lundi 28 mars 2016

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C’est fait, c’est fini, c’est sans fin !

, Gérard Gartner , Hervé Bernard et Jean-Louis Poitevin

Une fête plus qu’une destruction, des rencontres plutôt que des ruptures, la découverte d’une œuvre disparue.

Gérard Gartner a accompli à la date prévue le 16 janvier 2016, jour anniversaire de la naissance de Giacometti et dans sa quatre-vingtième année, le geste irréversible de détruire l’ensemble d’une œuvre, de son œuvre, entendons de ses sculptures torsadées nées du plastique en surchauffe et d’une volonté de faire émerger du déchet des formes aux allures de nuées cosmiques.

Si la plus grande partie des œuvres a été détruite dans une usine spécialisée, un ensemble d’une trentaine de sculptures a été détruit à la massue et à la tronçonneuse à Douarnenez lors d’une fête rare. Des centaines de personnes se sont pressées sur l’esplanade qui a servi pour l’occasion de place de grève mais on n’y décapitait personne, sinon symboliquement une œuvre.

Volontaire et assumé, ce geste de destruction est moins un aveu qu’un appel, moins un cri qu’un chant, moins une plainte qu’une affirmation. On parlera volontiers de liberté pour tenter de se défausser ou de désamorcer la bombe à retardement que constitue ce geste, mais si cela est, il ne faut pas l’entendre comme cette forme de liberté sans valeur qui consiste pour chacun à imaginer qu’il peut ou pourrait faire n’importe quoi.

C’est une vie qui est engagée dans ce geste, toute une vie et plus qu’une vie, une conception de la vie. Là encore il ne faut pas entendre là qu’il s’agit d’une conception abstraite de la vie mais de ce qui a été engendré par cette vie même comme étant sa charpente, sa structure et sa sève. Gérard Gartner sait l’impudence de l’éternité de pacotille qu’on nous vend un peu partout sous forme de marchandise ou de rêve sans pulpe. Mais il sait aussi l’immensité du cosmos et qu’il existe une infinité terrible, celle qui emporte dans le feu et le néant tout ce qui justement a une fin. C’est à rendre cet écart que rien ne permet de combler et qui constitue la seule source où puiser la force de créer qu’il s’est employé par ce geste ; disant que la vie « est » la vie, que lorsqu’on brûle pour elle ce que jamais nous ne parvenons à « être » mais devenons sans cesse dans l’épuisement de nos ressources, que souffle, vin et mots, corps et lèvres reconstituent chaque matin de chaque nuit.

Ici donc, simplement quelques images de ce moment, vanité sans doute que d’enregistrer cette fin, afin qu’en nous germe la saisie émotionnelle de la fin comme source de tous nos commencements.