samedi 27 juin 2015

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Ainsi s’en revient l’écho

, Kza Han 한경자

Dans le cœur de la montagne, le roc, c’est la loi bouddhique.
Grand ou petit, chaque roc est circulaire.
Pour façonner un faux Bouddha
On a brisé en vain le flanc de la falaise.
Voici le corps du Dharma blessé !
(le moine Paek Un)

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Kwan Jo, 1999 : Central doors of Taegwang-bojòn Hall, Magok-sa Temple

Quatre paroles bouddhiques

traduites par Kza Han

Pourquoi avez-vous franchi le seuil de votre maison ?
Pourquoi êtes-vous au temple ?
Quel est votre visage d’aujourd’hui ?
Je vous le demande, à vous, moines qui restez assis
dans la chambre glaciale.

(le moine Hyon Ho)

Dans le fracas des cataractes qui interpellent les montagnes
s’élançant vers le ciel les unes sur les autres,
les voix humaines s’éteignent même à deux pas.
De crainte que d’incessantes disputes du monde me parviennent,
qui a ordonné aux cataractes de frapper de leur fracas
les oreilles des montagnes ?

(le Grand Lettré Tseu Tsi Won)

Errer,
sans but,
voici la vallée de lune,
voilà le belvédère de vent !

Avec un bâton s’éloigner,
puis revenir en frôlant les nuages,
d’un air rêveur s’asseoir sur la pierre blanche,
fouler avec indolence le tapis de mousse.

Dompter les tigres,
parler en ami avec les oiseaux,
voici la masure sur trois sentiers ensevelis
parmi les branches de bambou,
voilà quelques tasses de thé partagées avec le vent et l’eau !

En maints endroits, la table et la chaise pour accueillir l’hôte,
mais la bâcle de la porte pour congédier le moine,
la vraie source claire à la saveur de ciguë,
les vicissitudes de la fortune, ce cœur chimérique telle
une poignée de cendres sur la mer.

Entre le sud et le nord de la rivière, se contenter de dix sillons,
dans l’au-delà ou ici-bas, pour toutes choses
pas d’âme chagrine,
ne pas chercher à fléchir les désirs de toute une vie,
pour jouir de la longévité savoir errer d’un pas sûr
vers le haut, vers le bas.

(le maître moine Baek Gok Tsong Nung)

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Kwan Jo, 1999 : Monk’s Room, T’ongdo-sa Temple

Trois rêves

Le rêve est une seconde vie – mon grand-père vêtu de chanvre me tend le corps de ma grand-mère enroulé dans une natte de paille, avant de m’exhorter à le toucher pour qu’il ressuscite.

Le rêve est une seconde vie – ma grand-mère vêtue de chanvre me tend un seau de bouillon de chien, avant de m’exhorter à le porter chez mes arrière-grands-parents, de l’autre côté de la vallée, sans que je le renverse en chemin. À peine ai-je tourné le dos avec mon fardeau tout en me bouchant le nez, qu’elle me crie par-dessus l’épaule :


« Tu as beau te boucher le nez.
Même si tu t’ingéniais à le renverser,
il coulerait dans les eaux souterraines
et tu le boirais à ton insu. » 


Le rêve est une seconde vie – par une porte entre-bâillée, je regarde ma mère et ma sœur desceller les tomettes de notre mansarde à la lueur d’une lampe à huile de ricin, y enfouir un baluchon détrempé d’antique lœss avant de repartir sans mot dire. Où les restes de mon père sont ensevelis, là est mon pays natal.

(Kza Han)

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Kwan Jo, 1999 : Central doors of Taeung-bojòn Hall, Chòngsu-sa Temple
Métaphores vives

Comme une âme en peine
seule
une lézarde
cherche abri
sous le fragon
pour mettre bas
sa nouvelle portée
à l’abri de tout regard.

Comme une fratrie de taoïstes
se prélasse au soleil
en oraison de quiétude
une fratrie de lézards
sur un mur
parsemé de lichens.

Comme une réincarnation
seul
un lézard
surgit de la natte de bambou
suspendu au plafond du marù
avant de s’élancer
dans le vide
m’ayant vu œuvrer
de son œil ancestral.

(Kza Han)

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Famille Rautenstrauch, in Douze corps célestes d’Ekkehart Rauten-strauch (3 D)

Angles de site
à Frédéric Boulesteix

De toute sa force
résistant à l’air vicié,
gingko, arbre du ciel
vêtu d’or.
De son noyau
lâchant une amande,
feuille en éventail
séparée de soi-même,
en quête de son double,
gingko, arbre du ciel
vêtu d’or.

Dans la foule
frappant le gong,
faisant la quête,
un moine errant
en position de zazen
sur sa natte
illuminée par
le soleil couchant.

Forçant la divination
par la terre
par la poussière
par les cailloux,
à l’encontre du vent
à l’encontre de l’eau,
cette incommensurable église
face au Mont Vert.

Autour du 38e parallèle,
dans les chars abandonnés
depuis un demi-siècle,
folâtrent des animaux rares
parmi des plantes rares
en l’absence des hommes.
Or une Coréenne d’Amérique
de retour au pays natal
sur le dos de la Grue Bleue
se met en tête
par le ciel
de déjouer le 38e parallèle,
au son âpre du komùngo
éraflant de ses six cordes
les frontières invisibles.

(Kza Han)

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Famille Han Djang-Kyo, Cordon funéraire de Tseu Yung-Lak
Vitrail à joint vif
à Marc de Widensolen

Surgissant de ta saulaie
pour le Retable
d’Issenheim,
pour le Bleu Deck
de Guebwiller,
cette coupe éblouissante
en urne de silence sonore –
celle-ci sera
l’habitacle de ma mère
au corsage ailé
sur la cheminée de marbre
cendré.

Son nom de baptême
c’est Marie,
celle qui monta au ciel
avec son visage
avec son cou
avec sa main
imprégnés de lœss,
lorsque son courroux
rompit la croix
cerclée
de son bleu
éblouissant les ténèbres.

(Kza Han)

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Kwan Jo, 1999 : Central doors of Taeung-bojòn Hall, Naeso-sa Temple

Trois hexagrammes

par Kza Han

Nef

Banni de son royaume
un lettré en guenille
éclaboussée d’encre
frotte un bâtonnet d’encre
sur la pierre à encre,
bannissant son royaume.
De l’encrier en grenouille
ruisselle l’encre
dans une coupe ébréchée,
éclaboussant sa masure.
De son pinceau
ruisselant d’encre
il trace
à la verticale
l’inflexible bambou noir
sur le sol de terre battue,
éclaboussant son sceau.

Météorite

Entre l’Extrême-Orient
et l’Extrême-Occident
Mercure-Soleil-Vénus
s’intriquent
avec
Mars – Saturne – Uranus
plantant l’aiguille
entre le Suprême Assaut
et le Suprême Gouffre.

Mue

Dans mon atelier du serpent, au-dessus de ma table de travail, j’ai accroché au mur une bourse de soie fanée, jadis brodée par ma mère juste avant son mariage : deux branches de mugunghwa, l’impérissable fleur de Corée abritant le blason du royaume de Corée enlaçant le Yin et le Yang ordonnant le Livre des mutations aux quatre points cardinaux.

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Kim Kwan Hyun, collection privée


Trois poèmes de Han Ha Un

traduits par Kza Han

Qu’est le nuage ?

Seul, désemparé, je me presse,
avec la montagne, la colline, la branche d’arbre.

Ici, le monde qui flotte,
dans la mort où il n’y a ni maître ni assentiment
ainsi désemparé se presse-t-il ?

Même dans cette mer sans cesse déployée
plouf si je disparais, réapparais,
l’espoir d’innombrables poissons débordera.

Autour du corps décomposé
ayant tressé tes infirmités, microbes, tristesses, chagrins, amours
comme un radeau je veux flotter dans le ciel.

Ah ! je veux devenir nuage,
je veux devenir vent,

dans ce ciel démesuré
je veux devenir île.

Manifestation

chant dédié au mouvement des
étudiants de Hamhùng (13 mars 1946)

M’élancer,
je veux m’élancer.

Plouf dans l’eau de ce fleuve
avec le cri des vagues dans les méandres
je veux m’écouler avec les vivats.

Tous des hommes sains, rien qu’entre eux,
cris de la foule, cris de la mer.

Ah ! je veux me briser avec le cri de la mer,
je veux mourir, je veux mourir,
le lépreux debout pleure, la manifestation s’en va,

Ah ! le lépreux, il veut mourir.

La nuit de la chenille arpenteuse

De mon amont
est-ce là cette nuit descendue de si loin ?

Sur ce rivage où poussé par les vagues
mon petit bateau est lâché au vent, sur les flots,
pas un petit chien n’aboie…

Ah ! ici,
quel nom dois-je appeler ?

Homme fatigué de l’est, de l’ouest, du sud, du nord
qu’il ne peut distinguer, flottant comme une bouée
dans une obscurité qui se dresse !

Je l’ai appelée en vain,
c’était une nuit sans réponse.

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Ahn Young Mok, collection privée


Ordalie

Issu
des eaux primordiales
le roseau axial
se purifie-t-il
par le feu
au retour du pays des morts ?
Du corps
d’un noyé
issu
le roseau dressé
accuse-t-il
l’assassin
au retour d’un son de flûte ?

(Kza Han)

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National Museum of Korea, fondation culturelle : Ewer, Celadon / Goryeo Dinasty, 13th century, National Treasure No. 167


Trois poèmes de Houang Djin I

traduits par Kza Han

Le mont est toujours le même mont

Le mont
est toujours le même mont
mais l’eau
n’est pas la même eau.

Elle qui coule jour et nuit,
comment peut-elle être la même ?

Semblable à l’eau, le héros
s’en va et ne revient jamais.

Récitant la demi-lune

Qui a coupé le jade du Mont Gonsan,
l’ayant taillé en a fait le peigne de Véga ?
Une fois séparée d’Altaïr,
tristement dans le vide profond l’a jeté !

Le pont de Sunzukkyo

Jour éclatant au pays de Koryo,
cœur fidèle de Zung Mong-Zu.
Sous le pont l’eau de mille ans,
l’eau du Hangang n’y pénètre pas.

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Wonkyong Jeong, 2000 : Vêtements traditionnels de Corée, Ryun Am Sa Temple


Fleurs et couleurs
Norbert Weber

Il en va presque de même avec les vêtements coréens. Les costumes d’enfant scintillent d’une multitude de fleurs printanières aux couleurs denses et ardentes. Plus le costume est petit, plus les couleurs sont riches. Au gilet à l’éclat lumineux de l’enfant sont cousues des manches où se suivent en rangées des bandes multicolores. Au rythme des âges de l’enfant, les couleurs s’éclaircissent ; les vêtements sont plus simples dans leurs teintes, et pourtant la richesse de coloris semble vouloir augmenter plutôt que diminuer. La cause se trouve dans l’accroissement des champs de couleurs qui interviennent, dans l’harmonie de leur composition. Longtemps encore se maintient, chez le garçon, avec le pantalon blanc bouffant le gilet de couleur sur lequel pend la tresse noire. Chez la petite fille, un agréable jeu de couleurs se manifeste. La jupe de couleur s’accompagne du corsage, si finement accordé à la couleur complémentaire le plus souvent que l’effet en est des plus bienfaisants ; le corsage est maintenu par un long ruban d’une troisième couleur. Parfois, le revers du col apporte une quatrième couleur encore. Ces couleurs parcimonieuses des rubans et des revers flottent comme de simples harmoniques accompagnateurs entre les deux couleurs principales si claires du costume proprement dit.
Mais à présent, avec les années de jeunesse qui passent disparaissent aussi les couleurs printanières et ensoleillées. La jeune fille nubile ne se risque plus guère à sortir dans la rue, et cache alors de son voile blanc opaque non seulement son visage, mais encore les douces couleurs de la jeunesse qui s’enfuit. Elles ne surgissent plus que rarement dans leur éclat enchanteur, le jour des noces, lorsque la fiancée vêtue de sa longue robe de cérémonie en couleurs est entourée de ses anciennes compagnes de jeu et des joyeuses couleurs de leur temps de jeunesse. Désormais, l’homme et la femme s’habillent de ce constant blanc pur tel que le blanchit le soleil tropical de Corée. Seuls les mignons souliers blancs avec leurs charmants motifs de couleur rouge ou verte ou bleue accompagnent comme souvenir de jeunesse la femme à travers sa vie, et en public, elle porte dans la capitale et dans le sud de la Corée le voile plissé vert sur son manteau. Quant à l’homme, qui ne peut non plus renoncer à toutes les joies de la couleur, il met, les jours de fête, un long manteau qui recouvre le blanc lumineux des couleurs d’eau d’un vert marin ou d’un blanc brumeux, et de ses manches dépasse comme une manchette aux couleurs intenses, la plupart du temps, du rouge ou du vert ou du bleu sombre. ON SENT POUR AINSI DIRE AVEC LUI QUE L’AMOUR DE LA NATURE HAUTE EN COULEURS NE SE LAISSE PAS ÉTOUFFER PAR LE SÉRIEUX DE LA VIE.

Im Land der Morgenstille / Au pays du Matin Calme (1915)
traduit de l’allemand par Kza Han et Herbert Holl

Références photographiques, successivement :
– Kwan Jo, 1999 : Central doors of Taegwang-bojòn Hall, Magok-sa Temple
– Kwan Jo, 1999 : Monk’s Room, T’ongdo-sa Temple 
– Kwan Jo, 1999 : Central doors of Taeung-bojòn Hall, Chòngsu-sa Temple
– Famille Rautenstrauch, in Douze corps célestes d’Ekkehart Rauten-strauch (3 D)
– Famille Han Djang-Kyo, Cordon funéraire de Tseu Yung-Lak
– Kim Kwan Hyun, collection privée
– Ahn Young Mok, collection privée
– Kwan Jo, 1999 : Central doors of Taeung-bojòn Hall, Naeso-sa Temple
– National Museum of Korea, fondation culturelle : Ewer, Celadon / Goryeo Dinasty, 13th century, National Treasure No. 167
– Wonkyong Jeong, 2000 : Vêtements traditionnels de Corée, Ryun Am Sa Temple