mardi 6 juin 2017

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Attention fragile

Exposition à la galerie-s-mortier

, Bianca Rossi et Roma Napoli

« Nous savons au moins ceci : la terre n’appartient pas à l’homme ; l’homme appartient à la terre... »

#15 Quotidien d'atelier Roma Napoli from TK-21 on Vimeo.

La dimension artistique de la photographie de mise en scène, à l’exemple de l’artiste américaine Sandy Skoglund, se place dans l’espace qui se joue entre un plan référentiel et son émancipation de part sa nouveauté, sa singularité et parfois son esprit subversif. Véritables dispositifs de représentation qui articulent nos codes culturels en même temps que leurs ruptures. Cette pratique a été longtemps dépréciée par les théoriciens et les critiques de la photographie. Aujourd’hui nous ne remettons plus en cause la reconnaissance de cette discipline.

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Les créations de Roma Napoli, qu’elle nomme à bon escient Tableaux photographiques se placent naturellement dans cette pratique. Par la mise en situation décalée des figurines Action Man et apparentés, elle transgresse avec humour et perspicacité la violence virile attachée à ces jouets guerriers dédiés aux enfants. La mise en situation dans l’espace poétique de ces représentations musclées en plastique s’accompagne d’une mixité de référents littéraires, philosophiques, anthropologiques, sociologiques et artistiques et parfois l’extrême tension jouxte une ironie décalée à la manière de GG Ballard.

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Cette façon de puiser dans cette réserve de figurines dérisoires, clonées et dociles interroge insidieusement et au-delà du détournement, nos habitudes de pensée, notre perception de l’humain, de son devenir et notre capacité de désadaptation.

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Investie dans le collectif Dix10 (duo d’artistes) dès 1982, l’artiste produit depuis 17 ans des œuvres utilisant les nouvelles technologies, la photo et la vidéo.

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Elle propose du 15 au 30 juin l’opération « ATTENTION FRAGILE » à la galerie Stéphane Mortier.

En Afrique un éléphant est tué toutes les 15 minutes pour son ivoire. 30% des éléphants ont disparu en 7 ans. A ce rythme, on ne verra plus d’éléphants en Afrique dans moins de 20 ans.

Tout est parti d’un « tableau photographique » créé par Roma pour le projet « Mémoire d’éléphant » porté depuis 37 ans par Jean Paul Sidolle.

Elle imagine pour le réaliser un tampon où l’on peut lire FRAGILE sous l’idéogramme d’un éléphant. Antonyme qui inscrit la fragilité de ce mastodonte face à un prédateur tel que l’homme et dont la disparition tire une fois de plus, la sonnette d’alarme en regard de notre incapacité collective à préserver notre écosystème et à agir alors qu’il est déjà presque trop tard.

Ce tampon nous dit aussi que l’animal n’est pas une chose dont on peut disposer mais un être à part entière. Pour rappel une déclaration universelle des droits de l’animal a été proclamée le 15 octobre 1978 à l’UNESCO.

Dans la photo, le tampon est porté et utilisé par deux GI’Joes en tenue guerrière, l’un noir et l’autre blanc. Elle restitue ainsi aux « défenseurs de l’ordre », ce qui devrait être leur vraie fonction.

L’artiste nous rappelle cette phrase attribuée à Chef Seattle « Nous savons au moins ceci : la terre n’appartient pas à l’homme ; l’homme appartient à la terre... », et s’interroge sur le pourquoi de cette exploitation sans limites et sans conscience.

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Lorsqu’elle décide de produire 86 tampons (en mémoire des années de vie de l’éléphant Lin Wang), elle transgresse le processus de l’image poétique en la renvoyant dans une réalité tangible et partagée, incitant l’autre à devenir lui aussi, à l’instar des GI’Joes, le défenseur d’un ordre inversé en pleine conscience de son appartenance à la terre. Cette incitation à la multiplication du message invertit une logique qui voudrait que le spectateur (de la photo) ne puisse jamais en être l’acteur.

Elle touche ici non seulement une transgression de l’ordre spectateur/acteur, mais également un « art sociologique » et un art dit « de reproduction » en faisant que l’image tamponnée sera toujours différente, quelquefois éphémère, parfois indélébile.

Et pour que le message ne soit pas uniquement un message, 33% de la recette d’un ensemble composé d’un tampon, encreurs et d’une déclinaison de la photo originale, sera reversée à l’ONG « Des Éléphants & des Hommes » dont la vocation est l’amélioration de la coexistence humain-éléphant en Afrique coordonnée par son fondateur Julien Marchais, très actif sur le terrain.

Un aller-retour du support argentique immaculé vers les pistes poussiéreuses de l’Afrique.

Quelques « tableaux photographiques » que l’artiste juge être en phase avec la proposition seront montrés lors de cette intervention.

Roma Napoli, une artiste polymorphe qui n’a pas fini de nous interpeller.

Paris 2017

« ATTENTION FRAGILE » de Roma Napoli
du 16 au 30 juin à la galerie-s-mortier : 14 rue Lincoln, 75008 Paris.
VERNISSAGE LE 15 JUIN DE 18H À 21H
Avec la participation de M. Julien Marchais Coordinateur et fondateur de l’ONG « Des Éléphants & Des Hommes »
galerie[stéphane]mortier : 14, rue Lincoln. Paris 8e - Escalier A - 4e étage, codes d’accès transmis le jour même sur demande par SMS +33 6 67 31 67 81
galerie-s-mortier.com / romanapoliart.com

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