut de la subjectivité et permet de mieux comprendre l’équivalence qu’elle pose entre sujet et maison. Pourtant les choses ne sont pas si simples. Après avoir raconté comment elle conçoit son travail, comment elle active le champ des relations sociales pour en faire le moteur de ses œuvres, elle ne cesse de passer d’un bord à l’autre d’un doute existentiel singulier. En effet, plus on tente de creuser ce qui est censé constituer le monde intérieur, plus apparaît le fait qu’il est rempli de choses qui proviennent du dehors, de la réalité sociale, de celle du travail, de la consommation et des actions, des paroles des autres.

Et à l’écouter quelque chose apparaît, une sorte de phénomène étrange quelle décrypte et qui est comme le cœur de son travail. Ce phénomène l’affecte quoiqu’il ne semble guère se manifester de manière très visible et pourtant le trouble est là. C’est à partir de ce trouble, un trouble qu’elle ne cesse de ressentir, même si on a aussi l’impression qu’elle le cherche et même qu’elle travaille à le faire exister, qu’elle crée. Ce phénomène tient en ceci que tout ce qui dans notre vie évoque ou nous permet de connaître des moments de réconfort, de calme, de douceur, de paix, bref de sécurité, tous ces moments semblent hantés, on pourrait dire mités par leur contraire.

En effet, le monde de Jeanne Susplugas est traversé de part en part par une angoisse si prégnante, si présente, si indélébile qu’on finit par se demander si l’œuvre ne tend pas plus à la « recouvrir » qu’à « l’exhiber » tant, si elle se laissait aller à dire les choses telles qu’elle le vit, nous exploserait au visage cette angoisse qui alors nous « tuerait ».

Alors que faire ? Baudelaire, encore et toujours, qui dans Le voyage lançait : « Faut-il partir, rester, si tu peux rester reste, pars s’il le faut.... », nous donne à entendre le balancement qui est le tangage inévitable au gré duquel se meut chaque vie.

Ce balancement est une oscillation permanente entre des pôles qui peuvent se formuler ainsi : l’enfermement ou la fuite, l’excès ou la soumission aux dictas du bien-être, le plein ou le vide, la soumission aux règles sans récompense ou la désobéissance avec risque de ne désobéir à rien.

Les œuvres de Jeanne Susplugas qui se déclinent sous de nombreux supports sont la manifestation de cette angoisse que comme elle nous repoussons pour ne pas sombrer. Par contre ce qu’elle rend visible et audible dans ses œuvres, c’est que notre intimité est si poreuse, le dehors si présent en nous, qu’il n’est aucun refuge dans lequel nous pourrions nous retirer en espérant échapper à la douleur et à la duplicité. Alors, comme elle nous le montre avec au fond une certaine violence, nous oscillons, passant d’un bord à l’autre et ainsi avançant sur le chemin de la vie.

At home she’s a tourist, Chapter II
Du 25 janvier au 12 août 2017Retour

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